Exploration spatiale - le blog de Pierre Brisson

Les Terriens sont ingrats. Beaucoup considèrent la Planète Mars comme une terre hostile et lointaine qu’il vaudrait mieux, de ce fait, ignorer. Ils ont tort. Ils devraient au contraire voir que c’est exactement le tremplin dont l’humanité a besoin pour, un jour, pouvoir prendre son envol dans l’espace profond. Ils devraient donc rendre grâce à la « Nature » qui l’a placée là, telle qu’elle est, à l’endroit où elle est.

Les avantages fondamentaux qu’offre Mars pour nous êtres humains, par rapport aux autres planètes du système solaire et par rapport aux planètes d’autres systèmes qui ne présenteraient pas la même configuration que notre couple Terre/Mars, sont liés à la masse et à la distance. Plus précisément ce sont d’une part, le rapport de masses entre les deux planètes et la masse de Mars en absolu ; d’autre part, la distance de Mars à la Terre et la distance de Mars au Soleil. Je développerai cette semaine, les avantages donnés par la masse.

Pour mémoire, Mars a une masse relativement petite, un dixième de celle de la Terre, pour un diamètre égal à la moitié de celui de la Terre (donc à peu près la même densité) mais une surface égale à la totalité des terres émergées de notre planète. Cette faible masse n’est pas « normale ». Compte tenu de l’homogénéité probable du disque protoplanétaire, Mars aurait pu avoir la même masse que la Terre ou que Vénus. Elle aurait même dû avoir cette masse si, comme nous l’a démontré brillamment l’astrophysicien Alessandro Morbidelli (théorie du « grand tack » i.e. du « grand rebroussement »), Jupiter, formée au-delà de la ligne de glace, n’était pas venue faire une incursion dans cette région du système solaire interne (en-deçà de la Ceinture d’Astéroïdes) alors qu’il était encore en formation (avec un certain retard par rapport aux géantes gazeuses). Par chance Saturne étant entrée en résonnance avec elle, stoppa sa descente vers le Soleil et l’entraina pour repartir de concert dans le système externe (au-delà de la Ceinture d’Astéroïdes). Les dommages causés par l’incursion étaient cependant déjà énormes, la plus grosse partie de la matière de la Ceinture d’astéroïdes chamboulée, dispersée, absorbée, la plus grosse partie de la matière qui aurait pu permettre de créer une planète Mars de la taille de la Terre, absorbée. Cependant Jupiter n’était pas descendue suffisamment longtemps dans cette région pour en absorber toute la matière et par chance elle y était restée suffisamment longtemps pour que ce qui resta de matière put s’accréter par gravité en une planète nettement moins massive que la Terre mais nettement plus massive que la Lune, ce qui était exactement ce dont nous aurions besoin plus tard.

En effet, cette masse de Mars implique une pesanteur au sol d’à peu près un tiers de celle que nous avons sur Terre (0,38g) et une vitesse de libération de 5,03 km/s (contre 11,2 km/s pour la Terre). Les conséquences en astronautique sont que (1) le poids de l’éventuel Starship qui se posera sur Mars presque à vide d’ergols ne sera que de 100 tonnes pour une masse maximum de quelques 300 tonnes (soit 100 tonnes de structures, 50 tonnes d’ergols résiduels, 150 tonnes de charge utile) ; (2) le poids au départ de Mars, une fois le plein d’ergols fait, sera de 370 tonnes pour une masse de 1400 tonnes (100 tonnes de structure, 1200 tonnes d’ergols, 100 tonnes de charge utile). Ce poids est à comparer (1) à celui du Starship avec son lanceur, SuperHeavy, au départ de la Terre, 4000 tonnes (soit pour la structure, 200 tonnes pour le SuperHeavy et 100 tonnes pour le Starship, et pour les ergols, 3400 tonnes pour le SuperHeavy et 150 tonnes pour le Starship – en attendant de faire le plein en orbite – plus 150 tonnes de charges utile). Il est à comparer aussi au poids au départ de la Terre (2) des 538 tonnes de la version la plus lourde d’un Falcon-9 chargé ou encore (3) des 780 tonnes d’une Ariane-5.

