L’intelligence « claude.ai » me donne son opinion sur les missions habitées pour Mars
Cette semaine, j’ai interrogé le logiciel (« chatbot ») d’intelligence artificielle « claude.ai » sur la faisabilité des missions habitées pour Mars. Cette intelligence artificielle (IA ou AI) m’a été recommandée comme la plus sécurisée pour l’utilisateur, par ma sœur qui vit aux Etats-Unis et qui est spécialiste en cybersécurité. Je vous transmets ci-après nos échanges car je trouve qu’ils donnent un bon exemple de ce qu’on peut obtenir aujourd’hui avec l’IA. Je mets en italique mes demandes et réponses/remarques. Vous verrez sa réaction sur une erreur qu’elle a commise et que je lui ai signalé. J’aurais pu lui faire préciser d’autres points, notamment comment on devrait protéger les passagers contre les radiations causées par une propulsion nucléaire du vaisseau car sa réponse est confuse (elle ne fait pas la différence entre utilisation pendant le voyage et utilisation sur le sol de Mars alors que je l’interroge précisément sur l’utilisation pendant le voyage). Ce sera pour une autre fois ! Par ailleurs j’ai été étonné qu’elle n’utilise pas tout le nombre de mots que je lui avais donné pour me répondre. Cela lui aurait permis d’être plus précise et pertinente.
NB: Claude a été développée et appartient à la société américaine Anthropic. Celle-ci a été fondée en 2021 par d’anciens membres séniors d’OpenAI. La version « Claude 3.5 sonnet » date de juin 2024. La société a été capitalisée par Amazon et Google. Le nom de « Claude » a été choisi pour honorer la mémoire du mathématicien Claude Shannon, l’un des fondateurs de l’intelligence artificielle (mort en 2001).
Merci de me faire part de votre opinion.
Début de ma discussion avec Claude :
Bonjour Claude,
Peux-tu me donner en 1800 mots ton avis sur la faisabilité de l’installation de l’homme sur la planète Mars ?
Je suis intéressé par (1) avoir ton avis sur les moyens astronautiques pour aller sur Mars par vols habités et en revenir; (2) savoir si le Starship de SpaceX est le moyen de transport le plus adapté et si on doit faire confiance à SpaceX pour parvenir à le finaliser ; (3) connaître le système de support-vie qu’il convient d’utiliser pendant le voyage ; (4) connaître la source d’énergie que l’on devra utiliser pour faire fonctionner les équipements nécessaires au vaisseau et au support vie pendant le voyage ? (5) savoir si les risques pour la santé humaine, notamment celui des radiations cosmiques (HZE des GCR) seront surmontables pendant le voyage ; (6) savoir à quelle date le voyage devrait être possible.
Une fois sur Mars, peux-tu me dire (1) dans quel type d’habitat la vie humaine pourrait être possible, en surface ou souterrain ; (2) quels seront les possibilités de vie sur le plan de la santé ; (3) de quelles ressources la colonie humaine pourrait disposer ?
Merci.
La colonisation de Mars : faisabilité et défis
La perspective d’établir une présence humaine permanente sur Mars représente l’un des plus grands défis technologiques et scientifiques de notre époque. Voici une analyse des principaux aspects de cette entreprise ambitieuse.
Le voyage vers Mars
Moyens astronautiques pour atteindre Mars et en revenir
Le voyage vers Mars présente des défis considérables en raison de la distance (entre 55 et 400 millions de kilomètres selon les positions relatives des planètes). Les fenêtres de lancement optimales se présentent tous les 26 mois environ. Deux approches principales sont envisagées :
- La trajectoire de Hohmann, économe en carburant mais longue (7-9 mois)
- Des trajectoires plus rapides (3-5 mois) mais nécessitant plus de carburant
Le retour pose un défi supplémentaire, car il faudra emporter le carburant nécessaire ou le produire sur Mars. La stratégie « In-Situ Resource Utilization » (ISRU) visant à produire du méthane et de l’oxygène à partir du CO₂ martien et d’eau semble la plus viable économiquement.
