Il faut que le projet Nighthawk utilisant le Mars Chopper soit mené sur Mars lors de la prochaine mission robotique. C’est encore possible !
Le 11 décembre 2024, la NASA a publié son concept de « Mars Chopper* ». Ce multicoptère étudié en collaboration par AeroVironment Inc (concepteur d’Ingenuity), Ames Research Center et le JPL, pourrait un jour voler sur Mars. Son intérêt par rapport à l’hélicoptère Ingenuity serait une puissance supérieure, donc une meilleure autonomie, une capacité d’emport non négligeable (charge utile de 5 kg masse), et une stabilité améliorée. Pour l’énergie, la solution serait la même que pour Ingenuity : le panneau solaire. Il y en aurait un au-dessus de chaque rotor. La différence serait dans la structure de l’appareil puisqu’il serait porté par 6 rotors, chacun doté de 6 pales.
*en Anglais américain, « chopper » (hachoir) est un mot d’argot pour désigner un hélicoptère.
Pascal Lee, fondateur et président du Mars Institute et membre du Seti Institute, avec deux étudiants, Deric Loya (Colorado Mesa University) et Sourabh Shoubham (Université du Maryland), ont « sauté sur l’occasion » présentée par ce concept, pour imaginer une mission de reconnaissance et d’exploration du site de leur découverte, le volcan Noctis, à la jonction de Valles Marineris (à l’Est) et de Noctis Labyrinthus (à l’Ouest). Les personnes intéressées par l’exploration de Mars, se souviendront que Pascal Lee a décelé un complexe géologique extraordinaire sur ce site : un grand volcan très érodé, sillonné de canyons avec, à proximité immédiate, un glacier d’eau accessible (« Relict Glacier » càd Glacier relique ou survivant) et une surface plane suffisante pour qu’une fusée puisse se poser (« Noctis Landing »). Ce serait un endroit idéal pour faire, de près, des observations scientifiques passionnantes compte tenu de la possibilité d’examiner les parois des canyons du volcan, celles de Valles Marineris à proximité (stratigraphie), plusieurs formations sédimentaires, et sonder le sous-sol immédiat qui contient un degré non-négligeable d’humidité (outre le glacier qui par définition en contient beaucoup). Ce serait aussi un endroit idéal pour établir un habitat humain. En effet on est tout près de l’équateur (7,4° Sud pour Noctis Landing, 7,55° Sud* pour le Relict Glacier) donc dans le meilleur contexte climatique possible, et on pourrait extraire de l’eau du glacier (la glace pourrait être à moins d’un mètre de la surface). Par ailleurs, l’habitat pourrait être creusé dans la paroi d’un des canyons afin de protéger les hommes des radiations.
*pour comparaison, le cratère Jezero où a évolué Ingenuity jusqu’au 19/01/2024, est à la latitude18,4°N.
Les promoteurs du projet, ont exposé un plan d’exploration (mission primaire au Sud, autour du volcan et du glacier, puis extension au Nord):
Cette image et le plan d’exploration sont bien sûr à mettre au crédit de Pascal Lee et de son équipe. Vous remarquerez que les surfaces en gris, supérieure à 1500m, sont inaccessibles au Chopper. Ce n’est pas grave, sur Mars les surfaces les plus intéressantes sont les plus basses (densité atmosphérique, écoulements d’eau passés).
Le problème principal qui se pose pour cette exploration du site est le relief très marqué et une altitude un peu élevée (atmosphère moins dense). Le relief, exclut d’utiliser un rover, comme on l’a fait précédemment car son rayon d’action serait trop limité. L’altitude, par rapport au datum (niveau de référence), varie de -1 km à +9 km et le site de Noctis Landing est à +400 m. Dans le cratère Jezero, l’altitude est en moyenne de -2,5 km. Cela a des conséquences importantes sur la densité atmosphérique et donc sur la portance d’un véhicule volant. Cette limitation est aggravée par la variation de la densité selon les saisons (et aussi dans la journée mais cela serait moins grave car on pourrait attendre l’heure favorable pour voler, pourvu que la fenêtre ne soit pas trop courte). Lors de l’hiver austral, très froid et très long en raison de l’excentricité de l’orbite de la planète, une partie non négligeable du gaz carbonique est congelée dans la calotte polaire Sud.
