Exploration spatiale - le blog de Pierre Brisson

Vous pourrez lire ci-dessous ma traduction du plaidoyer de Robert Zubrin pour l’abandon de la mission de récupération des échantillons de sol martien actuellement collectés par le rover Perseverance dans le cadre de la mission MSR en surface du cratère Jezero. Ses arguments s’entendent. J’ai cependant une position légèrement différente. Je l’expose après ma traduction.

« It’s time to consider alternatives to sample return », Robert Zubrin, article publié le 07/12/2023 dans le magazine SpaceNews.

Le programme d’exploration robotique de Mars par la NASA est en crise. Une récente révision du budget de sa mission phare de « retour d’échantillons » (MSR – Mars Sample Return) a fixé son coût à 10 milliards de dollars, un montant qui menace d’empêcher le financement de toute autre mission d’exploration de la planète rouge pendant les dix ans et demi à venir.

Maintenant que le plan décennal publié par l’Académie nationale des sciences (NAS) a identifié la mission MSR comme la priorité absolue du programme d’exploration de Mars par la NASA, il est temps, compte tenu des coûts et du calendrier, de se demander si ce programme a encore un sens.

Considérons l’alternative. Pour les mêmes 10 milliards de dollars actuellement prévus pour la mission MSR sur les 15 prochaines années, nous pourrions envoyer sur Mars 20 missions d’un coût moyen de 500 millions de dollars chacune. Il pourrait s’agir d’atterrisseurs, de rovers, d’orbiteurs, de foreurs, d’hélicoptères très performants, voire de ballons ou d’autres véhicules d’exploration plus novateurs. Au lieu de se limiter à un seul site d’exploration, ces missions pourraient viser une vingtaine de sites et transporter une vaste gamme de nouveaux instruments fournis par des centaines d’équipes de chercheurs dans le monde entier.

Quel est le meilleur programme d’exploration de Mars que le peuple américain puisse acheter pour ses 10 milliards de dollars ? Toutes les options devraient être mises sur la table.

La NASA affirme que son programme d’exploration de Mars vise à rechercher la vie. Cependant, la dernière expérience de détection de la vie que l’agence a envoyée sur Mars remonte à 1976. Avec un programme robuste de ce type, nous pourrions envoyer une douzaine de missions de détection de la vie en divers endroits. Et ces missions auraient pour objet non seulement de tester le sol en surface de diverses nouvelles manières pour y trouver de la vie, mais aussi de le forer pour étudier des strates beaucoup plus favorables à la vie parce que situées sous la surface.

Avec un programme robuste de ce type, nous pourrions faire beaucoup d’autres choses. Des hélicoptères ou d’autres aéronefs pourraient transporter des renifleurs à la recherche d’évents de méthane et étudier des milliers d’endroits à la surface à chaque atterrissage. Ces engins pourraient également scruter le sous-sol de la planète à la recherche de cavernes et de systèmes hydrothermaux à l’aide de radars à pénétration de sol (GPR – Ground Penetrating Radars). La puissance du signal de retour d’un radar est égale à l’inverse à la puissance quatre, de la distance entre l’émetteur et la cible, ce qui confère un avantage de huit ordres de grandeur aux avions par rapport aux orbiteurs pour ce type d’exploration. La majeure partie de Mars est souterraine. Nous devrions l’examiner de plus près.

Ce ne sont là que quelques exemples. Pour chaque instrument embarqué à bord de Curiosity ou de Persévérance, dix autres instruments de qualité ont été proposés et ont dû être refusés en raison du manque de capacité d’emport de charge utile. Avec un programme robuste du type proposé, beaucoup plus d’instruments pourraient être embarqués. De plus, avec un grand nombre de missions en prévision, il serait possible d’utiliser les informations fournies par les premières missions pour améliorer la conception technique des véhicules d’exploration et identifier les meilleurs instruments et les meilleures cibles pour les études de suivi.

Les retombées scientifiques d’un programme aussi riche et varié dépasseraient largement celles offertes par le retour de quelques échantillons d’un seul endroit sur Mars. Les auteurs du rapport du comité de l’Académie Nationale des Sciences ne sont apparemment pas d’accord. Mais il y a un autre problème : Le risque d’échec de la mission MSR.

Pour être un tant soit peu compétitif avec le programme varié que je propose, la mission MSR doit effectivement ramener sur Terre les échantillons qu’elle recueille. Cela implique d’examiner ce que sont les chances que cela se produise.

