EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

Nous sommes en février 2034. Le starship « Elon I trust you » est sur le point d’atterrir sur Mars. Il a quitté la Terre en août 2033. C’était pendant la quatrième des fenêtres de tirs qui se sont ouvertes puis refermées depuis janvier 2027. Celle de 2027 était la première mission robotique sérieuse pour préparer cette mission habitée dont nous parlons aujourd’hui. Le lancement de Novembre 2024 est ajouté par certains* aux quatre autres. Mais à tort car c’était un test d’injection interplanétaire, sans aucune prétention à atteindre et encore plus à se poser sur Mars. Elon Musk en avait profité pour en faire un événement fantasque comme en février 2018 lorsque son premier vol de Falcon Heavy avait embarqué un de ses « roadster » Tesla. Cette fois-ci, il avait mis « aux commandes » de son starship un mannequin qui, selon certains, ressemblait curieusement à son rival Jeff Bezos, en lui souhaitant « Have a good trip ! ».

*il y a toujours des gens qui se perdent en argutie sur des points sans importance !

Après ce « lancement », il y avait eu plusieurs vols pour préparer le site repéré par les orbiteurs martiens comme le plus favorable pour développer plus tard une future Base Alpha. Compte tenu de la difficulté de l’entreprise il n’était en effet pas question de perdre le moindre équipement, outil ou même morceau de métal, alors que le maximum devrait être produit sur Mars à partir des ressources martiennes (ISRU !). Et donc le premier site choisi devait être le bon. Finalement on avait opté pour la surface plane assez longue mais étroite qui se trouve à l’Est du Volcan Noctis (à l’extrémité occidentale de Valles Marineris) précisément là où Pascal Lee, découvreur du site, avait prévu son « Noctis Landing ». On avait hésité parce que l’altitude n’était pas excellente (on était juste en-dessous du datum). Mais le fait que le site était très proche de la grande réserve de glace (« relict glacier ») et du labyrinthe des canyons qui tranchaient l’ancien volcan de multiples passages étroits, avait été jugé préférable. En effet on espérait bien sûr exploiter la glace et pouvoir habiter dans des cavités creusées dans des parois dont la masse et les murs protégeraient parfaitement des radiations et des impacts d’astéroïdes (cinq fois plus fréquents que sur Terre). Par ailleurs cela permettrait des observations scientifiques intéressantes aussi bien sur l’empilement des strates volcaniques, que plus loin vers l’Est sur la présence au-dessus de la roche-socle, de couches sédimentaires et peut-être de grottes que l’on pourrait examiner de près avec des hélicoptères ou des hoppers (produits par le spécialiste mondial, GSP – Gruyere Space Program).

Etude de Pascal Lee et al. (Mars Institute) Figure 3 (voir lien ci-dessous)

Les vols robotiques préparatoires avaient permis de dégager et d’aplanir une aire d’atterrissage circulaire qui avaient servi ensuite plusieurs fois et qui semblait autant adaptée que possible puisque la roche du sol, creusée et lissée par des flux d’eau puissants au cours des âges (surtout les plus anciens) était bien homogène, ferme et résistante. A deux kms, à proximité du relict glacier, après qu’on ait ménagé un accès jusqu’à la glace, on avait creusé par moyens robotiques une grande cavité, antiradiations et anti-astéroïdes, qui devait servir de premier habitat. Elle n’était pas encore viabilisée mais encombrée de divers équipements qui y avait été stockés pour éviter qu’ils soient trop empoussiérés. Pas très loin du cercle de l’aire d’atterrissage, protégée par une levée de régolithe pas très haute mais bien compactée, des cylindres couchés au sol contenaient* la réserve d’ergols (Méthane, Oxygène, Hydrogène). Ces « volatils » avaient été produits au cours des derniers 26 mois par un laboratoire d’électrolyse et un laboratoire de Sabatier qui continuaient à fonctionner tout à côté. Une autre « boite », non pressurisée mais « parfaitement » étanche contenait de la glace d’eau.