On voit bien que les difficultés pour se poser puis repartir d’une planète « Mars-hypothétique » de la masse de la Terre seraient incomparables aux difficultés à surmonter pour décoller de la Terre. Par analogie vouloir se poser sur le sol non-préparé d’une telle planète et surtout vouloir en repartir poseraient des problèmes quasi insurmontables. En ne considérant que le décollage, il faudrait disposer sur place d’un lanceur équivalent au SuperHeavy qu’il aurait fallu avoir pu apporter sur Mars aussi bien que les ergols nécessaires pour l’alimenter (ou du laboratoire capable de les produire à partir des ressources locales en quantité suffisante et avec la rapidité suffisante). C’est donc d’une machine bien plus puissante que le Starship-intégré (à son SuperHeavy) dont on aurait besoin au départ de la Terre. Or le test de décollage pour vol-orbital du Starship-intégré a amplement démontré que nous avions atteint le maximum de ce qu’il était possible de tenter avec nos moyens de propulsion actuels. Nous ne pouvons donc aujourd’hui espérer mener de missions habitées sur notre planète « Mars-réelle » que parce qu’elle a une masse beaucoup plus petite que celle de la Terre. Pour poursuivre le raisonnement, toute mission en surface de Vénus (ou planète de même masse), outre le fait qu’on ne pourrait y descendre en raison de la pression atmosphérique en surface (90 bars) et de la température (450°) serait totalement exclue car on ne pourrait plus en repartir du simple fait de la gravité. Toute mission sur une « superterre » (par définition de masse supérieure à la Terre) serait a fortiori également de ce fait, totalement exclue.

Après le décollage de la Mars-réelle, il sera ensuite beaucoup plus facile de rejoindre l’orbite avant injection interplanétaire vers la Terre, car les astronautes n’auront pas à surmonter l’épreuve de Max-Q, qui représente le pic de dangerosité après que l’on a quitté la surface de la Terre (ou de toute autre planète dotée d’une atmosphère dense). Rappelons que Max-Q est la tension aérodynamique maximum par laquelle on doit passer lorsque la pression atmosphérique est encore suffisamment élevée pour qu’en fonction de la vitesse déjà acquise la densité de l’atmosphère impose les contraintes les plus dures à la structure de la fusée. Cette tension diminue ensuite rapidement en fonction de la diminution de la pression atmosphérique, fonction elle-même de l’altitude. Dans l’atmosphère martienne, le Max-Q est beaucoup plus faible (pour ne pas dire négligeable) car la pression atmosphérique de départ est déjà très faible (615 pascals au « Datum » i.e. l’équivalent du niveau de la mer chez nous), correspondant à celle que nous avons à quelques 30 km d’altitude au-dessus de la Terre. C’est à cette altitude que le Starship-orbital a franchi son Max-Q, ce qui a sans doute contribué à sa déstabilisation devenue évidente quelques km plus haut. Lorsque la fusée repartant de Mars atteindra les 21 km d’altitude au-dessus du Datum, soit l’altitude du sommet d’Olympus Mons (le plus haut volcan de la planète) et probablement son Max-Q, la pression atmosphérique ne sera plus que de 30 pascals (trois dixièmes de millibars), clairement presque rien (et de toute façon, il n’aura pas eu besoin de procéder à la manœuvre délicate du « largage » de son lanceur puisque ce premier étage ne sera pas nécessaire du fait de la gravité plus faible).

Une fois sur Mars, les astronautes devront porter un scaphandre pour toutes leurs activités extérieures et sans doute un gilet plus un casque anti-radiations dans les habitats de surface protégés partiellement (comme les dômes transparents que l’on voit dans beaucoup de projets d’habitat), à moins bien sûr qu’ils ne décident de vivre sous une protection épaisse de régolithe ou de roche. Cela « tombe bien » car la masse correspondant à ce support-vie (scaphandre équipé) et à cette protection anti-radiations (gilet et casque), sera parfaitement adaptée à la capacité musculaire et osseuse des astronautes, et même leur sera bénéfique pour maintenir des tissus osseux et musculaire en bonne condition, alors qu’elle serait totalement insupportable sur une planète de masse, donc de gravité, égale (ou supérieure !) à celle de la Terre.