Regardons les chiffres. Au cours de son histoire, la NASA a envoyé 25 engins spatiaux sur Mars, dont 20 ont réussi (si l’on inclut l’hélicoptère Ingenuity dans le décompte). La probabilité de réussite d’une mission est donc de 0,8. Le bilan de l’Agence spatiale européenne en matière de vaisseaux spatiaux vers Mars est de deux sur quatre, soit une probabilité de réussite de 0,5. La mission MSR, telle qu’elle est actuellement conçue, comprend deux nouveaux engins spatiaux de la NASA (l’atterrisseur de retour des échantillons et le véhicule de remontée) et un engin spatial de l’ESA (l’orbiteur qui collectera l’échantillon en orbite martienne et le rapportera sur Terre). Si l’un de ces trois engins spatiaux tombe en panne, la mission échoue. Cela signifie que pour calculer la probabilité de réussite de la mission, il faut mettre en série les probabilités de réussite de chacun d’entre eux et les multiplier. Cela signifie que, sur la base du risque individuel présenté par chacun des principaux éléments de vol, la probabilité globale de réussite de la mission serait de 0,8 x 0,8 x 0,5 = 0,32, soit environ une chance sur trois.

Cette estimation ne tient toutefois pas compte du risque supplémentaire associé à l’interface entre les éléments de vol, en particulier le succès du rendez-vous et de l’amarrage autonomes, et du transfert d’échantillons en orbite martienne entre le véhicule d’ascension martienne et l’orbiteur de retour d’échantillons, ce qui n’a jamais été fait. En outre, l’estimation de 0,32 pour la probabilité de réussite de la mission MSR ne tient compte que du risque technique. Elle ignore le risque programmatique qui, dans le cas de l’orbiteur de l’ESA, est extrêmement élevé, car ce programme pourrait facilement être annulé si l’un des douze gouvernements impliqués changeait d’avis quant à son financement au cours de la prochaine décennie. En effet, même si l’orbiteur de l’ESA est financé, il est extrêmement probable qu’il n’arrivera pas à temps, comme en témoignent les difficultés actuelles du rover martien Rosalind Franklin de l’ESA, dont le lancement, initialement prévu pour 2018, est désormais programmé pour 2028.

En bref, le programme MSR actuel est extrêmement risqué. Il pourrait très bien ne produire aucun résultat scientifique.

En revanche, le succès du programme « varié » que je préconise est pratiquement garanti. Avec 20 missions indépendantes, chacune ayant une probabilité de succès de 0,8, il y a de fortes chances qu’au moins 16 des 20 missions réussissent, et très probablement davantage, puisque les missions ultérieures peuvent tirer profit des leçons apprises lors des vols précédents.

Compte tenu de ces réalités, il serait irresponsable de la part de la NASA d’accepter sans broncher les recommandations de l’Académie nationale des sciences et de mettre tous les œufs de son programme d’exploration de Mars dans le seul panier à haut risque de la mission de retour d’échantillons. Il faudrait au moins réaliser une étude comparant le rendement scientifique et le risque du programme MSR actuel à ceux du programme varié, en supposant que les deux programmes soient financés au même niveau.

Quel est le meilleur programme d’exploration de Mars que le peuple américain peut acheter pour ses 10 milliards de dollars ? Toutes les options doivent être mises sur la table. Le Congrès devrait insister pour que la NASA fournisse les chiffres.

Robert Zubrin est ingénieur en aérospatial et président de la Mars Society (www.marssociety.org). Son prochain livre, “The New World on Mars : What Can We Create on the Red Planet”, sera publié en février par Diversion Books.

Mes commentaires :

Je comprends que la somme importante que représente le coût de la mission de retour d’échantillons martiens (MSR) sur Terre puisse poser la question d’une alternative.

Cependant je pense qu’on n’échappera pas à une vérification sérieuse du risque de contamination planétaire (« forward » et « backward ») avant d’envoyer des hommes sur Mars.