Pour être plus précis, Ingenuity a observé dans Jezero des densités atmosphériques variant de 0.012 kg/m3 à 0.021 kg/m3. Et, pour que l’appareil, d’environ 1.8 kg, puisse générer une poussée suffisante quand la densité descendait en-dessous 0.0145 kg/m3, ses pales devaient tourner tout près du maximum possible (2800 TPM). Sur le site de Noctis Landing, la densité atmosphérique au milieu de l’après-midi, s’étend d’un maximum de 0.0145 kg/m3 à une altitude de -0.7 km lorsque la planète se trouve à la longitude solaire* (Ls) de 60°, jusqu’à un minimum de ~0.009 kg/m3 à une altitude de +1.5km, lorsque la planète se trouve à Ls = 180°.
* La longitude solaire, « Ls », est l’angle Mars-Soleil, mesuré à partir de l’équinoxe de printemps de l’hémisphère nord où Ls=0. Ls=90 correspond donc au solstice d’été de l’hémisphère nord, tout comme Ls=180 indique l’équinoxe d’automne de l’hémisphère nord et Ls=270 le solstice d’hiver de l’hémisphère nord.
Dans ces conditions, un hélicoptère de type Ingenuity utilisé sur le site de Noctis ne pourrait voler que pendant des périodes très limitées de l’année (quand la densité est supérieure à 0.012 kg/m3, et à une altitude très basse au-dessus du sol (rappelons que dans le cratère Jezero, il n’est monté qu’à 24 mètres d’altitude), et sans porter aucun instrument en dehors de sa propre masse (1.8 kg), alors que les appareils envisagés pour la mission Nighthawk ont une masse de 3kg (une caméra couleur omnidirectionnelle, un spectromètre opérant en proche infrarouge, un compteur de neutrons – pour mesurer l’humidité du sol)*. Le Mars Chopper pourrait porter cette masse jusqu’à une densité atmosphérique de 0.011 kg/m3, passer des obstacles d’une centaine de mètres au-dessus du sol et être utilisé pendant une large période (240 sols** prévus pour la mission), soit entre Ls 0° et 150° et entre 195° et 360°. Bien sûr la marge de 3kg de ces instruments à 5kg (le maximum de capacité de portance) laisse une marge pour des capacités d’évolution supérieures ou le transport d’un autre instrument plus massif.
*Les deux appareils ont bien sûr, en plus, à leur bord, une batterie, un système de communication, une avionique (Ensemble d’équipements électroniques, électriques et informatiques nécessaires au fonctionnement) cette dernière étant protégée et isolée. Sur l’illustration montrant le Mars Chopper, cela tient dans la boîte au centre de l’appareil, sous les pales. Il y a aussi un dispositif de stockage des données reçues, et des résistances chauffantes reliées à la batterie pour maintenir une température minimum dans les parties vitales.
**L’année martienne compte 668 sols (jours martiens de 24h39) soit 687 jours terrestres.
Dans ces conditions, le Mars Chopper pourrait atteindre +1500 mètres d’altitude, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas en grisé sur la carte et cela représente beaucoup d’endroits intéressants (y compris au-delà d’obstacles qu’Ingenuity ne pourrait pas franchir). Par ailleurs, le Mars Chopper aurait une autonomie de 3 km/sol. On peut donc compter sur des trajets plus longs que ceux effectués par Ingenuity (le plus long vol de ce dernier a été de 706 m, parcourus en 169 secondes). Il aurait aussi une vie plus longue et on envisage qu’il puisse parcourir une distance totale de 300 km (contre 17.24 km pour Ingenuity, effectués au cours de 72 vols).
Comme vous le voyez, Nighthawk serait une très belle mission et tous ceux qui peuvent avoir une influence sur la NASA, devraient la demander ! Vu sa masse et son volume (même avec accessoires), le Mars Chopper pourrait être transporté sur Mars avec les moyens actuels, avec un Falcon Heavy, sans attendre que le Starship soit opérationnel. Et il permettrait l’exploration pour rechercher l’endroit le plus propice à un premier habitat humain.