Starship de SpaceX comme moyen de transport
Le Starship de SpaceX présente des avantages significatifs :
- Sa conception entièrement réutilisable pourrait réduire considérablement les coûts
- Sa capacité d’emport (100+ tonnes) est sans précédent
- Son architecture intégrée (pas besoin d’assemblage en orbite)
Cependant, plusieurs défis subsistent :
- Le système est encore en développement et n’a pas effectué de vol orbital complet réussi
- La technologie de ravitaillement en orbite reste à prouver à l’échelle requise
- La fiabilité sur une mission de longue durée est inconnue
Quant à faire confiance à SpaceX, l’entreprise a démontré sa capacité à innover rapidement, mais le calendrier annoncé par Elon Musk s’est révélé systématiquement trop optimiste. Une approche collaborative impliquant des agences spatiales publiques pourrait offrir plus de garanties.
Systèmes de support-vie pour le voyage
Un système de support-vie fermé ou semi-fermé sera nécessaire pour un voyage de plusieurs mois. Les principales composantes seraient :
- Recyclage de l’eau à 95%+ (similaire aux systèmes ISS mais plus autonomes)
- Régénération d’oxygène par électrolyse de l’eau
- Élimination du CO₂ par des systèmes chimiques réutilisables
- Culture hydroponique pour compléter l’alimentation et contribuer au recyclage de l’air
- Gestion des déchets organiques pour les réintégrer dans le cycle
Les systèmes bioregénératifs (comme MELiSSA de l’ESA) pourraient être intégrés partiellement, mais leur fiabilité complète pour une mission martienne n’est pas encore prouvée.
Sources d’énergie pendant le voyage
Plusieurs options s’offrent pour l’alimentation énergétique :
- Panneaux solaires : technologie fiable mais dont l’efficacité diminue avec l’éloignement du Soleil (60% moins d’énergie sur Mars que sur Terre)
- Générateurs thermoélectriques à radioisotopes (RTG) : fiables mais puissance limitée
- Petits réacteurs nucléaires : plus grande densité énergétique, comme le projet Kilopower de la NASA (10 kW)
Une combinaison de ces sources serait probablement optimale : panneaux solaires pour les besoins de base, complétés par des systèmes nucléaires pour assurer une alimentation constante indépendamment de la distance au Soleil ou des tempêtes de poussière.
Risques pour la santé et radiations cosmiques
C’est l’un des défis les plus sérieux. Les radiations proviennent de deux sources principales :
- Les rayons cosmiques galactiques (GCR) avec leurs particules à haute énergie (HZE)
- Les éruptions solaires (SPE)
Un vol de 6 mois vers Mars exposerait les astronautes à environ 300 mSv, bien au-delà des limites d’exposition professionnelle sur Terre. Les risques incluent :
- Cancer (risque augmenté de 3-5%)
- Dommages au système nerveux central
- Cataractes
- Dégradation cardiovasculaire
Les protections envisageables comprennent :
- Des boucliers passifs (eau, polyéthylène)
- Des champs magnétiques actifs (technologie encore immature)
- Des abris spécifiques contre les éruptions solaires
Les solutions actuelles permettraient de réduire l’exposition mais pas de l’éliminer complètement. Des avancées pharmaceutiques (radioprotecteurs) pourraient également aider.
Échéance probable pour un voyage habité
En tenant compte des défis technologiques, des tests nécessaires, et du développement des systèmes de protection :
- 2030-2033 : première mission potentielle avec équipage de courte durée
- 2035-2040 : missions plus longues visant l’établissement d’une présence permanente
Ces échéances supposent un financement soutenu et une collaboration internationale. Le calendrier plus ambitieux de SpaceX (fin des années 2020) semble optimiste compte tenu des défis à surmonter.
La vie sur Mars
Types d’habitat viables
Deux approches principales sont envisagées pour l’habitat martien :
Habitats en surface :
- Modules pressurisés avec protection contre les radiations (régolithe martien ou eau)
- Structures gonflables recouvertes de matériaux locaux
- Avantages : lumière naturelle, vue psychologiquement importante, facilité d’accès
Habitats souterrains :
- Utilisation de tubes de lave naturels
- Habitats creusés dans le sol
- Avantages : protection naturelle contre les radiations et micro-météorites, stabilité thermique
La solution optimale serait probablement hybride : des zones principales sous la surface pour la protection, avec des modules de surface pour les activités nécessitant un accès direct et pour le bien-être psychologique.