Pour ce qui est de la recherche, Mars présente aussi deux atouts majeurs résultant de sa masse, donc de sa gravité. Cette masse a en effet permis une activité géologique beaucoup plus poussée qu’en surface de la Lune mais n’a pas permis le développement d’un activité tectonique notable comme sur Terre.

L’activité géologique sur la Mars primitive a permis la transformation géologique par diagénèse et métamorphisme associant l’eau liquide alors que cette évolution liée à l’eau a été quasi nulle sur la Lune puisque notre satellite naturel, de masse trop petite, a très vite été un astre mort. Mars a commencé une histoire géologique semblable à celle de la Terre avec réactivations nombreuses au début, suite à des changements d’inclinaison de son axe de rotation sur son plan de l’écliptique ou à de puissants épisodes volcaniques. Par chance, pour les scientifiques, cette activité s’est ralentie, presque arrêtée, quelques centaines de millions d’années après avoir commencé (vers -3,5 milliards d’années) en même temps que l’atmosphère se raréfiait à l’extrême et que l’eau de surface disparaissait. Dans le manteau de la planète une quantité moindre d’eau, elle aussi liée à la masse plus faible donc à la gravité plus faible de Mars par rapport à la Terre, donc à une attractivité moins forte de Mars pour les comètes porteuses de glace, n’a pas permis le développement de mouvements de convexion aussi puissants liés à une croute aussi mince que sur Terre. De ce fait, les mouvements de convexion n’ont pu qu’esquisser une très faible tectonique des plaques (Valles Marineris, ou Isis Planitia ?) ce qui a permis la conservation quasi intégrale d’une surface planétaire très ancienne étendue sur des dizaines de millions de km2, alors que sur Terre ces mêmes surfaces témoins des premiers balbutiements de la vie, n’occupent plus aujourd’hui que quelques dizaines de km2 en Australie et au Groënland.

Seule note négative, la faible masse de Mars n’a pas permis la création au centre de la planète, d’un noyau métallique ferreux aussi pur et de périphérie aussi nettement délimitée qu’au centre de la Terre, ce qui n’a pas permis une rotation différentielle suffisamment efficace pour générer des champs magnétiques globaux protecteurs (sinon au tout début de l’histoire géologique). Depuis que l’atmosphère s’est appauvrie (vers -4 milliards d’années sauf intermèdes de plus en plus rares), il n’y a plus eu de protection au sol contre les radiations solaires et galactiques. Ces conditions ont été évidemment défavorables à la vie.

En dépit de cette dernière « note » négative, Mars constitue donc, de par sa masse, un laboratoire optimal pour déduire ce qu’a pu être la surface terrestre la plus ancienne, et un lieu où les conditions gravitationnelles devraient permettre à l’homme de vivre dans des conditions acceptables.

La semaine prochaine :

Bienheureux les Terriens car ils ont Mars comme planète voisine (2. La distance).

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Attention! Le Temps arrête sa plateforme de blogs le 30 juin 2023

Mon blog, “Exploration spatiale”, qui y était « chez lui » depuis huit ans a dû, comme les autres, prendre son envol pour migrer ailleurs plutôt que disparaître.

Vous me lisez donc aujourd’hui sur mon nouveau blog (créé par le développeur Dinamicom) qui reprend toutes les archives (425 articles et 5500 commentaires) du blog « exploration spatiale » hébergé par Le Temps.

Nom de ce nouveau blog: “Exploration spatiale – le blog de Pierre Brisson“. Lien vers le blog:

https://explorationspatiale-leblog.com

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Pour (re)trouver dans mon blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur (NB: j’ai repris cet index dans ce nouveau blog) :

Index L’appel de Mars 23 06 06

Si vous avez des commentaires à faire sur cet article, merci de les poster sur ce nouveau blog plutôt que sur l’ancien, pour faciliter les échanges.

