EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

Le deuxième test de vol orbital du Starship était très attendu. Il a eu lieu ce matin à partir de la Starbase de SpaceX à Boca-Chica, quelques petites minutes après 8h00 (notre heure Ouest-européenne) et il a démontré que SpaceX avait effectué de gros progrès depuis son premier test du 20 avril dernier.

Le décollage a été effectué dans les temps, sans qu’il ait été jugé utile d’utiliser la totalité des 40 secondes de réflexion avant la mise à feu.

Au moment de la mise à feu, le déluge d’eau ultra-froide a parfaitement fonctionné puisque la plateforme de lancement et le socle en béton recouvert de son bouclier d’acier, a bien « tenu le coup ». Il n’y a donc eu aucun dégât notable pour l’environnement.

Entre 112 et 120 secondes après le décollage et entre 12 et 16 km d’altitude, le vaisseau Starship monté sur son lanceur SuperHeavy, a franchi sans encombre son MaxQ, point de tension mécanique maximum de l’ensemble.

Après 2min 40s la plupart des moteurs (30 sur 33) du lanceur se sont éteints, comme prévu, préparant la séparation du vaisseau de son lanceur.

Ce vaisseau a simultanément mis à feu ses 6 moteurs ce qui lui a permis de se libérer du lanceur. Ce fut fait également exactement dans les temps (2min 46s) et sans dommage apparent pour ce second étage.

Les 6 moteurs du Starship ont donc pris le relais et ont poussé le vaisseau plusieurs minutes en altitude. Le vaisseau a finalement atteint 149 km, 6 mn 19s après le décollage et dépassé les 24.000 km/h, 8min 3s après le décollage.

Le test qui portait essentiellement sur un décollage sans dégât et une séparation par « hotstaging » efficace a donc pleinement réussi. Pour rappel le hotstaging est la mise en route du vaisseau avant détachement du lanceur (ce qui déclenche ce détachement), grâce à un anneau (hot stage) disposant d’un socle renforcé (« blast shield ») pour protéger le lanceur des flammes et de la température des gaz éjectés du vaisseau, a donc réussi.

Deux points restent à travailler cependant :

Le SuperHeavy a explosé peu après la séparation (à 3min 19s) au lieu de retourner intact vers le Golfe du Mexique (à l’avenir il doit être récupéré et réutilisé). Ceci prouve évidemment que la protection du SuperHeavy si elle a été suffisante pour appuyer l’appel du Starship, n’a pas été suffisante pour sauvegarder le lanceur.

Le Starship a été perdu (destruction automatique) 8min 8s après le décollage, alors qu’il n’avait pas tout à fait terminé son ascension et atteint la fourchette d’altitude prévue (de 150 à 250 km). Les raisons ne sont pas encore connues, sans doute une perturbation trop forte lors de la séparation avec le lanceur mais il est à noter que le vol a continué sur une bonne trajectoire après la séparation avec tous les 6 moteurs en fonctionnement.

Je m’attends à ce que « certains » (ceux qui sont par principe hostiles à SpaceX…il y en a) disent que ce deuxième test est un semi-échec. Mais je crois que les ingénieurs de SpaceX et Elon Musk s’en moquent. Je dirais moi, plutôt, que c’est un second test réussi car il a montré que les défauts remarqués lors du premier test ont été corrigés tout en mettant en évidence d’autres faiblesses qui n’avaient pas pu être constatées lors du premier test. SpaceX a dit et répété que nous sommes dans un processus d’ajustements itératifs et comme on l’a vu avec la différence entre le deuxième et le premier test, aussi bien qu’avec la mise au point des autres fusées du groupe, cela marche.

« Nous » sommes donc sur la bonne piste et je ne doute pas que la prochaine fois le vol se passera normalement jusqu’à l’amorce de l’atterrissage (ou plutôt de l’amerrissage puisque le vaisseau doit retomber dans l’Océan Pacifique au nord de l’ile de Kauai, à l’extrémité occidentale de l’archipel de Hawaï). Ce sera l’occasion de constater ou non si le vaisseau est bien équipé pour la rentrée dans l’atmosphère. Il ne montera peut-être pas plus haut que 250 km mais il arrivera dans l’atmosphère avec la même énergie que s’il venait de l’orbite basse.

Bravo SpaceX !