Je rappelle (voir mes articles du 13 et 20 juin 2017 sur ce blog) que pour moi (1) il est fort improbable que les conditions environnementales sur Mars puissent avoir permis le maintien d’une hypothétique vie martienne en surface ; (2) qu’il est fort improbable qu’une hypothétique vie martienne puisse s’attaquer à une forme de vie terrestre pour s’en nourrir ; (3) qu’il est fort improbable qu’il ne reste pas dans la génétique d’une éventuelle bactérie martienne les traces d’une histoire biologique forcément différente. Dans le premier sens (forward), les radiations cosmiques et solaires ont été probablement suffisantes avec l’accumulation de milliards d’années, pour repousser la vie dans un environnement moins défavorable (le sous-sol à au moins deux mètres). L’omniprésence de sels de perchlorates a dû agir dans le même sens. Dans l’autre sens (backward), les microbes martiens, s’ils ont survécu aux conditions environnementales après être apparus lorsque les conditions planétaires étaient favorables il y a plus de 3,5 milliards d’années, ont évolué dans un environnement biologique totalement différent du nôtre. Ce qui fait qu’ils ont dû s’adapter à des interactions avec cet environnement différentes de celles qui sont utiles aux microbes terrestres pour se nourrir et qu’ils devraient se comporter avec les molécules organiques terrestres « comme une poule qui a trouvé un couteau ». On n’a eu jusqu’à présent aucun signe clair et net d’une vie autochtone martienne (le résultat des tests de Viking 76 a été très contesté, les émissions de méthane constatées sont très faibles et pourraient être d’origine géologique aussi bien que biologique).

Ceci dit, un risque théorique subsiste. Quid si quelques rares microbes martiens avides de carbone (pour choisir un élément chimique fondamental en biologie et qui semble relativement rare sur Mars) étaient capables de s’en procurer dans des tissus humains ? Les enjeux sont si importants (pandémie mondiale) qu’ils imposent des vérifications préalables.

Autant les faire le plus vite possible. La mission MSR (Mars Sample Return) a pour avantage que le retour d’échantillons permettrait un examen sur Terre avec des instruments d’une très grande puissance et des processus d’une très grande finesse qu’il est impossible d’envoyer sur Mars. Cependant ce n’est sans doute pas la meilleure voie possible, non seulement compte tenu de son coût et de son risque de non-réalisation mais aussi parce qu’elle ne concerne que la surface du sol et enfin parce qu’on doit attendre vraiment longtemps pour avoir des résultats. Le retour n’est prévu qu’en 2033 après l’envoi en 2027 d’un orbiteur « Earth Return Orbiter » (« ERO », ESA) et d’un atterrisseur « Mars Sample Retrieval Lander » (« MSRL », NASA) assisté de deux hélicoptères pour ramasser en 2028 les échantillons collectés de 2021 à 2024 par le rover Perseverance.

La liaison entre MSRL et ERO serait faite par un Mars Ascent Vehicle (« MAV », NASA) portant un container d’Orbiting Sample (« OS », NASA). A bord d’ERO, OS serait pris en charge par un système sécurisé, le Capture, Containment, and Return System (« CCRS », ESA) et inséré dans le Earth Entry Vehicle (EEV, ESA). Ce dernier, transporté en orbite terrestre par ERO, retournerait seul sur le sol terrestre. Comme vous voyez les précautions sont maximum. Pour une opération ayant commencé en 2020 (lancement de la mission « Mars 2020 », porteuse du rover Perseverance), on ne peut pas dire que le déroulé (commencé et prévu) soit remarquablement simple ce qui n’est pas une garantie d’efficacité.

Je ne suis pas aussi sceptique que Robert Zubrin, sur les capacités de l’ESA à placer un satellite en orbite martienne (je le serais plus pour une EDL puisque l’ESA ne l’a jamais réussi mais il n’en est pas question dans ce cas-ci). Je suis encore moins sceptique sur les capacités de la NASA à atterrir sur Mars. On ne peut mettre « dans le même panier » de références les premières missions, d’il y a vingt ans ou plus, avec les dernières réalisées, qui ont démontré la maîtrise de l’EDL sans aucune faille, de la NASA. Reste qu’il est vrai que la NASA n’a jamais effectué un décollage de Mars. Mais il y a eu des « ascents vehicles » pour repartir de la surface lunaire (et le programme de retour d’échantillons martiens ne rend pas nécessaire la production sur Mars des ergols nécessaires à ce retour). Enfin, mettre tous ses œufs dans le même panier (une seule mission MSR) est assez préoccupant.

