EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

Un mouvement se manifeste actuellement chez les astronomes et astrophysiciens pour identifier grâce à de nouveaux outils, tels les télescopes SPECULOOS, un maximum de planètes de type terrestre orbitant dans la zone habitable des étoiles proches peu massives, naines-rouges ou naines-brunes. Cette recherche est ce qu’on peut faire de mieux aujourd’hui dans le cadre d’une démarche de longue durée qui vise à déterminer les conditions et contraintes de l’apparition de la Vie.

Rappelons que la zone habitable d’une étoile est le tore* au sein duquel les radiations reçues sont telles que la température qu’elle génère permet l’eau liquide en surface de la planète qui pourrait y évoluer. Pour être comparables à la Terre, les planètes recherchées sont rocheuses (pour que l’eau puisse « couler » sur un support et l’imprégner), ne doivent être ni trop petites (les planètes trop petites se refroidissent trop vite), ni trop massive (les « superterres » restent trop chaudes et leur croûte peut-être trop fine exposant fréquemment au magma tout ce qui se trouve à leur surface), et elles doivent évidemment être enveloppées d’une atmosphère.

*On pourrait penser à la sphère mais la force de gravité entraîne naturellement les planètes à tourner autour d’une étoile là où sa masse en rotation est la plus importante, c’est-à-dire son équateur. Plus la distance à l’étoile augmente plus cette contrainte s’affaiblit. C’est ainsi que les nuages de Oort finissent par former comme une coque autour du système planétaire.

Si l’on s’attache aux étoiles les moins massives c’est que la recherche de petites planètes autour d’elles est plus facile, c’est même les seules que l’on puisse identifier, sauf accident (ou plutôt, coup de chance). En effet tout d’abord la lumière d’une naine-rouge et a fortiori d’une naine-brune est moins éblouissante et donc l’atténuation du rayonnement par le passage d’une petite planète entre l’étoile et nous, autrement dit son « transit », aura un effet d’avantage perceptible visuellement. Ensuite, la zone habitable générée par une étoile peu massive est extrêmement proche de cette étoile (beaucoup plus proche que Mercure n’est du Soleil) et donc la période orbitale des planètes qui s’y trouvent est très courte et leurs transits très fréquents ce qui a pour conséquence qu’ils peuvent être contrôlés et confirmés moins difficilement. Rappelons que pour une étoile comme le Soleil, le transit d’une planète située dans la zone habitable (la Terre), n’intervient que tous les ans. Les autres méthodes de détection des planètes, « vitesse radiale », « astrométrie » ou « microlentille gravitationnelle » qui toutes constatent leur effet gravitationnel sur l’étoile, sont contraintes par la même difficulté. Je parle dans cet article de la méthode du transit puisque c’est celle qui est utilisée par les nouveaux instruments.

Ces instruments sont les SPECULOOS (Search for habitable Planets EClipsing ULtracOOl Stars) qui font suite aux TRAPPIST (TRAnsiting Planets and PlanetesImals Small Telescope) qui étaient ce qu’on appelle des « précurseurs » dans un environnement plus large où il existe d’autres télescopes dédiés mais avec des objectifs et des moyens un peu différents (TESS de la NASA – en cours de mission*, CHEOPS de L’Uni. Berne et de l’ESA – en cours de mission, Kepler de la NASA – mission achevée). NB : vous remarquerez que les deux (très mauvais) acronymes SPECULOOS et TRAPPIST indiquent l’origine belge du programme (Université de Liège, Michaël Gillon). La Coopération SPECULOOS est en effet dirigée par l’Université de Liège en partenariat avec l’Université de Cambridge. Les autres membres en sont l’Université de Birmingham, le MIT, l’Université de Bern, l’Institut d’Astrophysique des Iles Canaries et l’ESO (European Southern Observatory).

*avec un point d’interrogation car TESS est malheureusement en panne depuis le 12 Octobre. L’acronyme de TESS est Transiting Exoplanet Survey Satellite. 