*il fallait l’espérer car on avait reçu, par télécommunication, des renseignements précis sur leur remplissage. Les télécoms émises à partir du sol martien dans la région de Noctis étaient maintenant relayées par un satellite géostationnaire, prêt à recevoir et transmettre de gros débits.

Le 16 février, un homme qui se serait trouvé au sol*, aurait entendu malgré la ténuité de l’atmosphère et son scaphandre, un énorme grondement. Il aurait levé les yeux et au début n’aurait vu qu’une trainée de feu extrêmement brillante descendant très rapidement vers lui. Cette manifestation lumineuse grossissait de plus en plus vite à l’approche. Et maintenant il aurait pu reconnaître le Starship à certains éléments métalliques reflétant vivement le Soleil. Le vaisseau ralentit. Encore à 50 mètres, sa rétropropulsion souleva de la poussière au sol. Mais tout allait très vite. Le vaisseau hésita quelques secondes, le logiciel TRN devait fonctionner très activement pour ajuster l’emplacement de l’atterrissage au centre de l’aire qui avait été dégagée. Ses moteurs arrière s’éteignirent, la couronne de rétropropulseurs à hauteur du sas s’allumèrent et tout doucement, la masse énorme se posa, exactement là où les balises indiquaient l’endroit choisi.

*il y avait en fait des caméras fixées au sol alimentées par des panneaux solaires (qui furent dépoussiérés un peu avant par vibrations) qui filmèrent la scène.

Ensuite l’environnement martien retrouva son silence habituel. La poussière retombait lentement. A l’intérieur, l’atterrissage fut salué par de grands cris qui exprimaient un énorme soulagement, la libération d’une tension extrême. Puis tout de suite le pilote et son copilote entreprirent d’interroger les capteurs placés pour rendre compte de l’état de la structure du vaisseau, pour savoir si l’impact du contact avec le sol, certes amorti, avait causé quelques dommages et quelle était l’attitude du vaisseau (la verticalité étant un facteur très important pour la stabilité, pendant le séjour puis pour le redécollage). Puis très vite le pilote lança un message vers la Terre pour faire son premier rapport (« Avec notre starship posé aujourd’hui sur Mars après avoir traversé son atmosphère, l’humanité a véritablement franchi la porte de l’Espace »).

Il y avait des dispositions d’urgence à prendre. La première était de vérifier la fonctionnalité du vaisseau. Le pilote et son copilote, contrôlèrent sur leur console centrale, les capteurs essentiels indiquant notamment la pressurisation du vaisseau, l’alimentation électrique (on avait tout de suite fait remonter les deux panneaux solaires dorsaux, latéraux et orientables), le recyclage de l’air (oxygène et azote), la circulation des fluides dans le contexte du retour à la pesanteur (les pompes !), le chauffage. La seconde était de vérifier si les exosquelettes fonctionnaient. En effet on n’avait pas voulu risquer trop de vie humaine pour ce premier voyage et on n’avait lancé qu’un seul vaisseau bien que certains l’aient regretté, arguant que deux auraient accru la sécurité pour des raisons de simple redondance. Sans double lancement, il n’y avait pas eu de gravité artificielle par force centrifuge pendant le voyage comme l’avait recommandé Robert Zubrin depuis 1995. Le retour à la gravité même martienne rendait le moindre geste difficile ; « tout pesait » en dépit des exercices physiques fait régulièrement par tous, chaque jour pendant les 6 mois du voyage). On avait quand même espoir qu’il serait moins difficile de revenir à 0,38g que de remonter jusqu’à 1g. Les pilote et co-pilote puis les autres passagers, endossèrent donc tant bien que mal les exosquelettes que chacun avait posé auprès de soi avant la descente depuis l’orbite martienne (on ne pouvait pas entrer dedans avant la descente sur Mars en raison du freinage qui faisait monter la force de gravité à plus de 5g ce qui nécessitait un minimum de confort pour des corps habitués à l’apesanteur). Heureusement ces appareils étaient équipés de contrôles gyroscopiques qui maintenaient un équilibre que chacun des êtres humains aurait été incapable de garder longtemps. L’oreille interne devait reprendre son rôle et ses habitudes et ce n’était pas évident. Beaucoup d’astronautes ne supportèrent pas tout de suite la position « debout » en dépit d’une montée très lente vers la verticale (la pompe cardiaque était devenue paresseuse). La difficulté était prévue et après les gestes d’hygiène élémentaire et l’hydratation dans un corps non totalement déployé, la quasi-totalité des passagers retourna se reposer en faisant doucement des exercices d’étirement et de contraction, avec une inclinaison de plus en plus forte par rapport à l’horizontale (toujours aidé en cela par leur exosquelette).

