La Terre promise
Depuis le sommet du Mont Nébo, après avoir passé 40 années dans le désert, Moïse l’a aperçue en regardant vers Canaan. C’était, des siècles après, la terre que Dieu avait promise à Abraham alors qu’il vivait encore à Ur en Chaldée. Mais par-delà cette histoire, le concept de terre-promise est une réalité extrêmement puissante chez tout être humain. Non seulement psychologique, il est aussi génétique. Tout comme le besoin de reproduction, c’est une force de vie. Les deux sont d’ailleurs liés.
Au-delà de Canaan, on peut dire que cette terre-promise fut auparavant le Moyen Orient puis l’Europe ou l’Asie pour les premiers homo-sapiens, nés en Afrique, pour simplement disposer de territoires nouveaux, imaginés plus riches en fruits et giboyeux ; que ce fut l’Amérique pour ceux qui allaient devenir les Amérindiens et qui considéraient les chemins hostiles du Détroit de Béring avant de les affronter, en pensant que peut-être il y avait autre chose au-delà de la glace ; que ce fut l’Australie pour ceux qui étaient parvenus jusqu’à Bornéo ou Bali et qui se demandaient comment franchir la ligne Wallace toujours occupée par l’eau et prise par les courants, pour parvenir de l’autre côté, d’où ils avaient vu venir des oiseaux. Plus tard, on peut dire que ce furent les îles du pacifique pour les Polynésiens qui passèrent de l’une à l’autre sur leurs frêles esquifs, toujours plus loin vers le Soleil levant, jusqu’à l’Ile de Pâques et peut-être l’Amérique, en pensant qu’au-delà il y aurait encore quelque chose. En se positionnant de l’autre côté du monde, on peut dire que ce fut l’Amérique pour les Européens du XVème siècle qui cherchaient le ‘passage’ vers les Moluques, puis encore l’Amérique pour leurs descendants confrontés aux persécutions ou à la misère. Puis toujours l’Amérique avec son Far West où tout était possible car on pouvait s’organiser soi-même, sans contrainte. Puis enfin l’Amérique après la Seconde guerre mondiale pour ceux qui rêvaient d’une vie plus facile, ou plutôt qui voulaient ardemment que leurs efforts et leur travail soient mieux récompensés, ou Israël pour retrouver la terre d’Abraham et de Moïse, et tenter d’oublier les horreurs de la guerre et pour que plus jamais on ne se retrouve en position de faiblesse. On peut dire que c’est Mars aujourd’hui, ce point rougeâtre perdu dans l’immensité de l’Espace, monde nouveau que l’on peut discerner au loin depuis la Terre et sur lequel on s’est posé depuis peu, avec nos moyens robotiques en attendant mieux.
Tous ces lieux lointains et souvent mythiques, au début car plus ou moins vaguement définis, sont vus comme des recours, des réponses possibles à un appel pour s’affranchir des chaînes ou des empêchements qu’on subit, ou simplement des rêves qui peuvent s’avérer un jour, peut-être, des réalités même si parfois il faudra accepter qu’ils ne soient que des mirages comme le fut l’Eldorado.
Aller voir ‘ailleurs’ c’est chercher autre chose de mieux que ce que l’on a, c’est répondre au besoin de liberté, c’est ressentir en soi le besoin de vivre mieux, de disposer de davantage d’espace et peut-être de moyens, c’est satisfaire sa curiosité, c’est répondre à la pulsion du besoin d’aventure.
A côté de ceux qui sont émus ou attirés par l’‘ailleurs’, des Magellan, des Marco Polo ou ceux qui restés obscurs ont pu les égaler, il y a d’autres hommes qui sont des sédentaires et qui semblent satisfaits de ce qu’ils ont déjà. Il y en a aussi qui rêvent comme les autres d’aventure mais qui ne veulent pas déplaire à leurs proches en les quittant ou encore qui se raisonnent en se disant que tout cet émoi qu’ils ressentent aussi n’est qu’une pulsion destructrice car les difficultés qui semblent incontournables pour les surmonter semblent trop grandes à leurs yeux.