Post Scriptum (07 avril 25): J’ai reçu ce jour un message de Pascal Lee qui me précise ce qui suit:
citation:
– Nous pensons que la glace du relict glacier est à une profondeur de 1.5 m à quelques mètres, variable en fonction de l’endroit. Mais elle serait protégée sous une croute de sels (sulfates), donc relativement facile à creuser.
– Je ne pense pas que des habitats souterrains soient nécessaires ou même désirables. Recouvrir des modules en surface avec des sacs de régolith serait suffisant et plus pratique. A plus long terme, peut-être, mais malgré quelques recherches préliminaires, nous n’avons par encoure trouvé de cavernes ou de tube de lave, ceci en grande partie parce que le volcan n’est constitué qu’en partie de laves, mais surtout de dépôts pyroclastiques (et de glace) dans lesquels les tubes de « lave » ne se forment pas »
fin de citation
Dont acte. Je remercie Pascal Lee pour ces précisions que je n’avais pas quand j’ai écrit mon article. Ceci dit, cela n’empêche que le Mars Chopper pourra (et devra) rechercher le site idéal pour établir l’habitat. Ce pourrait être au plus près du gisement de glace, ou plutôt là ou ce gisement serait le plus facilement exploitable (on devrait le repérer grâce au compteur de neutrons embarqué).
Liens :
https://www.jpl.nasa.gov/images/pia26375-nasas-mars-chopper-concept-rendering/
https://www.linkedin.com/posts/pascallee_lpsc2025-lpsc2025-activity-7305438601087963137-d53W/
https://ntrs.nasa.gov/api/citations/20150021128/downloads/20150021128.pdf
https://www.volocopter.com/fr/solutions
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ingenuity_(h%C3%A9licopt%C3%A8re)
xxxx
Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :
Index L’appel de Mars 25 03 20
Et, si vous aimez ce blog, abonnez-vous !
xxxx
Mon livre, Franchir sur Mars les portes de l’Espace, est disponible chez amazon.fr, chez payot.ch sur le site fnac.com, chez Google books (en e-book), sur le site de mon éditeur, le Lys Bleu éditions.
Vous pouvez aussi le commander chez votre libraire. Si vous rencontrez un problème, n’hésitez pas à m’en faire part (voir plus bas).
Si vous souhaitez passer par Amazon et que vous résidiez en Suisse, attention ! Il est préférable d’aller sur le site « Amazon.fr » plutôt que sur celui d’« Amazon.de » auquel vous conduira automatiquement votre recherche. Si vous passez par « .de », vérifier bien les délais de livraison pour qu’ils ne soient pas plus longs que ceux d’Amazon.fr.
Sur les mêmes sites, Amazon.fr ou Amazon.de, vous pouvez aussi obtenir le livre en format Kindle, avec disponibilité immédiate (et c’est moins cher !).
Sur le site de la Fnac vous pouvez le commander chez fnac.com mais pas encore chez fnac.ch.
Si vous allez chez votre libraire et qu’il n’a pas le livre en rayons, demandez-lui de le rechercher sur le site Dilicom et indiquez-lui que le distributeur du Lys Bleu est la société Sodis.
15 réponses
Engin très intéressant que l’on espère en effet voir voler sur Mars dans un avenir pas trop lointain.
Une chose m’étonne cependant, c’est la disposition des panneaux solaires au-dessus et à proximité immédiate des pales apparemment, si je vois bien sur le dessin. Cela va diminuer l’efficacité desdites pales, non? I On ne met pas un panneau devant une pale d’avion ou devant un ventilateur! Disposition d’autant moins compréhensible qu’il semble y avoir amplement assez de place pour ces panneaux sur la structure de support en treillis.
Merci du commentaire Pierre-André.
Je comprends l’argument mais Ingenuity fonctionnait exactement de cette façon.
Par ailleurs, n’est-il pas intéressant de créer un coussin d’air entre les pales et le panneau ? C’est une façon de le densifier.
