Je viens de lire « La genèse du langage et des langues » du professeur émérite de linguistique Jacques François (Université de Caen) et je ressors de cette lecture, encore plus convaincu de l’improbabilité de l’existence ailleurs dans l’Univers, d’êtres vivants, conscients, intelligents, communicants et fabers (capables de faire).
Le fait de baigner dans notre temps propre qui est un temps court avec un passé de quelques 5000 ans (en remontant à l’invention de l’écriture), au-delà duquel s’étend une préhistoire brumeuse (au-delà de la constatation des objets produits), nous permet de vivre dans l’illusion que l’homme tel que nous le connaissons, a « toujours » existé ou qu’il existe depuis « très » longtemps. Il n’en est rien. Ce qui est surprenant à la lecture de ce livre, c’est précisément que le temps de l’homme moderne, du point de vue de ses facultés cognitives, est sans doute beaucoup plus court que ce que l’on pouvait penser.
Homo sapiens est apparu par mutation génétique à partir d’Homo erectus il y a quelques 300.000 ans et avec lui est apparu un langage articulé qui lui donnait un avantage sur les espèces précédentes et notamment celle de Neandertal qui ne pouvait utiliser qu’un protolangage (bruits, cris, rire, expressions corporelles ou faciales, vocalisations), comme certains animaux le font. L’évolution s’est ensuite effectuée lentement avec passage dans une phase nouvelle avec « sapiens-sapiens », sans doute vers -50.000 ans*. A cette époque il y a eu un aboutissement avec structuration des vocalisations (grammaticalisation, syntaxisation) en langages de plus en plus explicites. Homo erectus pouvait exprimer un ressenti ; Homo sapiens, des signes ou paroles fonctionnelles ; Homo sapiens-sapiens put tenir un discours fondé sur une mémoire du passé avec des projections dans le futur. Chaque passage donna un avantage au porteur de l’évolution sur ceux qui n’en avait pas bénéficié. D’où, en particulier, l’élimination de l’Homme de Neandertal par Homo-sapiens, puis l’expansion d’Homo sapiens-sapiens par de puissantes vagues migratoires.
*Pour placer ce chiffre dans un contexte cosmique, il faut avoir en tête que notre centre galactique se trouvant à 26.000 années-lumière, un message qui aurait été envoyé à cette vitesse (300.000 km/s) vers lui lors des premiers balbutiements d’Homo sapiens-sapiens, et qui aurait été réfléchi par un miroir placé à proximité de notre trou noir central, ne reviendrait sur Terre qu’aujourd’hui (après avoir calculé l’angle nécessaire pour tenir compte de notre déplacement autour de ce Centre…mais 52.000 ans ce n’est presque rien par rapport aux 250.000.000 d’années nécessaires pour en faire le tour).
Homo sapiens-sapiens porteur de nos facultés linguistiques, donc intellectuelles, fut capable de conquérir le monde car il pouvait s’organiser à plus grande échelle et mieux que ses prédécesseurs. Les étapes suivantes (sans modification génétique !) ont été l’invention de l’écriture, puis des télécommunications, puis d’internet, puis de l’intelligence artificielle. Les progrès technologiques (à partir de la « domestication » du feu) ne sont bien sûr pas à négliger mais ils ont dépendu largement de la parole, de la mémorisation et des échanges verbaux entre les hommes.
Mais Homo-sapiens n’a pu succéder à Homo-erectus que parce qu’il a bénéficié de la mutation du gène « Forkhead-Box P2 » (FOXP2) qui lui a donné la maitrise d’un contrôle moteur beaucoup plus fin de la parole, et de la désactivation du gène CMAH qui a permis un développement de son cerveau. Et l’exploitation de ces mutations n’a été possible que parce qu’elles sont arrivées postérieurement au passage à la bipédie (Toumaï, vers -7 millions d’années) et donc à la séparation de la branche des hominines de celle des grands singes, parce que le redressement du corps a notamment libéré le fonctionnement de la mâchoire (en plus, bien sûr, des mains et des bras dont l’utilisation a contribué à l’expression) et a permis l’allongement du larynx.
Les Homo sapiens-sapiens ont été identifiés par les représentations symboliques qu’ils ont réalisées dans les cavernes habitées, et l’ancienneté, évolution, rapports entre elles, de leurs langues, ont été déduits par diverses techniques : comparaison lexicostatistique, glottochronologie, comparaison multilatérale. On peut remonter ainsi, bien avant l’écriture (comme on le fait avec la phylogénétique) pour suivre les déplacements géographiques ou l’identification de telle population à telle ou telle culture ayant laissé des objets sur Terre. Par exemple celle des premiers Basques, identifiée à la culture rubanée, dont la migration/expansion à partir d’Asie centrale s’est effectuée entre -5500 à -4700, antérieurement à l’expansion des Indo-Européens.
Tout ceci pour faire remarquer que sur une planète vieille de 4,54 milliards d’années et « bénie des dieux » par toutes sortes de circonstances exceptionnelles, la vie intelligente, communicante et faber, est extrêmement récente.
Et il n’a pas suffi que nous existions au terme d’une évolution complexe et remplie d’accidents. Il a aussi fallu que parmi nous, de grands hommes, Aristarque de Samos, Newton, Albert Einstein, Georges Lemaitre, Stephen Hawking, mais aussi Pascal, Pasteur, Gutenberg ou Tsiolkovski, pour n’en citer que quelques-uns, apparaissent et s’expriment. Bien entendu, ils ont élaboré leurs théories dans un cadre existant. Ils ont eu « une base » de réflexion et de travail. Mais qui oserait dire que s’ils n’avaient pas existé nos connaissances seraient les mêmes ? Qui oserait dire que les avancées de la science et des technologies pour lesquelles ils ont eu peut-être des intuitions, mais qu’ils ont ensuite « creusées », étudiées, précisées, prouvées au moins théoriquement, étaient inévitables et devaient apparaître automatiquement ? Les Indiens d’Amérique avait à l’esprit l’image de la roue mais ils n’en ont jamais déduit la brouette.
Quand on ajoute à cette évolution de l’humanité, l’évolution de la vie qui a précédé l’homme et celle de notre Univers qui a conduit jusqu’à l’apparition de notre Terre, on peut déduire que notre rencontre un jour d’êtres « semblables » à nous, est encore plus improbable.