TRAPPIST comprend deux télescopes, l’un dans l’hémisphère Sud, l’autre dans l’hémisphère Nord, chacun équipé d’un miroir primaire de 60 cm de diamètre. Il s’est illustré par la découverte en 2015 de « TRAPPIST-1 », un système de sept planètes autour d’une naine rouge de 0,08 masses solaires, dont 3 dans sa zone habitable et de masses comparables. Les télescopes SPECULOOS sont un peu plus puissants avec un diamètre de miroir primaire de 1 mètre. Il y en a quatre dans l’hémisphère Sud (Cerro Paranal, « SSO »), un dans l’hémisphère Nord (Tenerife, « SNO ») plus une collaboration avec un télescope au Mexique (SAINT-EX) et bien sûr avec les TRAPPIST, toujours en activité. Leur segment d’observation se situe dans l’infrarouge proche, c’est-à-dire qu’il prolonge vers le rouge (étoile M et en-dessous, L,T et même peut-être Y dont le rayonnement est le plus faible) le segment observé par le télescope spatial TESS qui observe les étoiles les plus brillantes de notre environnement (G et K dans la classification de Harvard O, B, A, F, G, K, M et brunes, le soleil étant classé G).

SPECULOOS se consacre, comme TRAPPIST, aux étoiles proches mais il pourra en voir 10 fois plus, c’est-à-dire voir des planètes dont la luminosité/rayonnement est nettement plus faible. Son objet est effectivement d’identifier le maximum de planètes de type terrestre en zone habitable de ces étoiles peu massives pour en tirer des informations que l’on pourra généraliser. Les « candidates » les plus intéressantes seront transmises au JWST dont la capacité de discernement est plus puissante et qui est équipé pour détecter et analyser le spectre des atmosphères. Il faut cependant que les étoiles ne soient pas trop éloignées (au plus quelques petites centaines d’années-lumière) et pas trop lumineuses mais cependant suffisamment pour être détectables par les télescopes.  L’avantage du rayonnement infrarouge (qui est aussi celui utilisé par le JWST) c’est que dans cette partie du spectre électromagnétique il y a moins de différence d’intensité entre le rayonnement de l’étoile et celui de la planète.

SPECULOOS Sud a vu sa première lumière en décembre 2018 et a commencé ses observations en janvier 2019. En septembre 2022, il a détecté une planète qui mérite une attention particulière, « LP 890-9 c ». Cette planète a fait l’objet d’une publication dans la revue Astronomy & Astrophysics le 7 septembre. L’auteur en est Laetitia Delrez, chargée de recherche au sein des unités de recherches Astrobiology et STAR (Faculté des Sciences) de l’Université de Liège. Elle est située dans la zone habitable de la naine-rouge LP 890-9 (du même type que TRAPPIST-1), à une centaine d’années-lumière de chez nous. Sa masse est 40% supérieure à celle de la Terre et elle orbite son étoile à une distance 10 fois inférieure à celle de Mercure. La raison de l’attention qu’on lui porte est qu’elle présente la particularité d’être proche de la limite intérieure de la zone habitable (HZ) et donc, si elle a une atmosphère qui contient de l’eau, que celle-ci pourrait être, du fait de la température élevée, largement sous forme de vapeur ce qui faciliterait la détection de cet élément. Une autre planète du système avait été précédemment vue par TESS mais encore plus proche de l’étoile donc en dehors de la zone habitable. SPECULOOS a pu faire mieux car le télescope a davantage de capacité dans l’infrarouge. A noter que l’effet de marée sur cette planète résultant de la force de gravité généré par l’étoile, doit être très fort et provoquer une activité volcanique intense qui, au-delà de l’eau, peut enrichir l’atmosphère de toutes sortes de gaz dont bien sûr du gaz carbonique et des composés soufrés.

Les astrophysiciens veulent tirer de ces observations des enseignements de nature biotique (pour ne pas dire biologique) ou comme on dit, « détecter des biosignatures » comme, par exemple, la présence d’oxygène moléculaire ou de méthane dans l’atmosphère (mais les autres gaz ne sont pas négligeables car ils peuvent constituer un cocktail favorable à la vie). C’est dans cet état d’esprit et avec ces données que travaillent en Suisse, à l’ETHZ, le « Centre pour l’origine et la prévalence de la vie » dirigé par le Prix Nobel Didier Queloz et à l’Université de Genève, le « Centre pour la vie dans l’Univers » dirigé par l’astrophysicienne Emeline Bolmont (voir « la Der » du Temps du 18/10/2022).