Sur Ingenuity, il n’y avait guère d’autre solution (pas de place « dégagée » suffisante ailleurs sur la structure). Quant au « coussin d’air », c’est plutôt a priori l’inverse qui devrait se produire (légère dépression en raison d’une »aspiration » perturbée par le panneau*).
* « Lorsque les pales du rotor produisent de la portance, l’air est accéléré au-dessus de la pale et projeté vers le bas. Chaque fois qu’un hélicoptère produit de la portance, il déplace de grandes masses d’air verticalement et vers le bas à travers le disque du rotor ».
Bonjour Pierre Brisson et Pierre Andre Haldi
Oui cet engin est tres interessant par exemple pour permettre aux astronautes d explorer la region sur laquelle ils se sont poses.Pour ce qui est des panneaux solaires le vent produit par les pales( peut etre ) eliminer la poussiere s y deposant?
je viens de parcourir un article concernant le SUNBIRD de la startup britannique PULSAR…
Il me semble que pour l’exploration comme pour les robots, il faut une combinaison de plusieurs moyens. Vous aviez parlé autrefois d’un dirigeable. Ingenuity a un court rayon d’action mais il serait en quelque sorte une extension du rover à condition qu’il puisse emporter une caméra. Un engin volant capable d’aller beaucoup plus loin aurait une utilité mais l’atmosphère très ténue lui réservera peut-être une mauvaise surprise s’il est lourd et emporte une charge importante, mal calculée. C’est un problème que vous abordez. Donc la portance est susceptible de varier selon des critères que nous ne connaissons pas encore bien en fonction du lieu (altitude), de l’époque de l’année. Mais est-ce qu’un satellite porteur d’instruments de détection et de visualisation, opérant depuis l’espace proche n’aurait pas une grande utilité? Notamment pour découvrir des entrées de grotte vu qu’ils peuvent maintenant discerner des détails de cinquante centimètres. Les multiplier? J’imagine mal qu’une planète où l’eau circulait autrefois, où les volcans ont été très actifs, n’en ait pas. Je pense qu’une caverne devrait être le premier refuge pour des voyageurs inquiets, menacés par des dangers mal définis malgré tout le travail d’exploration préalable. Creuser oui. Mais, si la profondeur n’était pas suffisante, si le sol était trop friable, on aurait une mauvaise surprise. Les météorites doivent faire plus de dégâts sur Mars. L’intelligence artificielle ferait aussi merveille avec ce télescope pour déterminer la facilité d’accès, l’intérêt d’une exploration rapprochée, la fiabilité des parois, la capacité de résistance aux impacts, aux tempêtes.
Merci Martin pour le commentaire.
.
La portance de ce Mars Chopper a été calculée. Il peut voler dans la fourchette des conditions exposées dans cet article et les variations de ces conditions (variation de la densité atmosphérique selon l’altitude, les heures de la journée et la saison) sont connues. La seule difficulté c’est la stabilité, car l’atmosphère ténue ne permet pas les changements de direction brusques* (et évidemment dans un canyon les changements de direction devront être anticipés).
*l’atmosphère ténue impliquant un « nombre de Reynolds » faible.
.
L’observation par satellite ne peut pas remplacer l’observation à partir du sol ou d’une altitude faible au-dessus du sol car le satellite ne voit qu’à la verticale (avec éventuellement une faible pente). L’intérêt de cette exploration par hélicoptère (ou multicoptère) c’est de voir les parois avec un angle beaucoup plus ouvert. Et c’est comme cela que l’on pourra effectivement déceler des cavernes.
.
Bien entendu si on pouvait trouver une caverne suffisamment large, il serait intéressant de l’adapter pour en faire un habitat (pourvu que l’accès à la surface du sol soit facile, et ce n’est pas évident). Mais il faut prévoir de creuser au cas où il n’y aurait pas dans cette zone de caverne « intéressante ».
.
Comme je l’ai dit, le Mars Chopper pourrait porter 5 kg d’instruments. Cela permettrait un examen précis des parois.