Pour ce qui est de l’évolution de la vie jusqu’à l’homme, Jacques François cite une succession de 8 « transitions majeures » notées par deux chercheurs réputés en biologie évolutionnaire, John Maynard-Smith et Eos Szathmary :
1) transition de la réplication des molécules, aux populations de molécules compartimentées ; 2) transition des réplicateurs indépendants aux chromosomes ; « 3) transition de l’acide ribonucléique sous forme de gènes et d’enzyme, à l’ADN accompagnée de protéines (le code génétique) ; 4) transition des procaryotes aux eucaryotes ; 5) transition des clones asexués aux populations sexuées ; 6) transition des protistes à la différenciation cellulaires des animaux, des plantes et des champignons ; 7) transition des individus solitaires aux colonies (des castes non reproductives) ; 8) transition des sociétés de primates aux sociétés humaines (par le langage).
Pour ne prendre qu’une de ces transitions, on sait bien que le passage des procaryotes aux eucaryotes n’a été possible que parce que certains procaryotes (cyanobactéries) avaient pollué l’atmosphère primitive par l’abondance de leurs rejets métaboliques d’oxygène, et qu’il a fallu qu’une certaine archée s’associe de façon fusionnelle à des bactéries, très rares car elles respiraient l’oxygène, pour qu’elle puisse survivre en utilisant le nouveau gaz qui empoisonnait l’atmosphère mais lui donnait une puissance de combustion et donc de génération d’énergie inégalée. Cette transition résulte donc d’un concours de circonstances extraordinaires mais si elle n’avait pu se faire, il n’y aurait pas eu d’animaux sur Terre.
Pour ce qui est de l’évolution de notre Univers qui a conduit jusqu’à l’apparition de notre Terre, on peut noter de multiples « accidents » ou évènements improbables : la subsistance d’une Lune massive après un impact (Théia) énorme mais non totalement destructeur pour l’impacteur et l’impactant; la capture de Jupiter par Saturne et leur rebroussement conjoint vers l’extérieur du système solaire entrainant une perturbation des astéroïdes non encore accrétés en planète(s) ; la pluie d’astéroïdes en résultant, apportant à la Terre l’eau qui lui aurait manqué pour permettre l’émergence de la vie, après que le Soleil ait calmé ses premières ardeurs asséchantes ; le mix « miraculeux » (pour la vie) des constituants de notre matière résultant de son enrichissement par la nucléosynthèse des étoiles massives ; de temps en temps, pour rebattre les cartes et ajuster l’évolution, la chute d’un énorme astéroïde …
Le silence total de l’Univers qui nous environne depuis que nous l’écoutons (résultat nul de SETI !) s’explique très bien par un grand vide biologique. Compte tenu de tous ces accidents ou miracles dont nous avons bénéficié et qui tous ont été nécessaires pour que nous soyons ici, vivants et conscients, qui pourrait dire qu’une vie consciente, intelligente, communicante et faber, ayant atteint notre niveau de capacité technologique, n’est pas quelque chose d’unique ? Je laisse mes contradicteurs spéculer sur les grands nombres en acceptant de remplacer « unique » par « extrêmement rare ». Mais dire que nous ne pouvons pas être seuls parce qu’il y a une infinité d’étoiles et de planètes dans l’Univers, ne me semble pas une réponse satisfaisante mais simplement un aveu d’impuissance à démontrer le contraire.
Lien :
Ciel et Espace : https://www.cieletespace.fr/actualites/podcast-et-si-nous-etions-seuls-dans-l-univers
Lire :
Jean-Pierre Bibring, « Seuls dans l’Univers », publié chez Odile Jacob en 2022.
Jacques François, « La genèse du langage et des langues », Editions Sciences humaines, 2017.
xxxx
Illustration de titre : l’homme sous la Voie-lactée, crédit : Greg Rakozy.
xxxx
Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :
Index L’appel de Mars 25 03 20
Et, si vous aimez ce blog, abonnez-vous !
xxxx
Mon livre, Franchir sur Mars les portes de l’Espace, est disponible chez amazon.fr, chez payot.ch sur le site fnac.com, chez Google books (en e-book), sur le site de mon éditeur, le Lys Bleu éditions.
Vous pouvez aussi le commander chez votre libraire. Si vous rencontrez un problème, n’hésitez pas à m’en faire part (voir plus bas).
Si vous souhaitez passer par Amazon et que vous résidiez en Suisse, attention ! Il est préférable d’aller sur le site « Amazon.fr » plutôt que sur celui d’« Amazon.de » auquel vous conduira automatiquement votre recherche. Si vous passez par « .de », vérifier bien les délais de livraison pour qu’ils ne soient pas plus longs que ceux d’Amazon.fr.
Sur les mêmes sites, Amazon.fr ou Amazon.de, vous pouvez aussi obtenir le livre en format Kindle, avec disponibilité immédiate (et c’est moins cher !).
Sur le site de la Fnac vous pouvez le commander chez fnac.com mais pas encore chez fnac.ch.
Si vous allez chez votre libraire et qu’il n’a pas le livre en rayons, demandez-lui de le rechercher sur le site de la société Hachette Livres.
36 réponses
Bonjour
Oui…le hasard semble etre le maitre du jeu dans cette affaire…existence d une vie « technologique » ailleurs parait improbable mais comptes tenus de l immensite de notre univers et du fait que le « hasard fait bien les choses » il existe peut etre quelque chose quelque part…La meilleur facon de le savoir est d aller au paradis pour observer les formes croisees! Le probleme sera d en revenir! car apres tout si cela est arrive sur Terre pourquoi pas ailleurs?
Bonjour Niogret,
Beaucoup de nos contemporains donnent l’argument que vous avancez, celui que j’appellerais celui de l’infini.
Je n’y souscris pas car cela revient à dire que « tout est possible ».
Pour moi ce n’est pas un réponse satisfaisante car elle ne permet aucune discussion rationnelle (quel que soit le sujet).
Quand je dis immensité de l univers j endends l espace temps : l espace est immense et le temps voisin de 14 milliards d années! Il peut d en passer des choses dues au hasard en 14 milliards d années!
Par ailleurs aucune information dans les Ecritures Saintes( Bible Ancien Testament Nouveau Testament) exepte peut etre le Livre D Enoch decrivant les anges dechus …aucune info dans le Mahabharata exepte peut etre la description d evenements bizarres…plus de nature mythlogique( bien que l on ait retrouve des traces bizarres a Mohenjodaro).