Les photos (captures d’écran SpaceX) :

Décollage:

Envol:

Séparation lanceur / vaisseau

Explosion lanceur

Destruction automatique vaisseau

Hotstaging ring

Plan de vol

Illustration de titre: Le Starship en vol, 17 secondes après son décollage.

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Index L’appel de Mars 23 11 17

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28 Responses

  1. et bien les antispace x parlent d echec ! personnellement je suis ebloui par les progres effectues depuis le premier vol du mois d Avril; Bon il reste un travail de mise au point qui va demander quelques travaux supplementaires et quelques vols tests encore:mais ELON MUSK detient deja le bon engin et je mesure toute le difference par rapport a ARIANE 6 .

  2. Il ne s’agit pas d’être anti- ou pro-SpaceX (plutôt, Starship en l’occurrence), ce qui est ridicule car on n’est pas ici en politique (!), mais de procéder à une analyse aussi froide et objective que possible, On peut évidemment toujours voir le verre à moitié-plein ou à moitié vide quand un test n’est pas totalement réussi. Du côté, « moitié plein », on peut constater que les défauts constatés lors du premier essai semblent avoir été corrigés, En particulier, le site de lancement n’a pas vraiment souffert apparemment cette fois (l’étendue exacte d’éventuels dégâts reste cependant encore à être déterminée) et la séparation des deux étages s’est bien passée; par ailleurs, le vol a duré une dizaine de minutes contre quatre la première fois. Reste, du côté « à moitié vide », que la simple mise en orbite terrestre n’a une nouvelle fois pas été atteinte et que l’ensemble SuperHeavy/Starship a encore du chemin à parcourir en matière de fiabilité pour envisager de l’utiliser dans le cadre de missions habitées; cela va demander encore plusieurs essais (totalement réussis cette fois) et donc du temps. Or le temps presse si le Starship veut être au rendez-vous de la première mission lunaire du programme ARTEMIS; c’est le point qui me préoccupe,
    En résumé, en plaisantant un peu, je dirais que le premier essai a permis de faire la première moitié du chemin vers une certification du Starship pour vols habités, et la deuxième une nouvelle fois la moitié du chemin restant; mais on sait qu’à parcourir à chaque coup la moitié du chemin restant, on n’arrive au but qu’après un temps infini 🙂 ! Il faut donc espérer que le prochain test ET LES SUIVANTS, soient cette fois totalement concluants, et dans un délai pas trop long dans la mesure du possible (sinon, que va faire la NASA avec le programme ARTEMIS?); rappelons à ce propos que SpaceX avait annoncé un premier vol VERS MARS en 2022 (!) lors de la première présentation de son nouveau système de transport interplanétaire, on en est encore très loin.

    1. Il ne faut pas oublier que si la FAA n’avait pas retardé pour des motifs futiles le second test, il aurait déjà eu lieu dès le 10 septembre lorsque SpaceX avait annoncé avoir effectué les modifications demandées par cette même FAA (et dont de toute façon elle voulait elle-même faire la quasi-totalité puisque le besoin résultait de l’expérience). Le délai est donc largement dû à l’administration américaine poussée par le lobby écologiste.
      .
      Par ailleurs, il ne faut pas négliger que l’avancement de la mise au point du Starship est itératif. Elon Musk insiste à chaque fois dessus, avant les essais. Tout le monde aurait préféré que le vol aille jusqu’à son terme mais il n’y a pas eu de déception parce que on ne s’y attendait pas.
      .
      Enfin les progrès accomplis depuis le premier test ne sont en rien négligeables. Le premier vol a certes duré 4 min mais dès 2 min 40s, on savait que quelque chose n’allait pas (et déjà tous les 33 moteurs ne s’étaient pas allumés au décollage). Au cours du second vol la défaillance du vaisseau n’est apparue que vers 7 min. Et surtout le décollage (avec allumage et fonctionnement de tous les moteurs) et la séparation du vaisseau se sont très bien passée.

