EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

La Station Spatiale Internationale (« ISS ») vit ses dernières années. Actuellement il est prévu du côté américain qu’elle soit désorbitée en janvier 2031. Les Russes, eux, parlent maintenant de 2024 après avoir envisagé 2028 (c’était avant la guerre). Il faut se rappeler que les premiers éléments de la Station ont été lancés en 1998. Elle n’aura donc « vécu » que trente ans. Mais il faut comprendre aussi que les conceptions et les technologies évoluent et qu’au bout d’un moment il est plus efficace et moins coûteux d’arrêter d’entretenir et de réparer, pour construire à nouveau.

Avant de recommencer, on peut se poser la question de l’utilité de telles stations. A la Mars Society, on a toujours considéré que l’ISS avait été plus un obstacle à l’exploration spatiale par vols habités, qu’une facilitation. Robert Zubrin, fondateur de l’association aux Etats-Unis, disait en 1998 lors de sa création : « If we want to go to Mars, let’s do it, directly ». Il est vrai que tout ce qu’on a appris à faire dans la Station, on aurait pu l’apprendre dans les vaisseaux spatiaux, au cours de voyages vers la Lune (pour commencer) ou en surface de la Lune dans des habitats plus vastes qu’en orbite dans l’espace proche, en utilisant un minimum de ressources locales ne serait-ce que le régolithe pour protéger nos astronautes des radiations et en leur faisant bénéficier d’une gravité certes faible mais moins invalidante que l’apesanteur là où évolue aujourd’hui l’ISS. L’avantage aurait été qu’on eut pu faire en même temps « autre chose », c’est-à-dire de la planétologie sur la Lune et y utiliser des instruments en préparation à l’exploration qu’on aurait pu ensuite faire sur Mars.

Quoi qu’il en soit, le « plis » est pris et on continuera à construire et à vivre dans des stations. On y mènera diverses expériences scientifiques utilisant l’apesanteur (cristallisation par exemple) ou étudiant le comportement du corps humain dans ce contexte, jusqu’à ce qu’on ait vraiment compris qu’il faut absolument restituer une gravité minimum pour que ce corps puisse se maintenir en bonne santé. A partir de ce moment, on construira d’autres stations, cette fois-ci en rotation sur elle-même ou en couple avec une autre, comme celles imaginées dans les années 70 par Gerard O’Neill (cylindres ou tores). Mais ces stations de troisième génération seront plus que des lieux d’expérimentations, elles deviendront des lieux de vie pour des populations qui auront « à faire » dans l’espace ou bien qui auront choisi de travailler ou de passer leur temps dans ces endroits merveilleux puisque leur environnement sera contrôlable, plutôt que de rester sur une Terre appauvrie et dangereuse.

Pour le moment considérons l’époque où nous sommes, c’est-à-dire à l’aube de ces nouvelles stations de deuxième génération (après MIR et l’ISS, les stations russes Saliout précédant MIR n’étant que des préparations à MIR). Plusieurs pays en envisagent, en plus de la Chine qui vient de construire puis de commencer à utiliser la sienne, nommée « Tiangong ». Il y a aussi la Russie qui a repris toute son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis dans le domaine spatial et qui envisage pour l’affirmer, une station séparée, nommée « ROSS ». En août 22 les Russes projetaient deux phases pour ROSS, la première entre 2025 et 30, la seconde avant 2035. Bien sûr une telle entreprise coûte cher mais les Russes ont le savoir-faire (plus que pour les missions hors de l’orbite terrestre!) et les questions de coût sont relatives dans les pays autoritaires. Les Indiens, toujours présents quand on parle de spatial, veulent aussi leur station. Mais comme c’est la plus récente et la moins qualifiée des puissances spatiales, on attendra de voir.

Les Etats-Unis veulent donc continuer et ils le feront avec un programme nommé « Starlab ». Ils souhaitent certainement embarquer avec eux les partenaires qui leur restent, c’est à dire l’ESA, le Canada et le Japon. Le Canada et le Japon ne disposent pas de moyens financiers pour faire cavalier seul et l’ESA ne le peut pas et ne le veut pas puisqu’elle n’a plus de lanceur propre. On attend toujours la preuve d’Ariane 6 (son lancement) et cette fusée ne sera pas un lanceur vraiment lourd, comparé par exemple au Falcon Heavy de SpaceX. De toute façon, l’ESA a toujours considéré que les vols habités étaient périphériques par rapport à ses deux activités spatiales principales : mises en orbite de satellites terrestres commerciaux ou scientifiques et envois de missions scientifiques robotiques dans l’espace profond.