Petit à petit, les forces revenaient. Les médecins spécialisés passèrent de l’un à l’autre pour vérifier l’état général et administrer les stimulants nécessaires. 48 heures après l’atterrissage, les personnes en charge allèrent visiter la soute (viabilisée) pour voir comment les équipements embarqués avaient supporté le voyage. Il s’agissait bien sûr de vérifier les attaches mais aussi tous les capteurs (ils n’étaient pas tous reliés aux consoles centrales car ce n’était pas indispensable pendant le voyage).

Il y eut quelques interventions mineures et l’on se prépara à faire la première descente physique au sol. Après vérification du sas, on sortit les deux rails qui courraient sur le dos du vaisseau (derrière les panneaux solaires) depuis la porte du sas (dont on ajusta jusqu’au sol le complément télescopique) et on fit glisser en dehors de la porte, la cage d’ascenseur, une plateforme avec des grilles de protection sur les trois côtés exposés au vide de 32 mètres. Après un premier test sans charge, la première sortie de deux personnes (pour ne pas laisser un homme isolé exposé au danger) fut brève mais elle permit (outre les premiers selfies et photos réciproques) encore quelques contrôles, notamment, bien sûr, celui du scaphandre et du dispositif antistatique pour empêcher la poussière de coller et aussi du dosimètre portatif mesurant les radiations. Les astronautes en profitèrent pour observer les conséquences de l’impact de l’atterrissage sur les pieds du vaisseau et sur le sol.

La seconde sortie impliqua plus de personnes car il fallait aller vérifier les équipements apportés par les missions robotiques préparatoires. Un coup d’œil en dit souvent beaucoup, surtout pour un spécialiste. On libéra aussi quatre androïdes (de marque Tesla, évidemment) qui avait été apportés dans la soute et qui depuis l’arrivée avait été chargés en énergie (ils portaient autour du buste, comme un gilet, une grosse batterie pour disposer d’une autonomie aussi longue que possible et pouvoir être rechargés indépendamment du porteur). Compte tenu du danger des radiations on comptait beaucoup sur eux pour mener à bien les tâches difficiles physiquement ou qui requerraient de longues heures à l’extérieur. Il était si facile de voir par leurs yeux et de faire par leurs mains ! C’était d’autant plus pratique qu’on n’avait pas à les faire passer par le sas ni à leur faire enfiler un scaphandre et on pouvait les contrôler l’un par l’autre, en « les gardant à l’œil ». Ce sont eux que l’on envoya au plus près des réacteurs à fission nucléaires, tout en prenant les précautions d’usage quant au matériel et aux robots eux-mêmes.

On alla ensuite voir de près le site d’extraction de glace d’eau. On savait qu’il fonctionnait puisque le laboratoire d’électrolyse de l’eau avait produit l’hydrogène dont on avait eu besoin pour alimenter le laboratoire de Sabatier qui lui-même avait rempli les réservoirs proches de la plateforme d’atterrissage. Ce fut quand même un soulagement de constater que tout « marchait » et qu’il n’y avait pas de défaillance à envisager, pour le moment.