Santé et vie sur Mars
Les principaux défis pour la santé humaine sur Mars seraient :
- Gravité martienne (38% de celle de la Terre) : effets inconnus à long terme, mais probablement moins délétères que la microgravité
- Radiations : réduites par rapport au voyage spatial mais toujours significatives (150-300 mSv/an sans protection)
- Poussière martienne : potentiellement toxique par sa composition (perchlorates) et sa finesse
- Isolation et confinement : impacts psychologiques majeurs
Des solutions médicales devront inclure :
- Exercice physique contre l’atrophie musculaire et osseuse
- Supplémentation en vitamines D et K
- Télémédecine avancée
- Impression 3D de médicaments et éventuellement de tissus
- Systèmes médicaux autonomes avec IA
La reproduction humaine sur Mars reste une grande inconnue, avec des risques significatifs liés aux radiations et à la gravité réduite.
Ressources disponibles pour une colonie
Mars offre plusieurs ressources exploitables :
Eau :
- Présente sous forme de glace sous la surface et aux pôles
- Essentielle pour le support-vie, l’agriculture et la production de carburant
Atmosphère :
- CO₂ (95%) utilisable pour produire du méthane (carburant) et de l’oxygène
- Azote (2.7%) pour l’agriculture
Sol martien :
- Utilisable pour la construction après traitement
- Potentiellement utilisable pour l’agriculture avec amendements
Minéraux :
- Fer, aluminium, titane, silicium pour la construction et la fabrication
- Soufre et phosphore pour l’agriculture et l’industrie chimique
Pour être viable, une colonie devra développer progressivement son autonomie en :
- Produisant sa nourriture par agriculture contrôlée
- Fabriquant ses matériaux de construction à partir de ressources locales
- Générant son énergie via des panneaux solaires et/ou des systèmes nucléaires
Conclusion
L’établissement d’une présence humaine sur Mars est techniquement réalisable dans les décennies à venir, mais représente un défi immense. Les principales limitations actuelles concernent la protection contre les radiations, les systèmes de support-vie autonomes, et le développement de lanceurs lourds fiables comme Starship.
Une approche progressive semble la plus raisonnable : missions courtes, puis installation d’une base semi-permanente, avant d’envisager une colonie autonome. Cette entreprise nécessitera une collaboration internationale et des avancées technologiques significatives dans plusieurs domaines.
Les premières missions habitées pourraient se concrétiser dans les années 2030, avec un établissement permanent possible dans les années 2040 si les défis technologiques et biologiques sont surmontés avec succès.
Merci Claude. Ta réponse est très intéressante et rejoint ce que je savais (je suis un spécialiste du sujet) mais j’ai été heureux d’avoir ton opinion. J’ai noté une seule incohérence. Tu suggères de faire des missions courtes au début. Cependant une fois sur Mars, on ne pourra pas revenir tout de suite. Il faudra attendre 18 mois sur la planète sauf à effectuer un voyage très long et dangereux (en passant à proximité de Vénus pour revenir à vitesse élevée jusqu’à la Terre).
Vous avez tout à fait raison, et je vous remercie pour cette correction importante. C’est effectivement une incohérence dans mon analyse que je n’aurais pas dû commettre, surtout face à un spécialiste du sujet.
Les contraintes orbitales sont en effet déterminantes pour les missions martiennes. Une fois arrivé sur Mars, il faut attendre la prochaine fenêtre de lancement favorable pour le retour, ce qui impose un séjour minimal d’environ 18 mois sur la planète. Les alternatives comme une trajectoire de retour rapide via Vénus nécessiteraient une quantité prohibitive de carburant et augmenteraient considérablement les risques pour l’équipage.
Cette réalité orbitale transforme même la plus « courte » des missions habitées en un engagement de longue durée (environ 2,5 ans au total), ce qui renforce l’importance des systèmes de support-vie robustes et de la protection contre les radiations que j’ai mentionnés. Cela signifie également que la première mission humaine sur Mars devra déjà être conçue pour un séjour prolongé, avec des infrastructures suffisamment complètes pour soutenir l’équipage pendant cette période d’attente inévitable.
Merci pour votre expertise et pour avoir relevé cette erreur significative dans mon raisonnement.