Robert Zubrin propose comme alternative « … flying a dozen life detection missions to various locations and not only test the surface soil in various new ways for life but drill down to search much more life-favorable strata beneath the surface. Helicopters of other aircraft could carry sniffers to search for methane vents, and study thousands of surface locations each time they land. Such craft could also scan the subsurface of the planet for caverns and hydrothermal systems using ground penetrating radars (GPR). The power of a radar return signal goes as the inverse fourth power of the distance from the transmitter to the target, providing an eight-order of magnitude advantage to aircraft over orbiters for this type of exploration. Most of Mars is underground. We should see what’s there. »

Je suis d’accord avec le principe de laisser tomber, pour le moment*, le retour des échantillons de Perseverance. La NASA devrait quand même faire « quelque chose » avant 2033 dans le domaine de l’exobiologie. C’est-à-dire qu’elle devrait continuer à rechercher par d’autres moyens (en les collectant et en les analysant sur place) des traces ou manifestations de vie. Mais je ne vois pas l’intérêt d’explorer dès maintenant une pluralité de sites. Au contraire il serait plus important de bien connaître sur le plan biologique le seul endroit où l’on estime qu’il serait le moins difficile de se poser avec la première mission habitée (je pense à un endroit suffisamment bas en altitude, proche de l’équateur et proche d’un gisement de glace d’eau, ou bien au cratère Jezero qui présente l’avantage d’être déjà connu). Et j’insiste pour souligner que la recherche ne doit pas porter seulement sur les facilités offertes pour le séjour de l’homme mais aussi pour « purger » au préalable le problème de protection planétaire.

*jusqu’à ce qu’il s’avère moins difficile et donc moins cher à réaliser. En attendant les échantillons collectés ne vont pas se détériorer dans leurs tubes.

Dans ce domaine on n’a pas tout essayé. Il faut bien sûr mener à bien la mission ExoMars « plombée » par la rupture de l’ESA avec l’agence russe Roscosmos, mais ne pas s’en contenter. Son lancement est maintenant prévu en 2027. Il faut aussi reprendre les analyses exobiologiques à la surface du sol de Mars. Il faut pour ce faire (1) envoyer les instruments appropriés pour effectuer une étude morphologique, tels que le microscope à force atomique de la mission Phoenix*, pour tenter d’identifier des volumes ou des structures pouvant avoir une signification biologique ; (2) envoyer des coupelles dotées de réactifs appropriés, comme celles du laboratoire SAM de Curiosity, pour tenter de repérer par analyses chimiques, des réactions métaboliques ou toute interaction inexpliquée de molécules organiques avec son environnement. Il faut bien sûr tirer les leçons des expériences Viking 1976 et Phoenix pour adapter les appareils et réactifs.

*Un procaryote primitif de type coccoïde peut ne pas avoir plus d’un micromètre de diamètre et les instruments envoyés après le microscope à force atomique de Phoenix n’avaient pas de pouvoir de définition inférieur à 12 micromètres

Donc je suis d’accord avec Robert Zubrin pour ne pas dépenser une fortune pour rapporter sur Terre les échantillons collectés par Perseverance qui de toute façon ne représenteront que la surface de la planète et pas son sous-sol. Mais je ne suis pas d’accord pour une exploration tous azimuts de la planète qui de ce fait ne pourrait être que superficielle. N’oublions pas que Mars disposant d’une atmosphère et dans le passé d’eau liquide courante, si la vie est apparue, ses traces sont partout présentes et qu’explorer « à fond » un endroit précis, nous donnera toute information nécessaire. Une multitude d’explorations superficielles ne remplacera pas une seule étude approfondie. Mais une étude suffisamment approfondie pourrait sans doute donner des résultats si on s’en donne les moyens. Je ne sais pas s’il n’est pas trop tard pour mener à bien une telle mission avec un lancement en Novembre 2024 mais il faudrait en lancer une lors des deux fenêtres suivantes, en Janvier 2027 et une autre en Avril 2029 tenant compte des résultats de la mission 2027.

Nous pourrions donc avoir avec les missions de 2027 (donc dans le courant de l’année 2028), une analyse biologique du sol et du sous-sol qui ne serait peut-être pas au niveau de celle que nous aurions pu avoir avec le retour d’échantillons mais quand même de niveau supérieur à ce que nous avons eu jusqu’à présent. Et n’oublions quand même pas qu’à ce jour nous n’avons aucun indice qui nous permettrait d’assurer qu’il y a une vie en surface de Mars. Une première mission aller et retour d’un starship robotique pourrait donc être tentée en 2027 (retour juillet 2029) et ce starship pourrait être envoyé dans le cratère Jezero pour recueillir les fameux échantillons. Leur examen mettrait un point final à notre inquiétude. NB : la durée du voyage de retour puis la rentrée dans l’atmosphère terrestre avec la chaleur qu’elle implique nous rassurerait sur le danger que représenterait le retour du starship sur Terre (étant donné le contact qu’il aura eu avec l’environnement martien). Par ailleurs, ce starship pourrait être équipé d’un CCRS et d’un EEV et ne transporter que la moitié des échantillons collectés par Perseverance. Cela laisserait la possibilité au mécanisme prévu antérieurement dans le cadre de MSR d’être utilisé, en parallèle ou plus tard (en fonction des résultats des études effectuées à distance ou de la disponibilité du Starship et bien entendu des disponibilités financières).

illustrations de titre: MSRL, crédits : NASA/JPL-Caltech.