Ceci dit les compétences européennes sont intéressantes, techniquement à moins que ce soit politiquement, pour les Etats-Unis et elles ont ainsi des chances de continuer à être utilisées. Cela a été le module Columbus et la plateforme de chargement Bartolomeo construits par Airbus via L’ESA pour l’ISS. Cela a été l’ATV construit par ArianeGroup encore via l’ESA pour approvisionner l’ISS en équipements ou en consommables (et ensuite pour servir de poubelle à cette même ISS). Cela a été l’EMS (European Module Service) toujours via l’ESA, ce module constituant l’adjonction fonctionnelle indispensable à la capsule Orion (en fait le 3ème étage de la fusée SLS). Et cela pourrait continuer dans le cadre du programme Starlab puisque la société Voyager Space a choisi Airbus comme partenaire dans ce projet lancé par la NASA, pour en réaliser le module habitat (en remplacement de Lockheed Martin écarté après l’implosion du sous-marin Titan au-dessus de l’épave du Titanic car la société voulait utiliser un module gonflable que le PDG de Voyager Space considère, par analogie avec ce Titan, comme trop dangereux). Le contrat n’est pas encore attribué ; il le sera en 2025 ou 26 mais Voyager Space et l’un des trois candidats « shortlistés » par la NASA sur le plan financier et elle a reçu la plus grosse dotation pour continuer son étude. Les autres sociétés bénéficiant d’un financement de la NASA sont Blue Origin (Jeff Bezos) et Northrop Grumman. A noter que des sociétés non financées comme Axiom, SpaceX ou Vast pourront toujours présenter leur candidature car l’appel d’offres leur reste ouvert*. Bien que moins bien placées, leurs chances ne sont pas nulles car elles ont des compétences pour avoir travaillé toutes trois sérieusement sur des projets propres de station spatiale depuis déjà quelque temps. Voir notamment l’accord signé entre la NASA et SpaceX le 1er Septembre 2023 (ci-dessous).

*Le 15 juin, la NASA a publié le nom des 7 sociétés qu’elle a choisies dans le cadre de sa « Collaborations for Commercial Space Capabilities-2 initiative (CCSC-2) », pour  bénéficier de son expertise technique (sans financement). Il s’agit de Blue Origin, Northrop Grumman, Sierra Space, Special Aerospace Services, ThinkOrbital Inc., Vast Space LLC et SpaceX. A noter que la conception puis la construction d’une nouvelle station spatiale n’est qu’une partie de ce que la NASA est prête à entreprendre avec ces sociétés dans le domaine « commercial ».

Il est certain cependant que cette situation de fournisseur ou de sous-traitant ne permet pas d’initiative conceptuelle de la part des Européens (ils doivent faire aux Américains des propositions que ceux-ci doivent considérer acceptables…et préférer à d’autres en concurrence). Et il est étonnant/regrettable qu’ils se contentent de cette position. Imaginons que finalement ce soit un concurrent de Voyager Space qui remporte le contrat de Starlab. Il ne resterait alors rien à l’Europe pour envoyer dans l’espace, sauf le module EMS de la mission Artemis. Mais que pèserait ce module si le Starship peut voler ? A ce moment je parierais que ni le SLS ni son EMS n’étant plus d’aucune utilité, la NASA réviserait ses plans pour les missions Artemis non encore engagées et opterait pour la solution la plus simple (sans transbordement en orbite lunaire), donc pour le Starship. Reste finalement la possibilité que la NASA veuille garder l’ESA sous son emprise et qu’elle trouve un moyen de faire réaliser par cette dernière quelques travaux qui seront intéressants pour elle et donneront à l’ESA l’impression de rester, quoique dans de mauvaises conditions, un partenaire « à la hauteur ».

