Exploration spatiale - le blog de Pierre Brisson

Les spectateurs retenaient leur souffle et quand, au décompte T+0, la fusée s’est élancée, on y a cru. L’espoir a duré 02:40 minutes car, juste avant la séparation du lanceur SuperHeavy d’avec le vaisseau spatial Starship qui devait intervenir à T+3 m, on a vu que quelques chose n’allait pas. L’ensemble a commencé à faseiller, puis, déstabilisé, il a perdu sa direction, a perdu de l’altitude et a explosé. On était à T+4 m.

Voir en fin d’article, une mise à jour du 22 avril.

C’est évidemment une déception mais Elon Musk nous avait prévenu, il n’y avait que 50% de chances que le lancement réussisse. Par ailleurs SpaceX avait également déclaré que le but était de recueillir autant de données qu’il était possible avec ce premier lancement d’un Starship pleinement intégré (vaisseau ET lanceur).

Il est vrai que le lanceur SuperHeavy n’avait jamais volé. Une seule mise à feu statique avait pu être accomplie avec succès (31 moteurs sur 33) le 11 février de cette année. On peut dire que non seulement la seconde mise à feu (celle de ce jour) a été satisfaisante pour l’allumage mais qu’elle a bien réussi à conduire le vaisseau presqu’à l’altitude de la séparation (34 km d’altitude, 1950 km/h). A ce moment 28 moteurs Raptors sur 33 fonctionnaient, ce qui n’est pas mal du tout. D’autant qu’on peut constater que les 5 qui n’ont pas fonctionné n’ont ni explosé ni empêché de les autres de fonctionner (2 seulement étaient contigus).

C’est donc quand même un succès d’autant que ce test correspond à la manière de progresser d’Elon Musk, ne pas attendre que tout soit théoriquement parfait mais tenter tout ce qu’il est possible de faire dès qu’il est possible de le faire afin d’apprendre de son échec et corriger les défauts ou les faiblesses si l’on constate que l’on s’est engagé dans une mauvaise voie. C’est exactement ce qu’il a fait avec le vaisseau Starship seul puisque ce n’est qu’avec le SN 15 (Serial Number 15) que le vol a été concluant (il n’a pas explosé en revenant se poser au sol).

Il ne faut donc pas désespérer du vol S24/B7 (S pour le vaisseau, B pour le lanceur, « booster »). D’autant qu’une autre grosse étape a été passée avec succès, l’autorisation de voler donnée par la FAA (Federal Aviation Administration). Les complications administratives générées par cette administration ont été en effet à l’origine de plusieurs mois d’attente et de 75 mesures préventives à satisfaire avant la mise à feu. Les 75 mesures sont un catalogue de contraintes écologiques plus ou moins justifiées (mais certainement si l’on se place au niveau d’un écologisme ambiant absolument délirant). On peut en déduire que puisque le vol S24/B27 s’est terminé sans dommage pour l’environnement, la FAA ne va pas durcir sa position et que le prochain test orbital aura lieu plus rapidement. On a pu en effet constater par le passé qu’Elon Musk a réagi très vite. Je ne serais pas étonné que dès ce soir, réunis à Starbase (Boca Chica, Texas) on analyse les données et on commence à en discuter. Elon Musk dort très peu et les personnes qui travaillent avec lui n’ont pas beaucoup le choix de faire autrement, d’ailleurs ils s’intéressent à ce qu’ils font et sont bien payés pour cela.

On peut douter qu’un jour les vols de Starship deviennent une routine. On aurait tort. Souvenez-vous des premiers vols d’aéroplane, des premiers km des trains et des balbutiements de l’automobile. Rien n’était certain et on considérait les pratiquants comme de dangereux baroudeurs. Certes l’explosion d’une fusée est plus spectaculaire que l’éclatement au sol de la carcasse d’un avion ou le déraillement d’un train de la belle époque. Cela s’explique aisément par l’énergie déchainée pour faire voler une fusée, qui plus est une fusée de la masse d’un Starship (4500 tonnes avec un poussée qui doit être de quelques 5500 tonnes et 1200 tonnes d’ergols). Il faut penser qu’avec beaucoup d’essais, d’échecs donc de progrès, l’époque des pionniers paraitra bientôt comme une époque fantastique, dangereuse, mais révolue, un peu comme le vol de Gagarine quand on le considère aujourd’hui.

Sur le fond j’ai réentendu de la bouche de la présentatrice de SpaceX que le but du Starship était plus que jamais de faire de l’humanité une espèce multiplanétaire. Quoi qu’on puisse dire par ailleurs, c’est cela l’objet du Starship. Elon veut aller sur Mars pour y établir une présence humaine durable, ce qu’on appelait avant le wokisme, une « colonie ». Les autres vols seront faits pour rendre accessible le coût du voyage vers Mars. C’est pour cela qu’il y aura Starlink (hélas ! pour la pollution que cela va occasionner) et les vols sur la Lune dans le cadre du programme Artemis. Seul un vaisseau offrant un volume viabilisable et utilisable capable de transporter des dizaines de passagers ou 100 tonnes d’équipements sur Mars, permettra la réalisation de ce rêve et aussi de revenir sur Terre si l’on en a envie. Et pour sûr la plupart des passagers voudront revenir sur Terre, surtout au début de l’Aventure.

Nous venons de faire un premier pas. On to Mars !

Illustration de titre: capture d’écran émission SpaceX dédiée. Nous sommes encore à « 0km » mais le décollage a eu lieu. Ce sont les premiers mètres qui sont les plus durs car c’est à ce moment que le vaisseau est le plus lourd et que, par définition, il n’a aucune vitesse acquise.

PS: mise à jour du 22 avril

On dit de plus en plus que le non fonctionnement de quelques moteurs s’expliquent par la destruction de la table de lancement lors de l’impulsion de départ. Des blocs de béton et de métal aurait été projetés dans toutes les directions et certains auraient heurté des moteurs les rendant inutilisables. Ensuite le lanceur SuperHeavy a manqué de puissance pour monter jusqu’à l’altitude prévue pour la séparation d’avec le Starship-vaisseau.

Elon Musk ajoute qu’une plaque en acier très épaisse était prévue pour recevoir la flamme au fond de la table de lancement mais que cette plaque n’avait pu être livrée à temps. Il a quand même voulu faire le test le 20 avril car il y avait d’autres observations à faire dans le comportement de la fusée. Lors du prochain lancement, dans deux ou trois mois, il y aura bien cette plaque de métal (et peut-être quelques ajustements à l’architecture de la plateforme de lancement).

84 réponses

  1. « Demi succès », « demi-échec », « verre à moitié plein » ou « verre à moitié vide », on peut toujours voir les choses d’une manière ou de l’autre. J’avais d’ailleurs dit il y a déjà un certain temps que ce test (car il s’agissait bien de cela seulement), quel que soit son résultat, ne permettrait à lui seul aucune conclusion définitive sur la validité du concept Starship/Super-Heavy en bien ou en mal. De toute façon, il faut maintenant attendre de savoir plus précisément ce qui s’est passé pour évaluer dans quelle mesure cela pourrait affecter le développement de ce transporteur spatial. On peut néanmoins s’attendre après le « demi-succès » de ce jour à au minimum quelques mois de retard supplémentaires dans ce programme. Le moteur Raptor semble par ailleurs encore assez loin d’atteindre la fiabilité extrêmement élevée (plusieurs défaillances aussi bien dans l’essai statique d’il y a quelques semaines que dans le test d’aujourd’hui) qu’impose sa multiplication dans un assemblage extrêmement compact dans le premier étage du système (j’avais proposé quelques calculs d’analyse de risque sur ce point). Bref, le Starship/Super-Heavy n’est pas près de pouvoir être certifié pour des vols habités (et chaque échec, partiel ou non, va encore renforcer la « frilosité » à ce sujet de la FAA). Cela renforce mon opinion que le calendrier avancé par Elon Musk pour des missions lunaires, ou plus encore martiennes, de son vaisseau spatial est totalement irréaliste. Mais il ne faudrait pas non plus en conclure que cela n’arrivera jamais!

    1. Merci de votre commentaire.
      Vous écrivez « On peut néanmoins s’attendre…à quelques mois de retard supplémentaires dans ce programme ». Je pense, quant à moi, qu’on ne peut pas parler de quelques mois de retard car le succès total n’était pas prévu/agendé mais simplement espéré. De toute façon, il y aurait eu d’autres vols pour confirmer le premier.
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      La réserve qu’on peut exprimer c’est que malheureusement tout le déroulé du vol n’a pas été testé, surtout la libération du second étage et la manœuvre de retournement du SpuerHeavy pour revenir sur Terre. Mais avoir testé le décollage avec succès est déjà très important.
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      Concernant la fiabilité du moteur Raptor, je trouve plutôt satisfaisant que 28 moteurs sur 33 aient fonctionné et que ceux qui ont été défaillants n’ont apparemment pas causé de dommage aux autres (ils sont restés allumés jusqu’au bout). Rappelons-nous qu’il n’est pas nécessaires que tous les moteurs fournissent leur poussée pour permettre au Starship d’atteindre son orbite; depuis le début, une marge de sécurité dans la puissance nécessaire a été prévue.
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      Quant au calendrier, on verra bien. L’essentiel est que des progrés importants soient faits et avec ce vol, on en a bien eu la démonstration.