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Vous pouvez aussi me lire sur contrepoints.org, porte parole des opinions libérales en langue française (Contrepoints est un media avec lequel j’entretien une relation déjà longue) lorsque sa direction estime mes articles intéressant dans son contexte éditorial.

https://www.contrepoints.org/

Vous pourrez encore me lire, de temps en temps, dans les pages du Temps dans la rubrique “Opinions/débats” quand la Direction du journal le jugera utile pour son lectorat général.

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A la semaine prochaine, même jour, même heure, sur:

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32 réponses

  1. Que voilà un beau plaidoyer !

    Peut-être faudrait-il établir un catalogue exhaustif des avantages et aussi des inconvénients.
    Pour commencer, vous mettez en évidence l’avantage d’une pesanteur réduite, mais non pas insignifiante, qui est l’un de ces atouts que vous illustrez bien en matière d’astronautique.

    Pour le catalogue des inconvénients — qu’il faudra bien aussi envisager de mentionner pour être complet — une première suggestion serait de parler de la dose de radiation reçue en surface sur Mars, que j’illustre simplement par ces deux chiffres : 0,274 μSv/h, soit 2,4 mSv/an sur Terre et 27 μSv/h, soit 236,52 mSv/an sur Mars. Ce facteur de presque 100 est assez impressionnant ; quasiment, une année sur Mars équivaut à une vie sur Terre.

    On se réjouit de lire dans une semaine ce second avantage que constituent les distances en jeu.

    1. Merci Monsieur de Reyff pour ce commentaire évidemment pertinent. Oui, il y aura beaucoup plus de radiations reçues à la surface de Mars que reçues à la surface de la Terre. Ce que je pense c’est que l’homme moderne passe très peu de temps hors des constructions (habitations, bureaux, etc…). Sur Mars ce sera pareil, d’autant qu’on utilisera beaucoup les robots. Je ne veux pas dire que l’on ne sortira pas mais qu’on pourra limiter les doses reçues en évitant de sortir plus que nécessaire. On portera des compteurs Geiger et on prendra des périodes de repos quand la dose reçue sur la durée deviendra dangereuse. Avec le temps on se refera une certaine virginité et on pourra ressortir.
      .
      Pouvez-vous nous dire si les chiffres que vous donnez prennent en compte la protection atmosphérique (et aussi la protection planétaire donnée par l’épaisseur même du sol que l’on aura sous les pieds)? On a en effet constaté dans le cratère Gale que les radiations reçues étaient de l’ordre de celles reçues à la distance de la Station Spatiale Internationale, soit moitié moins que dans l’espace situé à la distance de Mars par rapport au Soleil. Si l’on veut encore atténuer les radiations il faudra s’installer au fond de Hellas Planitia, la région la plus basse où la pression atmosphérique monte jusqu’à 1100 pascals (contre 615 au Datum). Au delà de cette réflexion il faut voir qu’il y aura toujours plus de HZE galactiques qui parviendront jusqu’à la surface de Mars et il faudra savoir si ces radiations bien particulières seront acceptables pour l’homme. Les premières missions habitées nous permettront d’obtenir une réponse.

  2. Il y a une certaine confusion dans cet article entre masse et poids. La masse m s’exprime dans le système d’unités internationales (SI), seul agréé aujourd’hui, en kg (ou son multiple la tonne, qui vaut 1000 kg). Le poids P, qui est une force, est donné par la masse multipliée par l’accélération g de la pesanteur, P=m.g, et s’exprime alors dans le même système SI en Newtons (pour être logique et cohérent, l’unité de poids ne peut être la même que l’unité de masse puisqu’il s’agit de deux grandeurs physiques différentes). Ainsi, une masse d’un kg a SUR TERRE environ un poids de 10 N ou 9,81 N pour être plus précis. Pour éviter des confusions, on ne devrait plus à notre époque utiliser les unités de masse pour exprimer des poids, tout particulièrement dans le domaine de l’astronautique avec des accélérations de la pesanteur différentes d’un corps céleste à un autre, sinon on s’y perd.

    1. @ M. Haldi
      On se souvient de nos lointaines leçons de physique du lycée… On y parlait encore de kilogramme-force (kgf) et de kiogramme-poids (kgp), une grandeur ayant la dimension d’une force et qui vaut tout simplement 9,81 newtons (N), ou, quasiment, un décanewton (daN) !

