Le Rêve de la Mars Society
Ce rêve, vous en voyez la première image dans l’illustration de titre de cet article : Le premier Starship habité approchant de la planète Mars, tel qu’imaginé par SpaceX.
Dans la réalité, nous n’y sommes pas encore. On le voit bien avec les difficultés rencontrées par les IFT7 et IFT8, à faire voler le Starship-vaisseau en orbite terrestre. Et je suis bien conscient qu’au-delà de la mise en orbite et du retour dans les bras de Mechazilla, il faudra résoudre d’autres problèmes avant « le grand vol », aussi bien pour le voyage (énergie embarqué) que pour l’atterrissage (stabilité du vaisseau à l’atterrissage), ensuite pour le séjour (santé des astronautes, notamment du fait de la faible gravité martienne et des radiations, non seulement dans l’espace mais aussi sur Mars), puis pour le retour (approvisionnement en ergols à partir des ressources martiennes), le redécollage (appui de la propulsion) et enfin pour l’EDL sur Terre (arrivée dans l’environnement terrestre à une vitesse relativement élevée puisque la Terre se trouvera au périhélie de l’ellipse de retour).
Cependant on peut espérer.
On peut espérer en constatant les progrès déjà effectués par le lanceur (le SuperHeavy deux fois de suite recapturé par Mechazilla, IFT7 et IFT8, après un premier succès lors de l’IFT5) et dans la théorie astronautique, en lisant The Case for Mars de Robert Zubrin. En effet quel chemin parcouru entre Werner von Braun avec son Mars Project, et Robert Zubrin avec sa théorie Mars Direct (1995) ! Aujourd’hui, grâce à Robert Zubrin (« ISPP », In Situ Propellant Production), on veut produire sur Mars les ergols nécessaires au retour sur Terre et on réduira ainsi de moitié la masse qu’il sera nécessaire d’arracher à la gravité terrestre. On sait aussi qu’on pourrait théoriquement (on ne l’a jamais testé, hélas !) mettre en rotation deux masses, dont celle d’un vaisseau habité, pour restituer à l’intérieur de l’habitat un minimum de gravité.
On peut espérer aussi, en constatant comme je le fais dans mon livre, « Franchir sur Mars les portes de l’Espace », toutes les avancées faites depuis 1995 ou qui sont en cours sur les points qu’il est nécessaire de traiter pour compléter le développement des technologies astronautiques. La NASA, Robert Zubrin, la Mars Society, différents laboratoires de recherche américains, et d’autres, ont réfléchi à ces différents points et ont proposé des solutions théoriques (après en avoir écarté d’autres). Les plus importantes concernent d’abord les sources d’énergie (forcément nucléaire) à utiliser sur place (Kaleidos ou Pylon), l’extraction de glace d’eau (système RedWater d’Honeybee Robotics), les cultures sous serre et le recyclage (Biopod d’Interstellar Lab / MELiSSA), la protection contre les radiations (StemRad).
On peut encore espérer, car non seulement la technologie évolue mais par ailleurs les motivations et les moyens financiers sont prévus (voir notamment mon livre) et cela fait partie de la faisabilité. Avec des personnes comme Elon Musk ou Donald Trump, il n’est plus question d’aller sur Mars sans chercher à rendre l’aventure rentable et donc pérenne. Sur ce plan, il faudra aussi s’adapter aux contraintes. Par exemple, on ne rêve plus au transport de minerais ou de pondéreux divers pour revendre sur Terre, mais la Société qui aura investi sur place offrira des services contre rémunération à ceux qui feront le voyage, pour la recherche scientifique, la recherche ingénieriale ou simplement la « recherche » d’aventure et de paysages vierges dans un monde nouveau.
Bon ! Nous sommes « encore sur le chemin » et nous ne savons pas si le rêve deviendra réalité. Mais avec Elon Musk dans le cercle du pouvoir, nous avons la chance unique de bénéficier d’un effet d’accélération vers sa réalisation, sans que l’énergie déployée vers le but puisse, à court terme, être détournée par des « sirènes ». Tant que Musk et Trump seront au pouvoir, la Lune, même si elle pourrait encore servir de terrain de tests, ne sera pas un piège comme elle l’a été avec leurs prédécesseurs (pour mémoire, depuis l’échec du Projet Mars de 1994 du Président Georges HW Bush, tous les programmes soi-disant « The Moon and Beyond » ont été en réalité des programmes « The Moon, period »).