Le plus intéressant peut-être fut la visite de la cavité creusée par les tunneliers et excavateurs envoyés avec les missions précédentes, puisque c’est dans cette cavité, qu’on avait prévu d’agrandir, qu’on allait vivre pour ne pas être trop exposé aux radiations galactiques HZE…et aux risques d’impacts d’astéroïdes (cinq fois plus fréquents que sur Terre). La cavité était située au bas d’un relief très pentu, dans le même massif que le « relict glacier ». Elle avait une surface au sol de 150 m2 et de 3 mètres sous plafond (donc 450 m3 à comparer au Starship qui a un volume pressurisable de 1100 m3). L’habitat futur, à creuser pendant cette mission avec des moyens plus importants que précédemment, devait être entrepris après aménagement de l’existant. Ce serait un ensemble de grottes résultant du creusement de plusieurs tunnels qui se croisent et s’entrecroisent (pour laisser des piliers porteurs). Le projet était de réussir à créer un volume global de quelques 2500 m3 avec certains sous-volumes plus importants* que d’autres. Il y aurait une succession de bulles viabilisées adaptées à chaque cavité et chacune serait sécurisée par une enveloppe souple, étanche et bien sûr très résistante. Cette enveloppe serait complétée autour, au-dessus et au-dessous par des nappes d’isolants (produites sur place) et un vide sanitaire où courraient la tuyauterie nécessaire à l’apport et à l’évacuation des fluides, le circuit électrique, les tubes de chauffage (air conditionné) et où seraient implantés plusieurs laboratoires de recyclage biologique (redondance, toujours). Les passages d’une bulle viabilisée à l’autre se feraient par des ouvertures scellées l’une à l’autre, entre deux bulles. Cet ensemble serait ensuite relié à l’existant qui subsisterait comme annexe. Les deux seraient en relation par un autre tunnel avec le « relict glacier » que l’on commença à appeler « le glacier de Lee »).

*A noter que compte tenu de la différence de gravités, les grottes martiennes peuvent être plus volumineuses que les grottes terriennes de situation et configurations égales.

Il fallait maintenant entreprendre le plus vite possible la viabilisation et l’équipement en ameublement et en objets usuels de la première cavité. On avait apporté tous les équipements nécessaires pour ce faire, à commencer par de grandes membranes d’un plastique résistant pour la « bulle ». On avait aussi apporté quelques imprimantes 3D qui pouvaient utiliser les matières premières martiennes, broyées pour cet usage. La falaise était un peu loin de l’aire d’atterrissage mais le site plut aux astronautes car il était à la jonction de deux canyons qui donnaient sur le début de Valles Marineris. Devant l’ouverture, la vue était dégagée et le paysage martien, grandiose et austère, était ce qu’on pouvait espérer de mieux. Le moment venu, après la mise en route des ateliers de production des poutres et solives en fer (fonderie) et de plaques de verre laminé, on pourrait avoir quelques ouvertures vitrées qui permettraient de l’admirer (sans rester trop longtemps dans la contemplation à cause des rayons gamma résultant des impacts des radiations particulaires). Puisqu’on était au bout d’une pointe rocheuse, plusieurs autres surfaces vitrées pourraient être aménagées (toujours verticales pour ne pas « prendre » trop de radiations).

On était sur Mars. On avait du travail à faire et la vie était belle !

Illustration de titre :

https://www.reddit.com/r/SpaceXLounge/   NB : J’aimerais bien que la surface de l’aire d’atterrissage soit aussi impeccable que celle qui est présentée ici. Cela m’étonnerait mais l’idée est là : préparer une aire d’atterrissage aussi nette et solide que possible.

lien:

https://www.hou.usra.edu/meetings/lpsc2024/pdf/2745.pdf

Etude de Pascal Lee (Mars Institute, Seti Institute, Nasa Ames Research Center, Kepler Space University) et de Sourabh Shubham (University of Maryland). « Large eroded volcano complex and buried glacier ice in Estern Noctis Labyrinthus : evidence for recent volcanism and glaciation near Mars’equator ».