      1. « Le délai est donc largement dû à l’administration américaine « . A quel délai est-il fait référence ici? En ce qui me concerne, je parlais de celui d’un vaisseau spatial qui n’a pas encore fin 2023 atteint la simple orbite terrestre, alors que selon le programme initialement annoncé il aurait dû se poser sur Mars en 2022. Et ça, ce n’est pas la FAA qui en est responsable! A remarquer aussi que le SLS, même si on peut discuter de la pertinence de sa conception, a, lui, réussi son « maiden voyage » du premier coup. Quant au dernier paragraphe, c’est très juste et à mettre dans le « verre à moitié plein », … comme je l’ai précisément écrit dans mon commentaire. Et pour ce qui est du « verre à moitié vide », mes observations restent valables, en particulier pour ce qui concerne le retard à prévoir sur le calendrier non seulement annoncé, mais qui devrait impérativement être tenu pour permettre la réalisation du programme ARTEMIS (assez mal parti donc, je le crains), et on ne parle même pas de très hypothétiques missions martiennes à ce stade.

        1. La méthode de développement du SLS a été différente de celle du Starship. Les concepteurs du SLS n’ont pas la même approche de « trials and errors » que SpaceX. Les concepteurs du SLS n’ont pas voulu suivre cette méthode mais Elon Musk, lui, la revendique sans équivoque aucune.

          1. En effet, mais est-ce la bonne approche pour un système aussi complexe et coûteux que le Starship? En s’appuyant sur des échecs technologiques historiques retentissants (entre autres celui du V1, qui n’est devenu, bien malheureusement dans ce cas, fiable que quand ses concepteurs ont abandonné cette approche), le professeur qui nous enseignait les analyses de risque à l’EPFL disait que cette approche ne convient guère dans ce cas parce qu’à chaque test on a en fait affaire à un nouveau système dès que les modifications apportées touchent un grand nombre de sous-systèmes. D’une certaine manière, on repart donc à chaque fois un peu à zéro. Mais espérons que SpaceX arrive effectivement à maîtriser cette difficulté; on verra bien lors des prochains essais.

  3. J’ignore s’il y a des personnes hostiles par principe à Space X, mais il ne devrait pas y en avoir contre le Starship puisque ce programme n’est pas à la charge du contribuable. On ne peut au contraire que souhaiter son succès. Et s’il rencontre des difficultés, personne ne va bien sûr jeter la pierre à l’industriel qui, pour l’instant, en supporte l’intégralité du coût sur ses fonds propres.

    Cela étant, s’il faut qualifier l’essai à l’aune de la mission qui avait été annoncée, c’est un échec. Et c’est le deuxième consécutif, une statistique à laquelle nous n’étions plus habitués depuis longtemps pour la mise au point de lanceurs occidentaux.

    Quant à savoir s’il est vrai que Space X était prêt quand il l’a affirmé le 10 septembre (tout en sachant que la FAA ne l’autoriserait avant plusieurs mois), nous n’en savons rien. L’inverse est plus probable.

    Ne comptent de toute façon que les résultats de l’enquête, qu’il faut évidemment maintenant attendre.

    Pour ce qui est du calendrier d’Artémis et du retour sur la Lune, je crois malheureusement que peu de professionnels y croyaient de toute façon, et ce depuis l’annonce du programme. Rappelons qu’en 2020 la NASA ne le prévoyait pas avant 2028, et qu’en général ce genre de date glisse.

    Si l’on compare enfin à Ariane 6, puisque mention en est faite, Ariane a pour l’instant 3 ans de retard, le Starship le double et deux échecs. La comparaison, si elle a un sens, n’est pas pour l’instant nécessairement au détriment du lanceur européen

    1. On ne peut comparer la difficulté à faire voler une fusée d’un type jamais réalisé (Starship) avec celle rencontrée pour faire voler une fusée classique (Ariane 6) que plusieurs pays lancent aujourd’hui normalement (dont les Etats-Unis et la Chine).
      .
      Je refuse de parler d’échec pour un test. Un test permet de mettre en évidence les faiblesses d’un prototype en cours d’élaboration. Cela a été clairement annoncé avant le vol. C’est une méthode de travail particulière clairement revendiquée par Elon Musk (il vaut mieux modifier un concept avant d’aller trop loin en le considérant comme sûr alors qu’il peut avoir des conséquences négatives sur d’autres concepts eux aussi en développement). Très probablement le hotstaging sera modifié car même si théoriquement il devait fonctionner, ce n’a pas été le cas.