Voila aucune info nulle part ni le SETI ni rien! (il est a noter que le seti n a explore qu une toute petite partie de notre environnement environ 100 annees lumiere).
il faut dire que nous surveillons le spectre electromagnetique : il existe peut etre d autre moyens de communication…
En ce qui concerne les mutations elles existent bien sur mais il faut tomber sur la bonne mutation au bon moment…et si l on examine l arbre de l evolution de la vie sur terre alors on constate qu il a fallu des milliers de bonne mutations au bon moment…ce qui pourrait vouloir dire que nous vivons dans un monde constamment soumis a des millons de mutations…a tout instant …ce qui devient suspect. De plus il existe plusieurs modes de mutations.
c est pourquoi il aurait fallu examiner de plus pres Oumuamua qui reste un truc completement anormal!
Et oui! mais ‘Oumouamoua était trop loin et était trop petit, on a pu l’observer trop peu de temps (malheureusement après son périhélie) et il a aujourd’hui disparu.
Donc « c’est raté ». Et conclure d’après ce qu’on a pu observer (très peu d’éléments et conclusion « brumeuse ») que c’était un objet fabriqué par une intelligence extraterrestre, est trop lourd de sens pour qu’on puisse l’accepter.
Dommage!
Vu la complexité d’un être vivant et le nombre des combinaisons chimiques en cause, il y a « toujours » des erreurs de copies. Le problème c’est que ces erreurs n’ont de suite que si (1) elle n’empêchent pas la viabilité de l’être vivant, et (2) elles présentent un avantage dans la compétition pour la vie.
Non, je ne crois pas qu’il puisse y avoir d’autres moyens de communication que le spectre électromagnétique. C’est déjà beaucoup de possibilités et nous sommes maintenant capables de tout capter, des longueurs d’ondes les plus petites aux plus grandes!
NB: Je ne vois pas les ondes gravitationnelles, ni les neutrinos, ni les UHECR (Ultra High Energy Cosmic Rays) être utilisés pour transmettre un message.
Et oui PIERRE BRISSON vous avez raison: c est pourquoi ma position est simplement de ne pas trop s occuper des Extraterrestres et continuer a foncer sans trop se poser de questions : SPACE X STARSHIP MARS… et plus tard plus loin encore ! si un jour on tombe sur des extraterrestres et bien on verre a ce moment la ce qu il convient de faire !
le domaine du quantique
Nous sommes ici dans le domaine des suppositions et des hypothèses. mais cela peut apporter quelque chose d’utile si un jour on trouve des arguments dans un sens ou dans l’autre. Les Américains prennent la question au sérieux, donc il y a « quelque chose ». Ce pourrait être des objets constitués d’énergie comparables aux éclairs ou un effet quelconque sur notre vue. La question n’est pas encore éclaircie. Je pencherais volontiers dans votre sens en disant que nous sommes seuls dans l’univers, aussi terrifiant que cela paraisse. S’il y avait des êtres intelligents quelque part loin, on peut penser que, parmi eux, certains auraient plus d’ancienneté que nous et tenteraient de lancer des messages au hasard pour lutter contre leur sentiment de solitude ou (hypothèse des UFO) qu’ils nous visitent en interagissant ou non avec nous, ou encore que l’un d’eux aurait un moment de faiblesse ou de distraction. Il faudrait qu’ils aient alors un sacré entêtement, qu’ils soient bien « inhumains », pour ne jamais nous parler. Des gens disent avoir contacté ces êtres, ont-ils essayé le détecteur de mensonge? passé des examens médicaux spécialisés? Représenteraient-ils un danger, ces aliens? Nous façonneraient-ils? Pourquoi leur silence? Autant de questions bien anciennes qui mettent en évidence le manque de preuve concrètes indéniables. Pourquoi ne nous donnent-ils pas quelques petits secrets technologiques? Sont-ils si égoïstes ou hostiles? Pourquoi ne se montrent-ils pas à visage découvert? Une charte définissant l’attitude envers les arriérés que nous sommes? D’autres expériences leur ayant montré qu’une tentative de contact tournait forcément mal pour l’un ou l’autre? Le désir d’étudier comment nous évoluerons, jusqu’où nous irons sans nous détruire? Voir si nous pourrons apporter quelque chose à l’ensemble des créatures? Hum, la probabilité qu’ils n’existent pas est la plus forte. Il leur faudrait être sacrément durs. Quoi qu’il en soit, nous sommes condamnés à progresser en connaissances et en créativité. Retourner à l’âge de la pierre est impossible, il y aurait toujours un petit malin et nous souffririons inutilement. Et tout cela en mettant le maximum de chances de notre côté d’où la nécessité absolue d’aller sur Mars même pour n’y faire séjourner de façon continue que deux ou trois couples avec des moyens technologiques. A ce propos vous avez peut-être lu l’opinion d’un prof de polytechnique qui met en relief les difficultés: https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/espace/le-voyage-vers-mars-mythe-ou-realite/
Nous avons encore beaucoup de progrès à faire, beaucoup de recherches et peut-être un siècle de cogitations avant de vivre sur Mars malgré mon grand respect pour Elon Musk. Mais je crois en l’homme qui ne s’arrête pas de tenter l’impossible, jamais!
Même pour les moyens de communication, l’interaction quantique pourrait-elle nous étonner un jour?
Merci Martin,
Je pense que nous devons continuer. En quelque sorte nous n’avons pas le choix.
L’article dont vous nous envoyez le lien est décevant. Ce Monsieur Henriquet n’apporte aucune information nouvelle et fait des remarques décevantes:
1) dire que nous n’avons jamais affronté l’espace profond, au-delà de 400 km et en dehors de la protection des Ceintures de Van Allen, est faux puisque nous sommes allés sur la Lune.
2) parler de la décalcification est un vrai problème mais les partisans du Projet Mars tel que décrit par Robert Zubrin, s’acharnent à dire depuis 1995 qu’il faut créer une gravité artificielle par force centrifuge. Testons la!
3) parler d’un voyage allant jusqu’à 9 mois est vrai…sauf qu’on dépensera plus d’énergie et on y parviendra en 6 mois (avec certes un peu moins de charge utile).
4) Emporter 12 à 18 mois de provisions alimentaires ne correspond à rien puisque l’éloignement de la Terre durera 30 mois. Mais sur cette durée on peut transporter des produits lyophilisés ou congelés pour le voyage, et sur place il faudra cultiver sous serre sa nourriture (et des poissons ou des crevettes dans des bacs + algues type spirulines riches en protéines). Cela est prévu, documenté et ce Monsieur s’est mal renseigné.
5) Souffrir de l’éloignement de la Terre. Certes, c’est enfoncer une porte ouverte et ce n’est pas le problème le plus difficile à résoudre.