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32 Responses

  1. Un très inspirant récit de S.F., que l’on rêverait ô combien voir se réaliser! Malheureusement, j’ai bien peur qu’il se révèle aussi peu prémonitoire que ne l’a été « 2001, l’Odyssée de l’espace », en particulier en ce qui concerne les dates avancées. Quand Arthur C. Clarke a écrit son roman à la fin des années 60, il pensait selon ses propres dires décrire une vision réaliste de ce que serait l’avancement de l’astronautique au début du millénaire suivant. Et voyez où en est encore près d’un quart de siècle après la date choisie pour cette imaginée odyssée spatiale!
    On ne sait pas ce qui se passera en 2034, mais il y fort à parier que ce ne sera pas le débarquement d’êtres humains sur la planète rouge, et qu’il s’en faudra même de beaucoup. Fort malheureusement pour les gens de la génération de Monsieur Brisson et moi-même, qui risquent bien de ne pas pouvoir assister à cet événement de leur vivant. Mais nous avons connu, ce qui n’est pas le cas des générations suivantes, celui du premier pas d’un Homme sur un autre corps céleste que celui qui a vu naître l’Humanité; on ne peut pas tout avoir, à chaque génération ses « premières » (espérons-le) 🙂 !

  2. Oui, c’est une version très motivante de l’arrivée sur Mars. Mais voici des versions plus noires: un bon nombre de morts avant une réussite chèrement acquise, de nombreux robots d’exploration ou d’aménagement détruits, de longues recherches mêlées d’angoisse, d’impuissance concernant les radiations, les bombardements de météorites, la maîtrise de l’atterrissage, même le bien-fondé du choix de localisation de la base…ou le choix final et résigné d’une exploitation de Mars uniquement à distance, totalement et exclusivement robotisée après des négociations acharnées pour le partage des richesses entre les plus fortes des nations. Pour l’instant les forages de la surface ne s’enfoncent qu’à quelques centimètres, il serait plus sérieux de forer beaucoup plus profondément pour découvrir les matières et les lieux qui pourraient nous intéresser et mériter un effort de dépense. Espérons aussi qu’il n’y ait pas de guerre sur terre, de catastrophe exigeant d’énormes dépenses. Mais un peu d’optimisme ça fait du bien

  3. Bonjour Pierre Brisson

    On s’y croirait mais deux petites questions:
    1 comment assure t-on le verticalité du starship posé au sol ?
    2 quelle est la nature des roches à creuser dans le but de créer ces grottes habitables ?

    1. Il faut aussi tenir compte de la sismicite sur Mars:les seismes sont assez courants et peuvent atteindre le degre 5 de l echelle de Richter…il faut que le grand starship dote de petits pieds reste droit et que la grotte ne s effondre pas …

      1. Bien sûr. Mais il faudrait beaucoup de malchance pour que dans un délai relativement court, les 18 mois de la première mission, un séisme de degré 5 ait lieu à proximité.
        Après, lorsqu’il y aura plusieurs vaisseaux sur Mars et des facilités de réparation et d’entretien, y compris une tour de service, les risques ne seront plus les mêmes.
        Pour ce qui est de la grotte, même remarque. Les terrains martiens n’ont pas été tous « chamboulés » par des tremblements de terre. La preuve en est la très grande ancienneté des reliefs qui en fait n’ont été perturbés que par des impacts d’astéroïdes.

    2. La verticalité dépend de la bonne préparation de l’aire d’atterrissage. Il faudra choisir une surface sous laquelle le sous-sol immédiat est de densité égale et suffisamment ferme, sans cavité sous jacente.
      .
      La nature des roches dans ce « coin » de Mars est volcanique, basaltique, surtout les parois du volcan dans lesquelles on devrait creuser. La roche socle de Mars qui s’est ouverte dans les rifts de Valles Marineris et Noctis Labyrinthus est une roche mafique (riche en magnésium et en fer). C’est la roche primitive résultant du refroidissement de la planète après son accrétion, une sélection s’étant faite naturellement en fonction de la gravité. En surface du fait de l’eau, il peut y avoir eu palagonitisation, c’est à dire altération.
      Dans le rift, à proximité immédiate du volcan, l’érosion cataclysmique de l’eau a dû être très forte. On doit donc y retrouver la roche socle avec altération par l’eau.