Mais tout homme ressent en lui ‘quelque chose’ face à l’immensité, jadis en regardant une carte de géographie montrant les terres lointaines, et aujourd’hui comme hier en contemplant l’Espace au-dessus de lui, une attirance, un effroi, ou les deux. L’Espace c’est le ‘sans limite’, c’est cette immensité qui écrase et qui aspire, c’est le seul endroit où peuvent vivre les dieux. Alors on ose ou on n’ose pas. C’est parce qu’il a osé qu’Icare a brûlé ses ailes en approchant trop du Soleil. Mais c’est aussi parce qu’ils ont osé que les astronautes d’Apollo ont marché sur la Lune. Et l’on rêve en contemplant la Voie Lactée.
Cette attirance, cette fascination, cette déraison qui nous force à envisager l’impossible, c’est ce qui distingue l’homme du robot. Le robot ne rêve pas. Il ne va pas chercher ailleurs. Il est programmé et fait ce qu’on lui dit de faire, sans sentiment particulier, sans émois. C’est pour cela qu’il ne pourra jamais remplacer ou succéder à l’homme. Certains dirigeants politiques aujourd’hui voudraient que leurs concitoyens, qui les ont élus pour leur permettre de vivre au mieux entre eux, leurs délèguent leurs rêves et les laissent penser et ressentir à leur place. Ils voudraient qu’ils ne soient que des producteurs ou des exécutants, encadrés par leurs règles, innombrables comme celles d’une programmation, des robots en quelque sorte. Ils n’y parviendront jamais car l’émotion, le sentiment, le désir du mieux et de l’évasion, sont le propre de l’homme. Tout homme porte en lui sa Terre promise et n’y renoncera jamais. Si le joug est trop lourd, un jour il se rebelle : il l’a toujours fait.
Alors, en ce cœur de l’été, sans vous lancer encore dans l’Espace à bord de votre vaisseau spatial (parce qu’il n’est pas encore prêt !), profitez de la fraicheur de la nuit, ouvrez vos fenêtres, allez marcher loin des lumières de la ville, sur une plage, une colline, dans un endroit où vous pourrez voir le ciel noir piqué d’étoiles, laissez-vous aspirer par leurs lumières silencieuses, petites mais extraordinairement puissantes. Sans quitter la Terre, vous partagerez avec les autres hommes, de jadis et ceux d’aujourd’hui, cette même vision de l’immensité et je suis confiant que vous ressentirez dans votre cœur l’appel de la Terre Promise, même si vous ne voulez pas y répondre maintenant.
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Le prochain test de vol pré-orbital du Starship, « IFT10 », est planifié pour le 24 août:
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Le site internet de la Mars Society Switzerland, reprend mon blog et publie d’autres textes relatifs à l’exploration de Mars. Allez le visiter pour mieux en comprendre le contexte :
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10 réponses
Bonjour,
Oui il y a dans notre espèce en gros 2 types de comportements: ceux qui, ayant trouvé un lieu assez confortable, veulent y rester avec leurs proches, et ceux qui ont envie d’aller voir ce qu’il y a « derrière la colline » et si l’herbe y est plus verte.
Après il y a les déplacements et migrations forcées par des changements des conditions locales qui font que le coin sympa devient difficile à vivre.
En fait les 2 grands comportements servent tout les deux à la survie et au développement de notre espèce.
En gros et en exagérant: les sédentaires conservateurspour qui » un tient vaux mieux que deux tu l’aura » et ceux qui ont « la bougeotte » 😀
Actuellement on voit bien se dessiner ce genre de différence comportementale entre ceux qui voudrait exploration humaine et installation d’une seconde humanité sur Mars, et/ou les projets d’humanité dans des grandes stations orbitales entre l’orbite terrestre et celle de la Lune, et ceux qui voudraint continuer à vivre sur Terre, et rester au berceau.