L’hypothèse implicite que vous semblez faire est la suivante : « il n’existe qu’une seule succession de processus capable d’engendrer la vie intelligente ». De fait, nous n’en connaissons aujourd’hui qu’une seule, celle qui s’est produite sur Terre, et cette succession est extrêmement improbable, sans doute unique, comme vous l’expliquez très bien.
Mais est-ce la seule possible ? Pourquoi n’y en aurait-il pas d’autres différentes, peut-être des milliards ?
Par exemple vous citez Gutenberg, et on peut méditer sur l’extraordinaire concours de circonstances qui a conduit à l’invention de l’imprimerie : il a d’abord fallu que les parents de Gutenberg se rencontrent, puis qu’ils s’installent à Strasbourg, puis que Gutenberg ait l’idée de son invention en passant devant un pressoir vinicole (selon la légende …), puis qu’il rencontre un banquier pour le financer, etc… Est-ce à dire que si Gutenberg n’avait pas existé on écrirait encore aujourd’hui nos livres à la plume d’oie ? (Ce n’est pas ce que vous avez dit mais c’est une analogie).
Mon objection n’est pas juste l’immensité de l’Univers mais l’immensité de notre ignorance des possibles.
Merci Bob. Très bon raisonnement.
Il y a sans doute des situations qui poussent à la réflexion et donc à l’innovation on pourrait dire par continuité, tandis que par ailleurs, il y a des sauts, des découvertes imprévues, le laser par exemple.
Les premières pourraient survenir tôt ou tard, comme des coraux se développent. Mais d’autres non.
Pour ce qui est de l’imprimerie on est sans doute dans le premier cas. Mais ne peut-on concevoir que la machine à écrire ait existé avant l’imprimerie puis qu’une machine à imprimer sans presse en ait ete dérivée? Peut-être.
Bonjour,
Admettons qu’on soit seuls, conscients et « faber », technologiques, dans ce vaste univers à priori en expansion, dans ce cas n’aurait-on pas une sorte d’obligation morale à préserver notre espèce et sa multiple conscience, ainsi que la biodiversité actuelle de la Terre, puisque ce serait unique dans tout l’univers ?
Plus rare que le plus beau joyau.
Et aussi de propager tout cela, pour que ça ne disparaisse pas dans un cataclysme planétaire ou par la fin de notre Soleil ?
Protéger notre espèce et la biodiversité terrestre ET les propager le plus partout où c’est possible.
Nous serions des vecteurs de la vie terrestre et de la conscience d’exister.
Un peu comme la toute première forme de vie microscopique qui a dû se sentir bien seule dans ce vaste monde terrestre. Ce vaste chaudron de l’époque hadéenne sous un jeune soleil.
Du coup elle a lutté contre sa solitude, avec un certain succès malgré bien des phases de régressions et extinctions ( la Terre n’a pas ete toujours très sympa avec la Vie).
Ce serait vraiment dommage qu’elle se soit donnée autant de mal pour rien avec sa descendance restant bloquée au niveau du berceau planétaire…
Merci Patrick.
C’est exactement ce que je pense.
Nous devons convaincre tous ceux qui ne sont pas d’accord…et il y en a encore beaucoup.
Mais nous n’avons pas le choix!
Quelques pistes pouvant, peut-être, éclairer la question « Seuls dans l’Univers » ?
Et une affirmation allant probablement dans votre sens, M. Brisson.
« L’Univers et le « surgissement continuel et ininterrompu d’informations et de messages nouveaux au cours du temps ».
Voir l’ouvrage du philosophe français Claude Tresmontant, « L’histoire de l’univers et le sens de la Création », 1985, réédition 2006 Tempus.
Plus un commentaire, émanant du site consacré à Claude Tresmontant http://www.claudetresmontant.com/quels-livres-lire
– L’athéisme, qu’il soit ancien ou moderne, montre Claude Tresmontant, est donc incapable de penser l’Univers tel qu’il est. Il est incapable d’expliquer ce surgissement continuel et ininterrompu d’informations et de messages nouveaux au cours du Temps. L’athéisme est surtout incapable de penser la vie. Au contraire, il épuise le goût de vivre… Car il n’y a pas d’espérance. Tout est soumis à l’usure et à la dégradation. Nous sommes des êtres pour la mort. À l’inverse, écrit-il, le judaïsme et le christianisme sont essentiellement révolutionnaires car ils sont une doctrine de la Création. L’Homme, selon la philosophie juive et chrétienne, est capable de continuer la Création et d’introduire une information nouvelle dans l’Histoire qui est la sienne. « La révolution ne consiste pas essentiellement à détruire des êtres, mais à créer une humanité nouvelle : c’est justement ce qui, depuis saint Paul, définit le christianisme. »
Oui, l’athéisme n’est pas satisfaisant. Mais vous entrez dans une cascade de nouvelles questions: prouver l’existence de Dieu, comment l’honorer? Voire connaître ce qui lui agrée pour nous y conformer. Quant à imaginer la nature de Dieu, question insondable! Une force organisatrice hyperpuissante? Les réponses avancées sont souvent réfutées par des philosophes à courte vue mais bien des choses dans l’univers plaident pour son existence et obsèdent sans fin nos esprits. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Pourquoi cet ordre rationnel si frappant en physiques, en chimie? en biologie? Pourquoi les énergies? Mais si à un moment donné on parvient à prouver que nous sommes seuls dans l’univers (et je suis convaincu que cela est possible malgré l’expansion), alors on en viendra à se demander pourquoi notre système stellaire a eu un sort particulier. On aura du mal à dire que ces milliers de circonstances qui ont présidé à notre apparition n’étaient pas le fruit d’une « Volonté », d’une « Pensée ». Maintenant « Vanitas vanitatum et omnia vanitas », disait un certain B…. Cette pensée me revient en voyant les richesses du Vatican. Les fondateurs de l’église voulaient le bien de l’humanité Mais combien coûtent tous ces voyages, tous ces hébergements, tout ce faste? Là aussi bien des questions genre le célibat des prêtres avait-il à l’origine pour but d’éviter la guerre des sexes? Le pardon aux pédophiles peut-il relever de la miséricorde divine?
