EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

On a appris officiellement ce 10 janvier que la mission Artemis III qui doit utiliser le Starship pour descendre de l’orbite lunaire jusqu’à la surface de la Lune (et en repartir !) a été décalée d’un an (tout comme la mission Artemis II qui doit reprendre la trajectoire de la mission Artemis I mais avec des hommes à bord*). Ce sera Septembre 2026 (et Septembre 2025 pour Artemis II). Ce décalage résulte du temps nécessaire pour finaliser l’opérabilité du Starship. Ce vaisseau hors-normes doit effectuer son troisième test de vol orbital en février de cette année 2024 avec cette fois de bonnes chances de succès, c’est-à-dire de mise sur orbite à plus de 150 km d’altitude. Mais, en parallèle, depuis le deuxième test, des progrès importants ont été effectués dans la conception du vaisseau en vue de la préparation des missions lunaires. J’ai choisi de vous parler aujourd’hui des quatre qui me semblent les plus utiles : l’ascenseur, le positionnement des rétrofusées, le positionnement des panneaux solaires, la simplification des pieds.

*pour Artemis II le décalage a été décidé pour se donner le temps de résoudre un problème de batterie et un autre problème lié à un composant de circuit responsable de la ventilation de l’air et du contrôle de la température.

L’ascenseur

Le Starship (vaisseau) fait 50 mètres de hauteur. Le plancher du sas en bas de l’habitat se trouvera à 32 mètres de hauteur (au-dessus du réservoir de méthane liquide). Comme le vaisseau se posera à la verticale en surface de la Lune ou de Mars, le problème pour les astronautes ou pour les équipements embarqués, sera de descendre jusqu’au sol (et évidemment de remonter !). Il est à noter que la force de gravité qui s’exerce en surface de la Lune est de 1,6m/s2 et que l’arrivée sur le sol de toute masse depuis le sas se fera à la vitesse de 12,6m/s (45 km/h, ce qui est manifestement trop pour un corps humain (l’équivalent sur Terre d’une chute de 17 mètres). Le 28 décembre, SpaceX a testé un ascenseur qui sera utilisé pour la version lunaire, « HLS » (Human Landing System) du Starship (la « version 2 », celle qui doit être utilisée dans le cadre de la mission Artemis III).

Il est très important que son fonctionnement soit facile et « robuste » donc fiable car c’est le seul moyen qu’auront les astronautes pour sortir en EVA (ExtraVehicular Activities) sur le sol de la Lune. On pourrait imaginer un système de secours, une manivelle pour faire fonctionner l’ascenseur ou une échelle mais il est évident que ce serait un moyen très difficilement utilisable (monter une échelle de 32 mètres revêtu d’un scaphandre est probablement extrêmement périlleux).

La nacelle de l’ascenseur doit en principe être positionnée à l’intérieur du niveau le plus bas de la soute. Elle serait utilisable non seulement pour les passagers mais pour les équipements dont ils auront besoin au sol et parce qu’il semble difficile pour des raisons de sécurité de poser une porte à chacun des (3?) niveaux de la soute. Mais on ne sait pas encore quelle sera la solution définitive car l’alternative est un ascenseur à l’intérieur du vaisseau pour faire descendre les équipements au niveau de la porte et une perte de place pour l’ascenseur interne (à comparer avec la perte de place pour les sas supplémentaires).

Cette nacelle doit pouvoir être sortie sans qu’il soit nécessaire de dépressuriser l’ensemble de la soute, donc à l’intérieur d’un sas (sas au niveau le plus bas de la soute dans le cas d’un seul sas, autrement sas au niveau supérieur). A moins qu’il y ait un autre sas intérieur au vaisseau entre l’habitat et la soute mais cela compliquerait la circulation interne au vaisseau. La porte du sas sur le vide est évidemment dimensionnante, même si la nacelle pourrait éventuellement se déplier à l’extérieur. Elle ne peut pas être trop grande pour être contrôlable mais elle doit être aussi grande que possible pour descendre le maximum de volume de charge. NB : Il était prévu une seule porte et sans doute n’y en aura-t-il qu’une seule pour le HLS mais trois portes horizontales sont à l’étude (ouvrant vers l’extérieur et non vers l’intérieur) pour la version du vaisseau qui libérera de nouvelles grappes de satellites de la constellation Starlink (ou autres !). Sur les schémas communiqués pour le HLS, la surface de la nacelle est d’environ 2,2m x 2,2m (et le prototype actuel n’est pas dépliable).