Je ne pense pas qu’un engin de type Mars Chopper puisse jamais être utilisé pour explorer l’intérieur d’une caverne martienne. Ce serait trop risqué. Ou alors, il faudrait que le caverne soit vraiment de très grande dimension; et même si l’entrée l’est, rien ne dit que cela se prolonge à l’intérieur. N’oublions pas qu’un tel engin ne peut pas être téléguidé « à vue » depuis la Terre.
De tout façon, je suis assez sceptique sur l’intérêt de cavernes martiennes pour abriter les futurs martionautes. Je sais que les premiers Hommes sur Terre ont trouvé refuge dans des cavernes, mais rien ne dit qu’il doit obligatoirement en aller de même pour les premiers Hommes sur Mars (« l’âge des cavernes » martien? 🙂 )! La probabilité de trouver sur cette planète une caverne de grande dimension, aux parois relativement régulières et au sol pas trop cabossé, par ailleurs située en un endroit favorable, me semble vraiment très faible. Aménager une caverne exigerait de toute façon des travaux de très grande ampleur; il paraît bien plus simple et rationnel de mettre en place des habitats artificiels, protégés par une couche suffisante de régolithe pour se protéger des radiations et des chutes de micrométéorites. Avec en outre l’avantage du libre choix alors de l’endroit où implanter de tels habitats. Bien meilleure solution.
Je n’ai jamais pensé une seconde qu’un Mars Chopper pourrait entrer dans une caverne pour l’explorer!
.
Simplement le Mars Chopper pourrait voir l’entrée d’une caverne au niveau du sol et cela pourrait être intéressant de le savoir pour préparer une première mission habitée.
.
Je suis en effet d’accord sur l’intérêt relativement préférable des abris artificiels. Ces abris pourraient être construits ou creusés. Mais, dans un premier temps, puisque par définition on n’aura rien pu produire sur place, il me semble plus simple, plus rapide et plus sûr d’utiliser une cavité existante même si elle est peu confortable. En effet, plutôt que de rester dans le vaisseau spatial soumis à une dose non négligeable de radiations, aller s’établir dans une caverne serait une excellente solution. On pourrait emporter avec soi des bulles gonflables permettant de viabiliser l’espace intérieur.
.
Une reconnaissance préalable est évidemment nécessaire mais on pourrait l’effectuer avec des drones spécialisés, une fois une entrée de caverne identifiée par Mars Chopper. Voyez le concept CoRoDro étudié par des étudiants de Supaero : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/exploration-lunaire-rovers-drones-preparent-exploration-cavites-lunaires-toute-autonomie-92439/
L’intérêt des cavernes est qu’on peut vite en mesurer la fiabilité. Creuser des villes souterraines est risqué: l’épaisseur du plafond sera-t-elle suffisante en cas d’arrivée d’un astéroïde de taille moyenne? La possibilité d’une très épaisse couche de régolithe ferait passer un temps fou et laisserait dans l’incertitude sur la sécurité. Mars ne peut être comparée à la terre des hommes préhistoriques: nous sommes habitués à une vie assez facile, sécurisée par l’atmosphère, le climat. Surtout les dangers sont autrement plus grands pour la vie sur Mars: fuites d’air, tempêtes abrasives, matériel plus sollicité, mauvaise connaissance du milieu… L’utilisation des cavernes pourrait se limiter aux premiers temps après l’atterrissage si on découvre que creuser serait plus intéressant et moins long que d’aménager une caverne. Les premiers voyageurs tout comme leurs mentors sur terre, chercheront une sécurité maximum par rapport aux radiations, aux tempêtes. Et même si des galeries totalement artificielles ont été creusées avant leur arrivée, un doute subsistera sur leur fiabilité. Quant aux doutes sur l’existence de cavernes sur Mars, ils ne peuvent se concevoir que dans le cas où elles auraient été toutes totalement détruites par le temps, l’érosion. On ne cesse de nous dire qu’il y a eu de l’eau sur Mars. Qu’est ce qui empêche que cette eau soit allée sous le sol et avec force, ce qui l’amènerait à creuser? A moins qu’à part le régolithe il n’y ait que des roches ultra-dures, peu de diversité géologique. Douteux si Mars a autrefois connu une évolution de ses sols ayant quelques similitudes avec celle de la terre. En outre, Mars a des volcans dont un énorme, cela laisse penser qu’ils ont eu du moins a une certaine époque un comportement semblable à ce qui se passe sur terre: creusement de galeries où coule la lave de façon invisible depuis la surface et susceptibles de se vider partiellement quand l’éruption faiblit. Je crois avoir lu qu’on compte sur cela même pour la lune. Par contre la difficulté sera de les trouver et