Alors, peut-être qu’un jour, pas si lointain, nous verrons des habitats sur Mars fleurir comme les pétales de notre pensée (voir mon livre). Et avec l’autonomie indispensable de ces habitats (imposée par le besoin de sécurité), l’Homme aura gagné une carte majeure pour sa survie en cas de catastrophe survenant sur Terre. Il pourra aussi envisager d’aller un jour encore plus loin. Il aura donc « franchi sur Mars les portes de l’Espace ».
L’objectif est maintenant un premier vol de Starship robotique en janvier 2027 (toujours à l’intérieur de la présidence Trump). Pour cette échéance, on est encore dans les délais techniques.
Illustration de titre : capture d’écran, site SpaceX, page Starship, crédit SpaceX.
Illustration ci-dessous ;
Une première base martienne (ma conception). Une tranchée circulaire a été creusée. La terre extraite a été entassée au-dessus du disque délimité par le cercle et compactée. A partir de cette tranchée, des tunneliers ont foré une suite de tunnels diamétralement au cercle de la tranchée, en laissant une couverture de régolithe de 2 mètres (protection antiradiations et anti micrométéorites). Les murs de la tranchée ont été revêtues d’une surface réfléchissante et filtrante. Le volume creusé sous le disque a été étayé et viabilisé. Le sol de la tranchée, protégé par une verrière, est planté.

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Conférence le 22 mars 2025 à l’EPFL, campus de Lausanne : La Chine sur Mars, par le grand spécialiste européen du sujet, Philippe Coué. Marquez la date ! Veuillez aussi noter que compte tenu de ce que le conférencier va donner des informations qui n’ont jamais été communiquées en Europe, il a demandé que sa conférence ne soit pas enregistrée et par conséquent non visionnable à distance.
https://memento.epfl.ch/event/conference-la-chine-sur-mars-presente-par-philippe/

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Index L’appel de Mars 25 02 07
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12 réponses
On peut être un enthousiaste de l’exploration martienne et rester lucide sur les agissements dévastateurs d’un personnage comme Trump, malheureusement (trop) appuyé par Elon Musk qui, à mon avis, s’est complètement fourvoyé en l’occurrence. Et cela pourrait bien nuire gravement aux ambitions martiennes du « boss » de SpaceX. N’oublions pas que le « règne » absolu de Trump (qui se fiche en fait pas mal de Mars ou de la Lune, sauf si cela peut flatter son ego) pourrait bien se terminer déjà l’année prochaine à l’occasion des « midterms ». Les derniers sondages US montrent en effet que la majorité des « Américains » (54 % aujourd’hui, contre 48% le mois précédent) désapprouvent déjà maintenant la politique économique de leur président et plus encore ses accointances avec le maître du Kremlin (56 %).
Elon Musk aurait pu être la Magellan du XXIe siècle, ouvrant la « route des étoiles » (ou, tout au moins, celle de Mars) à l’Humanité. Malheureusement, il s’est laissé attitré par les sirènes du pouvoir, bien plus dangereuses que celle de la Lune ( 🙂 ) et cela pourrait bien lui coûter cher. Décevant et désolant pour tous ceux qui avaient initialement mis de gros espoirs en lui dans le domaine de l’astronautique!
Bonjour
Suis un peu trouble par tout cela: plutot que « make america great again » j aurais prefere « make occident great again » cela veut dire reindustrialiser massivement… tout le contraire de ce qui a ete fait durant ces dernieres decennies. Nous nous sommes beaucoup affaiblis en quarante ans et donc nous ne sommes plus respectes. En France nous ne produisons meme plus les legumes necessaires pour faire une « ratatouille » c est infernal!
A propos de MAGA, mon épouse, d’origine mexicaine, n’a rien contre le fait que l’AMERIQUE soit grande à nouveau (!), de même les Argentins, Brésiliens, Canadiens, etc. 🙂
Cela m’a toujours étonné que le pays située au centre du continent nord-américain n’ait pas de nom en propre, pas plus que ses habitants (« Américains » ne les caractérise pas; mon épouse aussi est Américaine et elle ne vient pas des Etats-Unis!). Cela expliquerait-il les visions annexionnistes de Trump, qui semble vouloir avaler tous ses voisins (et territoires plus lointains aussi si affinité!)?
En effet M. Haldi, Elon Musk s’est décrédibilisé en s’associant avec Trump, on ne peut plus lui faire confiance.