  4. Pour compléter mon premier commentaire, il est certes intéressant de décrire l’arrivée du premier Starship sur la planète rouge, mais pour rendre ce récit crédible, il serait bon de ne pas sauter les étapes et de commencer par décrire comment se passerait le voyage vers Mars. Quid de l’alimentation en énergie du Starship pendant les 6 mois du voyage? De la conservation des ergols pendant toute la durée du transfert Terre-Mars (pour qu’ils ne s’évaporent pas en route)? De la protection « en vol » contre les effets néfastes de tempêtes solaires toujours possible? Du maintien en forme des astronautes si la création d’une gravité artificielle n’est pas prévue? Etc. Il y a encore tellement de problèmes à résoudre, alors qu’on n’a même pas encore vu un Starship emporter des astronautes ne serait-ce qu’en orbite terrestre basse, qu’envisager un vol habité de ce vaisseau vers Mars dans moins d’une dizaine d’années (9 ans jusqu’au lancement) déjà est (malheureusement) totalement irréaliste.

    1. J’ai bien conscience qu’il reste des problèmes à résoudre avant de debarquer des hommes sur Mars mais, pour moi, ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas parler de l’après. D’ailleurs nous avons très souvent évoqué dans ce blog les multiples problèmes qui se posent à court terme (souvent dans vos commentaires).
      Enfin, je pense que la réussite du test IFT4 laisse présager un test prochain vers Mars (celui que j’évoque pour Novembre 24). Ca ne veut pas dire que le starship qui serait alors lancé irait jusqu’à Mars mais ça serait un pas de plus, important, vers ce but.
      Je suis un optimiste et j’espère être aussi un réaliste!

  5. Bonjour Pierre Andre Haldi
    C est vrai qu il existe encore beaucoup de choses a preciser dont aussi les conditions de vie des astronautes pendant le long voyage: ce n est pas trois jours comme pour la Lune mais de longs mois pendant lesquels la sante physique et aussi mentale de l equipage sont a prendre en compte sachant que dans nos sousmarins nucleaires les gens sont coupes du monde pendant des missions de trois mois sans anomalies notables…donc cela apparait possible a la gravite pres.
    Pour l instant j attends le depart de Ariane 6 qui represente tout de meme une grosse evolution par rapport a Ariane 5 puisqu elle peut larguer plusieurs satellite a plusieurs altitudes differentes par reallumage des moteurs pour un cout divise par deux ou trois …bon on est loin de space X mais c est quand meme une belle fusee permettant de lever une charge utile importante.

      1. et enfin de nombreuse evolutions sont prevues : nouveaux boosters a poudre plus puissants puis nouveaux boosters liquides encore plus puissants recuperables puis nouveaux moteurs remplacant les VULCAINS etc … Donc il s agit d une fusee tres evolutive qui va remplir des missions tres importantes

    1. « dans nos sous-marins nucléaires les gens sont coupés du monde pendant des missions de trois mois sans anomalies notables ». Je ne suis pas spécialiste des problèmes psychologiques, mais je ferais quand même remarquer que cette comparaison avec les sous-marins nucléaires n’est pas forcément pertinente; premièrement, sauf erreur, l’équipage ne reste pas constamment en plongée pendant les trois mois de mission, mais, surtout, les membres d’équipage savent très bien qu’en cas de problème (sauf catastrophique comme avec le « Koursk ») ils peuvent retrouver la « civilisation » dans un court délai. Cela fait mentalement une énorme différence avec une mission sans « abort » possible et sans aucun secours à attendre en cas de problème (du moins avant de très longs mois).

  6. Il n’est pas exact d’écrire que les équipages de SNLE restent des mois en plongée sans anomalie notable, puisque c’est justement leur résistance qui constitue la limite de durée de plongée. Au delà, les hommes craquent. Ils sont pourtant d’abord triés sur ce critère, savent pouvoir revenir à tout moment à la civilisation, et sont en contact radio temps réel avec leur proches (autre différence fondamentale avec l’espace profond).

    Malgré tout cela, cette durée limite de plongée ne fait pas la moitié d’un aller Terre-Mars avec le Starship. Ce qui , sur cet aspect psychologique, donne la dimension du problème pour ce dernier.