A noter que Didier Queloz a cédé sa place à Emeline Bolmont le 22 septembre à l’ETHZ et que le Centre de Berne est un peu plus récent que celui de Genève. Selon le Président de l’EPFZ, Joël Mesot, Didier Queloz travaille à « comprendre comment la vie s’est développée sur la Terre et s’il y a de la vie en dehors du système solaire ». Quant à Emeline Bolmont, d’après ses propres termes rapportés par Le Temps, elle doit « contribuer à percer les mystères de l’origine de la vie sur Terre et à répondre à la question : y a-t-il de la vie ailleurs ? » ce qui me semble être exactement la même chose. La concurrence c’est l’émulation et c’est certainement une bonne chose mais espérons qu’elle n’exclut pas la coopération. Ceci dit, le départ de Genève de Didier Queloz est certainement une perte pour l’Université de Genève et me semble mal expliqué.

Mais quoi attendre de cette quête ? On étudie les planètes de type terrestre orbitant les naines rouges ou brunes parce que ce sont les plus faciles à étudier mais peut-on vraiment espérer trouver de la vie sur ces planètes ? Je crains que non. L’« habitabilité » n’est fondée que sur une température qui permettrait à l’eau d’être liquide et c’est un leurre pour deux raisons.

La première c’est que la combustion interne (fusion hydrogène => deutérium) des naines-rouges est erratique. Leurs tâches solaires peuvent atténuer la lumière émise jusqu’à 40% pendant plusieurs mois et, à d’autres périodes, des éruptions gigantesques, proportionnellement à leur diamètre, peuvent doubler leur luminosité en quelques minutes et bien sûr atteindre les planètes très proches qui évoluent dans sa zone habitable.

La seconde c’est qu’en raison de la faiblesse relative du rayonnement d’une naine-rouge, la zone habitable est si proche de l’étoile que, par effet de marée, la planète qui peut s’y trouver sera bloquée dans sa rotation, présentant toujours la même face à l’étoile (comme la Lune avec la Terre). Les seuls mouvements à la surface de ces planètes pourraient être (1) un mouvement de convection dans l’atmosphère provoqué par l’existence d’un pôle froid (l’atmosphère au-dessus de la face froide) et d’un pôle chaud (l’atmosphère d’autant plus chaude qu’elle se trouve à la verticale du rayonnement de l’étoile), donc certainement du vent ; (2) les mouvements liés à la gravité (évaporation, pluie, écoulement de l’eau) ; (3) du volcanisme; (4) de temps en temps un cataclysme radiatif lié à une éruption de type « white-light-flare », riche en rayons X, de l’étoile . Tout récemment, il a été constaté sur un très petit échantillon, que ces éruptions proviendraient des hautes latitudes (à partir de 50°) de l’étoile et non de l’équateur, ce qui limiterait les risques pour les planètes orbitant dans ce plan. Cette particularité reste à confirmer.

Les conséquences me semblent tout à fait incompatibles avec une véritable habitabilité ou du moins avec une évolution au-delà de formes très primitives de vie. D’abord le flux radiatif occasionnellement extrêmement fort risque d’empêcher toute évolution suffisamment longue d’organismes en surface. Ensuite l’absence totale de fluctuation des marées de l’eau liquide, d’alternances périodiques de luminosité et même de déplacements d’ombre et de lumière sont des particularités très différentes de notre environnement terrestre dont il est difficile d’apprécier les conséquences mais qui me semblent peu favorable à la vie. La vie sur Terre a certes subi des violences extrêmes lors de certains événements mais ces événements ont été séparés par de très longues périodes de douceur, de délicatesse et d’évolution très lente et continue.

Maintenant il n’est pas du tout exclu que le milieu aqueux liquide sur surface rocheuse (donc minéralement et chimiquement riche) exposé à des rayonnements continus, puisse faire évoluer assez loin les molécules organiques. Il sera passionnant de savoir jusqu’où.

L’alternative serait de « tomber » sur une planète de type terrestre orbitant une étoile de type solaire. Cette découverte compte tenu des limites de nos instruments actuels, ne serait possible que par le JWST dans des systèmes planétaires situés dans notre proximité immédiate. On peut toujours espérer.

Illustration de titre :

Vue d’artiste montrant l’étoile rouge et ses deux planètes, ainsi que certains des télescopes utilisés pour la découverte. ©Université de Birmingham/Amanda J.Smith.