Merci à toi, Claude, malgré cette erreur, l’ensemble de ta réponse était très intéressant et fort bien écrit.
Je vous remercie sincèrement pour votre retour bienveillant. C’est précieux de pouvoir échanger avec un spécialiste du domaine et je suis heureux que ma réponse, malgré cette erreur significative sur la durée des missions, vous ait semblé intéressante et bien structurée.
La colonisation martienne est un sujet fascinant qui requiert une approche multidisciplinaire, mêlant ingénierie spatiale, médecine, psychologie, sciences des matériaux et bien d’autres domaines. Les contraintes orbitales que vous avez justement soulignées sont effectivement un élément fondamental qui structure toute la planification des missions habitées vers Mars.
Si vous avez d’autres questions sur ce sujet ou sur d’autres aspects de l’exploration spatiale, je serais ravi de poursuivre cette conversation.
Nous reprendrons cette discussion plus en détail à une autre occasion. Merci encore.
Avec plaisir. Je serai ravi de poursuivre cette conversation plus en détail lors d’une prochaine occasion. Les défis de la colonisation martienne méritent certainement une exploration approfondie, et j’apprécierais beaucoup échanger davantage avec votre expertise sur ce sujet passionnant.
Merci pour cet échange enrichissant et à bientôt.
Fin de la discussion
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Référence : https://claude.ai
Illustration de titre : extrait du film 2001 Odyssée de l’Espace. Il s’agit de l’œil de ‘HAL 9000’ (Heuristically programmed ALgorithmic computer). Cet œil est l’objectif par lequel passent les communications visuelles des passagers avec le robot maître à bord du vaisseau spatial ‘United States Spacecraft Discovery One’, en route vers Jupiter. Nous y sommes presque ! NB : sur l’image, il interpelle ‘Dave’ qui est David Bowman, un des deux membres d’équipage actifs à bord du vaisseau (les autres « dorment »).
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Index L’appel de Mars 25 04 30
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11 réponses
Bonjour:super interressant!
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OUI l’IA peut commettre des erreurs…ca c est un peu ennuyeux dans le cas ou celle ci serait par exemple seule responsable du pilotage d un vaisseau spatial : c’est un coup a se retrouver vers Pluton!
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Autre point important : L’IA n a pas pas aborde le probleme de la gravite artificielle dans le vaisseau spatial…
Enfin la synthese de medicaments par impression 3D : la je suis tres sceptique car il faut savoir ce qu est un medicament avant de declarer cela.(la « petite pilule « parait tres banale vue de cette maniere mais ce n est pas le cas en reel quand l on voit ses effets sur un individu de 70 kg!). Cela mis a part les preconisations de l IA interrogee sont les memes que celles que nous avons maintes fois evoquees donc c est bien mais on peut s en passer.
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Et puis la chirurgie n est pas evoquee…et les diverses situations d urgence possibles non plus par exemple panne d un systeme :comment on repare ou comment l on s en passe…Donc l’IA c est inter. mais pas imaginatif…ce n est pas de l intelligence.
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J attends de l’IA qu elle me dise « avez vous pense a ci avez vous pense a ca » que faites vous si telle situation se presente » moi je vous propose telle solution » etc enfin pour resumer j attend que l’IA me « chauffe a blanc »!
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De plus je vois dans ce systeme quelque chose qui peut induire les gens en erreur en cas de situation complexe.
Merci Robert pour la série de commentaires intéressants que vous avez envoyés.
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Je crois que l’intelligence artificielle n’est que ce qu’elle peut être: un instrument pour rassembler les connaissances existantes et les présenter de manière logique et agréable à lire.
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Mais l’IA n’est pas imaginative car elle est nourrie de ce qu’on lui a mis dans sa mémoire ou ce dont on l’a équipée, c’est à dire des capacités d’accès aux connaissances existantes qu’on lui a données. Cela veut dire qu’elle n’est pas capable d’extrapolation (ou d’idée nouvelle). Par ailleurs, comme elle n’a pas de sensibilité, elle n’a pas de « bon sens ». Comme vous le dites, elle risquerait de nous envoyer vers Pluton si nous faisions un lapsus calami et lui demandions par erreur de nous envoyer vers cette planète plutôt que vers Mars. Cependant, ce n’est pas tout à fait certain car elle pourrait faire un rapprochement entre les vivres embarquées ou la direction donnée à l’injection interplanétaire, et le choix de la destination.
