Imaginez !

Nous sommes en 2055. L’homme a finalement posé le pied sur Mars. Il y a marché et a commencé à s’y installer. Le support-vie, la production des aliments, le recyclage constant du CO2 atmosphérique et des déchets divers fonctionnent de mieux en mieux. Les habitats sont maintenant suffisamment confortables, pressurisés, chauffés, éclairés. Les enfants grandissent. Un problème subsiste, celui de la dangerosité de l’environnement extérieur, en raison des risques de dépressurisation des scaphandres par impact de micrométéorites (rares mais imparables, avec des conséquences catastrophiques) ou simplement par déchirure accidentelle, et surtout en raison de l’accumulation des effets des radiations cosmiques (surtout les HZE des GCR*, ingérables). Les hommes sortent donc très peu de leurs habitats. Ils œuvrent à l’extérieur, essentiellement (tâches ‘répétitives, dangereuses, ennuyeuses’, comme les qualifiait déjà Elon Musk en 2025) par l’intermédiaire de robots humanoïdes. Ils maintiennent leur bonne forme physique par des exercices appropriés à l’intérieur des habitats et par quelques sorties (équipés de compteur Geiger !). Ils prennent aussi, régulièrement, des doses de vitamine D !

*GCR : Galactic Cosmic Rays, radiations cosmiques ne provenant pas du Soleil. Elles sont constantes (avec atténuation lors des maximums solaires). Parmi les GCR, 2% sont des HZE (High, Z – atomic Number, Energy). Ce sont des noyaux d’atomes dont le numéro atomique est supérieur à celui de l’hélium, qui se déplacent à une vitesse proche de celle de la lumière).

Depuis l’installation sur Mars, l’action humaine via les humanoïdes est moins difficile que lors des missions robotiques préparatoires à l’établissement de l’homme puisqu’il n’y a plus de décalage temporel entre l’envoi d’une commande depuis la Terre et sa réception sur Mars (les fameuses 3 à 22 minutes imposées par la limitation de la vitesse de la lumière et la distance entre les deux astres, variable de 56 à 400 millions de km). Et cette instantanéité est une réalité quel que soit le lieu sur la planète où il convient d’agir (la demi-circonférence de Mars ne mesure que 10.700 km. Cela n’est rien même si on doit passer par l’intermédiaire de satellites géostationnaires, à l’altitude de 17.000 km). Maintenant, les opérateurs humains peuvent voir, par l’intermédiaire de caméras embarquées sur les robots, ce que ces derniers voient au moment même où ils le voient. Parallèlement, par l’intermédiaire de gants haptiques ils peuvent aussi toucher les objets que leurs robots touchent avec leurs mains haptiques. Et les chaussures de l’humanoïde également équipées de capteurs, transmettent la consistance et la résistance du sol.

La programmation existe toujours, améliorée grandement par l’intelligence artificielle qui permet de longues séquences d’exécution avec réactions ‘intelligentes’ aux difficultés communes rencontrées. Mais à tout moment l’homme peut intervenir, ne serait-ce que parce que, en fonction de l’évolution de la situation, qu’il constate, il peut modifier ses instructions. Pour faciliter son emploi, chaque humanoïde a sa spécialisation, on pourrait dire par analogie aux vrais humains, sa formation. Et ses logiciels sont adaptés et constamment ajustés à l’action la plus rapide et la plus efficace. Derrière l’écran qui le commande, se tient un homme qui connait sa machine. Comme il l’a bien formatée, il ne l’échangerait pour rien au monde (un peu comme jadis, on ne prêtait pas son ordinateur à n’importe qui).

Sur le terrain, l’humanoïde de l’un travaille avec l’humanoïde de l’autre. Quand ils ne sont que deux, il n’y a pas trop de risque de confusion mais il se peut que sur un chantier, on fasse travailler ensemble une dizaine d’humanoïdes, chacun avec sa tâche et ses capacités. Il faut pouvoir les distinguer ne serait-ce que par ce que l’opérateur X doit savoir comment se coordonner avec l’opérateur Y et qu’il doit le repérer et le distinguer parmi les autres humanoïdes. L’habitude est donc venue de personnaliser les humanoïdes et pour ce faire, quoi de plus simple que de coller sur le masque de chacun le visage de son opérateur (en laissant bien entendu des trous à la place des yeux pour laisser entrer les signaux lumineux).

C’est ainsi que sont nés les avatars. On n’a pas fait comme dans les films réalisés par James Cameron par transmission de l’esprit de l’homme dans le corps de l’humanoïde. Il est toujours impossible aujourd’hui (cela viendra peut-être plus tard) de faire l’opération. D’ailleurs, on n’a jamais voulu exposer l’esprit de l’homme qui serait ainsi transféré, aux risques d’accidents auxquels on expose, consciemment, le corps de l’humanoïde. NB : Je pense tout simplement que James Cameron, quand il a conçu son premier film, n’était pas conscient de l’arrivée et des possibilités de développement de l’Optimus.