      1. Une « fiabilité » de 28/33 (ou 27 sur 33, d’après certaines sources, ce seraient en fait 6 moteurs qui n’auraient pas fonctionné correctement), donc inférieure à 85% est très en-dessous de celle qu’il faudrait pour assurer une probabilité de succès d’un lancement de Starship/Super-Heavy acceptable. D’autant plus qu’on peut imaginer que dans le cadre d’un tel essai, ces moteurs avaient été tout particulièrement « bichonnés »! Et cela d’autant plus si ce vaisseau doit un jour emporter des passagers! Quant à la propagation de défaillances, ce n’est pas parce que cette fois il semble ne pas en avoir eue que cela garantit qu’il en sera toujours ainsi avec un tel assemblage ultra-compact de moteurs (voir ce qui s’est passé avec la N-1 soviétique, avec des moteurs pourtant moins serrés dans ce cas). Elon Musk lui-même semble d’ailleurs être conscient de ce problème (ce qui est plutôt) rassurant d’ailleurs) puisqu’il a évoqué dans sa déclaration d’avant.lancement que la probabilité d’occurrence de ce qu’il a appelé de manière imagée « un effet domino » était assez élevée.

  2. La date n’a peut-être pas été choisie par hasard. Le 20 Avril, c’est bien connu, on fume du cannabis. Et, le 21, quand on est sorti des « vaps », on regarde ce qui s’est passé le 20.
    Elon Musk est superstitieux et accorde souvent de l’importance à ce genre de légende.

    J’ai trouvé complètement ridicules ces gens qui poussaient des cris de joie et sabraient le champagne alors qu’on était encore aussi loin du succès espéré.

    Entre le vol des frères Wright et le Handley Page 0/400, le premier avion suffisamment sûr pour transporter des passagers, il ne s’était écoulé que dix-sept ans. Il s’est déjà écoulé 62 ans depuis le vol de Youri Gagarine. Combien de temps devrons-nous attendre avant qu’un vaisseau spatial soit assez fiable pour assurer des vols réguliers avec des passagers ? Qu’attendent donc les Chinois ?

  3. Derrière ce tir, il y a des faits avérés, des affirmations et des comparaisons.

    Premier fait, il s’agissait d’un vol d’essai. C.à.d. de recueillir le plus grand nombre possible de données utiles à la suite du développement. L’objectif n’est pas totalement atteint puisque l’expérience a été prématurément interrompue, mais ces 4 premières minutes ont certainement permis d’engranger une masse considérable de mesures. Deuxième constat, c’était le premier tir d’un lanceur d’une puissance inouïe, poussé par un nombre sans précédent de moteurs fonctionnant simultanément (on se souvient des déboires de la N1), et essentiellement financé sur fonds privés : ne serait-ce que sur ces 3 plans, l’exploit est remarquable. Globalement, on peut assurément plus parler de succès que d’échec.

    Que les complications dites administratives de la FAA soient « plus ou moins justifiées » et à l’origine de mois de retard, que l’objet du Starship soit de faire de l’humanité une espèce multi-planétaire, et que les « autres vols » (lesquels ?) servent à rendre accessible le voyage sur Mars, sont en revanche des affirmations de la seule Space X. On n’a pas le droit de souscrire à la première sans connaître et analyser la version – sans doute différente – de la FAA, ce qu’on n’a à ma connaissance pas fait. Quant aux deux autres affirmations, celles émanant de la présentatrice, il a déjà été amplement rappelé dans ces colonnes qu’elles ne reposent à ce jour sur aucun début de démonstration. Ce vol confirme qu’Elon Musk est l’un des plus grands entrepreneurs du siècle. Cela n’autorise pas à croire tout ce qu’il raconte.

    Les comparaisons sont enfin toujours faciles mais souvent trompeuses. La conquête de l’Antarctique ou des grands fonds marins n’y a pas conduit à des expéditions courantes du grand public, l’hélicoptère n’a pas remplacé la voiture, la Navette américaine n’a pas tenu ses promesses de routine et bas coût (annoncées à l’époque dans des termes très proches de ceux utilisés aujourd’hui pour le Starship) et le Concorde n’a toujours pas de successeur. Il est trop tôt pour savoir dans quelle catégorie l’avenir placera le Starship. Et donc pour affirmer qu’on aurait tort d’avoir un avis plus qu’un autre.

    Reste que nous avons tout intérêt à ce que son développement aboutisse.

    1. Monsieur Baland, je répond pour le moment à la fin de votre commentaire, dont je vous remercie.
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      La différence entre l’Antarctique et Mars c’est qu’on peut aller en Antarctique avec un avion en quelques jours, avec retour possible à tout moment dans une région tempérée. Ce n’est pas le cas sur Mars puisque comme vous le savez, le voyage sera de plusieurs mois avec des conséquences plutôt négatives pour la santé (radiations + apesanteur si on ne parvient pas à y remédier pas force centrifuge). Une fois sur Mars, il faudra y rester de nombreux mois avant de se retrouver dans une configuration planétaire permettant le retour. Il faudra aussi assurer l’intermède de quelques mois entre le départ de Mars et l’arrivée d’un nouveau flux de passagers venant de la Terre. Enfin un séjour forcément long sur Mars créera une adaptation à une faible pesanteur contre laquelle il sera difficile et long de revenir une fois rentré sur Terre. Il y aura aussi des enfants qui naitront sur Mars. Comment pourrait-on l’empêcher ? Pour toutes ces raisons, je pense qu’une petite population constante devra/choisira de vivre sur Mars.
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      La Navette, le Concorde, l’hélicoptère avaient/ont des concurrents : la fusée et l’avion. Le Starship par sa capacité d’emport et la possibilité de repartir de Mars, n’aura aucun concurrent. C’est pour cela d’ailleurs qu’Elon Musk a voulu le créer. Ce qu’a déclaré l’ingénieure, présentatrice de SpaceX pour ce vol, n’est pas à écarter d’un revers de main. La raison d’être fondamentale du Starship est bien le voyage jusqu’à Mars et retour. Le reste (les autres utilisations du Starship) ne servira qu’à faire baisser le coût du vol (outre bien sûr les tests de fiabilité).

  4. Pardonnez-moi si je me fais l’avocat du Diable, mais qui parle d’échec ou même de semi-échec? L’ingénieur figurant sur le site de SpaceX à côté de sa présentatrice poupée Barbie et de son alter ego techno-punk ne disait-il pas au terme de ce suspense conclu en feu de Bengale spatial que le navire interstellaire s’était tout au plus « désassemblé » – procédure aussi normale et prévisible, selon lui, que les « dégâts collatéraux » dus aux « opérations » (spéciales ou pas) sur le « théâtre » guerrier? Ou comment transformer un échec (ou semi-échec) en réussite (ou semi-réussite)…

    En science et technique comme en politique, on le constate, les mots ont leur importance. Encore conviendrait-il de savoir quelle est celle de « l’un des plus grands entrepreneurs du siècle », non?

    1. Avant le vol, il était clairement annoncé que l’objet était « to gather as much data as we can about the first fully integrated Starship ».
      Le processus de progression d’Elon Musk est le « trials and errors ». Cela a été répété et plusieurs fois démontré (c’est toute l’histoire du dévellopement du Falcon 9 puis du vaisseau Starship). On ne peut pas reprocher un « échec » à Elon Musk, cela n’a aucun sens dans cette logique.

      1. « …cela n’a aucun sens dans cette logique. »

        Dans cette « logique » peut-être, mais qu’en serait-il si elle était appliquée à d’autres sciences – par exemple en médecine? On applique un nouveau traitement à un patient par « trials and errors » en vue d’obtenir le plus d’informations possible sur ses effets. Résultat: le patient meurt. De quelle logique parle-t-on? Claude Bernard ne s’en retournerait-il pas dans sa tombe?

        « StarShip » était inoccupé, par chance. Mais le but de son programme n’est-il pas de transporter un jour des passagers humains? Or, si l’on devait confier sa vie à la « logique » de son promoteur, déjà contestable dans d’autres domaines, courageux mais pas téméraire ne réfléchirait-on pas à deux fois avant d’embarquer dans son Arche du Salut?

        1. Mais il n’est pas question d’appliquer la méthode trials and errors au progrès en médecine! Vous le savez très bien; les protocoles pour introduction de nouveaux médicaments ou de nouveaux traitements sont extrêmement contrôlés et c’est très bien ainsi.
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          Il est évident, concernant le Starship, qu’il ne pouvait y avoir de passagers dans ce vol d’essai. Il n’y en a jamais été question. N’allez pas inventer des problèmes éthiques là où il n’y en a absolument pas.

          1. « Mais il n’est pas question d’appliquer la méthode trials and errors au progrès en médecine!  »

            Ce n’est pas moi qui pose des questions éthiques à ce sujet mais les médecins eux-mêmes, en particulier à propos d’une autre invention parrainée par Elon Musk, le « chatbot » et grande vedette du jour ChatGPT, produit par sa société OpenAI et que le monde médical est de plus en plus appelé à utiliser (pourquoi pas demain la médecine martienne?). Réponse d’un médecin et professeur à l’Université de Genève dans ce journal, aujourd’hui même et en « Une »:

            « ChatGPT et la médecine: on va souffrir »
            « Certains en appellent [donc] à une utilisation parcimonieuse de cet outil au risque de reproduire de la désinformation, ce fléau qui, on le sait, a bien affaibli les actions de santé publique durant la pandémie. […] ChatGPT va devenir l’influenceur politique majeur à combattre et à déconstruire. Nous avons ainsi fait l’expérience d’un texte produit par ChatGPT sur la thématique de l’accès équitable à la santé pour les migrants, et avons constaté qu’il avait créé des sources de A à Z, citant des articles qui n’existaient tout simplement pas! Notre travail sera encore compliqué.