Illustration ci-dessous : les quatre télescopes de SSO. Ils sont situés à 2250 mètres d’altitude. Vous pouvez voir au sommet à gauche le VLT de l’ESO et à droite, beaucoup plus proches, les installations de l’ESO abritant les personnes travaillant sur les sites :

 

Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :

Index L’appel de Mars 22 10 22

13 réponses

  1. Il me semble assez évident qu’il faut se concentrer sur des étoiles de type G (ou voisines), naines jaunes, dites étoiles jumelles du Soleil avec une température de surface entre 5 et 6000 K. Un catalogue de 136 étoiles avait été établi dans le cadre du projet Terrestrial Planet Finder (approuvé en 2004 et maintenant abandonné malheureusement dès 2007) avec des étoiles proches, de type F, G et K. On y trouve bien sûr Alpha Centauri A et B, situées à 4,3 années-lumière. Il y aussi une bonne candidate, la 69e de la liste, Iota Horologii, mais située à 56,5 années-lumière, et de 1,25 masse solaire.
    Orbitant en 311,3 jours autour d’elle, on a trouvé, en 1992, une grosse planète de masse comprise entre 2,26 et 6,2 fois celle de Jupiter, Iota Horologii b. Ce n’est pas cette planète, trop grosse, qui serait à étudier, mais d’éventuelles plus petites planètes, situées sur la même orbite aux points de Lagrange L4 ou L5, tout comme sont situés les 7508 astéroïdes « grecs » (en L4) et les 4044 « troyens » (en L5) devant et derrière Jupiter à 60° sur la même orbite.

    1. Je suis d’accord avec vous, Monsieur de Reyff, pour dire que les étoiles les plus intéressantes sont les étoiles de type solaire et les planètes rocheuses de masse terrestre situées en zone habitable de leur étoile.
      .
      Le problème c’est évidemment la difficulté de déceler ces planètes (comme évoqué dans mon article). Je comprends donc le travail de base entrepris avec TRAPPIST et SPECULOOS sur les planètes de type terrestre orbitant les naines-rouges et naines-brunes. L’observation permettra peut-être de mieux comprendre ce qui « manque » dans cette configuration pour conduire à la vie.
      .
      Par ailleurs, il est probable que les satellites de type terrestre orbitant les géantes gazeuses ou les superterres devraient aussi être des cibles…mais peut-être ne sont-elles pas facile à observer non plus (effet sur la planète autour de laquelle elles orbitent mais aucun effet distinct de leur planète sur leur étoile).

  2. SPECULOOS et TRAPPIST sont des acronymes géniaux! En me rendant aux USA pour l’éclipse 2017, j’ai remarqué à Bruxelles National un immense panneau accueillant les touristes. Ce panneau mettait en exergue le nom TRAPPIST pour la bière belge ET la science ! Un formidable compromis bien de chez nous!

  3. Décidément l’idée que nous soyons seuls dans l’univers déclenche une angoisse philosophique insoutenable. Je ne reviendrai pas sur l’analogie du kangourou d’Australie ou du kiwi en Nouvelle Zélande qui seraient en droit de se dire puisque j’existe il y a des kiwis partout sur la terre. La Vie elle-même « existe » peut-être comme un kiwi. Le phénomène de la Vie est peut-être exclusif à la terre, il vous faudra prouver le contraire. Le fait qu’ils ne vivent qu’en Australie ou en Nouvelle Zélande (sauf implantation par des voyageurs), ces animaux, est pourtant certain. L’astronomie peut probablement prouver que des conditions physico-chimiques obligatoires pour l’apparition de la vie sont réunies sur certaines planètes lointaines. Et aussi mettre en évidence une rotation de l’étoile pour avoir un « équateur » et un plan de l’écliptique (possible). Il faut en plus un enchainement d’évènements pour une certaine organisation des molécules complexes au niveau microscopique, une complexité propre à la terre? Ça fait beaucoup!

    1. Bien sûr « ça fait beaucoup » et loin de moi l’idée de généraliser un phénomène à partir d’une seule expérience.
      Mais je trouve que la recherche est passionnante et mérite tous nos efforts, pas forcément pour trouver mais pour mieux comprendre.