En témoigne sa nouvelle déclaration, annonçant le voyage de sa fusée Starship vers Mars pour la fin de 2026 et son estimation que des hommes pourraient suivre 3 à 5 ans plus tard, complètement irréaliste.
Comme Trump, Musk joue avec des effets d’annonces.
Je crains que vous ayez raison Monsieur Tissot. J’ai également été stupéfait de lire les déclarations d’Elon Musk concernant son calendrier martien, qui font vraiment douter de son sérieux. Rappelons-nous d’ailleurs qu’il avait déjà initialement annoncé un débarquement sur Mars pour 2022! Même Monsieur Brisson, qui est pourtant de manière générale plutôt du genre (très) optimiste en ce qui concerne le Starship, n’y croit pas, comme il l’a mentionné dans un blog récent.
Mais Elon Musk doit bien faire miroiter la possibilité d’une mission martienne encore pendant le second mandat de Trump pour que celui-ci appuie ses projets, sinon ce dernier lui couperait immédiatement les vivres (Trump n’est pas du tout intéressé par l’espace s’il ne peut pas en tirer une gloriole personnelle, pire encore si c’est un successeur qui en profiterait!). Et Trump a été assez naïf pour gober à l’hameçon, … mais jusqu’à quand?
J’approuve totalement ce qu’écrit monsieur Haldi. Néanmoins vu qu’il est permis de rêver, comment verriez-vous un rêve européen de voyage vers Mars? L’Allemagne a prouvé ses aptitudes en technologie, la Suisse, l’Angleterre, la France, l’Espagne, l’Italie aussi. Un semblant de collaboration existe déjà. Le problème est l’impuissance à stimuler le rêve européen, à stopper ce trop grand transfert de nos aspirations et de nos scientifiques vers l’Amérique. N’attendons pas que Trump réussisse à nous guérir. L’espace est un espoir plein de promesses, de boost. Inévitablement, un jour des hommes iront plus loin, même si c’est dans un avenir lointain. Un Far-West! pourrons-nous en être? Comment concevriez-vous la préparation financière, une meilleure coordination même à long terme et surtout un accroissement de l’intérêt dans les esprits pour l’espace en dépit du manque de moyens et de l’assoupissement de nos régions. La Chine s’apprête à nous stupéfier, vous serait-il possible d’imaginer des moyens d’orienter les pensées vers Mars alors que nos concitoyens ne veulent plus qu’inertie et tranquillité. Pour revenir au sujet de cette page, je serais plus économe en posant les cosmonautes près d’une caverne sécurisante contre les radiations et les pluies d’astéroïdes éventuellement (atmosphère peu dense!) immédiatement et moins chère dans un premier temps, surtout s’il surgit des ennuis imprévus
Merci Martin pour votre approbation. Je partage votre déception que les Européens ne se montrent pas plus ambitieux dans le domaine spatial. Et aussi l’opinion qu’ils auraient tout-à-fait la capacité de « faire plus et mieux ». C’est le problème de l’Europe actuelle, pas qu’il y en a trop, mais bien qu’il n’y en a pas assez. Se mettre d’accord à 23 (ESA), en ayant quasiment l’obligation d’obtenir une unanimité à chaque fois, est évidemment nettement plus difficile que pour une structure plus « monolithique » (NASA); et c’est vrai dans d’autres domaines aussi (UE) Mais c’est là qu’on en arrivera peut-être un jour à attribuer le Prix Charlemagne à Trump à défaut du Nobel de la Paix! 🙂 ; ses outrances, ses menaces d’annexion, sa guerre commerciale contre notre continent pourraient réveiller les Européens et les inciter à (enfin) réellement se fédérer afin de créer une puissance capable de parler d’égale à égales avec les autres grandes puissances qui montrent qu’elles ne lui veulent pas forcément du bien. C’est ça ou accepter de « sortir de l’Histoire » et être complètement vassalisés.
Bon! Je vois qu’Elon Musk n’a pas la côte depuis qu’il est entré en politique.
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Je ne partage pas vos opinions très tranchées sur le personnage car je considère que, comme chacun, il a ses qualités et ses défauts et que, parmi les premières, on devrait reconnaître que c’est un excellent manager et un visionnaire tenace (il ne lâche pas facilement une idée et la pousse avec tout le sérieux nécessaire jusqu’à la preuve, en acceptant l’erreur donc la modification). Pour moi la récupération/ réutilisation des lanceurs (dont il a eu l’initiative) est l’avancée principale de l’astronautique depuis l’invention de la propulsion.