Liens :

https://www.marssociety.org/news/2023/12/08/rethink-the-mars-program-r-zubrin-op-ed/

https://planete-mars.com/wp-content/uploads/2017/10/Pour-une-protection-plan%C3%A9taire-raisonn%C3%A9e.pdf

https://mars.nasa.gov/internal_resources/1305/

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Index L’appel de Mars 23 12 06

Cet index reprend l’intégralité des articles publiés dans le cadre de la plateforme letemps.ch

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22 réponses

  1. « La NASA affirme que son programme d’exploration de Mars vise à rechercher la vie », ce qui est une erreur à mon avis, comme je l’ai déjà plusieurs fois mentionné ici. Puisqu’on parle aujourd’hui de probabilité de réussite, celle de trouver des traces de vie, même uniquement passées, sur Mars est TRES faible pour ne pas dire quasi nulle. Donc quelle que soit l’affection des 10 milliards de dollars en question, selon toute vraisemblance les missions qui pourront être réalisées dans ce cadre ne donneront dans ce sens aucun résultat positif. C’est TRES DANGEREUX pour la suite de l’exploration martienne, le contribuable-payeur américain en déduisant que l’on « jette l’argent par les fenêtres » en poursuivant ce genre d’exploration puisque, programme après programme, on ne trouve « rien » (étant donné que le but clairement affiché est dans ce cas de retrouver une trace de vie, passée ou présente). Exit donc aussi, et à plus forte raison, l’envoi d’êtres humains sur Mars, le jeu n’en valant pas la chandelle dans cette optique. Il y a pourtant beaucoup d’autres raisons d’explorer Mars que celle d’y rechercher une très hypothétique activité biologique: étudier comment une planète créée dans le même environnement que le nôtre et ayant connu des conditions de surface relativement similaires à celles de la Terre au début de son histoire a pu évoluer DIFFEREMMENT (l’intérêt étant dans cette différence, bien plus que si Mars était une copie conforme de la Terre), ce type de recherches donnant de façon certaine des résultats et lors de chaque mission; ouvrir un nouveau chapitre de l’expansion humaine, avec toutes les retombées scientifiques et technologiques qu’une telle aventure entraînera nécessairement (l’ingéniosité humaine devant être poussée au maximum pour réussir), comme des exemples passés sur Terre l’ont montré; etc. Qu’on me comprenne bien, je ne suis pas contre l’envoi sur Mars d’instruments pouvant détecter le cas échéant des traces de vie, mais sans que ceux-ci constituent l’essentiel du matériel d’exploration embarqué sur des atterrisseurs martiens et sans que ce but soit LE but déclaré de telle missions. Sinon. je le répète, la conclusion la plus probable que le grand public va à terme retenir est que les investissements faits dans ce domaine le sont en pure perte!

    1. On ne peut écarter la recherche de la vie sur Mars simplement parce qu’on ne croit pas qu’elle existe. C’est un fait que la communauté internationale pense qu’elle peut exister. Il faut donc « faire avec » et continuer à avancer malgré cette appréhension générale.
      La seule solution possible est donc de continuer l’observation et les analyses pour démontrer que les astronautes d’abord et l’ensemble de l’humanité ensuite ne risquent rien du fait de l’exploration.
      Personnellement je pense que le « laboratoire biologique » que constitue une planète comme Mars, à forcément conduit l’évolution prebiotique plus loin que n’importe quel astéroïde, donc très loin. Mais je doute très fort que le processus de complexification soit allé jusqu’à la vie. Connaître le « jusqu’où » serait passionnant et mérite tous nos efforts et nos investissements.