      La « salade » est, si j’ose dire, encore plus variée avec les unités de pression : à côté du sage et discret (car minuscule) pascal (Pa) qui vaut 1 N/m2, il y a encore les atmosphère (atm), bar, torr, ou millimètre de mercure (mmHg), pound per square inch (psi, livre-force par pouce carré), etc.
      Malgré l’introduction extrêmement pratique et cohérente du Système international d’unités (SI), dans beaucoup de domaines techniques on en est resté aux unités anciennes, sans parler du monde anglo-saxon qui répugne à s’y mettre. On le voit en ces temps troublés dans le domaine de l’énergie où, par exemple, les prix en bourse du gaz sont donnés, selon les Bourses, en dollars, en euros, en livres sterling, par MJ, par MWh, par Btu (et encore il y a deux Btu différant de 4 o/oo !), ou par therm… Les conversions ne sont pas aisées, car il y a encore les taux de change !
      On se souviendra encore de la perte lamentable de la sonde Mars Climate Orbiter qui s’écrasa le 23 septembre 1999, car deux programmes de calculs étaient basés, l’un sur une altitude en pied et l’autre en mètre, le parachute ne s’étant pas déployé à temps pour l’ultime phase d’approche.

      1. C’est pour être plus clair que j’ai choisi de faire les comparaisons en kg (poids). Je pense que c’est plus « parlant » pour le lecteur. Tout le monde ne se souvient pas forcément qu’un kg (masse) a un poids de 9,81 Newton sur Terre.

        1. A mon avis, cela introduit plutôt de la confusion. Surtout quand on s’intéresse à deux planètes avec des accélérations de pesanteur différentes. Ce n’est que sur Terre qu’un kg-masse correspondant à un kg-force (poids). Confondre les deux grandeurs n’est pas correct d’un point de vue conceptuel, surtout dans ce contexte.

  3. Je n’ai pas d’autres précisions sur ce chiffre pour Mars qui doit être celui enregistré par les détecteurs APXS et RAD de Curiosity en 2013. Celui-ci se trouvait alors justement dans le cratère Gale (150 km de diamètre et une couronne de 3’000 m de haut). Je n’ai pas trouvé mention d’une valeur moitié moindre précisément sur ce site. Mais Curiosity s’est approché ensuite de la couronne du cratère. Je pense que la mesure doit aussi dépendre de l’horizon dégagé ou non pour intégrer tout le ciel. Si une partie est cachée par la montagne, les radiations reçues vont diminuer.

    Si je me souviens bien, les équipages de l’ISS sont exposés à environ 1 mSv par jour, soit théoriquement 365 mSv par an. C’est pourquoi les séjours sont limités à 6 mois pour ne pas dépasser 180 mSv. Ce serait donc même un peu plus élevé que sur Mars…

    Mais l’expérience RAD a déjà fonctionné durant tout le trajet vers Mars. Il serait intéressant de connaître l’enregistrement en continu des doses reçues par la sonde avant son arrivée.

    1. J’ai trouvé ça sur internet :
      RAD’s data show that astronauts exploring the Martian surface would accumulate about 0.64 millisieverts of radiation per day. The dose rate is nearly three times greater during the journey to Mars, at 1.84 millisieverts per day.
      source: Scientific American, Mike Wall, Dec. 9th 2013. lien:

      1. Merci bien !
        Alors, ces 0,64 mSv/jour correspondent bien à 27 μSv/heure et à environ 233,6 mSv/an sur Mars, soit aussi 320 mSv en 500 jours de séjour sur Mars.
        De la valeur trois fois plus élevée pour un voyage de transfert Terre-Mars, en six mois, la dose reçue serait de 331 mSv.
        Au total, deux voyages de 180 jours, plus un séjour de 500 jours, cela ferait près de 1000 mSv reçus, soit l’équivalent de près de 6,5 ans dans la Station spatiale (ou 400 ans sur Terre), car je crois qu’il faut rectifier ceci : en six mois sur la Station ISS, la dose reçue est de seulement 75 mSv (l’équivalent de 30 ans sur Terre), soit 0,417 mSv/jour ou 17,4 μSv/heure.
        Voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mission_habitée_vers_Mars#Risques
        où un graphique de comparaison est très parlant.