  4. Oui, c’est passionnant comme beaucoup de problèmes scientifiques. Pourtant prouver la vie sur des terres lointaines me semble difficile et peu urgent. La question importante est comment accélérer l’établissement d’humains loin de la terre. Y aura-t-il une collaboration ESA-NASA après SLS et Ariane? Les Chinois semblent communiquer un peu mais on se concentre beaucoup sur les Américains

    1. Je suis assez d’accord avec vous que tout investissement dans le domaine spatial TROP EXCLUSIVEMENT destiné à rechercher des preuves de l’existence d’une hypothétique vie ailleurs dans l’univers représente un gaspillage de moyens étant donné la très faible probabilité de voir de telles recherches aboutir. On sait aujourd’hui qu’il a fallu une conjonction de circonstances vraiment extraordinaires pour que la vie apparaisse sur Terre; par ailleurs plus nous en apprenons sur les corps célestes, planètes, gros satellites, plus nous constatons leur extrême diversité même quand ils gravitent dans un environnement similaire. Il est donc tout-à-fait possible que la vie soit une caractéristique particulière et unique de notre planète. Cela ne veut pas dire bien sûr qu’il faille cesser d’explorer notre environnement spatial proche ou lointains, bien au contraire, mais dans un perspective plus large d’accroître nos connaissances et non en se focalisant sur une quête très probablement illusoire.

  5. Nous savons que la zone habitable ne doit pas être trop proche d’une étoile et par conséquent exclut les étoiles froides pour trouver la vie ET …
    La distance vers des mondes habités ET reste l’obstacle le plus important pour longtemps , même à l’intérieur de notre galaxie de 100’000 AL ..
    Nos outils actuels sont encore insuffisants pour apprécier l’univers qui nous entoure dans les moindres détails…
    La deuxième difficulté est de comprendre la séquence exacte de la naissance de la vie et par conséquent les conditions initiales astro-physico-chimiques ( Mars était trop petite pour conserver son champ magnétique et son atmosphère ) .
    Il faut avant tout des conditions stables pendant des milliards d’années pour espérer voir émerger des formes de vies évoluées par le seul hasard des réactions biochimiques … et l’accumulation de petits éléments qui s’emboitent pour former des organismes plus complexes …
    Observer un système planétaire ne nous renseignera pas sur son espérance de vie , il faut donc se concentrer sur les étoiles connaissant une histoire assez longue pour détecter les signes prometteurs de présence vitale et d’activité typiquement biochimique, les marqueurs de la vie telle que nous la connaissons puisque c’est le seul modèle à disposition jusqu’à la découverte fortuite d’un autre … ou par simulation informatique quand les ordinateurs le permettront …
    Préserver notre écosystème terrestre est une condition Sine qua non pour avoir une chance d’en découvrir d’autres ailleurs …

  6. Vous écrivez quelque chose qui m’étonne : « la force de gravité entraîne naturellement les planètes à tourner autour d’une étoile là où sa masse en rotation est la plus importante, c’est-à-dire son équateur. »
    De fait, le plan de l’écliptique (notre référence, bien sûr !) est celui de l’orbite de la Terre, l’orbite de toutes les autres planètes ayant une inclinaison (Mercure 7°, mais Vénus seulement 3,4° et Mars, 1,85° ; cela va donc en décroissant avec la distance au Soleil !), une inclinaison qui va jusqu’à 17° pour Pluton, 34° pour Pallas, voire 44° pour Eris. Le Soleil lui-même tourne sur lui-même de façon différentielle, mais à raison d’un tour en 25 jours à l’équateur qui est aussi incliné de 7,25° par rapport au plan de l’écliptique. Que je sache, cette rotation intrinsèque du Soleil (qui est continuellement modifiée par effets de marées dues aux planètes) n’a aucun effet gravitationnel particulier sur les planètes pour modifier l’inclinaison de leurs orbites. Rappelons que 60% du moment cinétique du Système solaire est dû à la planète Jupiter ; même si le Soleil représente 99,85% de la masse totale du Système solaire, il ne contribue au maximum que pour un petit 2% au moment cinétique total (mais quelque fois bien moins, jusqu’à seulement 0,5%, selon l’alignement des planètes). Ce qui fait que le centre de gravité du Système solaire est bien en dehors du Soleil lui-même qui orbite aussi autour de ce centre.
    La nuage de gaz primitif qui s’est effondré a donné naissance à un disque protoplanétaire qui s’est aminci en se refroidissant et dans lequel des noyaux se sont condensés par accrétion. Les orbites actuelles sont le résultat de ce disque, de son épaisseur, et des perturbations réciproques et continues des planètes entre elles. On illustre cela en remarquant que le zodiaque a une largeur de 17°, centrée sur l’écliptique, donc sur l’orbite terrestre.
    Aucun effet de la rotation équatoriale du Soleil n’a lieu sur les planètes, sinon une minuscule contribution dans l’avance séculaire des périhélies due au léger aplatissement du Soleil (seulement neuf millionièmes !). Mais même dans le cas de Mercure, les deux effets relativistes (vitesse orbitale élevée et gravité du Soleil plus intense) qu’a démontrés Einstein sont ensemble plus élevés que cette contribution de l’aplatissement de la sphère solaire. C’est la masse du Soleil qui est déterminante dans la 3e loi de Kepler reliant le demi-grand axe à la période de révolution autour du Soleil.
    Mais, peut-être, quelqu’un aurait-il d’autres lumières sur la question.