Bien sûr, tous les robots, même humanoïdes, ne sont pas des avatars. Le contremaître, oui ; l’ouvrier terrassier, non, à moins d’être programmé spécialement (ce qui est nécessaire dans certains cas). Les travaux les plus simples, les plus durs et qui consomment le plus de temps sont effectués par des machines certes complexes mais peu ‘intelligentes’. Cette situation fait un peu penser au film de Charlie Chaplin, ‘Les Temps modernes’. Peu de temps après le film, beaucoup des tâches assumées par des hommes furent prises en charge par la machine. Le progrès a continué et la machine a assumé des tâches de plus en plus complexes, moyennant des contrôles humains. Il en est de même aujourd’hui, en 2055, où pour beaucoup de travaux, une bonne partie des humanoïdes n’est pas contrôlée isolément par un opérateur. Ce ne serait pas nécessaire, il faudrait trop d’opérateurs et le contremaître avatar peut très bien « voir ce qui ne marche pas » dans son équipe et le faire voir, par ses yeux, à l’homme (qui de toute façon à un moyen d’action sur chacun en cas de besoin).

Avec le temps, il est possible que l’humanoïde-avatar soit de plus en plus personnalisé. Au-delà du visage, on peut concevoir, afin de pouvoir le reconnaître de dos, de copier d’autres caractéristiques de son animateur (vêtements, corpulence, voix si on le dote d’un micro). Les humanoïdes peu spécialisés (interchangeables) peuvent aussi être affectés d’une personnalité de groupe (couleur, figure), par exemple pour distinguer les terrassiers des transporteurs.

Si l’humanoïde est usé ou cassé, on le change. S’il est devenu inutile, on le recycle ou on le détruit. Cela représente évidemment une différence importante par rapport à l’homme, ouvrier ou exécutant, et cela donne beaucoup de flexibilité aux capacités d’action que l’on a. Cela permet aussi de limiter les risques pour la santé des hommes.

De « l’autre côté », l’homme travaillera de plus en plus avec l’intelligence artificielle. Il aura donc d’un côté (vers le bas) « quelqu’un » pour travailler physiquement à sa place et de l’autre (vers le haut) « quelqu’un » pour rechercher, calculer et « mettre ensemble » ou synthétiser à sa place les données recueillies ou obtenues. Il sera, lui, au milieu, le maître de ces machines. La difficulté sera sans doute de ne pas faiblir et de savoir toujours comment d’une part travailler physiquement et d’autre part, rechercher, calculer, synthétiser, réfléchir. Son plus grand ennemi sera donc la paresse.

Illustration de titre : un groupe d’ouvrier Optimus sur un chantier. Image présentée par Elon Musk aux employés de SpaceX en Mai 2025. Clin d’œil à tous ceux qui connaissent la peinture de Charles C. Ebbets, « ouvriers déjeunant sur une poutre à New-York (1932).

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6 réponses

  1. Bonjour Pierre Brisson
    Comme dit la chanson de Leo Ferre c est extra!
    A propos des radiations sur le sol de MARS elles sont de quel niveau ?

    1. D apres Gemini qui vient de me faire un « topo » sur ce sujet un astronaute ne pourrait sortir en moyenne que 10 a 15 minutes par jour peu importe la combinaison et cela juste pour les RCG (rayons cosmiques). faut que j etudie ce topo de maniere plus approfonfie! ( 10 a 15 min c est pour respecterla « limite carriere »).

    2. La dose de radiations reçues par unité de surface est environ celle que l’on reçoit dans l’environnement de l’ISS, soit la moitié de ce que l’on reçoit dans l’espace interplanétaire. L’écran qui réduit la dose est constitué par l’atmosphère (il y en a quand même un peu) et aussi la planète elle-même (les radiations ne passent pas par le sol (sauf les neutrinos). Le problème c’est que dans l’ensemble, il y a plus de HZE (radiations cosmiques dures) du fait de l’insuffisance de la protection électromagnétique. Heureusement, la sonde EscaPADE va bientôt nous en dire plus!

  2. Avant d envoyer Starship sur Mars il va falloir envoyer un robot foreur pous s assurer que sous le site choisi il existe de l eau « exploitable » !

    1. Oui, bien sûr. La reconnaissance des lieux sera un préalable. Comme je l’ai écrit récemment (et comme beaucoup le disent) la présence de glace d’eau est une nécessité (ou une contrainte).
      Une chose est d’observer le sous-sol proche avec des radars pour mesurer la diéléctricité, une autre chose est de constater de visu la présence de glace d’eau. La diélectricité pourrait ne constater qu’une roche poreuse qui jadis contenait de l’eau.
      NB: pour mémoire un milieu diélectrique est un milieu ne contenant pas de charge électrique susceptible de se déplacer. L’eau pure ne conduit pas l’électricité. L’eau moins pure, un peu mais on peut quand même la distinguer de son environnement.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre fondateur de la Mars Society des États Unis et ancien membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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