            D’un point de vue éthique, il faut donc réaffirmer l’importance de l’intégrité des praticiens cliniques et des scientifiques, au risque sinon de perpétrer des inexactitudes. Beaucoup de journaux scientifiques exigent désormais que toute utilisation de ChatGPT et d’outils équivalents soit formellement déclarée lors de la soumission d’articles, tout
            comme nous avons l’obligation de déclarer un conflit d’intérêts. »
            -Karl Blanchet professeur à la faculté de médecine de Genève, directeur du Centre d’études humanitaires, « ChatGPT et la médecine: on va souffrir », Le Temps, 21 avril 2023.

            Elon Musk a beau jeu de dénoncer les dérives de son propre enfant et de l’intelligence artificielle en général, ne vient-il pas moins d »acheter dix mille processeurs GPU pour concurrencer Microsoft, son co-partenaire pour le développement de… ChatGPT? (« Microsoft va investir « plusieurs milliard »» dans son partenariat avec le créateur de ChatGPT », Le Temps, 23 janvier 2023).

            Oui, la « logique » du prodige entrepreneurial et promoteur de StarShip et de ChatGPT m’échappe.

            Ce qui pose problème, n’est-ce pas tant la retombée éthique de l’exploit de StarShip, qu’il ne m’appartient pas de juger, que sa finalité? Or, je n’ai pas constaté que l’approche d’Elon Musk dans ce domaine était un modèle de recherche désintéressée, pas plus que son ChatGPT qui, après avoir montré ses capacités, certes remarquables, mais aussi et même surtout celles de produire de la désinformation, se présente comme logiciel gratuit et libre (free and open source), alors qu’il est en réalité payant et que son code source est inaccessible aux chercheurs sans compte ouvert à OpenAI. En bon français, cela ne s’appelle-t-il pas imposture?

          2. Vos considérations éthiques sur un sujet autre que celui du Starship et de l’exploration spatiale, ne m’intéressent absolument pas.
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            Quant à l’intérêt d’Elon Musk caché derrière le Starship. On voit bien que vous ne le connaissez absolument pas. Pour lui l’argent et l’accumulation de richesse ne sont pas une fin en soi. Il est passionné par ce qu’il fait et non par ce qu’il gagne. Mais ce qu’il gagne lui permet évidemment de tenter de réaliser ce qu’il veut.
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            J’ajoute, quand même, concernant ChatGPT que ce logiciel ne sortira, sous une forme plus ou moins digéré, que ce dont on l’aura nourri. Je ne pense pas que ça puisse nuire à la pensée originale ou à la pensée critique. Par contre ceux qui restent dans la pensée mainstream ou le politiquement correct ont du soucis à se faire (la démonstration a déjà été faite). En fait ChatGPT va clouer le bec aux perroquets. Tant pis pour eux!
            D’une façon générale ChatGPT sera un excellent documentaliste et de ce point de vue, ce sera déjà beaucoup. On pourra s’en servir comme on se sert de Google translate pour les traductions. Google translate traduit le « courant » et bien sûr il faut relire et corriger. Avec ChatGPT on aura une base de texte que l’on pourra reprendre (après l’avoir contrôlé) en fonction de ses idées personnelles et de sa réflexion personnelle. Autrement dit, ce sera un outil. On n’arrête pas le progrès.

          3. Merci pour votre complément à propos de ChatGPT. Sur Starship et l’exploration spatiale, je n’ai bien sûr aucune compétence pour contribuer au débat, raison pour laquelle je suis votre blog avec d’autant plus d’intérêt. Mais en ce qui concerne ChatGPT, je pourrais vous faire part de mon expérience de traducteur. Comme bon nombre de mes collègues, je reçois de mes mandataires des données souvent sensibles à traduire, en particulier dans le domaine médico-pharmaceutique. Or, ceux-ci verraient très mal leurs données s’évaporer sur le « cloud », ce qui est inévitable avec les traducteurs automatiques commerciaux tels que Google Translate, Azure ou Yandex (le Google Translate russe) qui sont entraînés sur les données de leurs utilisateurs. Intéressé depuis toujours – à chacun ses passions et je ne mets pas en cause celle d’Elon Musk – aux problèmes du langage (comme traducteur c’est bien le moins) et à son traitement par machine, j’en suis venu à développer mon propre traducteur automatique qui, s’il n’a de loin pas les capacités de celui de Google, ne permet pas moins à l’utilisateur de travailler hors-ligne, sans courir le risque de voir ses données se perdre dans l’hyperespace.

            Or, le problème que pose ChatGPT pour les traducteurs, et pas seulement eux – l’exemple de ses application en médecine le montre assez -, est qu’il rend son utilisateur dépendant du système, qui est entraîné sur les données qu’il lui fournit grâce au nombre inimaginable d’itérations probabilistes dont sont capables ses processeurs.

            Toute traduction ou texte pré-traduit à l’aide d’un outil de traduction assistée par ordinateur ne doit pas moins, et même de plus en plus avec les possibilités de fausses réponses que fournit ChatGPT, être révisée par un humain. C’est d’ailleurs de plus en plus ce que font les traducteurs. Or, aucun d’entre nous ni aucun utilisateur particulier, ni même une PME n’a les moyens de concurrencer les capacités des centres de calcul dont disposent les sociétés commerciales telles qu’OpenAI et les GAFAM. C’est donc à ces utilisateurs-là que mon programme, encore au stade de prototype, s’adressera en priorité et sera disponible en source libre. Une version commerciale avec plus de fonctionnalités pourrait être envisagée.

            Bien sûr, ce n’est pas comparable à la conquête de Mars mais, pour nous autres traductrices et traducteurs, ce sera déjà une dépendance en moins par rapport aux outils commerciaux.

        2. @R.N.
          La médecine utilise la méthode trials and errors: les tests sur les animaux, les essais cliniques , les essais sur des patients en phase terminale, …

          1. Vous avez raison. Dans le cas des patients (donc des êtres humains) les médecins demandent toujours l’accord, du patient lui-même, sur le protocole.

          2. Merci de le rappeler, je ne l’ignore pas, ni que dans des cas extrêmes, comme les guerres, les médecins ne se sont pas privés de faire des essais « live » sur des cobayes humains. Les docteur Mengele, ça existe. Et comment la chirurgie aurait-elle « progressé » sans les champs de bataille?

            Mais je n’ai pas voulu surcharger mon commentaire déjà par trop « hors sujet » aux yeux de M. Brisson.

  5. Les principles conclusions de ce premier vol que je qualifierais de demi-succès:
    – La fiabilité des raptors doit être améliorée. Le concept prévoit la perte de 1 à 2 raptors sans que cela entraîne de l’échec de la mission, mais avec 5 voire 6 raptors qui sont tombés en rade, on a un problème pour garantir l’envoi de charge utile lourde.
    – Il faut attendre le retour sur les dégâts potentiels de la table de lancement: avec des raptors en moins dès le départ, la fusée a mis plus de temps pour s’écarter de la table de lancement et de la tour adjacente que prévu. Cela a peut-être occasionné des dégâts non-prévus. Par contre, le fait que la fusée s’est envolée sans dommage sur les unités de stockage cryogéniques est un bon point.
    – L’échec se trouve principalement dans le fait que l’on n’a pas réussit la séparation du Starship et du Booster. Est-ce que la séparation n’a pas eu lieu parce que l’on n’a pas atteint les conditions optimales pour le faire ou est-ce que la séparation a été enclenchée mais n’as pas réussi pour un problème technique ?

    1. Bonjour CRERAT; Comme je l’ai écrit plus haut, il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives de ce test; il faut attendre le résultat des investigations sur les causes précises de ce (demi)-échec. Concernant votre question, si vous avez suivi comme moi le lancement en direct, vous aurez remarqué que les choses semblent avoir commencé à mal tourner nettement avant le déclenchement (bizarrement tardif d’ailleurs) de la procédure d’auto-destruction (plusieurs moteurs en panne, panache des moteurs commençant à s’écarter de la ligne de vol, cabrioles de la fusée), bien avant donc aussi le moment prévu pour la séparation entre le Starship et Super-.Heavy. En tout cas, je répète qu’il est clair que le Raptor est encore TRES loin d’avoir la fiabilité nécessaire (27/33 hier !!) pour pouvoir assurer un lancement suffisamment sûr du Starship. N’oublions pas que la vocation de ce dernier est de transporter un jour des passagers. Je doute fortement que SpaceX obtienne les autorisations nécessaires avant que cette firme ait fait la démonstration d’une fiabilité BEAUCOUP plus élevée de son système de transport spatial, … et cela prendra probablement encore bien des années (que va faire la NASA, qui a misé sur ce vaisseau pour débarquer sur la Lune, avec un schéma de mission complètement tarabiscoté d’ailleurs?).