  4. Je sais qu’aujourd’hui, nous parlons des avantages liés à la faible masse de la planète mais on peut dire aussi un mot à propos d’un complice de cette faible masse, à savoir la rotation de la planète autour de son axe.
    Un vaisseau spatial qui décollerait de l’équateur martien bénéficierait d’un petit coup de pouce, que ce soit pour le voyage de retour vers la Terre ou pour une mise en orbite afin d’y rejoindre un astronef.

    1. Tout à fait exact…et ça tombe bien puisque c’est à l’équateur que les conditions climatiques seront les moins dures. C’est donc très certainement dans la région intertropicale que s’installeront les futures colonies (autres contraintes: altitude la plus basse possible et présence d’un gisement de glace d’eau).

    2. Oui, vous avez tout à fait raison. L’effet sera quasiment du même ordre de grandeur relative sur Mars que sur Terre. Bien que la vitesse de rotation à l’équateur sur Mars soit bien plus faible (211,17 m/s contre 465,10 m/s sur Terre), la vitesse de libération sur Mars est aussi bien moinde que sur Terre (5,027 km/s contre 11,186 km/s), et le gain serait de 4,20% sur Mars contre 4,15% sur Terre. Ce sera effectivement toujours bon à prendre !

  5. La masse relativement faible de la planète Mars comporte aussi un avantage physiologique.

    Pour ceux qui feront du tourisme sur Mars, ceux qui n’y feront qu’un aller/retour, pour ceux-là, la faible gravité de Mars sera un handicap. De retour sur Terre, ils devront s’adonner à la kinésithérapie pour se réhabituer à la pesanteur terrestre.

    Mais il y a les autres, les colons, ceux qui finiront leur vie sur Mars. Ceux qui vieilliront sur Mars béniront cette faible pesanteur qui épargnera leurs articulations quand ils devront sortir de leur véhicule les achats effectués dans un supermarché local, car il y en aura. Les problèmes d’incontinence seront aussi moins aigus que sur notre Terre. À la limite, j’irai jusqu’à prétendre que certains Terriens décideront de finir leur vie sur Mars pour le confort apporté par cette faible pesanteur. On pourra même choisir Mars momentanément pour y traiter certaines pathologies que la pesanteur terrestre peut rendre douloureuses, comme, entre autres, certaines fractures ou des problèmes vasculaires.

  6. Très heureux de constater que la même passion habite toujours les commentateurs et Monsieur Brisson lui-même. Passion vitale mais exigeante. Vitale parce que rester prisonnier de la terre encore quelques siècles sera un jour dangereux ou, au mieux, bien moins confortable. Exigeante car on ne va pas sur Mars en caravelle, ni sur un radeau, encore moins en marchant sur la glace. Nous avons à développer un brainstorming intense, à faire appel à une intelligence artificielle des plus évoluée, efficace, contrôlée pour accélérer notre créativité dans la mise au point de propulseurs, dans la défense de notre organisme, dans la maîtrise des ressources. Reste aussi l’hypothèse d’une planète habitable extrêmement lointaine qui demanderait plusieurs générations pour être atteinte. Malheureusement, on n’en connaît pas encore et Mars s’avère être une étape plus qu’utile pour en apprendre davantage et surtout pour nous forcer à mieux connaître l’univers dans ses conditions de vie extraterrestres, nous contraindre à faire les progrès qui nous sauveront peut-être un jour.