Il semble qu’en astronautique l’ESA soit engluée dans des problèmes décisionnels insurmontables : On se réunit entre membres, on fait des déclarations, on étudie et finalement rien ne se passe car rien ne se décide. L’organisation européenne fait preuve d’un manque criant d’audace et de volonté de porter jusqu’au bout des idées innovantes. Peut-être parce qu’il est difficile de décider quand on est trop nombreux ; que pour obtenir un consensus on est obligé de se contenter du plus petit commun dénominateur ? Mais sûrement aussi parce que par principe les vols habités ne « passent » toujours pas comme une activité sérieuse auprès des scientifiques et des dirigeants de l’institution.

Illustration de titre: La future station Starlab avec son module habitable rigide et son bras articulé canadien (une spécialité!). Crédit Starlab/NASA.

liens:

https://arstechnica.com/space/2023/08/trans-atlantic-joint-venture-aims-to-build-new-international-space-station/

https://saf-astronomie.fr/les-stations-spatiales-passees-presentes-et-futures/

https://www.usinenouvelle.com/article/coup-de-bluff-ou-projet-reel-la-russie-devoile-sa-future-station-spatiale.N2034652

https://www.nasa.gov/press-release/seven-us-companies-collaborate-with-nasa-to-advance-space-capabilities

https://www.nasa.gov/saa/domestic/38918_SpaceX_CCSC2_SAA-UA-23-38918_Baseline_signed.pdf

Réunion de la Mars Society Switzerland

Je vous rappelle que j’organise le 18 octobre entre 16h00 et 18h00, à Neuchâtel, une réunion de l’association Mars Society Switzerland. A cette occasion nous avons ouvert la porte aux lecteurs de ce blog en les invitant à se joindre aux membres après que nous aurons traité les sujets relatifs à l’association, soit à partir de 16h45 (précise). Il n’y a pas obligation d’adhésion.

Ce sera l’occasion d’écouter une présentation sur l’étude de faisabilité d’un dirigeable dans l’atmosphère martienne, avec les étudiants de l’EPFL qui ont effectué cette étude l’an dernier, sous le contrôle de Claude Nicollier et de moi-même. Ce sera l’occasion de discuter de ce sujet et aussi d’échanger de façon générale sur les questions d' »exploration spatiale » (au sens de ce blog) qui vous intéressent.

Si vous voulez participer, il est important de me le dire dans les jours qui viennent. En effet il nous faut estimer cette semaine le nombre de ceux qui seront présents physiquement afin de réserver la salle de réunion adéquate. Merci de votre compréhension.

Adresse mail: mars.society.switz @ gmail.com

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Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur l’index ci-dessous qui reprend l’intégralité des articles publiés dans le cadre de la plateforme letemps.ch :

Index L’appel de Mars 23 08 22

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26 réponses

  1. Une coopération entre sociétés privées du monde libre plutôt que des agences, non?
    Zubrin n’aime pas l’ISS parce que cela le prive de fonds pour Mars. Les astronomes n’aiment pas l’ISS parce qu’il n’y a pas de télescopes à bord. Pourtant, en 23 ans que d’expériences scientifiques !
    Et surtout, avoir incité des sociétés privées de faire le travail à la place des agences, ainsi être moins coûteux aux contribuables des participants. Zubrin et les astronomes devraient s’en réjouir, non?
    Je pense que ce qui motive à la création d’une société privée spatiale, c’est souvent une seule idée, mais une idée qui rassemble. Le tout c’est que l’ESA lui donne ce qui est nécessaire pour se lancer.

    1. Merci pour votre commentaire mais vous ne répondez pas à l’objection principale que je fais sur l’intérêt qu’on aurait eu à aller sur la Lune plutôt qu’à perdre notre temps à tourner en rond autour de la Terre. En allant sur la Lune, nous aurions pu faire les mêmes expériences qu’autour de la Terre pendant le voyage Terre Lune ou en restant dans une double orbite Terre Lune (hypothèse navette Terre-Lune). Et en descendant sur le sol lunaire nous aurions pu faire une quantité d’observations, de tests et d’expériences complémentaires. De ce point de vue l’ISS a été un énorme gâchis et une somme d’opportunités manquées.
      .
      Quant au rôle des agences par rapport aux sociétés privées, à mon avis il faut les deux mais en fonctionnant « à l’américaine » (depuis Obama) dans une coopération qui laisse aux partenaires une très large autonomie selon un principe de subsidiarité, y compris conceptuelle. Autrement dit ne faire que ce que les autres ne peuvent pas faire.