Ce qui est gênant c’est que ces conservateurs sont si certains d’avoir raison qu’ils voudraient empêcher l’humanité de se déployer dans l’espace et le systeme solaire, et cela.par de nombreux moyens dont de nombreux reproches et critiques parfois excessives.
L’inverse n’est pas vrai, ceux qui veulent l’expansion humaine n’ont même pas l’idée d’obliger quiconque à les suivre.
Les 2 attitudes servent la survie de notre espèce, ceux qui restent sont souvent les descendants de personnes qui ont voulu explorer et se sont installés « derrière la colline ».
Ils forment la base arrière et le support de ceux qui partent explorer, sans ceux-là, les explorateurs ne pourraient pas s’équiper pour leurs explorations. Les Explorateurs rapportent du savoir et de l’expérience, des objets, ressources
et de nouveaux lieux pour s’installer.
Maintenant ça va se propager au niveau du système solaire, avec du temps.
Les « conservateurs » pourraient gagner et empêcher l’expansion humaine mais ils se heurteront alors à un comportement, sélectionné par l’évolution, de survie et de propagation de notre espèce.
Et si on est seuls à être conscients, ça nous impose de propager cette particularité, de même ça nous rend responsable de protéger et propager la biodiversité sur Terre et « au-delà des collines ».
Le danger dans cette perspective, c’est effectivement que les conservateurs ne supportent pas que certains veuillent « aller voir ailleurs ». Comme les conservateurs sont ceux qui généralement détiennent la clef des portes de prisons, il faut profiter de l’ouverture de la porte pour se sauver.
On est sans doute dans cette situation. Il ne faut pas croire que la porte, actuellement ouverte, le restera toujours.
MOISE : oui il a observe la terre cananeene promise mais en fait les hebreux sont des semites qui ont investi le territoire des cananeens qui sont eux meme des semites; il s agit d une descente progressive sur le territoire cananeen et apparemment pas d une guerre civile. actuellement la crise arabo-israelienne est egalement une progression de semites chez d autres semites; il serait tentant d effectuer l analyse des chromosomes Y des israeliens actuels et des palestiniens actuels : il est possible qu ils soient tous israelites et dans ce cas on se trouve face a une guerre civile ce qui change la donne .NB les Hyksos qui avaient pris le pouvoir en Egypte au detriment des Pharaons (avant de se faire ejecter par ces pharaons) etaient egalement semites. Et nous quant on arrivera sur Mars et bien nous ne « derangerons » personne c est la grande difference.
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et apparem.la civilisation d UR ,tres grande civilisation,qui etait le fait des Sumeriens qui ont donne naissance a Abraham n etait pas semitique ce qui est curieux.
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D autres part la planete MARS ne nous a pas ete designee par le seigneur comme terre promise…Mars est notre choix et apparemment ce choix ne nous est pas conteste par le Seigneur. Je pense que le seigneur suit nos progres avec interet.
Dans cette région, il y a toujours eu des mouvements de populations entre les sédentaires qui habitaient les régions fertiles et les nomades qui parcouraient les déserts, en se posant de temps en temps d’un côté ou de l’autre.
Par ailleurs, il est vrai que les Sumériens ne parlaient pas une langue sémite mais cela ne veut pas dire que des nomades sémites ne séjournèrent pas en Chaldée, comme les Juifs le firent plus tard en Egypte.
Donc il y a eu des mélanges, ça me semble évident.
Enfin les peuples bougent. A certaines périodes de leur histoire, ils sont nomades puis ils deviennent sédentaires quand ils ont trouvé leur « terre promise ». Rappelons-nous que l’homme est apparu en Afrique et qu’il en est sorti pour aller « ailleurs », que les Celtes sont venus en Europe Occidentale à partir des plaines situées entre l’Oural, la Mer Caspienne et la Mer noire.
NB: Les Terres promises peuvent ne pas avoir été désignées par qui que ce soit. Elles sont dans la tête de ceux qui en rêvent.
il faut par dire cela a Moise! il ne va pas etre content!
