Le vol d’Icare

Dans un temps très ancien, Dédale l’ingénieux, issu de la famille royale d’Athènes, avait été enfermé avec son fils, Icare, dans le Labyrinthe qu’il avait créé, par le roi de Crête, Minos, pour le punir d’avoir aidé Thésée à s’en échapper avec la complicité d’Ariane, sa fille, qu’il avait séduite. Thésée venait de tuer le Minotaure qui était la preuve de la faute de Pasiphae, la femme du roi, et l’instrument utilisé par lui, Minos, pour terroriser les Athéniens qui étaient devenus ses vassaux. Pour s’échapper avec son fils, Dédale conçu et réalisa des ailes faites de plumes et de cire. Avant de s’élancer il regarda Icare et lui dit : Mon fils, prends garde, ne vole pas trop haut car le soleil ferait fondre la cire, ni trop bas, car les plumes seraient mouillées par les embruns de la mer. Tandis que Dédale s’en tenait à ses règles de raison et de prudence, Icare, au contraire, grisé par son pouvoir et le plaisir, monta toujours plus haut vers le Soleil. Lorsqu’il en fut trop proche, ses ailes fondirent et il tomba dans la mer (au Nord d’Ikaria et au Sud de Chios) où il mourut.  

Dédale et Icare devinrent ainsi les deux ‘figures’ qui de tout temps ont illustré la Science, ses mérites et ses dangers, et le caractère des hommes. Dédale est le scientifique appliqué, celui qui cherche des solutions et qui se satisfait d’autant plus de sa réflexion qu’elle lui permet de résoudre les problèmes les plus complexes. Icare est le néophyte parce qu’il est jeune où qu’il n’a pas suffisamment étudié, qui ne considère que l’objectif et veut l’atteindre sans se préoccuper des moyens. Dédale c’est la satisfaction par le travail, Icare la poursuite du rêve par le rêve. Dédale c’est le joueur d’échecs, Icare le poète. Ils portent tous deux les mêmes ailes, la puissance de leur cerveau, mais ils s’en servent différemment.

Dédale est l’ancêtre de l’architecte, Icare celui de l’auteur de science-fiction. Il faut les deux pour faire un monde. Le premier avance pas à pas sur un sol qui se solidifie progressivement sous ses pieds parce qu’il fait le nécessaire pour cela. Le second se lance au-dessus du vide vers le soleil sans préparation sérieuse, avec ses ailes de plumes collées de cire. Le premier échoue lorsqu’il rencontre un mur ou se trompe de chemin au carrefour. Mais il peut revenir sur ses pas et tenter une autre voie. Le second vole au-dessus de l’obstacle par la pensée et il s’en satisfait parce que la réalité lui importe peu. Mais c’est elle qui se rappelle à lui.

Dans l’histoire de l’humanité scientifique il y a ces deux types extrêmes de personnes et toutes les nuances intermédiaires. En allant vers le côté sérieux on a le scientifique le plus pur, le technicien qui a résolu un problème bien défini. Et moins loin vers la froideur de la perfection, on a le scientifique-rêveur qui a imaginé un concept qui n’existait pas avant lui et qui ensuite s’est efforcé de le démontrer ou a lancé une ébauche et a laissé ses successeurs pousser jusqu’au bout l’étude de sa faisabilité.

Cyrano de Bergerac ou Jules Vernes s’apparentent à Icare. Les ingénieurs d’ArianeGroup sont des Dédales. Elon Musk est une synthèse d’Icare et de Dédale. Jeff Bezos également mais avec un peu plus de Dédale que d’Icare. Le problème est, comme chez tout homme, l’équilibre. L’équilibre ou le ‘juste milieu’ est rassurant mais un déséquilibre au moins léger vers l’inconnu est nécessaire pour aller loin. Autrement dit, pour réussir concrètement quelque chose de vraiment nouveau, il faut beaucoup de réalisme mais une grande part de rêve.

On se trouve ramené aux perspectives de SpaceX ou de Blue Origin, et d’ArianeGroup. SpaceX est le créateur, Blue Origin le rival tenace et sérieux, ArianeGroup le suiveur. SpaceX peut se brûler les ailes si le Starship ne peut procéder au remplissage de ses réservoirs en orbite et s’il ne peut se poser sur Mars ou en repartir. Blue Origin emprunte une voie plus modeste ou plus prudente mais pourra sans doute aller sur la Lune. ArianeGroup continuera à placer de temps en temps un satellite en orbite terrestre ou une sonde près d’un astéroïde.

En tant que spectateur, avant de devenir acteur, on peut choisir son camp mais il est certain que le rêve, pourvu qu’il repose sur quelque chose d’un peu plus consistant que le vent, est nécessaire car il permet de voir plus loin et d’entreprendre de ‘grandes choses’. Je vous souhaite donc pour l’année 2026 la réalisation concrète d’un maximum de vos rêves, spatiaux et autres, et surtout de continuer à rêver pour vous laisser inspirer pour aller vers ce ‘plus loin’.

Illustration de titre : La chute d’Icare, peinture de Carlo Sacareni, 1580-1620, (Naples, musée Capodimonte).     

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Après avoir terminé cet article, j’ai appris le drame de Crans. Ayons une pensée grave et profonde pour tous ces jeunes qui sont morts dans des conditions atroces et à ceux qui survivent terriblement blessés. Pensons aussi à leurs familles et à la douleur de la perte qu’ils vivent.

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2 réponses

  1. en ce moment je suis les 2 ! je » retrofite » de vieilles voitures de Circuit 24 en les electronisant au max pour que les feux stop s eclairent au freinage que les feus ar et av s eclairent en roulant et restent eclaires a l arret bref…supercondensateurs circuits integres etc et alim variable car on passe sans cesse du 12 v continu au 24 volts alternatif …ouf tout ca ca marche mais j ai grille quelques circuits car j avais commis des erreurs de calcul bref en ce moment je fabrique une carrosserie au 1/30 eme de l ASTON MARTIN VALKYRIE et je fais cela de 2 manieres impression 3 d ou moulage resine epoxy et pour l instant a ce niveau je suis plutot ICARE!!! donc il faut les deux pour reussir!

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre fondateur de la Mars Society des États Unis et ancien membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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