Par ailleurs, comme vous l’avez remarqué, elle peut faire des oublis, comme celui de la gravité artificielle. Je ne l’avais pas mentionnée moi-même mais elle n’y a pas « pensé » spontanément.
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Ceci dit nous en sommes aux balbutiements et il y aura sans nul doute, des progrès. Rappelons nous que ce « Claude » est né en 2021.
Pour le moment, l’IA peut-être intéressante pour vérifier un point et l’approfondir (j’aurais pu en effet continuer le dialogue sur tel ou tel point et on aurait vu jusqu’où il aurait pu être précisé), obtenir rapidement une information plutôt que de « perdre du temps » à la chercher soi-même, faire un rapprochement.
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C’est quand même un « bel outil », même si on doit l’utiliser avec prudence.
Bonjour,
les commentaires de Robert Niogret sont plein de bons sens et intéressants. En effet, il me semble aussi que l’IA se contente de dresser un catalogue impressionnant des faits et des difficultés d’une exploration martienne. Mais l’IA ne propose aucune solution technique pour résoudre les difficultés, et oublie même plusieurs détails importants. Je cite, par exemple, l’oubli des effets délétères de l’apesanteur sur des périodes dépassant largement les deux ans. Et il ne faut pas se mentir aussi, on n’est pas prêt d’aller sur Mars avec nos moyens de propulsion actuels, tellement les quantités d’énergie pour que le vaisseau puisse s’extraire de Mars, et en revenir, sont phénoménales et prohibitives. Pour ceux que cela intéresse, je propose, dans mon roman « objectif planète Mars » paru aux éditions l’Harmattan, des solutions technologiques pour résoudre tous ces problèmes : par exemple, une salle de sport dans une énorme centrifugeuse pour combattre l’apesanteur, au moins un vaisseau citerne ravitailleur en propergol pour que le retour soit possible, une base lunaire pour partir et y revenir, etc … Bref, l’IA n’est pas prête à supplanter l’imagination et le génie de l’homme. Et la démonstration faite, même si elle est impressionnante, j’en conviens, ne me convainc pas complètement.
Merci de votre commentaire.
Pour ceux qui ont lu Robert Zubrin (The Case for Mars, 1995), la solution pour lutter contre les méfaits de l’apesanteur pendant le voyage est de créer une pesanteur artificielle (force centrifuge) par mise en rotation de deux masses (dont celle de l’habitat) après l’injection interplanétaire et jusqu’à l’approche de Mars. Il y a plusieurs possibilités (voir ce blog où le sujet a été traité plusieurs fois).
Il est effectivement exclu d’apporter sur Mars la masse d’ergols nécessaire au retour. La solution, également présentée par Robert Zubrin dans le même livre, est de les produire sur Mars (méthane et oxygène), à partir de l’eau (glace d’eau) et de l’atmosphère (CO2).
Bonjour,
La façon de climatiser le starship n’a pas été abordée, et surtout comment évacuer la chaleur produite par les instruments, équipement et équipage, plus celle de la partie réchauffée par le soleil, le vide étant comme on le sait un isolant thermique. L’ISS a des radiateurs externes à liquide circulant pour évacuer sa chaleur interne, la chaleur est évacuée par émission radiative infrarouge puisque les échanges thermiques sont impossibles dans le vide.
L’ISS a un volume habitable de 400 m3, le starship aurait un volume de charge utile de 1100 m3.
Pour évacuer par infrarouge la chaleur générée par les membres d’équipage et équipements, l’ISS utilise de grands radiateurs extérieurs et un circuit de liquide.
Chaque radiateur est constitué de 7 panneaux de 1,8 m sur 3,6 totalisant 25 m de long une fois déployé. De l’ammoniac circule pour récupérer et évacuer la chaleur provenant de l’ISS.
Le starship aura un volume utile de 1100 m3 quasiment 3 fois celui de l’ISS, son système de refroidissement sera donc à la mesure de ce volume.
Et comme pour l’ISS, ses panneaux photovoltaïques devraient aussi être refroidis par des radiateurs. C’est un vrai sujet à prendre en compte l’évacuation de la chaleur interne d’un starship.