Nous avons parle ci dessus de ces peuples du moyen orient qui ont institue un « bazar » terrible dans ces contrees et qui ont sur la conscience quantite de desastres humains. Mais on peut parler aussi de ces peuples Europeens (germains …europe centrale) qui eux aussi nous ont pose beaucoup de problemes depuis Rome et meme avant et encore actuellement…le parcours de ceux ci est desastreux rappelons nous les champs catalauniques par exemple …et l affreuse regression culturelle qui a suivi la chute de La Rome d occident et qui a dure 1500 ans…dont nous relevons a peine …
Comme quoi, un peuple quel qu’il soit, peut supporter l’apport de quelques éléments exogènes mais pas trop car il faut que ces éléments puissent être absorbés par l’ensemble (on dit « assimilés »). C’est ce qu’aujourd’hui les Européens semblent avoir oublié en dépit de l’expérience et de beaucoup d’études très savantes, effectuées par des personnes très diplômées (le bon sens est parfois préférable). Les conséquences sont connues, hélas!
Ben oui: regardez Rome( par ailleurs pas geniale sur tous les points on est d accord ) a cherche a integrer tous les peuples conquis en leur offrant ce concept de vie urbaine propre et agreable modele vraiment unique( les Gault on meme ete installes sur un vaste territoire en France du sud ouest apres moulte peripeties et fuite de chez eux face la pousse de barbares d europe centrale et ceux ci ont combattu a nos cotes lors des champs catalauniques) les francs egalement (childeric 1er le pere de Clovis etait tres fier de sa tenue rouge d officier des legions romaines): ces tentative d integration ont partiellement fonctionne jusqu a ce que Rome soit en difficulte economique et militaire : la tout s est effondre et ces peuples federes ont repris leur autonomie malgres trois siecles soit env. 15 generations de pax romana periode fabuleuse. aucun n est monte sur la ville de rome pour la liberer.Il a fallu attendre le 5eme ou 6 eme siecle pour que l empereur Romain d orient (je crois que c est Justinien a verif.)ne fasse la reconquette de l afrique du nord avant de remonter sur l Italie mais suite a des epidemies il a renonce.l affaire etait donc definitivement pliee.Il faut dire que Clovis aurait pu faire de meme mais il a prefere tuer le general romain Siagrius et s approprier ce qui est devenu la France avec ses 10 siecles de moyen age glauque et boueux….
donc en resume: MARS ++++ ELON MUSK ++++ NASA++++ et USA ++++
Cet article nous rappelle que l’humanité est animée par une quête perpétuelle d’«ailleurs». Cette aspiration universelle, celle de rêver à un futur meilleur. Mais ce rêve est fragile. L’espace est aujourd’hui un terrain de rivalités stratégiques, où la militarisation menace de transformer cet horizon en un nouveau champ de bataille. Le professeur Al-Rodhan, dans l’article suivant en anglais, explore justement cette confrontation spatiale et les défis liés à la gouvernance et nous invite à réfléchir sur la manière dont l’humanité peut préserver un esprit d’exploration et de coopération : https://www.globalpolicyjournal.com/blog/03/06/2025/why-we-must-prevent-militarisation-outer-space-how-reconcile-national-interests
Intéressante approche mais à mon avis pleine de « wishful thinking » (sans vouloir être désobligeant). L’accès à l’Espace, c’est l’accès à la liberté avec ses mauvais comme ses bons côtés. Une fois l’homme établi en dehors de la Terre dans des colonies autonomes, les lois terrestres y seront très difficilement applicables. D’abord par ce que l’autonomie implique qu’il n’y ait pas ou très peu de moyens de rétorsion possible, ensuite parce que l’accès aux différentes colonies sera très difficile et non constant. Déjà sur Mars, les contacts ne seront possibles que tous les 26 mois.
Il faut donc compter sur l’intérêt commun de sécurité dans les endroits viabilisés artificiellement (le danger de mort est pour tout le monde), la bonne volonté des uns et des autres de façon générale (compte tenu de la contrainte précédente), et sur la fuite « ailleurs » en cas de problème relationnel insoluble.