      1. Je ne trouve pas « bizaremment tardif » le déclenchement de la procédure d’autodestruction puisque le but du vol était de recueillir un maximum de données. Le comportement du Starship après sa déstabilisation était forcément intéressant à étudier aussi longtemps que possible. Par ailleurs, au moment de cette déstabilisation, le Starship était au dessus de la mer et dans le périmètre de la zone sécurisée.
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        Par ailleurs, je trouve impossible (et injuste) de tirer des conclusions aussi négatives que les vôtres sur l’avenir du Starship à partir de son seul et unique vol.

        1. « Comme je l’ai écrit plus haut, il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives de ce test »! Je ne le fais donc pas et j’avais d’ailleurs précisé AVANT le lancement qu’il ne serai pas possible de le faire sur la base de ce seul test quel que soit son résultat. Mais cela est vrai dans les DEUX sens, aussi bien négatif que positif. Il paraît par ailleurs difficilement contestable que ce (demi-)échec va retarder d’au moins quelques mois le développement du système Starship/Super-Heavy, le temps d’en analyser les raisons et d’effectuer les modifications nécessaires (en espérant que la/les cause/s profonde/s de cet essai non réussi ne soi/en/t pas trop difficile/s à corriger). On verra bien.

          1. De toute façon les données du vol aurait été analysées pendant une longue période. Mais je ne conteste pas que j’aurais préféré que le vol se déroule au moins jusqu’à la mise sur orbite du Starship.

  6. Il faut prendre en compte le fait que l’on n’est pas au début de l’ère spatiale comme cela a pu l’être pour l’aviation à ses débuts. On fait des fusées, navettes depuis des décennies, donc cet essai est pour moi un échec et pour les raisons suivantes:
    – 6 moteurs en panne, (on le voit très bien sur les images du lancement) est un problème surprenant à ce niveau de développement de la fusée. Cela résulte à un niveau de fiabilité très faible pour ces moteurs. A minima, avant de faire cet essai on essaye d’avoir une fiabilité telles que au plus 1 moteur puisse avoir un problème, mais 6 c’est vraiment beaucoup.
    – Si le test c’est de faire décoller l’engin avec tous ses moteurs et le faire revenir, à quoi bon avoir mis un starship dessus ? On teste chaque élément indépendant jusqu’à une fiabilité acceptable. Starship a été teste séparément préalablement.
    – Une séparation que ne se fait pas. Là c’est vraiment surprenant, depuis le début de l’ère spatiale on envois des satellites avec des fusées à étages qui se séparent toutes sans problème et en 2023, spaceX rate son test à cause de cela ! Il y a de quoi se poser des questions.

    Enfin, on peut se demander pourquoi vouloir mettre autant de moteurs sur un lanceur alors qu’il suffit de mettre des booster 4 ou 6 tout fournissant énormément de puissance pour un coût bien moindre et une fiabilité très supérieure ? J’ai du mal à comprendre pourquoi faire compliqué avec ce premier étage quand on peut faire plus simple…

    1. Vous devriez réaliser que le Starship n’est pas une fusée comme une autre. On n’est certes pas au début de l’ere spatiale mais le Starship n’est pas sur le modèle classique (type SLS). Il y a un saut technologique et les sauts ne se font pas toujours du premier coup.
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      Le moment de la séparation n’était pas venu (altitude et vitesse insuffisante) quand la défaillance du SuperHeavy est intervenue.
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      4 ou 6 moteurs ne donnerait pas une configuration optimale car la défaillance d’un ou deux moteurs aurait des conséquences beaucoup plus grave (poussée très diminuée).
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      Par ailleurs la seule fonction du lanceur est de lancer c’est à dire de mettre en orbite le second étage après sans être séparé. On peut construire un lanceur qui fonctionne et qui n’emporte rien mais ça n’a pas grand sens. Il faut tester aussi tôt que possible l’équilibre de l’ensemble en mouvement et notamment constater si les torsions dues à la propulsion (vitesse de déplacement, vidange des réservoirs, inclinaison) sont supportables ou non par l’ensemble. De ce point de vue le vol S24/B7 a sûrement était très instructif.

      1. Franchement, je ne vois pas quel est le saut technologique ici. Mettre plein de moteurs… les Russes l’avaient tenté il y longtemps, cela a été un fiasco.
        Ce sont des moteurs classiques, rien de nouveau non plus, on sait faire depuis depuis des décennies.
        Le gigantisme, bof, on fait un peu plus grand que saturneV. Un second étage ? Apollo en utilisait 3.
        Arianne V utilise 1 moteur très fiable et des boosters puissants et soyouz 4 moteurs super fiables.
        Ils sont tous très fiables, donc si l’innovation est la fiabilité des moteurs, SpaceX a quelques soucis et retard sur le sujet et la multiplication n’est pas une manière d’augmenter la fiabilité du lanceur, au contraire.
        Vraiment où est l’innovation ici ? Le retour du lanceur sur terre, oui effectivement, mais j’ai des doutes sur le succès de revenir se poser sur le support de lancement et non sur une aire sur le sol, car la précision passe de quelques mètres au cm…

        Ensuite sur la séparation avec le starship, il me semble que cela ne devrai pas être lié à la vitesse et l’altitude, car dans ce cas on a un gros problème de sécurité. Une séparation intervient sur séquence ou action manuelle afin de le sauver si l’étage inférieur a un problème. Le starship peut décoller seul et se poser seul, pas sécurité la séparation aurait du avoir lieu dès la fin de la poussée de l’étage inférieur indépendamment de l’altitude et de la vitesse. L’explication de la vitesse et l’altitude pas atteinte ne tient pas pour moi.

        1. Peut-être que d’autres sociétés ont déjà testé un grand nombre de moteurs fonctionnant ensemble (mais on n’a jamais essayé avec 33 moteurs) mais cela n’empêche qu’il faut bien tester le dispositif avec des moteurs Raptor (ce n’est pas parce qu’on l’a fait avec d’autres moteurs que ça doit marcher avec ceux-ci) qui de plus sont orientables. Personne n’a pu le faire avant. Et vous dites vous-mêmes que les Russes n’ont pas réussi (avec d’ailleurs une technologie tout à fait différente) !?
          .
          Le gigantisme n’est pas un facteur négligeable. On n’a jamais eu un système de 120 mètres de longueur et là encore ce n’est pas parce qu’on aurait déjà fait voler des fusées très longues qu’il ne faut pas vérifier si on peut le faire avec celle-ci !?
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          La redescente contrôlée jusqu’à la table de lancement n’est pas un détail. Au contraire ce sera essentiel à la récupération rapide puis à la réutilisation du SuperHeavy. Mais ce n’était pas du tout l’objet de ce premier test puisque ce retour n’était pas prévu avec le vol S24/B7.
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          Sans doute que le Starship-vaisseau aurait pu se détacher du SuperHeavy mais si SpaceX a décidé de ne pas le faire, c’est peut-être parce que le Starship-vaisseau ne pouvait pas être mis à feu dans ces conditions acrobatiques et parce que de toute façon il était perdu (aucun retour sur le site de lancement prévu). Ou bien la séparation ne s’est pas faite pour une autre raison que l’on ne connait pas encore.
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          Encore une fois il me semble que vous ne vous mettez pas à la place des ingénieurs de SPaceX qui faisaient un premier test (et qui ne voulait faire faire de voyage à personne).

    2. « Pourquoi faire compliqué quand on peut faire plus simple… »
      Quand on traite un problème compliqué, il y a deux manières possibles de simplifier. La première est d’omettre certains facteurs ne facilitant pas le cheminement vers une solution. Les difficultés auxquelles sont confrontés les ingénieurs, vous ne mesurez pas : « on peut faire plus simple ». La seconde manière de simplifier, c’est de parvenir à emprunter le chemin le plus court dans sa recherche, mais cela ne peut s’effectuer sans d’abord s’en écarter : c’est ainsi que fonctionne la recherche dans tous les domaines scientifiques.
      « Tester séparément… »
      Peut-être rirez-vous de l’analogie que je vous donne sous la forme d’une petite histoire :
      « Nous avons testé le cheval, puis le cavalier, l’un et l’autre donnaient satisfaction. Nous ne comprenons donc pas, après nos sérieuses et complètes évaluations, pourquoi lors de la promenade du cavalier le cheval a rué, projetant au sol ce dernier, puis n’a pas voulu revenir à l’écurie… »

  7. @ M. Jean-Jacques Louis / 21 avril 2023 à 0h56.