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Son Starship n’est peut-être pas le vaisseau idéal. Richard Heidmann (polytechnicien français, Président APM) avait prévu, lorsqu’Elon a annoncé son projet de Starship, un vaisseau qui se posait à la verticale mais sur le ventre. Cela aurait été préférable. Mais le Starship existe presque et ce serait dommage de l’abandonner alors que lors des IFT5 et IFT6 il a démontré qu’il pouvait voler en orbite et atterrir en bonnes conditions. Donc, il ne faut pas désespérer même si les vols du vaisseau lors des IFT7 et IFT8 ont été décevants.
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Par ailleurs, la Sté SpaceX a de nombreux mois devant elle (un « créneau ») pour « se reprendre », corriger les défauts du vaisseau et présenter un Starship viable. On peut être pessimiste mais aussi optimiste, et rien ne dit que Donald Trump va perdre ses mid-terms car beaucoup d’Américains le soutiennent. Et « pour le moment », rien ne s’oppose à ce que SpaceX fasse son travail sans être gênée par l’administration fédérale (FAA) comme c’était le cas sous la présidence Biden. Si, dans ce créneau, SpaceX démontre la fonctionnalité en orbite du Starship et sa capacité à atterrir de manière fiable, il n’y a aucune raison qu’il soit abandonné (sauf si des écologistes extrémistes arrivent au pouvoir).
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Donc, « haut les cœurs »!
Oui un vaisseau qui se pose a l’horizontale! je n avais pas pense a cela…mais dans ce cas la descente se ferait verticalement?
Quant a Elon Musk je pense qu il fait ce qui est necessaire dans un monde libre…meme si c est desgreable
En fait la descente dans l’atmosphère se fait par freinage contrôlé sur le ventre. C’est ce qui offre le maximum de surface et l’on peut revêtir cette surface d’une protection thermique (comme la navette spatiale).
Ensuite, au lieu de redresser le vaisseau à la verticale comme c’est le cas du Starship, on l’incline à l’horizontale. Pour le freinage ultime, il faut bien sûr disposer d’une rétropropulsion ventrale. C’est un peu complexe et c’est sans doute pour cela que SpaceX a préféré la simplicité de l’atterrissage vertical.
J’avais déjà évoqué cette question précédemment et fait part de mes doutes (parmi pas mal d’autres!) sur le concept d’un engin aussi élancé que le Starship devant se poser sur Mars (ou sur la Lune) en s’appuyant sur un polygone de sustentation aussi réduit par rapport à sa taille. Le succès des missions Apollo doit beaucoup à la judicieuse conception du LM, avec un très large empattement par rapport à la hauteur de l’engin. Sans cela, l’atterrissage assez incliné (environ 12 degrés) du LM de la mission Apollo 12 aurait pu mal se terminer. Ce qui est arrivé à plusieurs sondes lunaires moins « trapues » ces derniers temps d’ailleurs. Et quelques « Falcons » aussi se sont renversés au retour sur Terre, même sur des plateformes bien aménagées pour les recevoir.
Quant à imaginer modifier le Starship pour un atterrissage « ventral », c’est totalement irréaliste. Comment et où installer les tuyères, de bonne taille (ce ne sont pas des petits moteurs d’attitude), nécessaires pour l’atterrissage et le décollage sur Mars? Tuyères qui par ailleurs viendraient alors en supplément des tuyères de propulsion (pas très rationnel!) En outre que deviendrait l’aménagement intérieur? Pour l’instant, les « planchers » sont prévus perpendiculairement à l’axe du vaisseau; on ne peut d’ailleurs envisager une autre orientation pour le lancement depuis la Terre. En atterrissant « sur le ventre » sur mars, les astronautes se retrouveraient donc avec des planchers à la verticale, pas très pratique 🙂 ! Une nouvelle illustration du manque de flexibilité de la conception du Starship pour en corriger les faiblesses.
Vous voyez juste M. Haldi, la conception des missions Apollo, composée de plusieurs modules et d’un atterrisseur assez large et maniable, était plus fiable que le projet monobloc Starship.
Un retour sur la Lune et, plus tard peut-être, un voyage vers Mars, devraient s’inspirer, en plus grand, du système Apollo.