  7. Merci à Monsieur Brisson de nous faire voir des choses positives. Bien sûr, monsieur Pierre-André Haldi a une exigence de précision scientifique qui l’honore. Mais pourtant:
    « l’alimentation en énergie »
    « la conservation des ergols »
    Pour ces deux points, je n’ose penser que la NASA ou Musk ne préparent pas des solutions. Et des vaisseaux américains ont déjà atterri sur Mars quoiqu’ils étaient petits.
    « les effets néfastes de tempêtes solaires ». De même que pour les rayons cosmiques il faudra bien trouver, sinon pas de voyage dans l’espace et suicide de l’espèce humaine à plus ou moins long terme.
    « la création d’une gravité artificielle pas prévue »
    « un vol habité de ce vaisseau vers Mars dans moins d’une dizaine d’années irréaliste ». La comparaison avec les sous-marins nucléaires ou les voyages de Christophe Colomb trouve en effet très vite ses limites. Les gens qui partiront vers Mars auront-ils l’esprit des kamikazes? Auront-ils conscience que leur chance de mourir sera grande? En tout cas, ce sera l’aventure la plus formidable de toute l’histoire humaine depuis sa naissance et cela change tout. Si l’on obtient quelques succès il est possible que la passion et la compétition sino-américaine accélèrent les choses. Espérons-le pour l’Humanité. Quant aux Européens, Mars ne semble pas les faire rêver. Dommage! On ne rêve plus en Europe! (On semble essentiellement vouloir lancer des satellites). Oui, nous n’y sommes pas encore mais c’est question de volonté… et de prise de conscience de notre situation dans l’univers.

    1. « des vaisseaux américains ont déjà atterri sur Mars quoiqu’ils étaient petits. », là est toute la différence; il n’y a aucune commune mesure entre les besoins énergétiques d’un engin automatique d’une tonne environ et celle d’un futur Starship habité!
      « Pour ces deux points, je n’ose penser que la NASA ou Musk ne préparent pas des solutions », justement, j’ai beau eu chercher de manière extensive , je n’ai jusqu’ici trouvé aucune description d’une « solution » un peu réaliste à ces problèmes, ni de la NASA,. ni de SpaceX.
      Mais à part ça, je suis absolument d’accord qu’il faudrait maintenant avoir la ferme volonté (ce que l’on ne sent guère malheureusement) de lancer un programme d’exploration habitée martienne ambitieux « qui tienne la route ». Une analyse un minimum réaliste des difficultés encore à surmonter montre cependant que l’aboutissement d’un tel programme en moins de 9 ans est totalement hors de portée. Et sur ce plan, Musk m’inquiète; je le verrai assez se lancer dans une aventure martienne insuffisamment préparée qui se terminerait en fiasco. Or, si l’on vise une exploration humaine pérenne de la planète rouge, il faut absolument qu’au moins la première tentative soit un succès (comme pour le programme lunaire Apollo). J’ai bien peur qu’un échec catastrophique, avec perte de l’équipage, lors d’une première mission martienne habitée condamne pour des décennies, si ce n’est plus, toute nouvelle tentative; imaginez le retentissement que cela aurait. « Qui va piano va sano e va lontano »! 🙂

      1. Bonjour Pierre Andre Haldi
        Completement d accord avec vous : nous avons deja evoque cela dans le passe. Je pense en outre que Starship est trop petite et pas vraiment adaptee a une mission Martienne: gravite artificielle …radiations… energie… etc. Ca pourrait marcher mais dans des conditions de risques importantes.

  8. Le plus inquiétant ce sont les radiations. Si l’on trouve une solution, je verrais bien un déroulement comme pour la lune: quelques très courts séjours puis des années de réflexion pour juger de la suite à donner.

    1. « des années de réflexion », en fait plus d’un demi-siècle à se contenter de tourner en rond en orbite terrestre basse! A ce train là, la « colonisation » de Mars sera reportée aux Calendes grecques¨

  9. Ça, c’est une possibilité « les Calendes grecques »! L’homme existe depuis plus de 7 millions d’années et il a attendu les années 1700 pour voler. Ce n’est pas une raison pour abandonner les recherches sur le sujet, on finira par y arriver un jour. De même qu’on ne lâche rien en médecine malgré notre énorme ignorance dans ce domaine.