    « Cris de joie complètement ridicules… »
    Vous ne partagez simplement pas l’enthousiasme de tous ceux qui travaillent à ce projet et du public ému des « premiers » résultats. Le temps semble long quand on n’accorde pas d’intérêt au chemin qui vise une destination, c’est une ennuyeuse « attente ». Dans ma courte vie où je ne fêterai certainement pas à l’arrivée, j’ai eu le plaisir de piloter à dix-sept ans un petit Cessna 150, puis d’être simple passager d’une Caravelle de Swissair entre Genève et Londres. Ensuite à des âges plus avancés, d’autres voyages aériens à la découverte du DC-9, de l’Airbus A320, dont il n’y aurait pas grand-chose à dire si le seul but avait été d’arriver confortablement à destination… Je me souviens, à ce sujet, avoir un jour posé une question à mon directeur qui m’offrait, à l’occasion des foires, le voyage en avion quand la route coûtait bien moins cher : « Là vous ne faites pas des économies, pourquoi ?.. » Il avait répondu : « Parce que je suis content de vous et que ça vous fait plaisir ! » J’avais à l’arrivée une magnifique chambre d’hôtel panoramique en verre comme je n’aurais pas même osé en rêver ! Comme quoi, fêter un peu les progrès au cours de son travail donne des ailes, plutôt que d’attendre un succès final en gardant les pieds trop solidement ancrés. Même les rires en périodes de difficultés, durant la pause-café, ne dérangeaient pas le directeur lorsqu’il surgissait à l’improviste. Je ne me souviens pas qu’il nous aurait dit : « Il n’y a pas de quoi rire, c’est l’heure, au travail ! » Tout le contraire : « Quand je viens ici, je constate que tout le monde participe positivement, je n’ai pas besoin d’être là pour vous aider ! »
    Les périodes de difficultés, Space-X en a aussi, à une échelle financière et technique bien plus grande. Les milliers de personnes qui travaillent à ce projet, contre les six de mon Service que j’ai évoqué, n’ont à coup sûr pas besoin d’être poussées. Lors de la montée de la fusée, Elon Musk n’a pas demandé le silence en déclarant qu’il est trop tôt pour se réjouir. La marée de spectateurs sur les lieux du décollage, et tous ceux devant leur écran d’ordinateur, dont moi, ont vécu deux minutes d’enchantement sans se poser la question : « Est-ce qu’il faudra attendre des lustres avant de pouvoir aller s’asseoir sur le siège ? »

    Merci Monsieur Brisson, j’espère que vous ne vous éteindrez pas trop tôt pour continuer à nous emmener.

    1. Merci Dominic de voir les choses de façon positive et de considérer que le plaisir est un des moteurs de l’action. Je pense effectivement que ça l’est. Même les personnes les moins « démonstratives », ont besoin de ce stimulant (et même de l’exprimer…avec modération!).
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      Pour ce qui est de mon « extinction », je vous promets que je vais faire des efforts et j’espère que l’enthousiasme de mes 79 ans continuera à m’habiter encore longtemps, puisque ça aide!

  8. Beaucoup de posts précédents sont imprégnés d’impatience si ce n’est d’un mépris diffus. Mais je ne relève aucune jalousie, aucune proposition pour la construction d’une telle fusée par la Suisse ou par l’Europe. Nous vivons par procuration, pour ne pas dire dans l’irréel. Je ne doute pas un seul instant que SpaceX fonctionnera un jour de façon fiable vu la fermeté de caractère, l’obstination constitutionnelle et salvatrice dont ont parfois fait preuve les américains ainsi que les ressources d’Elon Musk. C’est vrai que les grandes découvertes dans le passé ont toujours demandé du temps. C’est vrai qu’on n’a pas tous migré en Antarctique (quoique?… si un jour la planète devient trop chaude). C’est vrai que l’hélicoptère, c’est cher et ça a tendance aux accidents mais cela prouve qu’on ne comprend toujours rien à la gravité. C’est vrai que nous sommes pour beaucoup d’entre nous trop occupés à trouver des moyens de subsister, c’est vrai que notre aptitude à inventer voire que notre imagination pour nous figurer un monde différent rassurant et sécurisé est limitée. Nous ne sommes pas tout puissants. Concernant les chinois, on peut faire l’hypothèse que leurs succès ne seront vraiment extraordinaires que lorsque leur élite au moins aura le sentiment de pouvoir réfléchir et inventer librement, s’associer avec qui bon leur semblera dans le monde et chez eux. Comme toujours, nous avons besoin d’être menacés de mort pour intensifier tous nos efforts sur l’action, la recherche, la créativité intense et l’oubli de soi. Vous verrez peut-être un jour cela à cause d’une guerre, d’un astéroïde, d’une épidémie, d’un volcan.

  9. Très intéressante discussion qui montre combien la communication est un art maîtrisé par Musk! Le concept proposé est celui du plus j’échoue plus j’ai une chance de réussir, Musk le dernier des shadocks? Le concept de développement d’un véhicule spatial est pavé d’échecs mais le principe reste que tout est mis en œuvre pour réussir car lancer un véhicule complexe en expliquant que c’est pour voir est une approche scientifique à la tiktok pour les vrais nuls?
    Certes Musk a du talent mais admirer en boucle un échec total pose un problème de crédibilité pour un lanceur qui veut aller sur Mars dans un temps de développement record. Le scientifique ne doit pas devenir un spectacle pour Twitter et communautés tiktok . Piloter 31 moteurs de manière coopérative est un pari audacieux et là que va t on en déduire?
    Il faut revenir dans le monde réel, monde dans lequel Musk et son approche sociale et societal laisse à désirer et dont le moteur reste le buzz oubliant les financements etatiques qu’il reçoit. Un essai impressionnant montrant la capacité des ingénieurs Space X et NASA ne l’oublions pas mais je crains d’imaginer le ton d’un article après un échec de lanceur non musk’ rappelez vous Ariane V à ses débuts … quand on nous vante quasiment la stratégie de l’échec de Space X

    1. Vous avez tort de le prendre sur ce ton. Le développement du Starship vaisseau s’est fait exactement sur ce modèle du « trials & errors » et avec le Starship-vaisseau il y a eu succès finalement avec le SN15. Le problème avec les technologies nouvelles c’est qu’on ne peut pas vraiment tout prévoir et ce n’est que l’épreuve de la réalité qui peut mettre en évidence les faiblesses ou les failles.
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      Le lancement auquel nous avons assisté le 20 avril n’est pas un « échec total ». Il y a eu décollage et monté en altitude jusqu’à plus de 30 km. C’est un demi-succès.
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      Musk est un fournisseur de l’Etat américain, il n’a pas reçu de subvention, il a gagné des contrats contre une concurrence acharnée. Ce n’est pas du tout la même chose que, par exemple, Ariane V dont le développement a été financé par subventions sans aucune mise en concurrence.

      1. Sn15 15 lancements pour un succès doit on s’ébahit devant une telle approche de développement?
        Esa ou NASA les financements viennent du public et les coûts de développement sont largement plus challenge’s en Europe qu’aux USA. il y a compétition mais après les développements sont bien couverts. Il faut arrêter de considérer que Space X est un investisseur de son propre argent que NASA finance comme l’ESA pour Ariane. Quelle aurait été votre réaction s’il avait fallu 15 lancements d’Ariane V pour réussir?
        D’accord avec vous concernant l’exploitation de nouvelles technologies mais de là à justifier avant le lancement qu’un échec sera un succès il ne faut pas exagérer. Un lancement qui échoue est un échec, on apprend d’un échec mais cela reste une échec ! Demander à un joueur de foot quand il perd un match si c’est un demi succès il faut de temps en temps employer les mots réels car un échec est loin d’être déshonorant

        1. Décidément, je vois que vous ne voulez pas comprendre.
          Ce lancement S24/B7 avait pour objet d’étudier le comportement en vol du Starship-intégré. C’est tout. Cette observation permet d’affiner les structures des Starship-intégrés qui vont suivre. Elon Musk lui-même ne donnait que 50% de chances à son Starship qu’il puisse mettre en orbite son second étage.
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          En ce qui concerne la subvention, je pense que l’accès au marché via la concurrence totalement libre et ouverte met une pression très forte sur la qualité du produit offert et sur son prix. L’argent gagné par SpaceX dans ses marchés avec la NASA, est un argent propre, sans favoritisme, comme celui que reçoit tout compétiteur sur un marché ouvert à la concurrence. C’est son argent. Vous n’allez pas dire que l’argent d’un fournisseur de la Migros dispose de l’argent de la Migros!?
          .
          Il n’y a pas eu quinze lancements de Starship-vaisseau. SpaceX fait des lancements seulement quand elle estime qu’il y a des enseignements intéressants à en tirer. Et il était utile de faire ce lancement S24/B7 dès que possible pour voir comment le Starship-intégré se comportait en vol. Votre comparaison avec un joueur de foot dans un match ne tient absolument pas. Il faut comparer ce vol à un entrainement. Vous voyez la différence?

          1. Vous jouez sur les mots en parlant de Migros! Car les développeurs d’Ariane ne disposent pas de l’argent de l’ESA mais seulement d’un financement pour les couts de développement, en quoi cela diffère-t-il de Space X qui a un contrat avec NASA pour le développement et les lancements? Votre admiration de Mr Musk est légitime mais cessons d’être ébloui par ce monsieur dont la seule vision est d’être adulé! Que pensez-vous de la gestion de Twitter et des mises à pied sauvages? Du lancement d’une voiture dans l’espace? de l’appropriation de l’orbite basse avec Starlinks ? Vous moquez la comparaison des footeux et vous avez raison car c’était caricatural et provocateur, mais le fond de l »histoire est dans cette notion de 1/2 succès, votre Mr Musk ne peut que réussir alors que l’humilité serait de reconnaitre un échec simplement et d’exprimer tout ce que l’échec permet d’apprendre et de corriger. L’humilité disparait de ce monde et de vos écrits dès que Mr Musk fait quelque chose, alors que l’Europe est trop souvent moquée, vilipendée au profit de la flamboyance du capitaliste sauvage, mais l’Europe réussit aussi à faire monter le niveau des industries pas seulement dans les grands pays. L’espace n’est pas contrairement à ce que l’on veut faire croire Mr Musk, c’est aussi des centaines, des milliers d’ingénieurs de tous pays qui travaillent, regardez l’exemple récent venu d’Afrique alors cessons de glorifier Musk dont les buts restent uniquement privés et capitalistiques mais la science le parent très pauvre et expliquez-nous pourquoi le lanceur n’a pas fonctionné correctement, quel était le problème, …cela fera avancer plus que de parler de 1/2 succès