Le test a porté sur les ouvertures de portes (vaisseau et nacelle), le déploiement des rampes permettant l’accès du vaisseau à la cabine une fois sortie et le fonctionnement des loquets la fixant temporairement au vaisseau, l’accès au sol (porte abattable verticalement pour descendre ou rouler les équipements). La nacelle doit être descendue par des câbles partant d’une poulie fixée à un palan (qui pourrait éventuellement descendre une charge sans ascenseur). Elle glisserait le long de rails incrustés dans la coque.

Simulation ascenseur, janvier 24, photo SpaceX

Le positionnement des rétrofusées

On était très inquiet des perturbations que pourraient causer au sol lunaire un gros vaisseau comme le Starship. En raison de la faible gravité en surface de la Lune, le poids du HLS sera faible par rapport à celui qu’il a en surface de la Terre. La masse sèche est de 100 tonnes mais le vaisseau peut embarquer 1200 tonnes d’ergols et il devra se poser sur la Lune avec la plus grosse partie de ces ergols puisqu’on en consommera plus pour en décoller que pour s’y poser (et qu’on n’en produira pas sur la Lune). Disons que la masse totale sera de 800 tonnes à l’atterrissage, ce qui fait un poids de 128 tonnes. Compte tenu de la faible densité du régolithe lunaire, il pourrait y avoir creusement du sol et déstabilisation du vaisseau lors des dernières dizaines de mètres de propulsion verticale. L’idée, que l’on peut qualifier de « géniale », est de disposer les rétropropulseurs en quatre batteries de six tout autour du vaisseau, juste en dessous de l’habitat (à une trentaine de mètres de hauteur) avec une orientation évidemment inclinées par rapport à la verticale. C’est l’équivalent du « sky-crane » pour les récents rovers déposés sur Mars. A noter que ces rétrofusées serviront non seulement à sustenter le vaisseau dans la phase finale du vol (les quelques dizaines de mètres évoquées) mais aussi à corriger l’attitude du vaisseau de façon à ce qu’il arrive bien vertical au sol. Les réacteurs assurant la propulsion ne seront coupés qu’au dernier moment possible (Le moteur raptor permet de réguler l’intensité du flux qu’il projette) mais nettement avant le contact.

Illustration David Willis, ThePrimalDino (remarquez que les pieds ont été depuis modifiés, voir ci-dessous)

Les panneaux solaires

L’énergie nécessaire à bord du vaisseau proviendra de panneaux solaires. Il était prévu sur les premières illustrations qu’ils se déploient comme deux éventails à partir de la base du vaisseau. La dernière version prévoit que quatre (ou cinq ?) plaques de panneaux rectangulaires s’ouvrent en corolle sur les quatre côtés, en partant de la même hauteur que les rétropropulseurs (en alternance avec eux). Ce positionnement (en haut plutôt qu’en bas) doit permettre une meilleure montée en altitude du vaisseau (aérodynamique) et un meilleur accès à la lumière solaire (une fois déployées puisqu’elles seront près du nez du vaisseau). A noter qu’il n’est pas prévu de tuiles thermiques car il s’agit du HLS. Ce vaisseau en effet partira de la Terre mais n’y reviendra pas. Il ne subira donc pas l’échauffement de la version du Starship V1 qui doit revenir à vitesse élevée dans l’atmosphère et qui a besoin de cette protection.