Je passe du coq à l’âne pour revenir à monsieur Henriquet. Il devrait lire certaines pages de notre blog et apprendre à rêver, à faire des projets, c’est le moteur de l’action. Tôt ou tard la terre sera ravagée par un astéroïde, une épidémie, un volcanisme, une guerre et, si nous avons la possibilité de rebondir, c’est être à bien courte vue que de ne pas le faire. Quand j’étais enfant j’avais une admiration infinie pour polytechnique, certains de mes jeunes voisins y sont allés, mais en lisant ce monsieur qui ne pense que défaitisme je ne m’étonne plus qu’aujourd’hui tout le monde ne parle plus que de sciences po et (j’ai au moins un ancien élève qui y est passé et je crains de l’avoir mal influencé!), que les écoles polytechniques suisses soient réputées meilleures que celle de France. L’Europe devrait être de cette aventure mais les gens au pouvoir ont-ils un …? Il y aura des victimes, un tâtonnement très long, de grandes dépenses mais cela sera récompensé par de nouvelles inventions, une meilleure conscience de notre situation dans l’univers, des esprits plus actifs, plus vivants et sans désespoir. C’est de notre devoir absolu de survivre et de trouver des réponses même si un jour nous serons détruits. Se protéger des radiations peut se faire par de l’eau mais la recherche médicale trouvera peut-être le moyen de nous guérir de ces foutus cancers ou de limiter perpétuellement les dégâts. Trouver une méthode de propulsion plus rapide est possible surtout si nous arrivions à produire une grande quantité d’anti-matière. Se nourrir? on peut imaginer bien des solutions, la pire étant de disposer à l’avance des stations spatiales le long du parcours, de place en place, avec des aliments lyophilisés ou même des cosmonautes cultivateurs. Le projet martien bénéficierait-il d’une meilleure coopération des nations? Peut-être que oui, Peut-être que non. Mais ce sera long!
Merci Martin.
La question de l’existence de Dieu est de celles auxquelles on ne peut répondre par le raisonnement. Ce raisonnement nous conduit tout près de la réponse mais pas jusqu’à la certitude (et cela fait une énorme différence). Il restera toujours une incompréhension (qu’est ce qu’un être désincarné et hors du Temps?) et un doute (est-ce possible?). Chacun est bien forcé d’y réfléchir et d’en tirer pour lui-même la conclusion mais il restera toujours un pari à faire. C’est pour cela que je préfère utiliser le terme « Hasard » quand je parle des circonstances qui ont conduit l’Univers jusqu’à nous.
.
Toujours est il que les questions des Origines, des perspectives de l’Univers et de notre destin propre, sont des sujets passionnants. Tout comme est passionnant le sujet de la possibilité de la continuité de l’aventure humaine hors de la Terre qui nous permettra de mieux connaître ce monde étrange et qui évitera que nous soyons détruits trop tôt, pour une raison ou pour une autre. J’espère que nous serons suffisamment nombreux à vouloir cette aventure et que l’évolution technologique permettra qu’elle se concrétise le plus tôt possible. Là aussi nous sommes tout près de l’entreprendre mais nous ne pouvons pas dire que nous le ferons ou que notre première tentative sera couronnée de succès et, dans ce cas, que l’échec sera accepté comme un essai qu’il faudra recommencer. Rien n’est joué.
Le thème du blog de ce samedi est bien l’affirmation : « Seuls dans l’Univers ». Le titre complet du livre de l’astrophysicien Jean-Pierre Bibring est : « Seuls dans l’Univers – De la diversité des mondes à l’unicité de la vie » (Odile Jacob, 2022). Son chapitre conclusif ajoute même une ponctuation affirmative « Seuls dans l’Univers ! ». Pour ma part, je préfère garder la forme interrogative : « Seuls dans l’Univers ? ». En effet, dans l’impossibilité actuelle de trancher la question, celle-ci doit rester ouverte, selon moi. Bibring, pourtant, utilise finalement le conditionnel : « … la somme des conditions qui ont orienté l’évolution de la Terre et de la vie qu’elle abrite, en tant que séquence intégrée, pourrait ne jamais être réunie ailleurs, sauf à penser l’Univers infini ».
M. Brisson a raison d’éliminer cette échappatoire commode, mais absurde, qui consiste à supposer « une infinité d’étoiles et de planètes dans l’Univers ». Nous avons déjà souvent débattu ici-même cette question de l’infini, en rappelant que l’infini « en acte » ne peut pas être réalisé physiquement, « sinon le tout est égal à la partie », c’est-à-dire qu’il y a aussi une infinité de sous-ensembles dans cet ensemble infini, et donc que dans ce cas tous les possibles, toutes les imaginables « configurations » matérielles (y compris celle, spécifique, que représente la vie telle que nous la connaissons, mais aussi d’autres légèrement différentes) sont non seulement possibles, mais aussi nécessaires, car en nombre infini.
L’infini étant donc éliminé du raisonnement, notre Univers est fini quoique illimité (sans frontière, sans borne, sans bord), il reste la tâche d’envisager cet univers fini, tel que nous devons l’admettre, comme univers connaissable autour de nous. En effet, nous avons déjà mentionné les deux horizons qui nous enserrent (où que l’on soit, du reste, dans l’Univers) : celui des événements, qui s’élargit constamment d’une année-lumière chaque année, du fait du temps qui passe depuis le Big Bang, permettant d’envisager de « voir » de plus en plus de galaxies lointaines apparaissant constamment à notre vue ; mais aussi l’horizon, plus lointain, délimité par le rayon de Hubble au-delà duquel la vitesse de récession de l’espace dépasse la vitesse de la lumière, et qui emporte hors de notre vue les galaxies encore plus lointaines. Cet horizon s’éloigne aussi de nous, car le paramètre de Hubble décroît avec le temps, mais tend vers une valeur limite, entraînant la réalisation d’un futur rayon de Hubble limite. Entre temps, l’autre horizon l’aura atteint et le dépassera. Alors commencera une dilution de l’Univers qui peu à peu se videra de toutes les galaxies lointaines, ne laissant à nos yeux que la soixantaines de galaxies de notre Groupe local.
Cela entraîne que nous avons et n’aurons sous les yeux qu’une portion de plus en plus limitée de l’Univers, quoique déjà assez impressionnante, même en nous limitant au Groupe local qui a tout de même 10 millions d’années-lumière (AL) de diamètre. Mais bien sûr, il faut nous concentrer en premier lieu sur notre Galaxie et même sur notre voisinage galactique immédiat. Les quelque 5’885 exoplanètes recensées et confirmées à ce jour sont majoritairement située à moins de 500 AL, la plus proche, Proxima Centauri b, à 4,2 AL, les plus lointaines, telle K2-2016-BLG-0005Lb, à presque 17’000 AL, alors que le centre galactique est à 27’000 AL. La Galaxie compte 200 milliards d’étoiles et au moins 11 milliards de planètes ayant une taille comparable à la Terre. La plus vieille étoile recensée dans la Galaxie aurait 13,5 milliards d’années, le Big Bang remontant à 13,8 milliards d’années ; mais le mince disque galactique ne se serait formé qu’il y a 8 milliards d’années. Le Soleil n’a que 4,6 milliards d’années et la vie sur Terre date de 3,5 milliards d’années.