          2. A ma connaissance les développeurs d’Ariane n’ont pas été mis en concurrence avant d’obtenir leur contrat de l’ESA. Cela fait toute la différence et elle est énorme.
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            Pour le reste je ne vous répondrai pas car je me répéterais. Je note quand même un biais anticapitaliste fort qui explique bien votre détestation du personnage d’Elon Musk.
            .
            PS: Un point cependant encore puisque le sujet n’avait pas été abordé. Vous écrivez: « la science le parent très pauvre » (des actions d’Elon Musk). Je réponds: Effectivement Elon Musk n’est pas un scientifique et il ne prétend pas l’être. C’est un ingénieur et un entrepreneur et il a démontré dans ces deux secteurs ses capacités. Pour la science on peut cependant dire que si le Starship peur se poser sur Mars (et en repartir) il pourra apporter des équipements et des hommes, de vrais scientifiques, qui feront avancer la Science beaucoup plus que les missions robotiques actuelles. L’homme sur place avec ses machines serait en effet beaucoup plus efficace que les robots commandés à distance avec un décalage de temps incompressible. Souvenez vous de l’importance qu’a eu la présence et l’action du géologue Harrison Schmit sur la Lune, pour la connaissance de cet astre (même si les robots auraient pu permettre l’observation en direct sans décalage de temps, les moyens informatiques n’étaient pas encore beaucoup développés, ce qui revient au même résultat ).

  10. Ce projet porte en lui un changement révolutionnaire qui influencera notre quotidien: le prix du lancement. Tout ce qui importe est que l’échec ne soit pas suffisamment cuisant pour risquer d’interrompre l’épopée. Donc à ce stade tout va bien, même si un délai supplémentaire doit être planifié, ce qui est un processus habituel en matière de développement.

    1. Le starship oui, mais le premier étage aurait pu être plus simple en utilisant moins de moteurs et des booster qui sont peu onéreux par rapport à leur poussée. La navette spatiale les utilisait.
      Je ne comprends pas la logique de vouloir mettre autant de moteurs et donc un système aussi complexe pour un premier étage de lanceur. Autant le simplifier tout en le rendant réutilisable et se focaliser sur le starship et sa propre sécurité et fiabilité.
      Après tout c’est son argent qu’il dilapide…

        1. Il y a deux options:
          – Les réutiliser comme cela était le cas avec la navette où ils étaient récupérés.
          – Ne pas les réutiliser. Ici la question est économique car un booster est très bon marché et hyper simple techniquement en comparaison d’un moteur cryogénique hyper complexe avec des pompes cryogéniques tournant à très grande vitesse sous des grosses contraintes mécaniques et thermiques etc… Pas de pompe et très peu de pièces en mouvement dans un booster.
          La question mérite d’être posée car la simplicité déconcertante d’un booster et sa fiabilité tient la comparaison d’un premier étage hyper complexe dont chaque moteur en plus diminue la fiabilité globale de l’engin.

          1. Pourquoi pas mais il semble de plus en plus que le problème ne vient pas des 33 moteurs mais de la table de lancement et de sa résistance insuffisante à la propulsion, ce qui aurait causé des projections de matériaux qui auraient endommagé un certain nombre de moteurs.
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            Donc attendons les résultats de l’analyse de ce vol pour en tirer des conclusions.
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            Si les 33 moteurs peuvent fonctionner ensemble, du coup ce serait beaucoup plus simple que d’utiliser des boosters. Entre deux lancements du même SuperHeavy il n’y aurait plus qu’à effectuer un contrôle de celui qui revient sur site, procéder éventuellement à quelques réparations, et puis remplir à nouveau les réservoirs d’ergols pour un nouveau vol. C’est du moins l’intention d’Elon Musk.

  11. Good point:
    SpaceX has learned a lot from the first Starship launch. One of the lessons is that they can’t ditch the flame deflector from the launchpad. 17 million pounds (75 MN) of thrust destroyed the reinforced concrete floor, sending chunks of concrete at high speed hundreds of meters away, and sending sand from the crater more than 6 miles (10 km) away.

    On Earth, there is an atmosphere and a reasonable amount of gravity that limits the effects of the debris caused by the launch. Now imagine landing or taking off from a place with very low gravity and no atmosphere such as the Moon. If the small lunar lander of the Apollo program sent particles of lunar soil to orbit that impacted the orbital module, imagine what the upper stage of this monster could do when landing and taking off on an unprepared lunar surface.
    https://www.linkedin.com/posts/oscarlmartin_spacex-has-learned-a-lot-from-the-first-starship-activity-7055295259001438209-ENgC

    1. J’imagine! Mais par définition il n’y aura personne ni aucune infrastructure sur une « unprepared lunar surface ». Les dégats causés par les projections n’auraient donc aucune importance. Peut-être un avantage: elles pourraient mettre à nu, un terrain vierge qu’il serait intéressant de pouvoir examiner sans avoir à creuser pour l’atteindre.

      1. Effectivement, mais projections de roches sur de longues distances sur des habitats, infrastructures, antennes, routes, etc….
        De plus des débris qui restent « en l’air » pendant un certain temps qui pourraient gêner des vols de drones ou autres?
        A réfléchir, je pense.

        1. C’est réfléchi. Dans le cours de la mission I-MIM (voir ce blog) une des premières tâches prévues est de construire une digue autour du site d’atterrissage. Par ailleurs c’est un Starship seul, sans SuperHeavy, qui se posera et repartira de Mars, avec six moteurs au lieu de 33.

  12. Peut-être avez vous avez-vous des informations que je n’ai pas sur la protection des hommes sur la lune. Mais ce qui a été expérimenté jusqu’ici ce sont des cosmonautes dans la proche banlieue de la terre ou pour un très court séjour sur la lune. Qu’en serait-il pour une longue période sur notre satellite passée à travailler dans une relative apesanteur, avec la nostalgie de la terre et surtout bien plus exposée aux rayons cosmiques, à la moindre défaillance technique, au moindre accident? Je crains que le retour sur terre soit une épreuve. Il faut aussi opposer la recherche de connaissances scientifiques nouvelles à la création de richesse par l’exploitation de minerais lunaires. Oui, la transmission d’ordres à des robots depuis la terre demande du temps. Mais on peut pousser loin la programmation préalable, pour des manipulations répétitives et complémentaires à d’autres machines éventuellement renouvelées périodiquement. On peut rêver d’un rayon laser porteur d’informations, d’ordres pour les robots. La présence d’hommes sur la lune se refera mais il se peut aussi qu’elle révèle des dangers que nous mettrons très longtemps à contrer. Et quid de l’exploitation des grands fonds sous-marins?

    1. Merci Martin de votre commentaire mais on ne peut discuter de tout à la fois. Pour le moment il s’agit du lancement du Starship et, éventuellement, de son intérêt pour la suite de l’exploration de la Lune et de Mars.
      .
      Concernant le décalage temporel, même avec des rayons lasers vous ne surmonterez pas le fait que les ondes ne peuvent dépasser la vitesse de la lumière soit 300.000 km/s. Dans ces conditions, Mars qui évolue entre 56 et 400 millions de km de la Terre, sera toujours de 3 à 22 minutes d’un signal envoyé depuis la Terre, dans chaque sens. C’est incontournable.

  13. Oui pour mars. Pour le moment Artémis va donner certainement lieu à des projets pour un futur proche, à des suites. On va voir. C’est vrai qu’on brûle d’en savoir plus sur Mars mais l’ordre des priorités semble en cours d’établissement. On ne connaît pas bien les critères des américains ou des chinois mais on peut penser que leur réalisme les amènera à rechercher du profit. Encore une fois on ne peut que regretter l’absence de l’Europe. Cela nous fera mal si les travaux sur la lune apportent des fortunes à ceux qui ont y seront les premiers. Pourvu qu’Ariane 6 s’en sorte!

    1. @ Martin

      « Artémis va certainement donner lieu à des projets pour un futur proche » . Bel espoir, mais on aimerait bien savoir lesquels ? Le lanceur est hors de prix et de technologie dépassée, le vaisseau n’a pas les dimensions d’un véhicule interplanétaire, et aucun vol n’est financé au delà du n° 3 dont le calendrier n’a, depuis le début, aucune crédibilité.

      Objectivement, sur la base des données actuelles, il y a peu de suites à attendre d’Artémis. Sinon peut-être la reprise du nom, mais sur une base technique et managériale complètement repensée. Comme rappelé justement plus haut, voilà parfois à quoi conduit la richesse des états (et l’irresponsabilité des dirigeants politiques).