Panneaux solaires du HLS déployés, illustration David Willis, ThePrimalDino (avec nouvelle version des pieds)

Pieds (« jambes ») de la fusée

Elles sont toujours au nombre de quatre mais elles sont beaucoup plus petites et semblent fixées en place. Le projet initial les prévoyait plus grandes et rétractables. Cette nouvelle conception évitant que les jambes ne rentrent à l’intérieur du vaisseau, pourrait permettre de réduire la masse de l’ensemble, de maintenir la disponibilité totale du volume interne à ce niveau (moteurs) et bien sûr de faciliter la manœuvre qui doit être extrêmement rapide.

Illustration David Willis, ThePrimalDino

Les pessimistes et les moqueurs, tous ceux qui ont considérés Elon Musk comme un « dingue » et ils sont nombreux, (cf L’espace des fous de Philippe Lugherini qui vient de paraître) vont avoir droit dès le mois prochain à un nouveau spectacle à l’occasion duquel ils vont pouvoir « se lâcher » (lancement du vaisseau S28 sur son SuperHeavy B10 pour un troisième test de vol orbital). Nul doute qu’ils vont encore le critiquer et dire que l’entreprise est impossible. Ils l’ont déjà dit lors du premier test qui a occasionné la destruction de la plateforme de lancement et lors du second test qui a vu l’explosion en vol du lanceur (mais après qu’il ait libéré son vaisseau). La plateforme de lancement a été revue et le fameux « déluge » a parfaitement fonctionné lors du second test (il a même été considéré comme un peu trop puissant et il est en cours d’ajustement pour l’adapter au besoin). On sait aujourd’hui pourquoi l’explosion du lanceur est intervenue lors du second test (purge du solde d’oxygène disponible lors de l’amorçage de la descente, qui s’est enflammé) et cela sera corrigé car l’importance et le moment de la purge n’est pas structurelle (elle dépend évidemment de la quantité d’oxygène liquide embarquée – trop dans ce cas – et du moment choisi pour l’expulser). Cette fois-ci SpaceX tentera le rallumage des moteurs pour amorcer le retour dans l’atmosphère du S28 après son parcours en orbite et on surveillera le comportement des tuiles de protection thermique lors de la rentrée atmosphérique (test qui concerne la V1 du Starship, pas la V2 du HLS). Le bon fonctionnement de la triple porte cargo sera aussi testé (mais cela concerne le lancement des grappes de satellites de la constellation Starlink). Plus tard en 2024, on verra sans doute une tentative d’amarrage de vaisseau à vaisseau et un transfert d’ergols de l’un à l’autre. On sait que cela est très important puisque le remplissage des réservoirs en orbite est indispensable pour aller plus loin que l’orbite terrestre (Lune ou Mars).

Lors de son dernier discours, le 13 janvier, sur le site de Starbase à Boca-chica, Texas, Elon a déclaré « We will occupy Mars in 8 years ». Cela donne non seulement une vision mais un cap (je suis heureux que la date soit à peu près celle que j’estime moi-même, février 2034 pour l’arrivée du premier vaisseau habité sur Mars). Nous n’y sommes pas encore mais cela devient de plus en plus probable (même si Elon est toujours un peu optimiste). Par ailleurs il évoque une version V3 de son Starship qui pourrait placer 200 tonnes au lieu de 150 en orbite. Elle serait haute de 150 mètres. Décidemment Elon n’a pas « froid aux yeux » et c’est tant mieux pour nous tous, les Terriens.

Liens :

https://www.youtube.com/watch?v=-LtMDhfOPIE

https://www.space.com/nasa-astronauts-spacex-starship-elevator-test

https://www.nasa.gov/image-article/nasa-astronauts-test-spacex-elevator-concept-for-artemis-lunar-lander/

https://spaceexplored.com/2023/11/02/leaked-new-spacex-starship-hls-renders-show-a-much-more-refined-design/

https://www.youtube.com/watch?v=F1Y6MqRJ_Tw

https://i.stack.imgur.com/o8A53.jpg

Illustration de titre : Photo prise lors du dernier discours d’Elon Musk sur le site de Starbase à Bocca Chica le 13 janvier.

Problème avec la mission japonaise SLIM

L’atterrissage de la sonde SLIM sur la Lune a bien eu lieu ce 19 janvier mais l’alimentation en énergie par panneaux solaires ne fonctionne pas. Le 20 janvier à 11h00 on ne connaît pas la cause de cette défaillance majeure.