de les évaluer quant à leur intérêt, accessibilité, fiabilité. Au flanc d’une haute falaise? Trouver des roches très dures retarderait les choses, voire ferait reculer. Qu’on utilise des bulles gonflables est une bonne idée mais on peut quand même faire entrer dans la grotte des véhicules à chenilles, tout dépend de la conformation du sol de la cavité, de sa taille, de la réussite de l’aménagement préliminaire. Les radiations sont un danger qui peut varier en intensité et, quand on les aura évaluées au cours d’une sortie, il sera peut-être trop tard. Les cosmonautes, pour accepter cette aventure, (pensons à Glenn) auront besoin du maximum d’assurance concernant leur survie et, psychologiquement, de prendre toutes les précautions imaginables, d’avoir un refuge qui leur apparaîtra comme un peu plus sûr que le milieu habituel, surtout après avoir connu quelques accidents comme fuite d’air à cause de chute, déchirure ou ou micrométéorite, ou encore problème mécanique de leur véhicule. Avoir peur est humain, surtout quand ce n’est pas imaginaire et qu’on est loin de son chez soi. Bien entendu, lorsqu’on aura bien reconnu les difficultés du lieu on pourra creuser des galeries si on pense pouvoir leur faire confiance. Utiliser des petits missiles avec un peu d’explosif? La nécessité d’une longue préparation avant l’arrivée des hommes a déjà été débattue ici. Non seulement elle demande de trouver la meilleure grotte possible mais, pourquoi pas? aussi son aménagement préalable le plus optimisé. Il est sûr que la trouver ne sera pas simple, sauf progrès technique. Mais certains géologues doivent connaître les types de paysages les plus susceptibles d’en avoir.
« Mars ne peut être comparée à la terre des hommes préhistoriques » (!!); je n’avais pas pensé nécessaire, tant cela me paraissait évident, de souligner, autre que par un émoticône, que mon allusion à l’âge des cavernes n’était qu’un « joke »! Apparemment, j’ai eu tort :-).
Sur le fond, je maintiens mes doutes, pour les raisons exprimées plus haut, sur la possibilité réelle d’utiliser des cavernes naturelles pour protéger les premiers explorateurs de Mars. Les abris artificiels protégés par une bonne couche de régolithe, construits à partir de matériel de base apporté de la Terre, me semblent être une solution beaucoup plus simple, rationnelle et réaliste (et en outre plus rapide à mettre en oeuvre, à partir de structures au moins en partie gonflables, qu’aménager convenablement une caverne naturelle).
Les cavernes devront être choisies pour leur fiabilité (radiations, météorites, effondrement). Plus le plafond est épais, résistant plus cela résistera à l’impact d’un caillou venus de l’espace, lesquels doivent être plus dangereux et plus nombreux sur Mars vu le moindre freinage par l’atmosphère, comparativement à la terre. Les abris creusés devront être situés dans une roche dure pour résister à des impacts moyens d’astéroïde. Est-on certain que le régolithe stoppe les radiations? l’épaisseur nécessaire? C’est une poudre, ne sera-t-elle pas un problème pour les véhicules surtout en cas de tempête sévère même si rare (abrasion, infiltration). Ne va-t-elle pas être balayée plus ou moins tard, envoyée au loin par les vents? Pour moi, la grande question est de protéger du climat mais aussi de rassurer psychologiquement. Que les abris creusés artificiellement soient plus rapides à mettre en œuvre, cela dépend de la dureté de la roche (voire creusement de certains tunnels sur terre). S’ils sont creusés rapidement cela donne la probabilité d’imperfections, un risque de fragilité. Les cavernes demanderont aussi un aménagement et surtout il faudra trouver la plus adaptée, celle où le sol sera suffisamment plat pour accueillir les machines immédiatement. Je doute que l’utilisation des cavernes coûte plus cher que le creusement d’abri, et l’argent est bien le problème de la conquête de Mars avec le retard de l’acheminement du matériel en cas de panne. Votre rapprochement avec les cavernes des hommes préhistoriques vous l’avez fait et il est en partie justifié: protection contre la météo, mise en sécurité psychologique rapide, moins de travail avant utilisation. Les creusements de vos abris artificiels vont demander du temps, seront moins fiables et probablement plus chers. Cela dit, nous sommes tous deux dans le domaine des supputations, il faudra voir sur place. Et les cavernes pourraient n’être qu’une solution de début de l’exploration, le temps de prendre connaissance des problèmes imprévus et des opportunités
Je viens de modifier mon article (voir Post Scriptum) car j’ai reçu de Pascal Lee des informations que je n’avais pas.