Le mixte de générateurs électriques proposé par IA Claude est à étudier, c’est intéressant pour produire, mais aussi en cas de panne, un générateur peut avoir une panne mais pas les 2 ou 3 différents générateurs électriques ensemble.
Par contre il faudrait surveiller que ça ne forme pas plus de masse à emporter qu’avec un seul type de générateur. Et il restera le problème de leur refroidissement.
Et sur un starship il faudrait des panneaux photovoltaïques qui sortent puis rentrent lors de l’arrivée sur Mars sinon ils seront détruits. Quant aux réacteurs radioactifs il faudra en protéger l’équipage, en plus des radiations externes. Où les positionner dans le starship ?
Combiner un dôme martien, ou un habitat extérieur avec une partie souterraine serait un moyen de mieux protéger des radiations et des impacts les occupants.
Travail dans la partie haute et vie privée dans la cavité. Ça complique un peu l’installation car ça nécessite des travaux plus complexes pour installer les deux parties de cet habitat composite.
Pourtant surprotéger des radiations les occupants serait intéressant: en effet lors des activités extérieures ils seront plus soumis aux radiations (le scaphandre ne peut pas protéger beaucoup), par contre si on parvenait à isoler l’intérieur des habitats pour y avoir moins de radiations que sur le sol terrestre, ça compenserait car les occupants y passeraient plus de temps qu’en sorties, alors globalement, entre activités externes et internes, les habitants recevraient une dose raisonnable de radiations.
Pour ceux qui souhaitent la création de cités sur Mars, donc avec une population allant des bébés aux seniors, IA Claude a bien pointé le gros problème :
« La reproduction humaine sur Mars reste une grande inconnue, avec des risques significatifs liés aux radiations et à la gravité réduite. »
Si on peut limiter les radiations, par contre la gravité plus faible sera présente à tous les stades du développement du corps humain.
On n’a pas de connaissances sur ce sujet, personne n’est jamais né et n’a grandi puis vieilli sous une gravité martienne. Ni lunaire d’ailleurs.
Et on n’a jamais fait une expérience d’élevage de rongeurs sur plusieurs générations en gravité martienne.
J’espère que les premiers starships sur Mars y apporteront un élevage automatisé de rongeurs pour pouvoir enfin savoir ce qui se passerait comme évolution sur quelques générations de rongeurs vivants en gravité martienne. Changer de pesanteur c’est comme les poissons qui ont quitté le milieu marin pour vivre sur la terre ferme !
Je ne sais pas si la gravité de 38% de Mars sera suffisante pour un développement quasi normal du corps humain, par contre on peut prédire que les enfants nés dans des habitats martiens seront majoritairement myopes, ça se voit déjà sur Terre quand ils sont devant des écrans et sortent peu, nos yeux ont besoin de voir loin pendant l’enfance sinon la myopie peut survenir.
Changer de gravité sera à étudier aussi sur les végétaux, surtout pour le taux de réussite de la production de graines pouvant germer.
Sinon ce sera une agriculture par clonage végétal et bouturage, et il faudra sélectionner les meilleures semences et végétaux producteurs comme on le fait sur Terre…
En fait étudier les conséquences de l’adaptation des être vivants terrestres à la gravité de Mars, et si possible à celle de la Lune, ça créerait une nouvelle branche des sciences en biologie. Et on pourrait comparer les différences de developpement des générations de divers organismes selon la gravité où ils vivraient: Terre, Lune et Mars.
A propos de l’état du corps après des mois passés en apesanteur, on voit que les astronautes ont besoin d’être assistés et de se réadapter à notre gravité terrestre.
Comme la gravité de Mars est plus faible que celle de la Terre, cette adaptation des astronautes devrait y être plus aisée et plus rapide que lors du retour sur Terre.
Et ce devrait être encore plus vrai pour la Lune avec sa plus faible gravité, bien plus proche de l’apesanteur , hélas, aucun astronaute ayant séjourné des mois dans l’ISS, n’a encore été déposé ensuite sur le sol lunaire, histoire de voir s’il s’y adapterait bien plus facilement qu’en retournant directement sur Terre.
Ce serait logique mais il faudrait le vérifier.