  2. Pierre,
    Le souci est (en partie) que l’Europe est tres divisée avec une 30aine de pays qui sont en désaccords sur de nombreux points, et dont le financement de la recherche spatiale est difficile (dettes des pays).
    Je veux souligner que vous avez « omis » de mettre le lien de ESA: https://vision.esa.int/

    Les autres nations peuvent se permettre de financer facilement des grands projets car gouvernements « autoritaires » ou se basant sur la dette que nous financons tous (USD) avec plus de 35’000 milliards (the sky is the limit)! 🙂

    https://www.linkedin.com/posts/james-w-stuff_economy-markets-finance-activity-7110028213761822720-HFQn

        1. Certes la dette japonaise est très importante mais cela dure depuis des années (crise de 1990) et elle est stabilisée. Par ailleurs il n’y a pratiquement que les Japonais qui détiennent de la dette japonaise.

          1. Oui Pierre, comme je l’ai mentionné. Cependant, les moyens ne sont pas comparables à la situation monétaire et politique de l’Europe, qui ne peut pas « régater ».

  3. La coopération Europe-USA concrétise un état de fait: beaucoup de scientifiques européens rêvent de travailler aux US. . C’est pour l’argent direz-vous! Et aussi pour côtoyer le grand nombre de spécialistes des USA. Faut-il vraiment dire hélas? L’éclatant succès du James Webb montre quand même que les moments de faiblesse de l’un peuvent parfois être compensés par l’autre. Et ne désespérez pas trop vite de l’Europe, même si elle ne va pas toujours dans le sens que vous et moi souhaiterions. Ariane bouge encore : https://www.youtube.com/watch?v=wxpBA27iSnU
    Et c’est complexe. Il y a un certain nombre de vidéos à propos de cette fusée sur youtube. Vu qu’on a moins d’argent que les Américains il faut se fixer des buts utiles et précis. Mais là, ils ne nous font pas suffisamment rêver: Ariane 6 ne semble pas penser Lune ou Mars mais surtout lancement de satellites. Cela fait gagner de l’argent bien sûr, mais cela ne donne pas à l’Europe une fierté d’elle-même, ni un sentiment d’unité. Cela dit, coopérer n’est pas infamant même si c’est une union boiteuse. C’est à l’image du politique: mêmes idéaux de liberté mais moyens différents, résultats lents mais assez réels (du moins pour le moment comme en Ukraine). Et pouvez-vous affirmer que certains ingénieurs européens n’ont pas des idées interplanétaires? Tintin était bien européen! La station spatiale doit avoir un intérêt, ces gens qui s’y obstinent ne veulent pas mettre la charrue avant les bœufs: il faut étudier le matériel et surtout le corps humain dans des conditions un peu protégées des radiations avant de prendre plus de risques, apprendre par étapes. Et il reste beaucoup à faire. Je finis de contrarier le sommeil: [ » les neutrinos effectuent leur trajet en 60 nanosecondes de moins que ne le ferait la lumière pour la même distance dans le vide »! et ils ont une masse]

    1. Ariane bouge encore mais elle reste totalement virtuelle et ce ne sera pas un lanceur lourd, si elle existe un jour.
      .
      Coopérer n’est pas infamant mais si on est sous-traitant ou fournisseur, on est obligé de faire ce qu’on nous demande de faire.
      .
      Il y a beaucoup d’Européens qui souhaiteraient une politique spatiale plus dynamique notamment dans le domaine des vols habités. Malheureusement les habitants de l’Europe n’en sont pas les gouvernants (la démocratie est, dans nombre d’états, plus virtuelle que réelle).