Sans énergie pas de communication possible avec la Terre et pas de fonctionnement possible des « rovers » LEV-1 et LEV-2. On sait qu’ils ont été libérés au sol mais on ne sait pas si l’énergie résiduelle à bord de la sonde lors de son atterrissage a permis une transmission quelconque. C’est très dommage compte tenu du caractère très innovateur de ces « engins ». (re)Lire mon article du 09/09/2023:

https://www.explorationspatiale-leblog.com/le-japon-fait-dune-pierre-deux-coup/

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Index L’appel de Mars 23 12 22

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27 Responses

  1. Bonjour Pierre Brisson
    Apres avoir re-decolle de la Lune Starship ramene l equipage vers le vaisseau Orion et que devient il ensuite?
    D autre part Starship ne serait il pas suffisant pour realiser l ensemble du trajet Terre-Lune aller sans passer par Orion ?

    1. Le Starship HLS n’est prévu que pour faire la navette entre le Lunar Gateway ou Orion et le sol de la Lune. Il ne peut pas revenir sur Terre car il n’a pas de protection thermique ni d’ailerons ou de plans canard pour se sustenter et se guider dans une atmosphère. Il pourrait revenir jusqu’à l’orbite terrestre (dans le cas d’Orion, il le fera) mais il devrait alors larguer une capsule contenant l’équipage (ce sera vraisemblablement la capsule Orion d’un SLS).
      .
      Bien sûr le Starship « normal » (V1) aurait été suffisant pour aller sur la Lune directement et revenir se poser sur Terre. Mais la NASA a voulu utiliser les services d’ULA et du SLS pour aller jusqu’au Gateway (puisque la capsule Orion ne pourrait pas remonter jusqu’à l’orbite lunaire une fois au sol de la Lune). SpaceX a répondu à un appel d’offres de la NASA en ce sens. La NASA n’a pas demandé à SpaceX de proposition pour tout faire. La NASA doit faire travailler un maximum de ses fournisseurs (et ne veut pas dépendre d’un seul).
      .
      Une fois son service effectué (éventuellement plusieurs fois), le HLS sera, au choix, envoyé se perdre dans l’espace profond, détruit dans l’atmosphère terrestre ou (plus vraisemblablement) retournera sur la Lune pour y servir éventuellement d’abri ou de stock d’équipements pour de futurs astronautes.

  2. A moins que les choses aient changé tout récemment, il n’est pas prévu qu’Artémis II utilise le Starship.

    1. Vous avez tout à fait raison! J’ai corrigé et je vous remercie.
      Le vol Artemis 2 sera simplement le vol Artemis 1 avec des astronautes à bord, donc un vol SLS avec capsule Orion.
      J’aurais dû faire plus attention mais j’étais concentré sur « mon » starship!

  3. Un sol de régolithe peut avoir plusieurs mètres d’épaisseur et est très meuble. Comment s’assurer qu’une fusée de 50 m de haut et pesant 128’000 kilogrammes-force (et avec un centre gravité probablement élevé) puisse se poser à la verticale et rester stable, sans s’enfoncer inégalement (et donc se renverser !), avec de si faibles « jambes », si resserrées près du corps, du moins telles qu’on les voit ici ? Je reste sceptique.

    1. Vous avez raison Monsieur de Reyff, le problème est délicat. Chez SpaceX on parle d’ailleurs de plus en plus du vol robotique qui doit précéder le vol habité qui se posera sur la Lune, afin de tester le bon fonctionnement de l’ensemble.
      .
      Je pense que la solution peut venir des patins sur lesquels seront posés les pieds. Dans la nouvelle version ils ont une surface aussi grande que dans la première. Il faudra calculer sérieusement s’il ne convient pas d’augmenter encore cette surface (qui doit bien sûr être tenue par des jambes suffisamment solides).
      .
      Par ailleurs le centre de gravité ne sera pas si haut qu’on peut le penser car les réservoirs d’ergols qui représentent de loin la masse la plus importante lors de l’atterrissage (sans doute 600 tonnes-masse), seront dans le bas du cylindre, et dans chacun des réservoirs, dans la partie basse du réservoir. De plus le réservoir de méthane est situé au dessus du réservoir d’oxygène et c’est le réservoir d’oxygène qui contiendra la masse la plus importante d’ergol puisque le ratio de combustion est de 3,6/1 (un moteur raptor a besoin de 3,6 tonnes d’oxygène pour brûler une tonne de méthane).