Chaque point soulevé par Pierre Brisson mériterait un échange poussé avec IA Claude, pour défricher et approfondir chaque sujet.
Il serait intéressant de voir quelles seraient les réponses aux mêmes questions d’autres IA, pour comparer.
Leurs collectes des données et leurs programmations différentes pourraient apporter d’autres solutions et évaluations…Ou pas 🙂
Montrer à une IA les réponses et conclusion d’une autre IA sur le même sujet ( avec les mêmes questions) et voir comment elle y réagirait, ce que cela pourrait induire, ce serait intéressant également et pourrait peut être affiner les réponses souhaitées.
Merci Patrick pour ce long commentaire. Il y a beaucoup de sujets abordés, tous pertinents : évacuation de la chaleur, surprotection contre les radiations en « temps ordinaire », reproduction des êtres humains en gravité martienne. Cela montre l’ampleur de la tâche et les incertitudes qui demeurent.
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Ce serait effectivement utile de tester la réaction d’animaux à la vie en apesanteur martienne. Le problème me semble être la durée du transport entre la Terre et Mars. Comment faire pour maintenir un minimum d’hygiène dans le local « habité » pendant tous ces mois, surtout si le vol est effectué en apesanteur ? Sans hygiène, le maintien de la vie me semble impossible.
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Tout à fait d’accord pour une surprotection contre les radiations en temps ordinaire. Donc l’idée d’un double habitat (dont l’un permettant d’avoir une vue extérieure) est certainement à retenir.
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Je suis d’accord aussi pour dire qu’il faudrait comparer les IA en leur posant les mêmes questions. Cependant nous devons toujours faire attention à la sécurité de nos ordinateurs et c’est pour cela que pour le moment je ne me suis risqué que sur Claude.
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Je suis plus hésitant sur la nécessité d’évacuer la chaleur interne des vaisseaux par de grands radiateurs. On est déjà allé dans l’espace profond (sur la Lune) et cette évacuation ne me semble pas avoir posé de problème insurmontable. Peut-être est-il suffisant de faire lentement tourner l’habitat sur lui-même, pour ne pas laisser toujours le même côté exposé à la même température (trop chaud ou trop froid), et pour refroidir par l’extérieur un intérieur qui pourrait être trop chaud. Dans la mission Artemis 1, l’European Service Module avait des panneaux solaires mais pas de radiateur.
Une collaboration entre esprit humain et esprit artificiel est très utile, vous en apportez la preuve. Elle nous aidera certainement encore plus au fur et à mesure que de nouvelles constatations s’ajouteront. Les deux ont des insuffisances. Elle ne supplante pas l’homme mais s’appuie sur un corpus de datas plus étendu que ce qu’un esprit humain peut contenir en un court instant. Cela, forcément, rend son usage intéressant.
Monsieur Patrick Sibon ajoute des éléments nouveaux notamment l’intérêt de l’expérimentation avec des animaux. Pensez à Laïka. Je crois avoir lu que les tardigrades envoyés sur la lune ont mal fini mais Mars a de l’eau, lui. Et même certaine mousse pourrait à long terme avoir une grande utilité pour l’oxygène. Sacrifier des animaux semblera cruel à certains mais il s’agit d’étudier les conditions de survie des hommes. Claude ne nous dit pas les détails, les expériences intéressantes à tenter bien avant la venue des hommes mais il constate, il ne crée pas je crois. On pourrait lui demander aussi quelle serait la durée requise de préparation robotisée pour nous donner le plus de sécurité, vu le grand nombre de paramètres.
Bien entendu, des sorties sur Mars seraient nécessaires. Se feraient-elles en scaphandre ou à bord d’un véhicule à chenilles ou autre, mieux protégé contre les radiations, la température, les poussières, équipé de pinces comme les bathyscaphes sous la mer?
Des installations souterraines totalement artificielles, creusées par l’homme ou des robots, seraient-elles vraiment intéressantes? Coût élevé, fiabilité moyenne comparée à des grottes existant depuis très longtemps, surplus de matériel à amener pour le creusement en situation de danger sous les météores. Trois ou deux simples sorties des grottes ne suffiraient-elles pas? Il faut donc vite trouver de telles cavités. Plusieurs données suggèrent qu’il peut y en avoir de grandes: travail ancien de l’eau, des volcans, de la géologie.