  4. En fait, il y a débat: le principe d’un lanceur avec de nombreux moteurs est-il la bonne formule? L’avenir va le dire mais on peut aligner des arguments à la lueur de ce que nous constatons. Bien sûr, les ingénieurs de Musk sont très, très forts en programmation pour gérer et contrôler le fonctionnement des 33 moteurs. Voir Tesla. Mais il n’empêche qu’il faut que les ordinateurs de bord détectent et pallient très vite la moindre défaillance. Développer un engin avec moteur unique ou du moins fonctionnant un seul à la fois, reste une piste plus qu’intéressante surtout si l’on pouvait en augmenter considérablement la puissance. Même Einstein y allait de sa dose de science-fiction (ou pas) avec sa proposition de moteur à anti-matière, lequel demanderait d’en produire en grande quantité. Il n’est pas sûr que les choses tournent en faveur du starship. A force d’essais, Musk va peut-être trouver les formules nécessaires mais ESA ou NASA restent en piste (surtout si vous êtes superstitieux: jamais deux sans trois). Musk aurait été capable de faire plus vite que tous ses concurrents mondiaux mais se pourrait-il qu’il ait choisi une voie trop difficile? Attendons… mais on est quand même impatient!

    1. Je vous rejoins assez sur la question de la conception-même du Starship qui m’interpelle depuis le début. Par « déformation professionnelle » peut-être, j’ai tendance à accorder plus de confiance à des résultats de calcul (analyse probabiliste en l’occurrence) qu’à des sentiments ne reposant que sur des appréciation heuristiques. Or les premiers soulèvent des doutes sur la pertinence de multiplier à ce point les moteurs du « booster », parce que cette option impose une fiabilité TRES élevée de chacun des moteurs. Il faut certes saluer le fait que samedi les 33 moteurs aient apparemment fonctionné à satisfaction, du moins au décollage (cela s’est gâté par la suite semble-t-il), mais on ne peut tirer une conclusion statistiquement valable d’un seul événement. La navette spatiale par exemple a aussi réalisé de nombreux vols avec succès, et dans ce cas dès le premier vol, mais cela ne l’a pas empêchée de connaître deux accidents graves par la suite. Seuls PLUSIEURS vols pleinement réussis (dont le nombre va augmenter avec chaque échec enregistré, qu’il soit ou non « partiel ») permettra de se convaincre, et convaincre les autorités de certification, que SpaceX a réussi à donner aux Raptors la fiabilité nécessaire (qui tournait autour des 90% dans les premiers essais, ce qui n’était de loin pas suffisant). Et, je le répète, cela va nécessairement demander pas mal de temps. Espérons, comme vous l’écrivez, qu’Elon Musk n’a pas cherché, cette fois, à faire un pas en avant trop grand.

      1. Inexact. Les 33 moteurs ont fonctionné jusqu’à + 2 min 38 s c’est à dire le début, prévu, de la manœuvre de séparation du vaisseau de son lanceur (procédure « MECO »). 3 moteurs sont ensuite restés en fonction, comme il était également prévu.
        .
        Elon Musk n’a pas fait un pas en avant trop important, il a fait un test.

        1. Par « pas en avant », je ne parlais pas de l’essai de samedi dernier (voir le message de Martin auquel je répondais), mais de la conception adoptée pour le Starship qui me laisse un peu sceptique pour l’instant par rapport aux objectifs visés. Mais je ne demanderais bien sûr pas mieux que d’avoir eu tort de m’inquiéter, …. mis à part les retards qui, eux, sont déjà avérés et commencent à poser problème pour le programme ARTEMIS.

      2. La probabilité de bon fonctionnement d’un Super Heavy à 33 moteurs est en effet un point critique. Mais du moins ce 1er étage est-il inhabité.

        Le 2ème étage, le Starship proprement dit, accueillera en revanche des équipages. Ce qui s’est produit hier, c’est donc – aussi – l’explosion d’un vaisseau habité après quelques minutes de vol, et ce pour la 2ème fois de suite. C’est pratiquement sans précédent dans l’histoire spatiale. Si cela devait se reproduire avec un équipage, il n’aurait aucune chance. Or l’emploi du Starship en mode propulsif, c.à.d. comme hier, n’aura rien d’exceptionnel.

        Ce tir pose donc de sérieuses questions relatives à la sécurité, et notamment au choix d’un habitacle non détachable en cas d’incident (pour autant qu’on sache). En son temps, un choix similaire a coûté la vie aux passagers de Challenger et hypothéqué l’avenir de la Navette. Il sera intéressant de voir comment Space X y répond.