  10. Bonjour Pierre Brisson
    ARIANE 6 belle fusee tout de meme sera peut etre competitive pour quelques lancements mais cela ne va pas durer longtemps car elle est demodee! Savons nous ou en sont les travaux concernant le moteur prometheus et les demonstateurs Callisto et Themis?

  11. « on a vraiment l impression que cela n’avance pas ! » Eh oui. Dès lors, que proposez-vous pour que les recherches s’intensifient? Sur la fusion nucléaire, on est très fort pour la bombe H mais Iter, ils n’y sont pas encore. Les progrès, c’est l’invention du tokamak par les Russes et aussi une avancée japonaise. Manque d’action du côté de Cadarache malgré les milliards. Le coup de pied dans le cul se profile avec l’intense réarmement des Russes et la grande peur (justifiée) des occidentaux. Pour Ariane 6 bravo, mais ce n’est qu’un balbutiement. Comment motiver ses concepteurs pour le voyage vers Mars qui, à première vue et avec une réflexion superficielle, ne rapporte pas autant que le lancement de satellites?

    1. Bonjour
      Vous savez je pense que le voyage vers Mars n interresse pas vraiment les Europeens qui se tournent volontier vers les mises en orbite de satellites pour un cout competitif :avec Ariane 6 ca progresse en ce sens . Et puis starhip est une tres grosse fusee reutilisable tandis que Ariane 6 est beaucoup plus petite et non reutilisable; la fusee suivante sera reutilisable et fonctionnera au methane et ne sera pas plus grande que Ariane 6 apparement…sera t elle en acier…pour l instant on ne sait pas…
      Ce lancement hier au soir a ete vraiment superbe.
      Pour ce qui est de la lenteur des projets cela tient peu etre a la lourdeur des structures …

      1. il est a noter qu il a fallu au bas mot 15 annees a space x pour aboutir a starship et 10 ans pour aboutir a ariane 6 du cote de l Europe donc ce n est pas aussi lent que cela finalement !

  12. La lenteur des projets tient à l’absence de motivation et au manque de soutien du reste de la population. Le sentiment d’être devenus pauvres, en tout cas plus pauvres que les Américains conduit à tout limiter, ce qui va aboutir à faire empirer les choses en diminuant le désir d’entreprendre, en faisant rater des occasions historiques. Il aurait pu nous obliger à nous soumettre totalement aux ordres d’outre-Atlantique. Connaissez-vous des films ou feuilletons européens de science-fiction? Jules Verne est mort deux fois. Oui, la recherche coûte cher mais elle donne le goût de vivre.

  13. Bonjour Pierre BRISSON
    Je viens de relire votre article concernant ARIANE 6 :TRES CONVAINCANT. Comment faire pour optimiser toute cette organisation ?

    1. Merci Niogret. Oui je ne renie pas cet article de Novembre 23.
      Certes le premier lancement d’Ariane-6 du 9 juillet marque le retour d’un lanceur européen dans l’espace mais la concurrence, notamment avec SpaceX, va être très rude.

  14. oui TROP RUDE ! Heureusement que Ariane « dispose » de clients attitres et surtout de Jeff Bezos : a propos on pourrait peut etre creer une structure derivee de Ariane space mais appartenant pour partie a Ariane et pour partie a un entrepreneur comme Bezos et destinee en utilisant les technologies deja developpees par Ariane (moteur Prometheus par exemple) a re-develloper a toute vitesse le premier etage de Ariane 6 ? ca doit pouvoir aboutir en 4 ans si le chef d entreprise est performant ainsi que ses ingenieurs et techiciens.Cela permettrait de s affranchir de l organisation esa et compagnie.

  15. 12 juillet 2024: « a SpaceX Falcon 9 rocket exploded while trying to raise its orbit to release a batch of Starlink internet satellites » . Elon Musk ne doit pas être confondu avec Dieu

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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