Tous les rabat-joie détracteurs de SpaceX peuvent grincer des dents. Le test suborbital IFT11 du Starship qui s’est déroulé dans la nuit du 13 au 14 octobre a été parfait. C’était le dernier vol de la version 2, ‘V2’ du Starship.

NB : La V3 sera testé en début d’année prochaine. Elle utilisera notamment les nouveaux moteurs Raptor 3 (plus simples, plus fiables, plus puissants).
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Vous voyez sur l’illustration de titre, l’amerrissage du vaisseau dans l’Océan indien qui a eu lieu à vitesse nulle, à la verticale et exactement à l’endroit prévu. Des caméras larguées sur flotteurs à l’avance, l’attendaient même sur le site.
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Et pourtant le vol était, comme d’habitude, à haut risque. Chez SpaceX, l’objet d’un test, comme la Société le répète à chaque fois (et qui n’est malgré tout jamais compris), n’est pas de montrer que tout va bien mais de toucher les limites pour être certain qu’un vol en dessous des limites sera sûr.
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Cette fois-ci, le stress le plus difficile à surmonter devait résulter d’une manœuvre de dernière minute : inclinaison à l’horizontal puis redressement à la verticale du vaisseau, à quelques centaines de mètres de l’amerrissage (cette prolongation de vol peut être en effet nécessaire pour rejoindre l’objectif). L’opération (essentiellement pour tester les algorithmes de guidage) a été effectuée sans dommage.

En dehors de cette manœuvre, le lanceur SuperHeavy B15 (déjà utilisé dans un vol précédent et récupéré) et son vaisseau S33 ont repassé toutes les contraintes dynamiques et thermiques d’un vol, le Starship a refait la livraison de huit cadres porteurs de transmetteurs Starlink (vides), un des moteurs Raptor a été rallumé en altitude (indispensable pour les manœuvres futures en orbite), et la coque du vaisseau a supporté l’absence de tuiles de protection thermiques en quelques endroits (pour tester la tolérance ponctuelle à la chaleur).  

La fluidité du passage des différentes contraintes imposées par le vol donne confiance pour la suite. La politique du ‘trials and errors’ est payante ; l’IFT11 le confirme. On peut construire sérieusement là-dessus pour franchir de nouvelles étapes.

Précisément, la prochaine, très difficile, est celle du remplissage des réservoirs du Starship en orbite (positionnement ultraprécis du starship tanker par rapport au starship vaisseau, pressurisation du réservoir de l’un et dépressurisation du réservoir de l’autre, au fur et à mesure que l’un se vide et l’autre se remplit). Si SpaceX la franchit également, l’injection d’un vaisseau en orbite interplanétaire ou lunaire, deviendra possible à peu près dans les délais. Cela voudra dire : possibilité de réaliser la mission Artemis III et de lancer une mission robotique vers Mars. Artemis III est toujours prévue pour mi-2027, tandis que la première fenêtre de tirs pour Mars s’ouvrira pour un mois, fin 2026. L’envoi d’une fusée vers Mars fin 2026 est possible même si l’atterrissage n’est pas garanti. Si le test de remplissage des réservoirs est positif, rien n’empêchera SpaceX de le tenter en appliquant (plusieurs fois encore) sa pratique de trials and errors. Cela serait très positif pour préparer son vol robotique de 2029 (fenêtre de tirs suivante) et surtout son vol vers la Lune de 2027. Le lancement de ce dernier et son atterrissage sur la Lune servant aussi de test pour Mars.

Parallèlement la possibilité d’utiliser le Starship pour des livraisons de charges en orbite se précise, d’autant que pour ce faire les remplissages de réservoirs en orbite sont inutiles. Il ne faut pas oublier que SpaceX compte sur ces vols en orbite, pour financer ses allers et retours Terre/Mars/Terre qui ne seront rentables que si une économie d’échelle générée par un grand nombre d’autres lancements, se concrétise. Les vols simplement planétaires terrestres pour les destinations les plus lointaines (antipodes) sont toujours envisagés. Eux aussi ne requièrent pas de remplissage de réservoirs en orbite. Mais leur attrait compétitif par rapport aux vols par avion ultra-rapides (il y a des projets en cours de réalisation par d’autres sociétés) n’est pas évident pour le moment, compte tenu de la délicatesse de la préparation des vols de fusée, et du temps nécessaire pour cette préparation.

En tout cas, félicitations SpaceX pour ce magnifique IFT11 !

Illustration de titre : Le starship 38, à quelques mètres de la surface de la mer. Capture d’écran, vidéo SpaceX.

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12 réponses

    1. Effectivement, il n’était pas prévu de récupération. SpaceX a préféré se concentrer sur le vol estimant que la démonstration de la récupération avait été faite.
      Mais la maîtrise de l’extinction/rallumage des moteurs du booster a été éblouissante, tant à la montée qu’au retour. Au retour, on est passé du rallumage de 13 moteurs à précisément +2km, à 5 moteurs à +1 km, 3 moteurs à +300m et extinction à +200m, exactement comme prévu.