  5. Après cette deuxième tentative je reste sur mes impressions de départ envers cette formule. Je reste convaincu qu’il y aura d’autres problèmes (c’est logique) et je reste pour l’instant septique sur la future efficacité de la résistance à la rentrée atmosphérique du starship !
    Il y a cependant un rappel qui se fait à propos du passé entre Saturne 5 et la N1, au niveau de la motorisation.
    1) Saturne 5 a toujours fonctionné lors de tous ses lancements !
    2) La N1, 5 tirs, 5 échecs !

    En tout cas pour l’instant il n’est pas sur la lune et encore moins sur Mars.

    1. Vous avez raison sur la comparaison entre Saturne 5 et N1. Et il y avait bien 30 moteurs pour propulser le premier étage de la N1, ce qu’on peut évidemment comparer aux 33 moteurs du Starship.
      .
      Ceci dit,
      (1) nous ne sommes pas à la même époque. La dernière tentative de lancement de la N1 remonte à 1972!
      (2) il n’y a pas eu de défaillance de moteur(s) lors du deuxième test du Starship.
      (3) nous sommes aujourd’hui à l’époque de l’électronique et de l’informatique et nous entrons dans l’ère de l’intelligence artificielle. Les contrôles que l’on peut effectuer sur le fonctionnement des moteurs (en groupe et séparément) sont donc presque infiniment plus rapides et plus précis. A noter, outre le contrôle de sécurité que, lors de ce second test, les moteurs étaient équipés d’un Thrust vector control (TVC) qui permet de diriger très précisément la poussée de chacun des moteurs. Aucun défaut de fonctionnement de ce système n’est apparu lors de l’essai.

    2. Juste une petite rectification historique, la fusée lunaire N1 soviétique a connu 4 échecs au lancement entre 1969 et 1972, et non 5. A noter aussi que l’assemblage de moteurs était nettement moins compact que celui du Starship, ce qui rendait moins important le risque de « propagation de défaillances » (qui s’est produit quand même dans certains des essais ratés). Ensuite et en conséquence le programme a été abandonné. Souhaitons que le Starship ne connaisse pas un sort similaire.

  6. J’ajoute un commentaire de Jean-Jacques LOUIS qui m’écrit qu’il n’a pas pu le poster:

    quote:

    On ne réussit pas une telle mission en un lancement. Entre le premier
    essai d’une Saturn et la première mission habitée vers la Lune, il s’est
    écoulé près de dix ans. En plus, SpaceX réalise ça avec ses propres
    fonds et sans le soutiens d’un programme militaire. On peut donc dire
    qu’Elon Musk est sur la voie du succès. Sur Mars vers 2035 si tout se
    passe bien.

    En ce qui concerne la Saturn, la NASA ne partait pas de zéro. Avant que
    cette fusée soit destinée à l’astronautique civile, elle avait été
    étudiée en vue d’un projet militaire.

    Le premier lancement d’une Saturn a eu lieu fin 1961 c’est-à-dire un an
    avant l’inoubliable « We choose to go to the Moon » de Kennedy à la Rice
    University. Il faut attendre 1964 (trois ans) pour réaliser une mise en
    orbite suivie d’une rentrée dans l’atmosphère. C’est au cours du
    deuxième vol de 1964 qu’une maquette du vaisseau Apollo est mise sur
    orbite et récupérée.

    Et c’est seulement fin 1967 qu’une Saturn V met sur orbite terrestre un
    vaisseau Apollo sans équipage mais accompagné du module de commande et
    de service.
    Il faut encore attendre 1968 pour qu’un vaisseau Apollo soit mis sur
    orbite terrestre avec un équipage et, quelques mois plus tard, sur
    orbite lunaire. À partir de ce dernier essai, tout va se dérouler très
    vite et en juillet 1969, le rêve de Kennedy est réalisé.

    Cela dit, pendant ces dix années d’essais, aucun vol ne s’est terminé
    par une explosion. L’incendie d’Apollo 1 a eu lieu au sol et non au
    cours d’une mission.

    Pour le cinquantième anniversaire d’Apollo 11, le Smithsonian National
    Air and Space Museum a conçu et organisé un show remarquable à
    Washington. On pouvait y assister au discours de Kennedy en 62 et à une
    projection sur le Washington Monument du lancement de la Saturn V.
    youtube.com/watch?v=R7ayx7CuKFs . À l’émotion qu’on peut lire sur le
    visage des spectateurs, il est évident que l’enthousiasme pour la course
    à l’espace reste très vivant.