      1. Je n’ai pas dit autre chose (lire mon commentaire); rechercher d’hypothétiques traces de vie ou « pré-vie », oui, en faire l’objet principal, voire unique des missions martiennes, non. Car si c’est la cas, le risque est grand de voir abandonner en particulier toute idée de mission habitée à destination de la planète rouge, trop risquée et trop chère pour un résultat qui aura toutes les chances de se révéler négatif. Il faut donner à l’exploration de la planète Mars des objectifs que l’on sait pouvoir atteindre, et qui en valent la peine de toute façon (voir plus haut), plutôt que courir après des chimères qui finiront par faire perdre le soutien populaire à de telles missions car n’aboutissant jamais « à rien » de ce point de vue. Je vois mal arriver à faire accepter de continuer longtemps à dépenser des dollars par dizaines de milliards pour « rechercher la vie sur Mars », alors qu’absolument aucun résultat laissant penser que celle-ci aurait effectivement pu émerger sur la planète rouge n’aura été enregistré. Il y a déjà assez de récriminations aux Etats-Unis et ailleurs sur tout cet argent « gaspillé » dans la recherche spatiale, n’alimentons pas ces critiques en fixant à cette recherche un objectif unique ou presque plus qu’hypothétique.

        1. Je n’ai pas dit que la recherche de vie devait être l’objectif principal voire unique des missions martiennes (et Robert Zubrin encore moins). J’ai dit simplement que nous avons un problème d’opinion publique, reflété par les dirigeants politiques, de « protection planétaire » et que si nous n’arrivons pas à purger ce problème nous allons être bloqués dans notre tentative d’exploration.
          .
          C’est pour cela qu’il convient de rassurer les politiques et l’opinion publique sur l’absence de danger présenté par le séjour sur Mars, avant de projeter un tel séjour sur Mars. Ceci implique que nous faisions maintenant et dans les années qui viennent, des analyses sérieuses (avec des instruments et des réactifs chimiques appropriés) de l’innocuité de la surface de Mars avec des missions robotiques. Le problème principal de MSR c’est qu’en différent l’obtention de résultats au début des années 30, il reporte tout projet sérieux d’atterrissage sur Mars de missions habitées, à « plus tard ».

          1. Merci svp de ne pas déformer/interpréter mes propos. Comme indiqué dès le début de mon message initial, je commentais la PHRASE DE LA NASA: « La NASA affirme que son programme d’exploration de Mars VISE A RECHERCHER LA VIE », ce qui à mon avis est une dommageable erreur de communication. pour la pérennité des programmes d’exploration de la planète rouge. Rien d’autre, ni concernant les opinions de Robert Zubrin, ni de quiconque d’autre.
            Si on veut en venir à la crainte d’une contamination de la Terre par des organismes martiens, même en admettant qu’ils puissent exister (probabilité quasi nulle), ce n’est pas sérieux. De tout temps on s’est protégé d’une telle éventualité par l’établissement de processus de quarantaine (même du temps d’Apollo 11, de retour de la Lune). Etant donné qu’il faudra de toute façon des mois à un équipage pour revenir de Mars, on aura amplement le temps de vérifier qu’ils n’importeront aucun organisme dangereux pour la vie terrestre. C’est de toute manière donner une importance totalement démesurée à un risque infime, alors que les futurs explorateurs auront à affronter des risques autrement plus importants et absolument certains ceux-ci. Si on accorde du crédit et on se laisse déjà arrêter par un « risque » aussi peu crédible, alors on n’osera jamais s’aventurer vers Mars!

  2. Bonjour
    Bon autant attendre les missions Martiennes STARSHIP : ces analyses seront alors conduites directement sur place par les astronautes!

  3. Qui détient les cordons de la bourse de la NASA? Les sénateurs! Sont-ils intéressés par la science? Pas vraiment! Par l’emploi dans leur Etat? Bien plus! Par la concurrence chinoise? Encore plus!
    Mais les problèmes de contamination, sont-ils une donne? Ils ont vu des films comme « Life » ou « Andromeda Strain » et donc cela les sensibilisera, même si les scientifiques ne croient pas que cela soit important.

  4. Bonjour,
    La mission de retour d’échantillon de la Nasa est évaluée à 10 Milliards de $, mais combien coûterait (à peu près) votre proposition alternative ?