  4. Vous écrivez :
    « Mais ces stations de troisième génération seront plus que des lieux d’expérimentations, elles deviendront des lieux de vie pour des populations qui auront « à faire » dans l’espace ou bien qui auront choisi de travailler ou de passer leur temps dans ces endroits merveilleux puisque leur environnement sera contrôlable, plutôt que de rester sur une Terre appauvrie et dangereuse. »

    Je n’ai pas compris en quoi l’environnement d’une station sera plus contrôlable, moins pauvre et moins dangereux que sur Terre. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

    1. L’environnement d’une station sera « contrôlable » parce que par définition il sera peu important en volume et en masse par rapport à une planète, et il aura été construit. On pourra donc, lors de la construction, prévoir les modalités d’entretien et de remplacement des modules défaillants.
      .
      Terre « appauvrie et dangereuse », car il est plus facile de surveiller l’apparition de déséquilibres dans une petite population que dans une population de plusieurs milliards d’habitants répartis, inégalement, sur une surface importante. A l’intérieur d’une base spatiale, les dimensions seront réduites et la population limitée. Et oui, la grande pauvreté (par exemple en Afrique contemporaine du fait de l’explosion démographique) génère la misère et la violence donc le danger.

  5. L’ISS aurait eu un grand intérêt, celui de tester l’effet de gravités différentes en disposant d’une « centrifugeuse » (module en rotation autour de l’axe central de la station). Je ne comprends vraiment pas pourquoi cela n’a pas été fait et ne semble même pas encore envisagé dans les stations de la prochaine génération. L’intérêt de celles-ci me semble donc limité et ne pas nécessiter des assemblages de grande dimension en orbite terrestre basse (OTB) pour les expériences que l’on peut vouloir y réaliser. Pour le reste, comme le relève Monsieur Brisson, nous disposons déjà en orbite autour de la Terre d’une « station » de grande dimension offrant des conditions plus favorables et intéressantes qu’une station artificielle en OTB, … à savoir la Lune! Concentrons donc maintenant les efforts sur celle-ci, y compris en Europe qui ne doit absolument plus se contenter de strapontins dans ce domaine!

  6. c est vrai que du cote de l ESA c est pas « top » : esperons que cela change.
    Pour ma part je pense que SPACE X est le mieux place maintenant : je pense meme que le vaisseau destine a la planete MARS pourrait servir de station spatiale lorsqu il est au garage c est a dire en orbite autour de la Terre entre deux missions.

  7. En 1998, certains ont peut-être considéré que l’ISS était un obstacle à l’exploration spatiale par vols habités, et que « si l’on veut aller sur Mars, faisons-le directement », mais la suite ne leur a pas donné raison.

    D’abord par ce qu’on ne pouvait pas à l’époque imaginer sérieusement d’aller sur Mars, faute de moteurs appropriés (que l’on n’a du reste toujours pas, quoiqu’on dise). Et qu’il nous manquait l’expérience des longs séjours en microgravité, que l’ISS a justement apportée.

    L’ISS a au contraire sauvé les vols habités. Sans elle, avec la fin d’Apollo, ils s’arrêtaient pour un demi-siècle faute d’application. C’était même en réalité sa principale justification.

    1. Je ne suis pas totalement d’accord. D’une part, il y avait bel et bien à la fin des années 60/début des années 70 des applications plus intéressantes à envisager que celles qu’a permis l’ISS, sur la Lune précisément, le programme Apollo ayant démontré que celle-ci nous était devenue accessible. Ce que nous aurions pu apprendre d’un programme lunaire plus ambitieux aurait précisément permis d’accélérer la possibilité d’aller ensuite vers Mars. Pourquoi d’ailleurs prétendre que nous ne disposons pas des moteurs nécessaires? A la fin du programme Apollo déjà le programme NERVA de la NASA était à bout touchant et c’est précisément parce qu’on a renoncé alors à faire plus que des « ronds en orbite basse » que celui-ci a été abruptement stoppé car n’étant plus vraiment utile. Sinon, il y a longtemps que l’on disposerait des moteurs-fusées nucléaires permettant de mettre sur pied dans de bonnes conditions des missions martiennes.

      1. Nous sommes d’accord. A la fin du programme Apollo, il y avait des applications humaines dans l’espace plus intéressantes que l’ISS. Mais à tort ou à raison, l’administration américaine a annulé les derniers vols Apollo et tous les autres projets planétaires habités qui devaient suivre, les considérant sans objet après Apollo 11. Von Braun qui en était le promoteur a été mis dans un placard, et l’ISS a été la bouée de sauvetage des vols habités.

