Blue Origin, un nouvel acteur qui va compter dans la conquête spatiale

La société Blue Origin, voulue et contrôlée financièrement par Jeff Bezos (Amazon) a réussi de manière spectaculaire sa ‘Mission NG-2’, du nom de sa fusée géante, New Glenn (98 mètres). Ce succès était bien sûr espéré et possible mais il surprend puisqu’il ne s’agissait que du 2ème vol de cette fusée. On est, rien que de ce fait, dans un contexte tout à fait différent des vols de Starship que SpaceX lance à chaque fois qu’elle estime devoir tester ses idées. Par ailleurs, il faut voir que les fusées sont différentes par leurs capacités et que leurs niveaux de développement sont différents.

La mise à feu a eu lieu le 13 Novembre 2025, à 21h55, heure européenne, avec une heure de retard (les présentateurs commençaient à s’inquiéter). Le décollage a été impeccable avec les 7 moteurs ‘BE4’ (méthane / oxygène) du booster ‘GS1’ (7 mètres de diamètre, 75 mètres de haut) restant allumés et ‘propres’ du début à la fin de son parcours. La masse totale au décollage était d’environ 1500 tonnes, la poussée 1700 tonnes force (à comparer au Starship dont la masse, version V1, est de 5300 tonnes et la poussée de 7600 tf).

Ensuite, le second étage ‘GS2’ (23 mètres de hauteur, également 7 mètres de diamètre) a été libéré. Ses 3 moteurs ‘BE3U’ (hydrogène : oxygène) ont été allumés et sa coiffe éjectée. Le booster, lui, redescendait vers la mer où l’attendait la barge robotique ‘Jacklyn’ (à 600 km du point de départ, sur mer calme). Ce moment était important car la récupération avait échoué lors du vol précédent. Cette fois-ci le contact de cette énorme tour s’est fait tout en douceur, exactement comme souhaité, au centre de la cible tracée sur le pont.

Pendant ce temps, le vol amorcé par GS2 continuait ‘tranquillement’, à basse altitude (un peu au-dessus de 100 miles / 160 km) et à vitesse minimum (un peu en-dessous des 28800 km/h nécessaires pour la satellisation).

Au bout d’un moment, les moteurs de GS2 qui avaient été éteints, ont été remis en route, le GS2 a commencé à accélérer, à prendre de l’altitude. Et, entre 1078 km et 1150 km d’altitude, les orbiteurs martiens ‘Blue’ puis ‘Gold’, les deux éléments de la mission EscaPADE (Escape and Plasma Acceleration and Dynamics Explorers) de la NASA qui constituaient l’essentiel de la charge utile étaient injectés dans leur trajectoire entre 35.600 et 35.400 km/h. On était alors à T+33’55 et la première phase de la mission était terminée.

Les deux orbiteurs qui vont étudier la magnétosphère de Mars étaient en route vers leur aire d’attente, le point de Lagrange Terre-Soleil 2 (à environ 1.5 million km, en opposition au Soleil). Tandis que le second étage GS2 continuait son vol vers une orbite héliocentrique qui lui permettra de recueillir quelques données supplémentaires avant de disparaître. Les orbiteurs martiens partiront de L2 vers Mars quand la prochaine fenêtre de voyage Terre-Mars sera ouverte (fin 2026). A partir de ce point la dépense d’énergie sera minimum puisque les orbiteurs ne seront plus retenues par la force de gravité terrestre tout en étant modérément exposés à la chaleur du Soleil. L2 apparaît ainsi comme une ‘zone de stockage’ intéressante pour les prochains envois d’équipements vers Mars puisqu’elle permettra d’étaler les lancements des vaisseaux cargos (sinon les arrivées sur Mars qui devront respecter les trajectoires optimales)…si on utilise un carburant moins volatile que l’hydrogène.