      Si espoir il y a, il viendra plutôt d’ailleurs

  14. Bravo mr Brisson me voilà étiqueté
    Anticapitaliste pour avoir critiqué le bon musk et sa volonté d’imposer l’histoire du succès dans l’explosion de starship! Vous semblez mépriser l’industrie européenne ébloui par les millions et les tweets de musk !
    J’imagine que vous roulez en tesla made in china en utilisant twitter! La conquête spatiale ne doit pas être confisquée par un homme aussi riche soit il mais tournée vers l’humanité. C’est pourquoi je reste insensible à ce succès par contre j’aime le défi de piloter ces moteurs et de vouloir exploiter un engin de telles dimensions mais ce premier vol est un échec mot qui semble interdit. Échouer c’est apprendre mais il faut l’accepter

    1. Non! Je ne conviens pas que le lancement S24/B7 soit un échec. Vous ne voulez pas comprendre mais je ne céderai pas non plus à votre obstination.
      .
      Ce n’est pas avoir l’esprit déformé par les « millions » d’Elon Musk que de constater qu’il dispose d’un lanceur, Falcon 9, beaucoup plus performant et moins couteux que l’Ariane V et de trouver que son projet de Starship est admirable.
      .
      Je me moque de la richesse des uns et des autres mais, pour sûr, je préfère toujours que la richesse soit en mains privées que dans celles des états car les états ne savent généralement pas choisir les dépenses vraiment utiles pour leurs administrés et leurs prélèvements divers n’ont pour résultat que de paralyser l’initiative privée.
      .
      Pour conclure, je ne roule pas en Tesla mais en Peugeot et je n’utilise plus Twitter.

      1. Son lanceur Falcon est incapable de mettre une charge lourde en orbite géostationnaire, on ne peut le comparer avec Ariane V

        1. Faux! le Falcon 9 peut placer 22 tonnes en orbite basse (LEO) ou 8,3 tonnes en orbite géostationnaire (GTO). Pour Ariane 5-ECA (la plus puissante), c’est 21 tonnes en LEO et 10,5 tonnes en GTO. La différence est faible. Et si on parle du Falcon Heavy, alors Ariane 5-ECA est totalement « larguée ». Je rappelle que Falcon Heavy (qui a été lancé 5 fois) peut monter 64 tonnes en LEO et 27 tonnes en GTO.

          1. 8,3 et 10,5 cela fait une très grosse différence pour un satellite géostationnaire et sa durée de vie… Ariane V est loin devant pour une orbite géostationnaire

          2. La différence n’est pas si grande et de toute façon, comme je l’ai écrit, SpaceX a la ressource de Falcon-Heavy qui a une capacité d’emport bien supérieure à celle de l’Ariane 5.

      2. Moi non plus je ne céderai pas à votre obstination même si vous ne roulez pas en Tesla. Falcon 9 beaucoup plus performant qu’Ariane V me semble très largement surdimensionné comme vocable. Depuis longtemps vous avez un déni d’Ariane dont je ne comprends pas la raison: peut-être un refus pour quelque chose de la part de Safran ou Airbus ou Arianespace ou ESA? ou un regret. Par contre je suis un peu gêné par votre préférence concernant l’appropriation des richesses par quelques mains privées que par les états ce qui conduit à un monde autocrate dont Mr Musk semble pouvoir accepter très facilement les diktats! Dommage je comprends votre admiration pour ce projet, admiration que j’éprouve pour de nombreux programmes spatiaux ayant de plus la chance de pouvoir y contribuer par mon métier (dans une entreprise européenne sans doute moins digne et performante que Space X mais qui ne pense pas qu’à asseoir la fortune de ses actionnaires ….). Merci d’avoir pris le temps de tenter de me faire changer d’avis sur la notion de 1/2 succès

        1. Ce que je reproche aux Européens en général:
          1) Avoir attendu la perte de tous leurs marchés (hors clientèle captive) pour décider de passer au récupérable/réutilisable;
          2) Avoir refusé de s’engager dans les vols habités et rester extrêmement frileux pour tous les vols habités dans l’espace profond.
          3) Avoir une organisation beaucoup trop lourde donc beaucoup trop coûteuse.
          4) Avoir sacrifié le lancement de leur mission ExoMars en 2022 pour des considérations politiques totalement hors sujet.

  15. Au vu des images ultimes avant les explosions, il semble que la fusée a tournoyé et a même replongé en perdant de l’altitude. Il est clair que le centre de gravité se déplace progressivement dans le long cylindre du Superheavy, au fur et à mesure que les réservoirs se vident, ce qui crée un bras de levier croissant et par là un début de rotation de la fusée s’il y a la moindre asymétrie dans la poussée, comme c’était le cas du fait de la défection des 6 moteurs. Il me semble que cette problématique a déjà été abordée dans ce blog…

    1. Observation très pertinente et qui montre bien l’utilité de ce lancement. Il y avait de quoi apprendre concernant la stabilité de la fusée intégrée en vol.

    2. C’est là que je ne comprends pas de n’avoir pas séparé les deux éléments et laissé le starship mettre ses moteurs en route dès que les problèmes de poussée sont apparu. Ils auraient pu tester le starship et sa procédure de mise en sécurité.
      Il semblerait que les moteurs de starship se soient mis en route avant la séparation occasionnant l’explosion de l’ensemble.

  16. Artémis signifie que l’on fait le choix de s’intéresser à la lune plutôt qu’à mars lointain et difficile et aussi plutôt qu’à des stations orbitales qui seraient plus à l’abri des radiations et plus proches. Maintenant le projet lunaire est encore dans l’avenir et donc subira bien des vicissitudes. L’avenir ne se décide pas totalement selon un plan quinquennal ou alors il faudra le modifier bien souvent. « hors de prix »: tout dépend de l’importance qu’on accorde à la conquête spatiale. Les blogs de monsieur Brisson débattent de cela et encore une fois la curiosité scientifique n’est pas le seul moteur. Elon Musk met en avant la menace des astéroïdes et elle reste réelle dans le cas d’un caillou ultra énorme et rapide. Volcans, guerres, virus, accidents scientifiques seraient moins inquiétants si de petites colonies extraterrestres humaines assuraient une survie de notre espèce. « pas les dimensions d’un véhicule interplanétaire » Ben oui, Elon Musk est pauvre! Nous aussi! Et on commence seulement la conquête spatiale! C’est vrai également qu’on aimerait connaître les ingénieurs qui travaillent pour lui, leurs pensées, leurs critères de choix autant que les manœuvres financières nécessaires . Vu que la lune pourrait être un morceau de terre arraché par Théia, on doit y trouver autre chose comme minerai que la régolite

    1. Attention Martin, le régolithe n’est pas « un » minéral, c’est du sol concassé par les impacts d’astéroïdes, gros et petits, depuis le début de son histoire (puisqu’il n’y a pas eu de tectonique des plaques). C’est donc un mélange de toutes sortes de minéraux.

  17. Oui, je connaissais. Mais l’idée est qu’en dessous il y a peut-être d’autres richesses minérales pures et plus intéressantes. A creuser!!!

    1. Martin, il faut arrêter de penser qu’on va exploiter les richesses minérales de la Lune pour fabriquer des produits qu’on va vendre sur Terre.
      .
      Le coût d’installation des usines, puis de leur utilisation, puis du transport des biens produits serait totalement prohibitif pour une commercialisation sur Terre.
      .
      La seule utilisation des minéraux lunaires ne sera possible que pour des objets utilisables sur la Lune pour les quelques personnes qui y séjourneront et parce que ces biens auraient été trop massif ou volumineux pour qu’on les importe depuis la Terre.

    2. Impossible d’importer de la Lune des matériaux rares qui manqueraient en quantité suffisante dans notre sol : « trop massif et volumineux… ». Mais avec un petit caillou qui tient dans la main il sera possible de tailler beaucoup de petites pierres introuvables sur Terre, les fixer sur des anneaux d’or terrien, puis emballer chacun de ces merveilleux objets dans une simple boîte noire avec deux petites ailes : « Oh mon chéri, tu as fait des folies !.. »

      1. Vous êtes un poète, Dominic!
        Oui, je pense qu’un bijou fait à partir d’une matière provenant de la Lune, même si elle n’a pas en soi de valeur particulière, en prendra une énorme s’il est accompagné d’un certificat d' »origine-Lune ». Ce sera un peu comme les vraies perles par rapport aux perles de culture qui je crois sont très difficiles à distinguer sauf par leurs formes pas tout à fait régulières.
        NB: Il parait que dans les années 1860/70 on offrait des bijoux en Aluminium comme s’ils étaient en or.

  18. Ce lanceur finira bien par fonctionner correctement et remplir les missions pour lesquelles il a été conçu. Cependant, Saturn V reste, un demi-siècle après le programme Apollo, le seul lanceur capable d’assurer une mission lunaire, avec un degré de fiabilité très élevé. Je reste convaincu que Wernher v. Braun et son équipe auraient développé des lanceurs encore plus puissants si la Nasa n’avait pas fait le choix de la navette spatiale et avait décidé d’installer une base lunaire permanente. Mon vieux père qui voyait , alors adoslescent, les V2 décoller de Peenemünde, me raconta qu’un jeune ingénieur de W. von Braun qui était chargé de lui donner des cours privés de mathématiques lui avait déclaré: « Un jour, nous irons sur la lune. » Une telle certitude était, pendant le terrible hiver 1944/1945, très audacieuse.