  7. En caravelle ?

    Petit rappel d’histoire : n’oublions pas que, le 3 août 1492, Christophe Colomb partit de Palos de la Frontera avec une escadre de trois vaisseaux, une caraque, la Santa Maria, comme navire amiral, et deux caravelles, la Pinta et la Niña, pour arriver « aux Indes » le 12 octobre. Après échouage sur des récifs de la Santa Maria dans la nuit de Noël, le retour dès le 16 janvier 1493 s’est fait avec les seules deux caravelles, la Pinta (avec son capitaine, Martin Alonso, l’un des frères Pinzón qui participèrent tous trois à l’expédition) arrivant la première le 3 mars à Baiona, alors que la Niña arrive un jour plus tard avec Christophe Colomb qui débarque à Lisbonne dans l’estuaire du Tage. Et déjà le 25 septembre, Christophe Colomb reprendra la route depuis Cadix, cette fois avec dix-sept navires, la colonisation est vraiment lancée…

    Ne devrait-on pas s’inspirer de cela pour un tout premier voyage habité vers Mars ?
    Envoyer une escadre rapprochée de deux ou, mieux, trois vaisseaux, la redondance ici ne permettant très probablement pas de se porter facilement secours l’un à l’autre en cas de pépins durant le transit, mais d’assurer, d’une part, à l’arrivée une équipe suffisante pour gérer le séjour d’une première année et demie obligatoire, mais complexe, sur place, et, d’autre part, au départ, au moins un vaisseau en ordre de marche.

    Qu’en pensez-vous ?

    1. Je suis tout à fait d’accord avec vous. Cela rejoins ce que j’écrivais dans mon récent article sur la redondance (« Mars, la vie en double »). Il sera absolument indispensable d’envoyer deux ou trois vaisseaux ensemble lors des premières missions habitées. Il en va de la survie des hommes qui seront embarqués dans cette aventure.

    2. On reviendrait à la conception de Wernher von Braun dans « The Mars Project » en 1948-1952 qui prévoyait pour la première expédition martienne une armada de 10 vaisseaux, totalisant 37’000 tonnes en orbite terrestre basse et avec un total de 70 astronautes à bord. La date prévue pour cette expédition était 1965! Nous avons juste un « léger » retard!

      1. The Mars Project a été « lancé » après la seconde guerre mondiale dans l’euphorie de la victoire, à une époque où tout semblait possible aux Etats-Unis.
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        A mon avis, plus personne n’envisage une telle armada. Outre une vision plus réaliste des coûts et des masses, la raison essentielle est que l’on a compris, grâce à Robert Zubrin, qu’il fallait utiliser les ressources locales (ISRU). Dans le projet de Von Braun, on devait prendre avec soi tout ce dont on devrait avoir besoin.
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        Aujourd’hui, pour des raisons essentielles de sécurité (redondance) il serait plus que logique de faire partir ensemble deux vaisseaux spatiaux.

        1. Bien sûr que les temps, et les circonstances, ont changé et qu’il n’est évidemment pas question de « réactiver » le projet de von Braun des années 1950 (je ne l’ai mentionné que pour rappeler que l’idée d’une expédition martienne comprenant plusieurs vaisseaux ne date pas d’aujourd’hui)! N’empêche que, même si la vision de von Braun pêchait par excès d’optimisme et d’enthousiasme, on a quand même pris un sacré retard dans l’exploration spatiale, … et à mon avis on n’a malheureusement pas fini de voir les retards sur les prévisions, même actuelles, s’accumuler encore.
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          Pour revenir au « Mars Project » susmentionné, il faut relever que la raison de l’ampleur de l’armada prévue était justifiée à mon avis par le fait que cette dernière serait partie vers une destination alors quasi inconnue (un peu comme Christophe Colomb!), il fallait donc être paré pour toutes éventualités. Ce qui a changé aujourd’hui est que l’on connaît Mars presque aussi bien que notre propre planète. On peut donc envisager de s’y rendre avec des moyens plus réduits mais beaucoup mieux ciblés et adaptés (et avec une plus grande sécurité).

  8. On en revient à la question-problème: il nous faut plus de puissance, plus de moyens, plus de connaissances. Elon Musk rencontre des difficultés pour un seul vaisseau. Alors trois! Mais vous avez raison pour plus de sécurité, pour de meilleures conditions de vie. J’ai foi en l’homme et ce n’est qu’une question de temps. Les gens qui veulent rester « tranquillement » sur terre regretteront très fort le jour où des minerais, des connaissances reviendront d’autres planètes. Evidemment si l’on pouvait avoir plus de volonté, une coopération de plusieurs pays, on avancerait. La politique c’est une question de choix. « Faire les bons choix » comme disait l’autre. Se taper dessus ou s’aider les uns les autres. Le CERN développe un accélérateur de particules en forme d’anneau. Le jour où on en aura un grand nombre, on pourra peut-être protéger les astronautes dans une sphère constituée de nombreux anneaux en plusieurs couches. Ces anneaux seraient des accélérateurs dans lesquels des particules « canalisées » magnétiquement percuteraient celles des rayons cosmiques seules autorisées par les aimants à y pénètrer car très puissantes et sous un angle différent. J’en conviens, il ne s’agit que d’une science-fiction bien irréalisable actuellement mais je revendique ma liberté de rêveur.