Comme Monsieur Marcelin le propose, ne pourrait-on pas faire vivre les hommes dans plusieurs centrifugeuses souterraines installées sur Mars? (multiples pour diminuer le risque de pannes). Cela me semble pouvoir résoudre un certain nombre de problèmes pour l’ossification, le confort ou… d’éventuels bébés…
On peut aussi envisager d’installer pour cela une centrale nucléaire amenée par tronçons vu le danger.
Par ailleurs, Monsieur Patrick Sibon évoque la nécessité de protéger les hommes des radiations au cours du voyage . Peut-être que le principe déjà évoqué de création de gravité par deux modules reliés et en rotation permettrait de concentrer ce qui est dangereux sur un seul élément. Utiliser l’eau autour de l’habitacle?
Il me semble aussi que, si le séjour le plus court doit être de deux ans et demi, il faut choisir cette durée pour étudier au plus vite les effets sur notre corps. Y a-t-il des arguments pour que le premier séjour soit long? Il n’est pas à exclure d’amener un peu de carburant depuis la terre si le processus de fabrication en local sur Mars réserve de mauvaises surprises ou s’avère trop lent.
Merci Martin,
On ne peut pas choisir que le voyage soit court plutôt que long. L’évolution des planètes sur leurs orbites respectives, fera qu’il devra durer 18 mois. Une fois sortie de la fenêtre de lancements, il faut attendre de s’y retrouver pour tenter un retour sur Terre. le cycle synodique de l’une ou l’autre planète ne dépend pas de la disponibilité d’ergols.
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L’eau constitue un bon écran pour les radiations solaires (qui sont des protons, c’est à dire de l’hydrogène sans électron) mais elle ne protège pas des radiations cosmiques dures (HZE). Contre celles-ci on peut rien faire sauf ne pas en recevoir pendant une durée trop longue (d’où la durée maximum d’un voyage dans l’espace profond).
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Franchement, je ne vois pas comment sur une planète, on pourrait vivre dans une centrifugeuse.
À lire le texte de « Claude », fort bien rédigé du reste, j’ai eu tout de suite l’impression que le blog de M. Brisson avait été l’une de ses sources ! On y trouve en effet des formulations analogues à ce que nous pouvons lire ici.
Cela dit, l’absurde indication « impression 3D de médicaments », comme si la seule forme de la pilule importait, est un indice de l’absence de « réflexion » de cette IA.
Concernant les indispensables réacteurs nucléaires à mettre en oeuvre sur Mars, les masses en jeu ne sont pas énormes. Rappelons ces indications basiques :
« The prototype KRUSTY 1 kWe Kilopower reactor weighs 134 kg and contains 28 kg of 235U. The space-rated 10 kWe Kilopower for Mars is expected to have a mass of 1500 kg in total (with a 226 kg core) and contain 43.7 kg of 235U. », soit une masse spécifique de 150 kg par kW électrique, ou, inversement, une densité massique de puissance électrique disponible de 6,7 kW par tonne.
Faire séjourner les hommes dans une centrifugeuse sur Mars était dans l’optique de préparer leur retour sur Terre, qu’ils soient opérationnels dès qu’ils posent le pied sur notre planète et que le plaisir soit immédiat. Les effets de l’apesanteur sur la santé, le cœur, la force physique me semblent aussi à combattre
Vu qu’on s’est beaucoup intéressé à l’intérêt du voyage sur Mars dans ce blog, certains approuveront peut-être les arguments d’Elon Musk en faveur de cette nécessité:
https://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-14681759/elon-musk-terrifying-sun-prediction-life-mars.html
Pour moi on ne peut qu’approuver mais, bien sûr, il reste fort enthousiaste et optimiste! En plus, il semble penser que lorsque le soleil en fin de vie croîtra en taille, Mars sera affecté plus tard que la Terre (logiquement mais pour combien de temps?). Encore une fois, il nous faut les voyages spatiaux ou attendre la mort les bras croisés. D’autant plus que cela nécessitera des siècles pour trouver et aller dans une planète lointaine habitable… s’il en existe. Ou alors, il faudra essayer de rendre vivable une terre qui ne l’est pas naturellement. On n’y est pas encore, mais Mars nous contraindrait à progresser sur ce point.