citation:
– Nous pensons que la glace du relict glacier est à une profondeur de 1.5 m à quelques mètres, variable en fonction de l’endroit. Mais elle serait protégée sous une croûte de sels (sulfates), donc relativement facile à creuser.
– Je ne pense pas que des habitats souterrains soient nécessaires ou même désirables. Recouvrir des modules en surface avec des sacs de régolithe serait suffisant et plus pratique. A plus long terme, peut-être, mais malgré quelques recherches préliminaires, nous n’avons par encoure trouvé de cavernes ou de tube de lave, ceci en grande partie parce que le volcan n’est constitué qu’en partie de laves, mais surtout de dépôts pyroclastiques (et de glace) dans lesquels les tubes de « lave » ne se forment pas.
fin de citation.
Dont acte. Il faut donc abandonner l’idée de pouvoir utiliser une caverne en arrivant. C’est dommage mais il serait inutile de lutter contre la réalité. Il faudra donc « simplement » rechercher l’endroit le meilleur pour construire l’habitat!
Trouver des cavernes n’est pas simple. Voyez le temps qu’il a fallu pour découvrir Lascaux, Cosquer, Chauvet… tout cela trouvé essentiellement à la fin du XIXème siècle. Et ce sont les abris les plus connus, il y a en France un très grand nombre de grottes autrefois occupées par les anciens hommes. Mais si l’on décide d’en chercher sur Mars nous sommes maintenant (je l’espère) plus motivés et un tout petit peu mieux équipés pour les trouver, même sur Mars. Sinon, il faudra attendre deux ou trois catastrophes genre retour avec cancers apparaissant plus ou moins tardivement, lenteurs ou accidents lors du creusement. La réalité se fait toujours respecter plus ou moins tard. « Nous n’avons pas encore trouvé de grotte sur Mars ». Ça se comprend: combien de tunnels volcaniques sur terre restent inconnus? Combien de grottes creusées par l’eau ont une entrée devant laquelle on passerait sans rien remarquer. Mais la sécurité sur Mars est un enjeu autrement plus important que la simple connaissance de notre histoire sur terre. Vous avez déjà écrit ici que si un ou plusieurs accidents avec morts se produisaient, on attendrait des années avant de nouvelles tentatives voire des siècles étant donné le coût, les prix à payer, le danger, la longueur du voyage… Voyez la lune! Le problème lancinant est de trouver de telles grottes et, comme sur terre, elles doivent être difficiles à découvrir. D’où l’intérêt d’un ingenuity à plus long rayon d’action, de sismologie, de radars plus puissants que ceux dont nous disposons actuellement pour scruter les profondeurs du sol. Il sera souhaitable comme on l’a déjà souligné, d’avoir une longue période d’exploration, de repérage et d’aménagement par robots avant de faire venir des hommes
Je comprends l’intérêt d’une caverne pour servir d’habitat puisque je l’ai moi-même écrit.
Le problème, dont nous informe Pascal Lee, c’est que dans le contexte de Noctis, la probabilité d’une caverne est extrêmement faible. Comme il a bien étudié le site, je lui fais confiance
Tout-à-fait d’accord, … comme je l’avais écrit!