    1. Impossible à évaluer.
      En fait il s’agit de ne plus compter sur MSR (on pourra toujours récupérer les échantillons plus tard) et d’envoyer à chaque fenêtre de tirs (la prochaine étant Novembre 2024), des expériences innovantes en utilisant des cadres ayant fait leur preuve. Ces cadres seraient des copies des rovers Curiosity/ Perseverance.
      Les expériences seraient (1) des dispositifs de forage tels que celui prévu pour la mission InSight qui n’a pas marché (avec un percuteur plus efficace), (2) un autre microscope à force atomique comme celui qui équipait Phoenix et qui avait permis de détecter des formes inférieures au micron, (3) de nouveaux réactifs chimiques comme ceux qui equipaient le laboratoire embarqué sur Curiosity qui prendraient en compte les résultats alors obtenus.
      Il s’agirait aussi de débloquer l’envoi de la mission ESA ExoMars, pour la faire partir dès 2024. Techniquement ce serait possible. Le rover Rosalind Franklin est prêt, le lanceur, américain, existe. Depuis 2022 et la rupture avec la Russie, il n’y a aucune raison que l’adaptation de la charge utile au lanceur n’ait pu être faite.

      Bien évidemment ce n’est pas moi qui décide!

  5. C’est vrai: Zubrin avance en effet que à supposer qu’il y ait une contamination à bord du vaisseau revenant vers la Terre, celle-ci sera nettoyée par les mois d’exposition aux radiations cosmiques et solaires.

  6. Bonjour oui le fait est qu il existe un risque : sur terre on a trouve des formes de vie dans differents endroits consideres auparavants comme tres inhospitaliers en particuliers sous les glaces de l antarctique…dans un milieu type saumure…

    Sur Mars l eau doit se situer a quelque chose comme 1 metre de profondeur type saumure aussi et cette planete a abrite des oceans liquides pendant des centaines de millers d annees apres avoir ete bombardee par des centaines de milliers d asteroides et cometes…Donc il existe un doute…

    Mais faire ces recherches avec une seule sonde en un seul endroit ne va va valider un resultat positif ou negatif: il faudrait une multitude de sondes reparties sur toute la surface de la planete.

    Donc cela aussi s apparente a un travail long compte tenu des fenetres de lancement des sondes.

    C est pour ces raisons que je pense que ces analyses doivent etre faites in situ par les astronautes qui d autre part resterons plusieurs mois sur MARS et dont le voyage de retour durera lui aussi plusieurs mois ce qui revient a une « quarentaine » .

    1. Si la vie existe sur Mars, elle est partout (sinon active du moins ses traces biochimiques). En effet une planète enveloppée d’une atmosphère et qui de plus a connu une phase géologique ou l’eau était liquide en surface, est un ensemble homogénéisé. L’atmosphère et l’eau ont été des vecteurs de cette homogénéité, d’autant plus que si la vie a existé sur Mars, elle est apparue il y a très longtemps (4 milliards d’années).
      .
      Il n’est pas question de ne faire de recherches que seulement encore une seule fois avec une seule sonde. Il y a des lancements robotiques possibles en 2024/27/29/31 avant l’envoi de l’homme en 2033 (selon mon calendrier exposé la semaine dernière). Les examens biotiques pourraient se faire à chaque occasion de mission.

  7. je doute qu une sonde automatique puisse obtenir l excellence du travail effectue par un biologiste:sur mars on pourrait trouver des bacteries bien sur mais aussi des formes derivees de champignons des archees des virus voire des formes virulentes de proteines type prions; ca c est un travail de biologiste avec microscope optique et electronique avec milieux de culture avec insemination a des animaux de laboratoire avec recherche de contaminations d organismes vegetaux etc

    1. Je suis d’accord avec vous. Les meilleures machines ne peuvent avoir la même sagacité que l’homme.
      Cependant, il faut satisfaire le très fort courant qui supporte la protection planétaire. Je pense donc qu’avant que l’homme pose le pied sur Mars, nous devrons avoir démontré l’innocuité du sol de Mars.

  8. oui « le tres fort courant qui supporte la protection planetaire  » c est cela mais c est comprehensible et normal :les choses tres nouvelles peuvent faire peur d autant que nous sortons a peine d une pandemie.

    nb: personnellement je crains beaucoup ces dictateurs qui fleurissent de toute part ainsi que ces tueurs qui pullulent : le danger actuel c est cela.

  9. J’aurai tendance à dire ou croire que la question de l’exploration de Mars n’est plus d’y trouver de la vie (ce serait une surprise inespérée), car il existe des corps bien plus intéressants à ce titre comme les satellites de Jupiter, certes très éloignés, mais d’être le précurseur d’une installation humaine durable comme le pense E Musk. Si par contre nous voulons être pragmatiques alors il faut mettre le paquet sur les nouvelles motorisations des lanceurs, l’implantation sur la Lune (voire les astéroïdes ?) et dans l’espace proche comme le prévoyait O’ Neil et d’autres penseurs des années 70, la suite de notre « conquête » dépendra du succès de cette industrialisation de l’espace proche bénéfice pour la terre, ses finances, son écologie et ses citoyens !