  9. Dans le LHC du CERN, dans le tube circulaire de 26,7 km et de plusieurs dizaines de cm de diamètre, il n’y a pas un faisceau continu de particules, mais des bouffées, des paquets de protons qui sont étalés sur quelques cm de longueur dans leur sens de déplacement et de 1 mm d’épaisseur, mais espacés de 7,5 m. Même avec une hypothétique sphère bardée d’anneaux, la structure resterait assez poreuse et les particules cosmiques, même pas les plus énergétiques, trouveraient toujours de quoi passer entre les mailles du filet.
    On ne devrait compter que sur une magnétosphère artificielle, une coquille magnétique, exerçant une pression magnétique et entourant la sonde spatiale pour se protéger. Mais l’intensité de ce champ magnétique doit être d’autant plus élevée que l’on veut faire écran à des particules très énergétiques.

  10. On pourrait même étendre l’affirmation « bienheureux les Terriens » à tout le Système solaire puisque tous les corps célestes à surface solide (les seuls sur lesquels on peut imaginer se rendre un jour), planètes ou satellites, y sont accessibles aux êtres humains pour ce qui est de la pesanteur qui y règne en surface. Notre planète est en effet celle qui a l’accélération de la pesanteur la plus élevée des corps en question. A noter que dans l’hypothèse d’une colonisation permanente de la planète Mars, les descendants des premiers colons venus de la Terre, nés et élevés sur une planète dont la gravité n’est qu’un tiers environ de celle de la Terre, auront très probablement les plus grandes difficultés à venir visiter la planète d’origine de leurs ancêtres si l’envie leur en venait!

      1. On a déjà testé l’adaptation des humains à une gravité inférieure à la gravité terrestre, mais pas l’adaptation à une gravité supérieure.

      2. Justement, ce problème ne se pose pas aux Terriens tant qu’on reste dans le Système solaire, c’est ce que je voulais souligner. C’est là une très grande chance (imaginons que ce soit sur Mars que l’espèce humaine se soit développée!),
        Quant à aller sur une Superterre, donc voyager entre les étoiles, pour très longtemps, si ce n’est pour toujours (l’organisme humain est sans doute trop fragile, et sa longévité trop courte, pour cela), on est là dans la pure science-fiction, voire même fantaisie-fiction!

        1. C’est pour cela que les Terriens doivent apprécier leur chance que la planète la plus proche de la Terre, à portée de leurs fusées, soit une planète de la masse de Mars, c’est à dire (1) une planète en surface de laquelle ils pourront se déplacer avec un équipement de support-vie relativement lourd et (2) une planète de laquelle ils pourront repartir avec une poussée beaucoup plus faible que celle qui leur aura été nécessaire pour quitter la Terre.
          Ce qui est extraordinaire c’est que la masse de Mars aurait été beaucoup plus importante, peut-être égale à celle de la Terre ou Vénus, si Jupiter n’avait pas fait une incursion dans la zone où Mars s’est ensuite formée.

  11. Savez-vous pourquoi Mars n’a pas pu retenir son atmosphère alors que Titan, plus petit que Mars, a pourtant une atmosphère de 1,5 bar ?

    1. Saturne, et donc sa « lune » Titan sont beaucoup moins soumises aux effets du vent solaire que Mars qui est nettement plus proche du Soleil. D’autant moins que le vent solaire aux environs de Saturne doit être dévié par le très fort champ magnétique (540 fois supérieur à celui de la Terre) de la planète aux anneaux. Mais il se peut qu’il y ait encore d’autres raisons que j’ignore.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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