        Pour ce qui est des moteurs, l’annulation du programme NERVA – synchrone de celles citées précédemment – est en effet regrettable. Mais elle est un fait. Or il est improbable qu’un gouvernement démocratique laisse aujourd’hui partir des équipages pour des missions de 2 ans sans soutien médical quand il suffirait d’attente quelques décennies pour disposer de moteurs nucléaires qui contournent cet obstacle (les Chinois y sont peut-être plus disposés). Il nous faut donc de tels moteurs, ou en tout cas des moteurs plus performants que les substituts chimiques actuels.

        1. « ISS a été la bouée de sauvetage des vols habités », c’est juste, et on pourrait ajouter la navette spatiale, qui lui été liée, et dont le bilan est plutôt mitigé, cet « engin à tout faire » qui devait ouvrir un accès économique à l’espace n’ayant jamais tenu les promesses et espoirs qui avaient été mis en lui. Cela rappelle d’ailleurs assez l’histoire du Starship, de conception similaire (un engin censé être « à tout faire » et économique à l’exploitation, mais très monolithique et peu flexible/adaptable, et dont on peut douter qu’il remplira toutes ses promesses). Espérons que l’on n’est pas ainsi parti aux Etats-Unis dans une nouvelle impasse qui au total « figera » les développements dans le domaine des missions spatiales habitées dans une approche non optimale et au final retardatrice.

          1. @Pierre-André Haldi. Je ne comprends pas votre remarque concernant le Starship: « mais très monolithique et peu flexible/adaptable, et dont on peut douter qu’il remplira toutes ses promesses ».

            Le Starship a pour but d’amener de la charge utile en orbite basse, le reste n’est que de la pub pour faire rêver les fans de SpaceX, mais pour l’envoi de charges en orbite terrestre, je pense que le Staship va remplir ses promesses: même si on n’envoie que 90 ou 80% des 100 tonnes de charge utile espérée, cela restera supérieure à tout ce qui est disponible sur le marché depuis la Saturne V

          2. @Cerat: « le reste n’est que de la pub pour faire rêver les fans de Space », ça c’est votre opinion mais pas officiellement celle de SpaceX ni de beaucoup de passionnés de l’espace à commencer par l’auteur de ce blog. Mais, en effet, j’ai pour ma part comme bien d’autres de sérieux doutes sur les promesses faites à propos de ce nouveau prétendu « couteau suisse spatial » (mis à part la mise en orbite terrestre basse de charges lourdes à un coût raisonnable, mais cela n’était censé être qu’un « objectif annexe »). Sa conception me semble erronée à la base et risquant de conduire aux même désillusions que la navette spatiale qui avait été « vendue » avec le même type d’arguments (heureusement pour la navette qu’il y a au moins eu la construction de l’ISS qui a quand même permis de « rentabiliser » et justifier un peu ce coûteux programme).

  8. Intéressant de savoir quelles seront les résultats des analyses.

    Après sept ans dans l’espace, Osiris-Rex rapporte des morceaux d’histoire de notre univers
    Lancée en 2016, la sonde Osiris-Rex fera son retour vers la Terre dimanche. Cette dernière laissera tomber une cargaison d’échantillons prélevés sur l’astéroïde Bennu, ce qui devrait nous apporter des informations sur le début de l’univers.

    https://www.letemps.ch/sciences/apres-sept-ans-dans-l-espace-osiris-rex-rapporte-des-morceaux-d-histoire-de-notre-univers

  9. Cette idée que l’on puisse faire des vols habités de plusieurs mois sans passer par la case station orbitale est du niveau discussion de bistrot. Faire vivre dans un espace totalement clos, en microgravité pendant des mois n’est pas n’est pas une sinécure. Savez-vous quel est le principal problème? les champignons. Car l’ambiance d’une station orbitale est tropicale. Les problèmes physiologiques méritent la plus grande attention. Avant d’envoyer des hommes dans l’ISS, l’ESA a fait réaliser des expérimentations sur MIR. Je suis assez bien placé pour en parler.