      1. Félicitations à SpaceX pour l’extinction/rallumage des moteurs.
        Mais la récupération aurait permis d’économiser un booster en bon état, plutôt que de le perdre en mer. Ce ne serait pas une petite économie de bout de chandelle, à mon humble avis de profane. La réutilisation est même l’argument essentiel du Starship et je suis un peu surpris que SpaceX ne cherche pas à profiter de cet avantage qu’il met en avant.
        Et puis deux tests positifs de récupération c’est encourageant, mais est-ce suffisant pour dire que c’est une opération rodée ?

    2. Parce que dans les derniers tests de la V2, le booster teste d’autres paramètres de vol (angle d’approche, et notamment différente séquence d’allumage avant amerissage). Comme le concept a déjà été prouvé avec les 2 catchs réussis, mettre en danger la tour de lancement #1 n’aurait rien amené.

  1. Bonjour M. Brisson. Félicitations pour votre blog que je suis depuis longtemps.
    Bob: le booster suivant sera de nouvelle génération, on ne peut donc réutiliser celui-ci.
    De plus, la récupération en mer du précédent a permis d’étudier les raptors 2 défaillants,
    les corrections effectuées ont été efficaces : aucun raptor n’a subi de panne lors de ce dernier vol.

    1. Pas tout à fait – après séparation, 1 Raptor sur 13 ne s’est pas rallumé, presque comme à chaque test précédent, en fait ^^

  2. Bonjour Pierre Brisson
    Vraiment extraordinaire !
    Mais comment le transfert d ergols en orbite va t il se faire ?

    1. Le transfert d’ergols va se faire par un passage ménagé dans le dos du Starship vaisseau à partir d’un passage identique dans le dos d’un starship tanker. Ce ne peut être que dos à dos puisque le ventre des vaisseaux sont revêtus d’une protection thermique. Pendant le transfert les deux vaisseaux seront arrimés. Le plus difficile sera (1) l’ajustement très précis des attitudes des starships et (2) les pressurisations / dépressurisations des réservoirs donnant et recevant les ergols.

      1. oui et aussi les valves qui vont devoir etre solides (une dizaine d arrimages tanker prevus) et etanches : c est Gemini qui m a explique cela. Normalement cela devrait se faire sans gros problemes.

      2. Le rendez-vous orbital et la partie ‘alignement d’attitudes’, ça devrait aller relativement vite, c’est quelque-chose qu’on maîtrise quand même depuis avant Apollo, je crois que le premier docking c’était Vostok en 67 ou 68, on a fait du chemin depuis.

        Par contre le transfert d’ergols, ça va être coton en effet, mais bon, c’est SpaceX, j’ai assez confiance.

  3. « la coque du vaisseau a supporté l’absence de tuiles de protection thermiques en quelques endroits »

    On peut observer qu’au moins un des réservoirs ventile lors de l’approche finale de Starship – mais c’est relativement mineur, et carrément impressionnant, parce que sous les tuiles, au final, c’est juste de l’acier. Sacrément solide. Je ne sais pas (en tout cas je n’ai rien lu/vu qui le précise) si les tuiles perdues durant l’ascension sont également des tuiles de test, avec un adhésif différent etc.

    On est encore loin d’une vraie réutilisabilité « immédiate sans refurbishing » comme espéré à terme, cela dit, mais on s’en approche, c’est sûr. Pour ça, il faut pouvoir en théorie poser Starship dans les bras de la tour, le stacker sur un booster, refaire le plein carburant/cargaison et repartir, comme un airliner. Je me demande en fait si c’est vraiment possible sans avoir 2 « zones » couvertes par les bras, par ex. à 90° l’une de l’autre, la zone de décollage et celle de capture, parce qu’un Starship qui fait un burn pour arriver à une vitesse 0 pour être capturé, ça brûle un peu aussi le booster déjà prêt à repartir qui est en dessous. Quoique, peut-être pas, le booster V3 est conçu pour résister et mieux disperser l’énergie lors de la séparation déjà, donc avec une distance suffisante, peut-être qu’ils pensent faire comme ça. Mais ça me parait risqué, et si le Starship n’est pas capturé là où l’attend déjà le booster suivant, c’est pas mal plus long pour le manipuler et l’amener jusqu’à une autre tour. On verra bien ^^

    Mais même si Starship Vx futur revenait à la base avec son bouclier pas à 100%, la technique pour poser les tuiles est déjà assez efficace, et le sera encore plus avec l’amélioration des processus au fur et à mesure. Si on compare au refurbishing nécessaire pour la Shuttle à l’époque, c’est deux mondes différents: ça prenait environ 3 mois vers la fin du programme, pour dans les $400 Mios. Il est probable qu’un Starship capturé par la tour puisse être refurbishé en peut-être une semaine, pour un coût bien moindre (j’imagine, je n’ai pas cherché de chiffres estimés). Lorsque le véhicule et les procédures seront rôdées, il faudra « juste » ramener Starship à une Gigabay, remettre les tuiles, et bien sûr effectuer les contrôles minimaux de rotation.

    Bref, on attend avec impatience le premier test de la V3 – ça sent les RUDs à plein nez pour les premiers vols.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre fondateur de la Mars Society des États Unis et ancien membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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