    1. Vous avez raison, je me suis mal exprimé. Ce qui est déterminant dans un système planétaire comme dans une galaxie, c’est la masse qui se trouve en son centre. J’ai ajouté « en rotation » car je pensais intéressant de faire remarquer que comme toutes les masses dans l’espace, qui ont été concentrée par gravité, le moment cinétique dont vous parlez, existe aussi pour celle du corps central du système lui-même…Mais c’est un autre sujet.

  7. L’intérêt d’étudier les planètes lointaines autant que de trouver de la vie est de découvrir une planète B pour nous, un endroit susceptible d’accueillir des hommes soit en acceptant de passer des siècles dans une capsule exiguë, soit lorsque nous aurons un vaisseau rapide… Et c’est aussi difficile parce qu’il se pourrait bien que des facteurs qui permettent notre survie actuellement nous échappent encore. Sans parler de notre dépendance aux autres organismes terrestres. « Comprendre la séquence exacte de la naissance de la vie » ça doit être hyper-complexe et multifactoriel. C’est dans le passé donc disparu. Aussi difficile à mettre en évidence qu’une vie lointaine. Que la stabilité des conditions climatiques et physico-chimiques ait joué oui! mais il n’est pas exclu qu’un phénomène exceptionnel, violent et court soit intervenu. Il me semble donc raisonnable de se concentrer sur ce qui est proche comme la lune, mars ou une station spatiale. Malgré les efforts des intervenants de ce blog, il me semble que personne n’a encore défini ce qui serait faisable et sécurisant actuellement: un vaisseau très puissant pour transporter une centrale nucléaire (parce que des panneaux solaires il en faudrait beaucoup si vous voulez faire fonctionner de nombreuses machines). Voyager dans une capsule située au centre d’une citerne d’eau pour supporter les rayons cosmiques? Quitter rapidement le vaisseau pour s’installer dans une grotte pré-équipée par des robots?

  8. Sommes-nous seuls dans l’Univers ?
    Un astrophysicien de l’université d’Orsay, Jean- Pierre Bibring, vient de publier un ouvrage remarquable sur la question : « Seuls dans l’Univers — De la diversité des mondes à l’unicité de la vie », Odile Jacob, septembre 2022. Remarquons qu’il n’y a pas de point d’interrogation dans ce titre. Je laisse les lecteurs de ce blog prendre connaissance de son argumentaire.

    1. Merci de l’information. Jean-Pierre Bibring est un des meilleurs astrophysiciens planétologues. Il est particulièrement connaisseur de la planète Mars. C’est lui qui, notamment, a proposé une segmentation de son histoire selon des critères stratigraphiques reposant sur les nouvelles connaissances accumulées en géologie (Phylosien, Theiikhien, Sidérikien). Je l’avais invité à participer à une session martienne que j’avais organisé à Fribourg dans le cadre du Swiss Geoscience Meeting de 2010 et il avait fait une présentation remarquable sur le sujet de l’eau sur Mars.
      Si vous vous intéressez à Mars, vous pouvez aussi lire son livre « Mars, Planète Bleue? » publié chez Odile Jacob en 2009, avec préface de Hubert Reeves.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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