La charge utile ainsi lancée vers Mars aura évidemment son intérêt. EscaPADE doit étudier les vestiges de champs magnétiques intrinsèques (surfaces anciennes de l’hémisphère Sud) et le champ magnétique induit par le vent solaire au contact avec l’onde de choc générée par la planète en mouvement, ainsi que les interactions de ces champs. Cette étude sera également importante pour préciser les variations d’intensité des radiations solaires en surface de la planète. A noter que chacun des orbiteurs a une masse de 530 kg. A noter surtout qu’ils auront des orbites très elliptiques (160 à 8500 km), qu’elles seront très inclinées sur l’écliptique (60°) et que leurs positions respectives aussi bien que leurs altitudes seront différentes (l’apogée passant ensuite à 7000 km pour Blue et 10000 km pour Gold) afin de pouvoir avoir une vue complète de ces phénomènes magnétiques.

Sur le plan astronautique, ce lancement a d’ores et déjà démontré la présence d’un nouvel acteur dans le club des sociétés ou organisations capables de lancer des charges utiles importantes dans l’espace. Avec New Glenn, Blue Origin dispose maintenant d’une capacité de lancement supérieure à celle des lanceurs légers comme Vega C ou des lanceurs moyens comme Ariane-6 (les deux étant par ailleurs toujours non-réutilisables). On dit que New Glenn pourrait mettre 45 tonnes en orbite basse terrestre (LEO). C’est beaucoup par rapport à Ariane-6 (au mieux 21 tonnes) mais peu par rapport à la capacité du Starship. Celui-ci, aujourd’hui (V1) peut mettre 100 à 150 tonnes en LEO, demain (V2) 200 tonnes. New Glenn peut être considéré comme un lanceur lourd mais il est nettement en dessous du Starship qui peut être placé dans la catégorie des superlourds.

New Glen n’a de ce fait, pas la capacité de Starship en ce qui concerne notamment le transport des hommes ou des équipements ‘encombrants’ pour les destinations interplanétaires (Mars) mais il peut le concurrencer pour diverses missions robotiques (la présentatrice du vol NG-2 a d’ailleurs fait un appel à la clientèle !). La récupération du lanceur a été démontrée mais la réutilisation sera, en l’état, beaucoup plus longue que celle du SuperHeavy qui bénéficie de la ‘reprise’ par la tour Mechazilla. Elon Musk envisage la réutilisation du SuperHeavy en quelques petites heures (‘une ou deux’, dit-il) après le lancement. Un atterrissage sur barge nécessite une sécurisation du lanceur récupéré (dans ce premier cas, 10 heures) puis un retour sur la terre ferme (dans ce premier cas, quatre jours). Par ailleurs, Blue Origin ne fait que commencer à parler de son objectif de récupérer son second étage alors que cette possibilité de récupération a été déjà prouvée par SpaceX pour son propre vaisseau.

New Glenn n’est donc pas vraiment une menace pour le Starship pour les transports d’êtres humains ou de matériel lourd (par exemple tunnelier ou réacteur à fission nucléaire). Mais il pourrait aboutir dans un délai non précisable à un vaisseau plus gros qui, lui, serait un véritable challenger.

Liens

Blue Origin, https://www.blueorigin.com/fr-FR/missions/ng-2

Ufotinik, https://www.google.com/search?q=new+glenn+launch+November+13&rlz=1C1VDKB_frFR935FR935&oq=new+glenn+launch+November+13&gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIHCAEQIRigAdIBCTI4NDkyajBqN6gCALACAA&sourceid=chrome&ie=UTF-8#fpstate=ive&vld=cid:0c726b22,vid:fywu5OJjSoU,st:0

Illustration de titre : Le lanceur GS1 de retour sur Terre, impeccablement positionné sur la barge Jacklyn. Crédit photo : Blue Origin.

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Une réponse

  1. Bonjour a tous : superbe! on commence a parler pour 2026 de l atterrisseur lunaire et cela m interesse beaucoup! patience! Avec SPACE X les USA sont tres bien equipes. Attendons bien sur notre fusee recuperable Europeenne plus petite mais qui sera tres sympathique pour le lancement de micro et nano satellites (c est dire le marche vise par l ,ESA).
    Et puis bien sur , en reve j attends une fusee beaucoup plus grande et mieux adaptee aux voyages vers Mars : protection radiations et gravite artificielle.( meme des ebauches me feraient « plaisir »!).

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre fondateur de la Mars Society des États Unis et ancien membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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