En première approximation, il faut appliquer ici le principe simplificateur, dit du rasoir d’Occam : notre civilisation terrestre ne peut être détectée par une éventuelle autre civilisation que si celle-ci est située à moins de 138 AL, les premières ondes hertziennes artificielles ayant été inventées et émises sur Terre en 1887. Cette sphère d’accessibilité est donc très restreinte pour une détectabilité de la Terre habitée dans notre voisinage galactique. Inversement, une civilisation sur une exoplanète voisine ne serait détectable par nous que si son invention des ondes hertziennes a été faite, dans le passé à un nombre d’années égal au moins à sa distance en AL. Plus l’exoplanètes est lointaine, plus une éventuelle civilisation détectable serait avancée par rapport à nous. À ce jour, on n’a rien trouvé avec le programme SETI. Par contre, pour la seule détection de la vie (quelle qu’elle soit, ou doit-elle être unique ? mais elle utilise nécessairement des molécules organiques élaborées connues, la chimie, comme la physique du reste, étant universelle, cela dit sans anthropocentrisme), il faut identifier des molécules spécifiques dans l’atmosphère d’exoplanètes candidates. Plus on observera des exoplanètes lointaines, plus les chances seront grandes d’en recenser, premièrement du simple fait de leur nombre croissant. Il y a déjà des candidates prometteuses pour lesquelles des confirmations de présence de certaines molécules sont attendues.
Merci Monsieur de Reyff.
Poser comme principe que l’Univers est infini pour répondre qu’il peut exister une autre vie consciente, intelligente et faber dans l’Univers, ne peut être qu’une façon d’éviter le raisonnement. C’est pour cela qu’il faut rejeter cette approche (comme vous le dites fort bien).
.
Le problème est de savoir si l’on peut considérer les données déjà recueillies comme représentatives du « reste ». Et il faut reconnaître que nous n’avons pu observer qu’un tout petit nombre de planètes par rapport à l’immensité de leur nombre probable compte tenu du nombre des étoiles. En plus, l’observation est biaisée par la difficulté d’observer des planètes de type terrestre orbitant des étoiles de type solaire dans leur zone habitable (toujours aucune identifiée à ce jour).
.
Ceci dit, l’absence de signaux intelligents captés par SETI (utilisant des techniques capables de recueillir les signaux provenant des planètes quelles qu’elles soient) et les premiers résultats chimiques observés dans les spectres recueillis par nos télescopes dans l’atmosphère de naines rouges, sont très peu encourageants (malgré ce qu’on a pu lire récemment sur le sulfure de diméthyle, que l’on trouve aussi dans les comètes). Ils le sont encore moins quand on considère (1) l’improbabilité, déjà développée dans ce blog, d’un développement des molécules organiques jusqu’à la vie, dans la zone habitable des naines rouges ; (2) la somme de circonstances extraordinaires et d’accidents qui ont permis l’émergence de la vie sur Terre puis son cheminement jusqu’à l’aboutissement de notre vie d’hommes disposant des technologies nécessaires à la communication.
.
Comme l’a dit Charles le Téméraire, « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ». Continuons donc à chercher car le sujet le mérite mais ne nous faisons pas d’illusions.
.
PS: Réflexion faite, je n’adhère pas tout à fait à ce qu’a dit Charles le Téméraire: Aussi ténue que soit l’Espérance, elle ne peut pas ne pas être présente à l’esprit. Aussi ténue soit-elle, elle est indestructible et de ce fait extrêmement puissante. En fait, elle est l’aspect positif du doute. C’est d’ailleurs pour cela qu' »il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer ».
Je me permets d’ajouter ici quelques titres de référence à la bibliographie sur le sujet du jour :
– Fred Hoyle, Chandra Wickramasinghe : « Lifecloud – The origin of life in the universe », J.M. Dent & Sons Ltd, London, 1978 ; « Le Nuage de la vie – La naissance de la vie dans l’univers », Éditions Albin Michel, Paris, 1980
– Life in the Universe – The Ultimate Limits of Growth, edited by William A. Gale, AAAS Selected Symposium 31, Westview Press, Boulder, 1979
– Freeman J. Dyson : « A many-colored glass – Reflections on the place of life in the universe », Univ. of Virginia, 2007 ; « La vie dans l’Univers – Réflexions d’un physicien », nrf, Gallimard, 2009
– Jean Heidmann, Alfred Vidal-Madjar, Nicolas Prantzos, Hubert Reeves : « Sommes-nous seuls dans l’univers ? », Fayard, 2000
Je crois qu’il y a déjà au moins une dizaine d’exoplanètes comme bonnes candidates de type terrestre (« earth-like ») : https://www.space.com/30172-six-most-earth-like-alien-planets.html
Concernant le DMS et le DMDS dans l’atmosphère d’exoplanètes, entre autres K2-18 b, située à 124 AL, bénéficiant d’une irradiation confortable de 1367 W/m2 de son étoile, et montrant du CH4 et du CO2 dans son atmosphère, voir ce récent article du 17 avril :
https://iopscience.iop.org/article/10.3847/2041-8213/adc1c8/pdf
avec ici un commentaire critique : https://www.astronomy.com/science/k2-18-b-could-have-dimethyl-sulfide-in-its-air-but-is-it-a-sign-of-life/
Vos dernières considérations 1 et 2, bien que tout à fait réalistes, ne doivent pas empêcher la science de continuer à progresser et donc la recherche, en astrobiologie et exobiologie, de bio-signatures de se poursuivre, en affinant ses méthodes de détection qualitative et quantitative, entre autres des DMS, DMDS et aussi DMTS, qui peuvent être des bio-traceurs, mais, certes, pas nécessairement de façon univoque.
Merci Monsieur de Reyff pour votre commentaire et merci en particulier pour les références bibliographiques que vous nous donnez.
.
Je ne suis pas d’accord pour dire que les planètes que vous citez soient « Earth-Like ».