      1. Il est en effet souhaitable que l’on parle chez Space X du vol robotique devant précéder l’atterrissage habité, puisque c’est une obligation du contrat de 2021 et que, dans le dernier calendrier de la NASA, cette démonstration est prévue l’année prochaine.

        Or il y a démonstration et démonstration. Il est préoccupant qu’à une échéance aussi proche, ni la NASA ni Space X n’ait encore fourni la moindre information sur le contenu de celle-ci. Il est malheureusement à craindre qu’on en soit encore loin.

        1. Le plus important c’est que les tests fassent progresser le projet. Prochaine étape, celui de vol orbital en février. On ne peut pas donner de date sérieuse sans la progression test après test. Puisque le vol Artemis III est maintenant prévu pour Septembre 2026, ça laisse du temps. Et si Artemis III est encore reporté, disons à 2027, ce ne serait pas dramatique vu l’énorme avantage que peut donner aux Etats-Unis l’atterrissage d’un Starship sur la Lune.

  4. Permettez-moi d’insister !
    Je rappelle que le LEM (7 m de haut et 4,2 m de diamètre pour une masse de 15 tonnes) avait été équipé de 4 jambes pourvues de grandes semelles de 94 cm de diamètre, très largement écartées d’au moins 7 m environ les unes des autres, pour assurer la plus grande stabilité possible. La solution avec seulement 3 jambes avait été envisagées, mais finalement écartée, car, en cas de rupture d’une jambe, avec une chute latérale du LEM, c’en était fait de la vie des astronautes qui n’auraient plus pu repartir.
    Il y a donc deux aspects : la surface des semelles et leur écartement par rapport au corps de la fusée. L’une et l’autre me paraissent ici manifestement très sous-dimensionnés.

    1. Ce qui compte n’est en effet pas la position relative du centre de gravité par rapport à la hauteur totale de l’engin, mais le rapport entre hauteur de ce centre et surface du polygone de sustentation à la base.

      Pour ce qui est des dates (M. Pierre Brisson), je suis désolé, mais ce n’est pas ainsi que fonctionne l’industrie, notamment spatiale. Tout projet – offre, puis programme – y commence par la définition d’un calendrier prévisionnel engageant. On s’y donne des dates sérieuses car réfléchies, et ce avant le développement, puis maintenues pendant celui-ci. Il peut bien sûr y avoir des mises à jour, mais dûment justifiées, et pour de nouvelles dates également sérieuses. Le fait qu’il s’y trouve des techniques novatrices n’y change rien.

      Ici, le programme est nécessairement conduit de cette façon. Mais la communication vers l’extérieur est, elle, inacceptable. Dans le cas Space X, qui paye de sa poche l’essentiel de ses développements, après tout libre à lui de dire n’importe quoi (et aux internautes de le croire). Mais pour la NASA redevable devant les contribuables et le Congrès des budgets qui lui sont confiées, afficher des calendriers irréalistes est scandaleux. Et irresponsable, car ce n’est pas ainsi qu’on crée un soutien public à l’espace.

      Si le but n’est pas de retour prochain sur la Lune mais l’évaluation du Starship HLS (ce qui, je pense, est une raison de sa sélection), il faut le dire, en tout cas au moins au Congrès. En 2020, on savait très bien qu’il serait impossible de retourner sur la Lune avant 2028.