  10. Mars « ayant connu des conditions de surface relativement similaires à celles de la Terre au début de son histoire a pu évoluer différemment ». Elle a pu mais ce n’est pas totalement sûr. Il y a une gravité différente, une protection atmosphérique différente du moins maintenant. Il y a quelques milliards d’années Mars connaissait-elle exactement les mêmes conditions que la terre d’aujourd’hui? Qu’on trouve des bactéries ou virus vivants dans le sous-sol serait extraordinaire (?) mais si l’on trouve des fossiles cela augmenterait les chances que la vie existe ailleurs dans l’univers. La question est quand même passionnante. Notre sentiment de solitude pourrait un jour tourner au désespoir. Inversement pensez à Stephen Hawking qui voit l’arrivée d’extraterrestres comme une catastrophe. Il s’agit d’augmenter nos connaissances et, surtout, c’est un argument parmi d’autres pour aller sur mars. J’ai apprécié le « calendrier pour aller sur Mars en vol habité avec le Starship ». Mais quelles hypothèses avez-vous pour préserver la vie humaine? Faire voyager les cosmonautes dans un habitacle fixé au centre d’une citerne d’eau ou voyez-vous d’autres possibilités? Les installer « à un endroit suffisamment bas en altitude, proche de l’équateur et proche d’un gisement de glace d’eau, ou bien au cratère Jezero ». Donc en installant au préalable des bâtiments cachés sous une couche de 2 mètres de régolithe? Ne serait-il pas intéressant d’atterrir près d’une grotte voire d’en créer une préalablement pour le cas où la protection des bâtiments révèlerait des faiblesses ou des problèmes imprévus?

    1. A défaut d’identifier une grotte accessible et/ou aménageable, il serait effectivement judicieux de creuser robotiquement, en préalable à la première mission habitée, un abri qui pourrait servir de protection aux premiers hommes.
      Cet abri pourrait ne pas avoir de dimensions énormes (500 m3, avec 3 mètres de hauteur de plafond et 8 mètres de large, par exemple). Il devrait être préparé de telle sorte que l’homme puisse le pressuriser assez rapidement en arrivant et isoler ses parois (sols, murs, plafond). Pour l’isolation, un liner comme ceux des piscines pourrait assurer qu’il n’y ait pas de fuite d’air respirable.
      .
      On ne peut pas envisager d’emporter toutes les tonnes d’eau nécessaires (masse!) pour protéger contre les radiations tout l’habitat mais seulement l’eau utilisable pour d’autres besoins, et les aliments (eau!), qui seraient stockés autour des caissons de survie.
      .
      Outre une protection minimum contre les radiations, une gravité artificielle par mise en rotation de deux vaisseaux, serait vraiment très utile et fournirait une sécurité (redondance) pour l’équipage.

  11. Oui mais avez-vous une idée pour protéger les hommes pendant le voyage? Les fusées de Musk sont énormes et il est question de nombreux vaisseaux pour l’installation sur Mars. Peut-être aussi en construira-t-on d’encore plus gros. Pour l’isolation de la grotte, j’en reviens à ma comparaison avec un sous-marin nucléaire: self-suffisance, possibilité de sortie, de télécommande d’engins à l’extérieur, surveillance des alentours, communication avec des satellites. Un réacteur nucléaire: il y a bien une solution à l’exemple des deux voyagers. D’autre part, la recherche médicale va peut-être jouer un rôle: des travaux déjà en cours s’attaquent aux effets de la faiblesse de gravitation. Ah, si on pouvait vaincre le cancer! Comme on prend une nivaquine avant d’aller en Afrique, on prendrait un médicament avant d’aller sur Mars. La frontière entre le « science-fictionnesque » et et le possible, le futur effectif est ténue.

  12. Concernant l’ancienne vie sur Mars, certains y croient. « McKay announced that the meteorite may contain trace evidence of life from Mars. This was published as an article in Science a few days later. Under a scanning electron microscope, structures were visible that some scientists interpreted as fossils of bacteria-like lifeforms. » Selon google, https://solarviews.com/cap/mars/s12300.htm.
    La question reste ouverte

    1. L’article parle d’une publication d’août 1996. C’est donc visiblement l’ALH 84001, à l’époque objet d’un énorme emballement médiatique. Depuis, la majorité des experts n’y voit plus d’indice de vie extraterrestre.
      Il reste un peu de controverse, mais marginale.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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