    Unquote

    1. Le vol de fin 1961 est celui d’une Saturn I. ll n’y a pas plus de rapport entre Saturn I et V qu’entre Falcon et Starship. Et en 1961, si la NASA ne partait pas de zéro, c’en n’était pas loin. Elle même n’avait été crée que 3 ans plus tôt.

      Entre le premier vol d’une Saturn V et la première mission habitée vers la Lune (Apollo 8), il ne s’est en réalité écoulé que 13 mois. Et 20 mois si l’on parle de l’atterrissage (Apollo 11).

      Ces temps se comparent de toute façon mal avec ceux d’aujourd’hui. A l’époque, le seul objectif était le délai, arriver avant fin 1969, et tout le reste lui était subordonné.

  7. je pense que l on a franchi avec space x une grande etape : lanceur recuperable et beaucoup moins couteux de part les materiaux utilises et les carburants utilises: c est une nouvelle generation de lanceur qui « efface » l ancienne generation. Avec ce lanceur SpaceX peut aller sur la Lune par ses propres moyens et qui plus est il s agit d une entreprise privee qui vient de demontrer une efficacite superieure aux enormes structures d etats. Maintenant j attends de pouvoir contempler les dessins du module starship version lunaire.

  8. Je pense qu’il est préférable de ne pas citer Christophe Colomb en exemple dans ce contexte! Cet aventurier est parti sans savoir réellement où il allait, qui plus est sur la base de calculs erronés (diamètre de la Terre sous-estimé, alors que sa valeur à peu près exacte était déjà connue à son époque), est arrivé en Amérique en se croyant parvenu aux Indes, n’a jamais reconnu son erreur … et par ailleurs n’a rien découvert du tout, même pas du point de vue européen puisque les Vikings l’avaient précédé. Sans parler des conséquences désastreuses pour les populations autochtones qu’a eues cette expédition. Vraiment pas un exemple à suivre en matière d’exploration/découverte (bon, c’est vrai qu’on ne risque pas trop de déranger des autochtones sur la Lune ou Mars) 🙂 !

  9. Oui, je suis d’accord le rapprochement Christophe Colomb vs conquête de Mars est douteux. Le contexte a beaucoup évolué et j’avais surtout pour intention de montrer que l’opposition aux voyages dans l’espace reste forte… ce que monsieur Brisson a déjà souligné. Il faut toujours démontrer que volcans, guerres, astéroïdes, maladies sont une menace pour laquelle nous devons chercher des solutions. Je dormirais mieux si des humains survivant dans des conditions certes terribles sur Mars ou la lune, se tenaient prêts à repeupler la terre après la catastrophe. Sinon dans un futur que j’espère lointain, nous disparaîtrons. Ce serait bien d’éviter cela. Christophe Colomb a été précédé par les Vikings en Amérique mais les relations intenses de l’Europe avec le nouveau monde n’ont réellement commencé qu’avec lui

    1. « mais les relations intenses de l’Europe avec le nouveau monde n’ont réellement commencé qu’avec lui », … pour le plus grand malheur des Amérindiens malheureusement; mais, de nouveau, ce qu’il y a de bien est que cela n’a aucun risque de se produire dans le cas de la « colonisation » de la Lune ou de la planète Mars (et les calculs préalables relatifs sont quand même aujourd’hui un peu moins fantaisistes, sans compter que l’on ne part plus vers l’inconnu, ces deux astres étant maintenant presque aussi bien cartographiés que notre bonne vieille Terre)!

  10. Bonjour Pierre Brisson
    Il y a une startup interressante qui developpe une fusee 2 etages assez petite 17 m et equipee de moteurs Navier realises en impression 3d : Latitude fusee nommee ZEPHIR ; cela rappelle Space x a ses debuts. Propulsion kerosene /oxygene. Cible: les microsatellites.

    1. Oui, il semble que le NewSpace européen commence à bourgeonner. Le problème ce ne sont pas les idées, mais les financements. L’Europe de ce point de vue n’est, hélas, pas l’Amérique!

      1. Oui en effet on retrouve ce probleme dans nombre de domaines : mais bon le financement necessite par la suite des retours et on comprend que les financiers puissent hesiter.
        Et aussi le premier vol de blueorigin est annonce pour 2024:la j attends cela avec impatience parce que c est une mega fusee qui va entrer en competition avec space x ! en particulier pour Mars.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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