J’ai regardé la liste et je constate que 6 sur 10 orbitent autour de naines rouges (Gliese 667c, Kepler 62f, Kepler 186f, Kepler 1649c, Proxima Centauri b et Trappist-1e). Comme beaucoup d’astrophysiciens je pense que les planètes orbitant ces étoiles à très courte distance (ce qui est nécessaire pour être dans la zone habitable) ne sont pas vivables à cause des radiations et des irrégularités de la fission interne d’hydrogène en deutérium, et aussi de la fixité de l’exposition vers l’étoile qui résulte de la force de marée.
.
Il est important de souligner que ce sont là toutes les planètes considérées comme les plus semblables à la Terre (sur plus de 5880). Mais encore une fois, la situation dans la zone habitable ne veut rien dire d’autre que l’eau qui se trouverait sur cette planète serait liquide. Il faut qu’il y ait de l’eau. Et pour conduire à la Vie, il faudrait que la présence d’eau liquide conduise automatiquement à la vie, ce qui n’est pas encore démontré.
.
Je suis tout à fait d’accord pour que nous continuions à chercher, en affinant toujours plus nos méthodes d’observation.
.
Keppler 22b, Keppler 69c ont une composition incertaine (on ne sait pas si elles sont rocheuses ou gazeuses).
.
Keppler 69c et Keppler 452 b sont trop massives (cette dernière 5 fois la Terre et la première, davantage) et on ne sait pas du tout quel effet cela peut avoir sur la croûte de la planète.
.
Il n’y en a qu’une, Kepler 442b, qui semble d’une masse raisonnable et orbite autour d’une naine orange (intermédiaire en masse entre les naines rouges et les naines jaunes de type solaire) qui pourrait convenir. Située à 1120 années-lumière de la Terre, il serait prudent d’en apprendre davantage.
Je crois que la classification « earth-like » n’a rien à voir avec l’habitabilité, mais avec la taille et la qualité rocheuse de l’exoplanète par oppositions aux gros, voire très gros jupiters gazeux (jusqu’à 30 fois plus). Ensuite, il faut réunir, idéalement, la conjonction entre étoile semblable au Soleil, la taille, la qualité rocheuse, la distance à l’étoile et donc le positionnement idoine dans une zone d’habitabilité, comme K2-18 b…
N’oublions pas que, sur les plusieurs centaines de milliards d’exoplanètes présentes dans notre seule Galaxie, il y a bien 11 milliards de « earth-like » autour d’étoiles simples et même 40 milliards en comptant les étoiles doubles !
Qu’entendez-vous par « irrégularités de la fission interne d’hydrogène en deutérium » ? Est-ce un lapsus calami pour fusion ? Normalement il s’agit de fusion d’hydrogène en hélium. Mais en quoi ces irrégularités sont-elles dommageables ? Le Soleil a aussi ses cycles dont le plus petit, celui de deux fois onze ans, avec une activité variable, bien connue par le nombre de taches solaires et par les aurores boréales. Et son activité globale continue de croître inéluctablement depuis sa naissance. Nous bénéficierons de la juste dose d’énergie solaire encore pour un certain temps.
Pour moi ce qui est intéressant à considérer ce sont les planètes qui non seulement sont semblables à la Terre en termes de masse et de nature rocheuse, de localisation dans leur zone habitable et de distance à leur étoile.
.
Une proximité trop grande de la planète à son étoile implique que cette dernière soit moins massive et si elles sont très proches, c’est que l’étoile est une naine rouge ou même une naine brune. La naine rouge est suffisamment massive pour qu’il y ait amorce d’une fusion (et vous avez raison, il s’agit de la fusion de l’hydrogène en hélium). Mais il semble que puisque la masse de l’étoile soit juste suffisante pour la fusion, ces étoiles présentent souvent une forte activité magnétique qui provoque des éruptions stellaires importantes et irrégulières à leur surface. Cette activité est liée à leur structure convective complète. En cas d’amorce d’un processus de vie, cette irrégularité entrainerait donc des accidents ou des ruptures d’évolution et il semble normal qu’on puisse considérer que l’évolution sur le long terme soit rendue plus difficile dans ces conditions.
De même la force de marée due à la proximité impose à la planète qui se trouve dans la zone habitable de cette étoile de lui présenter toujours la même face. Cela crée des conditions très différentes de celles que nous connaissons sur Terre et il est difficile de penser que sur ces planètes immobiles (absence de marée, absence de déplacement de l’ombre et de la lumière), l’évolution pourrait se produire de manière similaire au cheminement qu’elle a suivi sur Terre (ou un certain flux et reflux, régulier, créait des conditions très différentes).
Par ailleurs, j’ai lu que dans leur « jeunesse » (plusieurs milliards d’années tout de même) les naines rouges ont une rotation sur elles-mêmes très rapide ce qui provoque une activité électromagnétique intense et des émissions de rayons X et de rayons UV très puissantes, ce qui provoquerait une très mauvaise préparation de leur surface pour l’évolution vers la vie (stérilisation).
.
C’est pour cela que je pense que nous ne devrions rechercher la vie que sur des planètes évoluant dans des conditions vraiment comparables aux nôtres (masse proche et étoile de type solaire), sans nous contenter seulement de la nature rocheuse et de la présence dans la « zone d’habitabilité ».
J’approuve totalement ce que demande monsieur Brisson: « les planètes qui non seulement sont semblables à la Terre en termes de masse et de nature rocheuse, de localisation dans leur zone habitable et de distance à leur étoile ». Mais je le trouve bien peu exigeant. Il faut une atmosphère et un sol ne contenant aucune substance capable de mettre fin à la vie ou d’empêcher son apparition et zéro catastrophe comme celles qui nous menacent: guerre, astéroïde, éruption… Et surtout il faut cette longue, spéciale et aléatoire succession d’évènements qui ont fait apparaître nos petites personnes. Et même, peut-être existe-t-il une planète qui héberge seulement et indéfiniment des organismes unicellulaires? Le NH4, le CO2, l’oxygène détectés (ce qui est déjà un fabuleux exploit de nos astronomes) cela ne suffit pas, on aurait besoin de preuves d’activité intelligente pour nous sentir moins seuls. D’autant plus qu’on peut supposer (j’ai horreur de ce mot) que certaines planètes pourraient héberger l’intelligence depuis très, très longtemps. On va encore devoir attendre longtemps avant d’avoir des certitudes sur ce point… si les éventuels aliens ne se montrent pas.
Je crois avoir été suffisamment précis dans mon article, pour inclure (en dehors de sa masse et de sa localisation) l’évolution particulière de la Terre comme condition nécessaire à l’apparition de l’homme.