  19. Il est à souhaiter que l’humanité puisse faire des progrès, acquérir plus de puissance pour utiliser les richesses de la lune. Cela dans un futur plus ou moins lointain mais un jour. Sans cela, nous ne serons jamais une espèce interplanétaire comme le dit quelqu’un… Vous perdrez vos rêves et, à long terme pour les hommes il y aura de terribles catastrophes. Vous devez aussi noter que certains minéraux vont manquer, être sur terre en quantité insuffisante pour alimenter une industrie fabriquant des fusées de grande taille, susceptibles de nous emmener loin, de nous éviter de nous entretuer sur notre petite terre. (Je renvoie à l’expérience des rats en surpeuplement)

    1. Mais non Martin. Il sera toujours plus économique d’apporter de la Terre les équipements sophistiqués dont on aura besoin sur la Lune (pour ce qui est très massif et volumineux ce sera different). On pourra en effet y aller et en revenir quand on voudra, comme on fait avec la Station spatiale internationale. Par ailleurs les conditions de vie sur la Lune seront très dures pour l’homme (nuits de 14 heures, radiations sans filtre atmosphérique, gravité très faible car moitié moins que sur Mars). La Lune ce sera comme l’Antarctique; on y fera des séjours courts.
      .
      Sur Mars au contraire, on sera obligés de rechercher l’autonomie à cause du temps du voyage et de la contrainte des fenêtres de lancements (tous les 26 mois).

  20. Cette discussion est très intéressante. Mais elle est ouverte et l’avenir décidera en fonction de ce qu’on trouvera sur la lune et des possibilités d’automatisation. Je vois la lune comme une étape sur le chemin de mars. Non pas comme une gare intermédiaire mais comme un moyen d’augmenter nos moyens industriels. Elle sera une contrainte à créer des connaissances nouvelles. Déjà la terre manque de certains métaux et terres rares. La lune sera un moyen d’accroître suffisamment nos ressources pour fabriquer des engins plus grands, des installations plus sécurisées, d’apprendre et de créer sur de meilleures conditions de vie dans l’espace. Il faut donc y trouver des minerais. Parce que rapatrier des victimes d’une catastrophe sur mars sera bien plus long que depuis la lune. On a aussi parlé aux US de délocaliser des industries lourdes pour limiter au plus vite la pollution sur la terre. Elle tue déjà beaucoup et cela va empirer. Mars a un gros intérêt mais s’intéresser de plus près à la lune est plus économique pour le moment et nous fera un voyage vers mars (voire les astéroïdes riches en minerai) plus sécurisé. La colonisation de mars, oui mais après un délai. Il me semble qu’il vaut mieux apprendre le maximum sur la lune et y augmenter nos moyens au lieu de passer très vite sur mars sans avoir une bonne connaissance de la lune. Elle est plus proche, moins confortable que mars mais elle nous obligera à mieux connaître un espace très hostile. « Sur Mars, on sera obligés de rechercher l’autonomie », autant le faire avec davantage de connaissances préalables. En conclusion les faits trancheront. Il serait intéressant de savoir ce que pensent sur tout cela les ingénieurs américains et chinois. Et aussi les gros ensembles spatiaux sont assemblés dans l’espace. Des « morceaux » pourront provenir de la lune, d’autres de la terre en fonction des meilleurs choix

    1. Désolé Martin mais je ne vous suis pas du tout dans cette voie, comme expliqué précédemment.
      Ce n’est pas demain qu’on va créer une industrie lourde sur la Lune (sidérurgie, etc…). Il faut être réaliste!

  21. Un des problèmes avec la lune c’est que la lumière met 8 minutes et 20s, c’est approx le temps qu’ont les astronautes pour se mettre à l’abri en cas d’éruption solaire pour ne pas être irradié à mort ! Lors des missions lunaires Appollo, les astronautes savaient que si durant la mission il se produisait une éruption solaire, ni le vaisseau, ni le Lem ni leur combinaison ne les protègeraient.
    Je ne sais pas comment ils ont prévu de résoudre ce risque avec les futures missions et en particuliers lors que les astronautes seront en exploration sur la surface lunaire.

    1. Effectivement les astronautes seront exposés à ce risque. C’est pour cela et aussi pour les autres inconvénients (alternance jour/nuit de 14 de nos jours, gravité de 1/6ème de celle qu’on a sur Terre) qu’il serait plus approprié de commander des robots explorateurs depuis la Terre, en direct puisqu’il n’y a qu’un peu plus de 1 seconde de décalage temporel entre la Terre et la face visible de la Lune. Sur la face cachée, ce sera un peu différent car la Lune n’ayant pas d’orbite géostationnaire, on sera obligé de passer par le point de Lagrange du système Terre/Lune L2 (61.000 km de la Lune) en passant par le relai L4 ou L5 (400.000 km de la Terre…et de L2). On aura donc environ 3 secondes de décalage temporel. C’est ennuyeux pour une commande en direct mais pas rédhibitoire.
      .
      Pour le reste, il faudra faire ses excursions (EVA) de préférence pendant le bas du cycle d’activité solaire. Comme on circulera en rover pressurisé et il faudra simplement veiller à ce que la réserve d’eau potable (ou « usée » et recyclable) soit placée au-dessus de l’habitat (une quarantaine de cm d’épaisseur suffirait pour bloquer les protons du rayonnement solaire). NB: Ce qui compte ce n’est pas la puissance du rayonnement solaire mais son intensité (elle est surmultipliée lors des éruptions solaires).
      Si on s’installe quelque part plus durablement (forage ou autres), ou si on se déplace en hopper, on pourra aussi prévoir un abri en « dur » avec une couche protectrice de régolithe (1 mètre donnerait déjà une bonne protection) ou repérer avant de se rendre sur place, une cavité dans laquelle on pourrait se réfugier. De toute façon il le faudrait pour des raisons de sécurité relatives à d’autres risques.

  22. @M.C. tout à fait d’accord. Eruption solaire ou simples rayons cosmiques. Comment se protéger? Vivre dans un tunnel le plus souvent suffirait-il? Ou inventera -t-on une substance imperméable aux rayons? eau? hydrogène? ou autre chose? La question est encore plus grave sur mars où il faudrait rester plus longtemps. D’où l’intérêt de faire faire le maximum de travail à des machines automatisées, les hommes n’étant là que pour affiner les ouvrages et la maintenance

    1. Martin, les radiations reçues du Soleil ou les radiations cosmiques ne présentent pas du tout le même risque. C’est connu. Le problème des radiations solaires (SeP pour Solar energetic Particles, quasi exclusivement des protons) c’est leur intensité lors des éruptions solaires (SPE pour Solar Particle Event). Les radiations galactiques (GCR pour Galactic Cosmic Rays) sont moins dangereuses en intensité car elles sont constantes mais elles comportent de rares radiations de noyaux lourds (HZE) qui sont dommageables et sur la durée peuvent ne plus être supportables car leur force est telle qu’on ne peut pas s’en protéger.
      .
      J’ai écrit plusieurs articles sur le sujet, retrouvez les dans mon index.

  23. Oui, il y a une diversité des rayons. Mais la vie sur terre est possible quoique les noyaux lourds existent. On a très peur des éruptions solaires pour les telecoms et jusqu’ici ça va. Il faut se pencher sur ce qui pose les plus gros problèmes pour les cosmonautes notamment ce qui cause des cancers. La gravité faible est aussi un souci que ce soit dans les stations spatiales ou sur la lune. Toutes les solutions proposées (force centrifuge, H2, eau…) attendent leur mise à l’épreuve.

    1. Non Martin, les rayons cosmiques HZE sont détruits par l’atmosphère terrestre. Il faut se renseigner et ne pas tout mélanger.

  24. Désolé de poser une question peut-être naïve, mais je n’ai pas compris pourquoi on aura besoin d’une fusée aussi grosse que le Starship HLS pour atterrir sur la Lune et en décoller, alors que le module lunaire des missions Apollo était bien plus petit.

    1. Merci de votre commentaire. Pour moi, vous ne posez pas une question naïve mais essentielle. En fait je consacre à la réponse un article qui sera publié le 5 mai. Donc je préfère ne pas déflorer le sujet. Mais j’espère que vous me lirez.

        1. N’est-ce pas? Le problème avec les articles de blog c’est qu’on ne peut pas se permettre d’être trop long si l’on veut être lu!
          Merci de votre compréhension.

          1. Comme il faudrait un mois au moins pour lire un seul numéro du Temps du premier au dernier mot et que résumer les articles de Monsieur Brisson serait sacrilège, tant ils sont passionnants, faute de temps j’ai malgré tout dû me résoudre à résumer celui-ci. Voici ce qui ressort du texte réduit à 10%:

            « 20 avril 2023 Pierre Brisson Non classé

            Les spectateurs retenaient leur souffle et quand, au décompte T+0, la fusée s’est élancée, on y a cru. L’espoir a duré 02:40 minutes car, juste avant la séparation du lanceur SuperHeavy d’avec le vaisseau spatial Starship qui devait intervenir à T+3 m, on a vu que quelques chose n’allait pas. L’ensemble a commencé à faseiller, puis, déstabilisé, il a perdu sa direction, a perdu de l’altitude et a explosé. On était à T+4 m.
            Voir en fin d’article, une mise à jour du 22 avril.
            C’est évidemment une déception mais Elon Musk nous avait prévenu, il n’y avait que 50% de chances que le lancement réussisse. Par ailleurs SpaceX avait également déclaré que le but était de recueillir autant de données qu’il était possible avec ce premier lancement d’un Starship pleinement intégré .
            Il est vrai que le lanceur SuperHeavy n’avait jamais volé. Une seule mise à feu statique avait pu être accomplie avec succès le 11 février de cette année.

            PS: mise à jour du 22 avril

            On dit de plus en plus que le non fonctionnement de quelques moteurs s’expliquent par la destruction de la table de lancement lors de l’impulsion de départ.  »

            En affaires, ne dit-on pas « soyez bref »?

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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