      1. Monsieur Baland,
        Vous avez évidemment raison de dire que « ce qui compte n’est pas la position relative du centre de gravité par rapport à la hauteur totale de l’engin mais le rapport entre hauteur de ce centre et surface du polygone de sustentation. » Mais je pense que la surface de ce polygone est à peu près la même (comme vous pouvez le constater sur la photo, le rapport entre l’écartement des pieds et le diamètre du vaisseau est à peu près le même). Ce qui change c’est le repliement des pieds qui ne se fait plus à l’intérieur du vaisseau mais à l’extérieur (contre le fuselage).
        .
        Pour ce qui est des dates, vous faites référence à l’industrie spatiale où le calendrier prévisionnel serait « engageant ». Non, il est « prévisionnel ». Je constate qu’Ariane-6 n’a pas été prête dans les délais. Je constate e aussi que le SLS a été très en retard. Il me semble normal, quand on veut mettre un prototype en fonction, que l’on donne une date possible mais sans engagement de respecter cette date qui ne peut être qu’indicative puisque la démonstration de faisabilité n’a pas encore été faite. C’est vrai de tous les grands projets où l’incertitude de faisabilité est grande. J’ai suivi pour ma banque le projet d’Eurotunnel et je peux vous rappeler que la circulation des trains à l’intérieur du tunnel n’a pas été possible dans les délais espéré (ni d’ailleurs pour le coût prévu). On fait au mieux mais on ne connaît par définition pas l’avenir et tous les problèmes que la faisabilité pourrait rencontrer. Par ailleurs, (1) SpaceX souffre moins de cette incertitude puisqu’elle fabrique elle-même la quasi-totalité des équipements dont elle a besoin ; (2) SpaceX n’a pas de concurrents qui soient plus avancés qu’elle pour retourner sur la Lune.

        1. Je suis désolé de le répéter mais, dans un contrat de l’industrie occidentale portant sur une fourniture, il y a toujours des délais et ils sont engageants. Quiconque a exercé des responsabilités industrielles le sait. On ne connait pas l’avenir mais on le modélise.

          Les délais « possibles » sans engagement n’existent que dans la recherche pure et dans la communication d’entreprise à l’intention des ignorants. C’est ainsi que la NASA semble nous traiter pour Artémis, ce qui était le seul objet de ma remarque.

          Le fait que certains programmes soient en retard (et d’autres à l’heure : Apollo par exemple) n’a rien à voir. Les mérites de Space X encore moins.

    2. Je comprends que vous insistiez car le problème est important.
      Je ne peux pas vous répondre sur la surface des semelles. Je pense qu’elle a été calculée en fonction du poids du vaisseau et de la densité probable du sol. Il serait étonnant qu’une estimation sérieuse n’ait pas été faite.
      Ceci dit, on pourrait peut-être augmenter la surface de la semelle sans pour autant revoir l’ensemble de la jambe.
      Affaire à suivre!

  5. Oui ces objections concernant les pieds paraissent fondees:personnellement j aurais prefere des jambes fixees a la moitie de la hauteur de starship et s ecartant beaucoup plus en position ouverte avec des semelles de grande surface, mais bon ca c est le pb des ingenieurs: ils sont les meilleurs specialistes.

    1. On n’a pas encore le schéma de circulation des fluides à l’intérieur du HLS qui conduira jusqu’aux rétropropulseurs. Le problème est évidemment la propulsion a un endroit qui n’était pas prévu. Il y a toujours un dispositif de propulsion pour maintenir l’attitude du vaisseau dans l’espace mais ce dispositif est toujours dans le bas du vaisseau, près de l’ensemble combustion/propulsion, pas au dessus des réservoirs.
      .
      Ici on est très loin des moteurs principaux et de la tuyauterie qui conduisent les fluides jusqu’aux moteurs. Ceci dit il y a de la place à l’intérieur du cylindre du vaisseau pour faire remonter cette tuyauterie et installer un dispositif de propulsion.

  6. Oui je vois mais toutefois cela egalement est typiquement un probleme d ingenieurs:je voulais simplement savoir si les groupes de retrofusees seront capables de fonctionner de maniere separee de facon a assurer un bon equilibre a l engin en train de se poser ?le tout surveille par voie informatique c est a dire automatique ?