    1. Non Monsieur « Gwaskell » nous ne sommes pas ici au niveau des « discussions de bistrot ». Vous êtes gratuitement désobligeant.
      .
      Pour ce qui est des champignons, merci mais j’avais déjà remarqué que leur prolifération posait un problème. Il y a d’ailleurs un article à ce sujet dans mon blog.
      .
      Il est sans doute présomptueux de vouloir mener des missions habitées vers Mars sans préparation au moins vers la Lune. Mais rien n’obligeait les Américains à se contenter d’aller et venir d’une station spatiale en LEO pendant tant d’années. Je persiste à penser et à dire qu’il est plus que regrettable d’avoir abandonner les missions lunaires en 1972 avec Apollo 17 et que nous aurions pu apprendre d’avantage en continuant à aller sur la Lune (voyage et surface) plutôt qu’en tournant dans l’ISS.
      .
      Puisque vous êtes « bien placé », dites nous à quel titre.

      1. J’ai pris une part significative dans le développement et l’intégration d’un système complexe destiné à des expérimentations sur l’évolution physiologique humaine avec la participation de cosmonautes Russe sur MIR.
        Pour le reste, je ne participerai pas à des discussions avec des personnes qui affirment gratuitement que l’expérience acquise dans les stations orbitales n’est pas nécessaire, voire nuisible pour l’exploration spatiale, tant ces affirmations sont péremptoires.

        1. Je n’ai jamais dit que « l’expérience acquise dans les stations orbitales n’est pas nécessaire, voire nuisible pour l’exploration spatiale » ! J’ai écrit que nous aurions autant et même davantage appris avec des vols vers et des séjours sur la Lune et que nous avons donc perdu du temps en exploitant trop longtemps cette station ISS sans tenter de passer plus tôt à autre chose (comme nous le faisons maintenant avec Artemis). Nous aurions pu gagner du temps en ne passant pas par la phase ISS et en continuant à effectuer des missions lunaires dans la ligne d’Apollo. Ce n’est pas pour autant que nous n’avons rien appris dans l’ISS mais c’est faute de mieux et très probablement moins que ce que nous aurions pu apprendre. Pour un ingénieur, vous n’avez pas le sens des nuances ni de la précision…ni d’ailleurs celui de la discussion puisque vous la rompez si vous n’êtes pas d’accord.
          .
          Une réponse plus constructive aurait été de dire pourquoi vous pensez qu’une station spatiale est une base plus intéressante pour apprendre à vivre dans l’espace qu’une fusée en route vers la Lune ou éventuellement une navette (un « cycler ») qui orbiterait autour de la Lune et de la Terre, avec montée de la Terre vers le cycler et descente du cycler vers la Lune.

    2. @Gwaskell: C’est de prétendre le passage par la case grande station spatiale en orbite terrestre basse obligatoire pour préparer des vols habités vers l’espace profond qui est du niveau « discussion de bistrot »! Ni la taille, ni la structure, ni l’organisation de telles stations ne sont comparables à ce que seront les futurs vaisseaux spatiaux conçus pour de telles missions. Par ailleurs, en ce qui concerne les radiations, ces stations restent protégées par la magnétosphère terrestre. Enfin, il aurait été plus utile de chercher, comme je l’ai évoqué plus haut, à contourner les problèmes posés par de longs séjour en micro-gravité plutôt que de faire de grandes études sur leurs effets délétères pour la santé humaine. Bref, l’utilité de telles stations pour préparer ces futures missions spatiales au long cours est pour le moins discutable. Comme l’a écrit Monsieur Brisson, on aurait appris bien plus dans ce domaine si on avait donné une suite au programme Apollo dans les années 70-80 en poursuivant les mission lunaires. Dans ce cas, on serait sans doute déjà sur Mars!

  10. Les stations orbitales n’ont plus d’intérêt: continuer dans cette voie, c’est perdre des ressources.

    Malgré toutes les recherches faites sur l’ISS, aucune n’a débouché sur une application à large échelle de type industriel ni même de recherche astrophysique (on envoie toujours des satellites et autres systèmes d’observation sur des appareils dédiés).

    La micro-gravité est néfaste pour l’homme, il est temps de passer à la vitesse supérieure qui est une base lunaire.
    Le secteur privé peut désormais fournir des services en orbite basse, il est donc stupide que les Etats investissent dans des stations orbitales et devraeint plutôt acheter des heures ou des mètres cubes dans les stations orbitales privées pour les besoins de recherche.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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