Pour revenir sur la question de l’existence de Dieu, sujet tout aussi énigmatique que l’existence de vie extraterrestre, il me semble qu’on ferait un pas en avant si parvenait à prouver que nous sommes seuls dans l’univers (pas simple!). Il se cache derrière le « hasard », en nous ou pas. En fait, la vraie question qui se poserait alors est sa nature: volonté immatérielle organisatrice relativement localisée (au système solaire?) ou pas, exigence impalpable d’ordre et de non-vide, puissance hors de portée de nos petits esprits. La philosophie a un grand avenir si elle regarde les abîmes qui existent ou qui n’existent pas
Le problème c’est qu’on ne pourra jamais prouver que nous sommes absolument seuls dans l’Univers. On est sur une courbe asymptotique qui se rapprochera de l’axe de la vérité mais qui ne la touchera jamais.
il y a bien teegarden naine rouge consideree comme tres calme ?
M. Brisson, permettez-moi de revenir, certes un peu tard, sur la question de l’acquisition du langage par les prédécesseurs de l’Homo sapiens, soit les Néandertaliens et avant eux, les hommes de Tautavel (Homo heidelbergensis).
S’appuyant sur dernières avancées de la recherche, des paléontologues pensent que les deux espèces d’Homo, sapiens et neanderthalensis, qui ont cohabité en Europe entre 60 000 et 35 000 ans, ont communiqués en maîtrisant un système de communication efficace, donc un langage, mais l’on ignore si elles pouvaient vraiment se comprendre l’une et l’autre.
Néanmoins, malgré une disposition buccale différente, les Homo sapiens et les Néandertaliens partageaient un des gènes (FOXP2) impliqués dans la capacité de parler, et les voyelles fondamentales A et OU étaient possibles pour neanderthalensis.
Peut-être un peu différemment qu’Homo sapiens, Néandertal pensait, réfléchissait, concevait, créait et probablement, croyait (en témoignent certains de ses comportements funéraires).
Ce qui fait que la question d’un langage articulé de l’Homme de Néandertal, et peut-être de son prédécesseur, reste ouverte, et que sa disparition fut une convergence de plusieurs causes…
Bonjour Pierre-Alain. La question de l’avantage linguistique de Sapiens sur Neanderthalensis est fascinante et reste débattue parmi les paléoanthropologues et les linguistes.
.
Le fait est qu’il y a -50000 ans, un ‘grand bon symbolique’ (d’après Chomsky) s’est manifesté et qu’il pourrait être lié au développement du langage grammaticalisé et syntaxisé. Ce changement dans nos relations sociales à cette époque n’exclut pas un comportement symbolique beaucoup plus tôt (dès -270000 ans) mais correspond à une généralisation. Il s’est donc passé « quelque chose » vers -50000.
.
Vous avez raison de mentionner que FOXP2, ce gène crucial pour le développement du langage, était effectivement présent chez les deux espèces. Les Néandertaliens possédaient la même version que Sapiens, ce qui suggère qu’ils avaient des capacités linguistiques également développées mais qu’ils ne s’en servaient pas avec la même habileté. Cela conduit donc à chercher d’autres explications qui ont donné un avantage à Sapiens et à considérer que cet avantage a résulté d’une synergie entre langage et capacité intellectuelle superieure (cognition sociale et capacité d’innovation technologique).
.
Il faut en chercher la cause. Au-delà de la génétique, elle pourrait bien être physique. Le plissement cortical (permettant des connexions neuronales plus nombreuses) est en particulier une piste intéressante. Mais ce n’est pas la seule. Les analyses de crânes montrent que Sapiens présentait certaines différences avec Neanderthal dans l’organisation cérébrale : (1) Une expansion plus marquée des aires pariétales et temporales ; (2) un développement plus marqué des régions associatives ; (3) une organisation possiblement différente des aires de Broca et Wernicke.
.
Ces particularités anatomiques lui permettant une supériorité intellectuelle par meilleure capacité à gérer la complexité et par meilleure flexibilité cognitive, il a pu y avoir enrichissement intellectuel et progrès cumulatifs sur une longue période. Sapiens a en effet montré par rapport à Neanderthalensis en fin de période, une capacité supérieure à innover dans l’expression, créer de nouveaux systèmes symboliques, développer des métaphores complexes, élaborer des récits abstraits (comme en témoigne ses représentations graphiques et picturales). Cette flexibilité a pu aussi faciliter l’adaptation plus rapide à toutes sortes de situations ; la transmission cumulative d’innovations ; la coordination de groupes élargis par des récits partagés.
.
La syntaxe complexe et la grammaire récursive ont pu ainsi émerger graduellement, mais atteindre vers -50 000 ans une complexité critique. Le ‘grand bon symbolique’ intervenu à cette epoque, peut donc être l’aboutissement d’une longue évolution cognitive dans une population plus réceptive en raison de capacités physiques plus favorables. Nandertalensis, malgré des capacités cognitives certaines, n’auraient pas franchi le seuil critique, du fait des différences neuroanatomiques mentionnées et aussi par contraintes démographiques (populations plus dispersées) résultant des premières.
Bonsoir M. Brisson. Je vous remercie pour votre réponse, bien argumentée, très intéressante et très probablement juste.
Ainsi, ce développement plus rapide du langage de Sapiens, jusqu’au « grand bond symbolique » vers 50 000 ans, serait ainsi la principale des causes vraisemblables de la disparition des Néandertaliens vers 35 000 ans.
Parmi les autres facteurs ayant pu contribuer à cette fin de Néandertal, tels que des affrontements avec les Hommes modernes, la fuite et l’effacement face aux Sapiens supérieurs, la concurrence pour les ressources, des épidémies apportées par Sapiens (peu probable), un métissage progressif et partiel, une autre cause concevable serait simplement le déclin naturel de l’espèce neanderthalensis, destin commun à toutes les espèces.
D’ailleurs d’autres espèces humaines ont aussi disparu vers la même époque, comme les Dénisoviens, les hommes de Florès et les hommes de Luçon.
Merci de votre réponse.
J’ai un peu ré-écrit ma première reponse, sans modifier le fond car je ne la trouvais pas assez claire.
Je confirme que, à mon avis, ce qui a donné l’avantage à Sapiens c’est un langage plus précis et plus clair qui lui a permis une meilleure organisation sociale. A une époque où la concurrence était sans pitié, Neanderthalensis n’avait aucune chance de survie.