    1. Oui les rétrofusées sont très maniables car leur fonction primaire est le contrôle d’attitude. Il s’agit de pouvoir stabiliser la fusée et de lui donner l’inclinaison que l’on veut par rapport à la direction de déplacement. Dans le cas du Starship il y a quatre groupes de rétrofusées et l’intensité de la propulsion de chacun des groupes et de chaque rétrofusée dans chaque groupe sera variable, comme l’arrivée du vent dans un instrument de musique.

    1. Non pas autant. La prise se fait à pleine main.
      Généralement la correction d’attitude se fait au niveau des moteurs de propulsion et dans ce cas on peut dire que c’est l’équivalent de tenir le manche à balai sur l’index. Mais ici, en couronne autour du premier tiers du vaisseau, la prise est bonne.

  7. Un vol robotique de préparation est plus que souhaitable. Et même un vol préalable en orbite uniquement avec des humains permettrait plus de réactivité, de tâtonnements pour s’adapter aux rectifications à apporter lors de la recherche du meilleur endroit d’envol soit à quelques mètres près soit carrément en cherchant une région plus éloignée. Certes on connaît bien les reliefs mais pas la fiabilité, la solidité, la résistance du sol. Notamment le régolithe a-t-il partout sur la lune ou mars la même épaisseur, la même densité? D’autre part, vu l’importance des volcans sur mars, n’y aurait-il pas quelque part une zone où la roche solide, dure et nue affleure après les balayages par les vents, au besoin en aplanissant à l’aide de machines voire d’explosif. Cela demanderait des déplacements des martionautes pour gagner ou quitter le lieu de résidence mais cela se ferait avec le dirigeable, un rover ou un appareil volant

    1. Le sol de Mars est très différent de celui de la Lune. En effet il y a eu de l’eau sur Mars, une atmosphère plus ou moins épaisse selon les époques et beaucoup de volcanisme jusqu’à une époque récente. Donc diagenese et métamorphisme.
      A contrario le sol de la Lune à été « labouré » par les impacts d’astéroïdes depuis toujours et il n’y à eu aucune transformation du sol ainsi bouleversé.
      Enfin différence majeure, la gravité lunaire est moitié moins forte que la gravité martienne. Le « tassement » du sol en fonction de cette force est bien moindre sur la Lune que sur Mars.
      Ceci dit il y a des endroits sur la Lune ou le sol est plus dur, celui des bassins d’impact les plus jeunes et les moins craterises. Mais ce n’est pas là du tout où doit se poser Artemis 3 mais sur des crêtes entre cratères d’impact au Pôle Sud de la Lune.

    1. Ils reprennent le concept des gonflables de Bigelow (qui a malheureusement fait faillite).
      Ils sont tout à fait souhaitables puisqu’ils permettront un volume viabilisé beaucoup plus important que le volume embarqué.
      A noter qu’ils pourraient être utilisés aussi bien au sol (Lune ou Mars) que dans l’espace.

      1. Bonjour Pierre Brisson
        cela devrait en outre amener a une economie de masse au decollage car le module non gonfle tient moins de place.Toutefois une fois le module gonfle il faudra l equiper.Reste a voir quelles consequences possibles apres un impact de micrometeorite: il ne faudrait pas que cela se transforme en conbinaison de « plongee » pour l equipage!
        En fait on doit pouvoir realiser un vaisseau spatial de cette maniere: un corps metallique un peu comme Starship avec quelques modules de ce type de chaque cote.

        1. Certes il faudra équiper le module gonflable une fois gonflé. Mais l’essentiel est que le volume complémentaire donnera plus d’espace aux astronautes. C’est important car un des plus gros problèmes pour chaque astronaute pendant un long voyage sera de supporter la promiscuité avec les autres astronautes.
          .
          Bien sûr dans l’espace il faut toujours des solutions de secours. Ces solutions c’est très souvent la redondance, pouvoir utiliser un autre équipement si celui qu’on utilise à un moment donné est défaillant. Donc en cas de micrométéorite, pouvoir changer de « bulle ».

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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