Comme tous les objets ou phénomènes spatiaux inhabituels, la comète ‘3I/Atlas’ (3ème objet interstellaire jamais observé) intrigue mais ce n’est pas une raison pour laisser son imagination s’envoler, et déduire que c’est un vaisseau spatial.
Les informations que l’on a sur elle sont limitées en raison de sa petite taille, de la distance à laquelle elle évolue et du peu de temps dont on a disposé et dont on disposera encore pour l’observer (elle ne fait que passer par chez nous !).
La taille est difficile à mesurer précisément car elle est enveloppée d’un halo gazeux qui estompe les limites solides de son noyau. Ceci dit, elle est estimée avoir une longueur de 320 à 5600 mètres avec une probabilité forte de moins de 1000 mètres. La distance minimum avec la Terre sera de 236 millions de km et elle devait approcher du Soleil (périhélie) à 209 millions de km (pour références la distance Terre-Mars varie de 56 à 400 millions de km et la distance Terre Soleil, l’unité astronomique, UA, est de 150 millions de km). Le périhélie a été atteint il y a trois jours, le 29 octobre. Elle était alors en opposition. Le temps dont on a disposé pour l’observer jusqu’à présent n’a été que d’environ 4 mois puisqu’elle a été découverte le 1er juillet 2025 (à 3,50 UA du Soleil) et il ne devrait guère être plus long à partir de maintenant sauf accélération par effet de fronde mais la distance au Soleil est trop grande pour générer une différence sensible. NB : à cause de sa proximité du Soleil on l’a ‘perdue de vue’ depuis le 21 octobre et on ne la reverra qu’après le 15 novembre.
Evidemment, la comparaison entre les phases éloignement et approche du Soleil sera importante pour mieux comprendre l’objet. Rappelons-nous que malheureusement ‘Oumouamoua n’avait été repéré qu’après son périhélie. Voici ce qu’on peut dire aujourd’hui de 3I/Atlas :
L’objet est très probablement extrasolaire car on a constaté, depuis qu’on a des traces de lui, qu’il a approché le Soleil sur une trajectoire hyperbolique. Cette trajectoire est due à une vitesse suffisante pour échapper à la capture gravitationnelle par le Soleil. Cela ne veut pas dire qu’il ne soit pas soumis à cette force mais celle-ci ne peut (à la distance à laquelle il s’approchera de notre astre) qu’incurver sa trajectoire (et non le capturer). Par rapport aux deux autres objets interstellaires déjà observés (1I/‘Oumouamoua et 2I/Borissov), 3I/Atlas est nettement plus rapide : 61 km/s contre 26,3 km/s pour ‘Oumouamoua et 30,7 km/s pour Borissov. A noter que cette vitesse n’est ‘rien’ par rapport aux 192 km/s de la sonde Parker (PSP) qui vient d’observer le Soleil au plus près (vitesse acquise après de multiples passages à proximité du Soleil), et que cette même vitesse est ‘moins que rien’ par rapport à la vitesse qui nous permettrait d’observer sur place le système planétaire le plus proche du nôtre (Proxima Centauri) dans un délai raisonnable (60.000 km/s envisagée). A noter aussi que la vitesse d’approche a été régulière ce qui implique qu’aucune intervention ‘à bord’ ne l’a accélérée ou ralentie.
L’objet 3I/Atlas apparaît comme une comète du fait des éjections de gaz à l’approche du Soleil. Ces éjections ont été constatées dès sa découverte en juillet 2025 mais bien sûr elles ont été de plus en plus importantes en raison de l’augmentation de la température résultant de l’approche du Soleil. Leurs irrégularités en abondance et en directions n’impliquent en rien ‘une intervention à bord’. Elles peuvent être expliquées par l’accès par la chaleur de couches différentes de la comète au fur et à mesure de la dégradation de la surface par ces éjections (et aussi de changements d’orientation).
Donc, à ce stade, 3I/Atlas bien qu’inhabituel n’est pas un objet extraordinaire et il sera de moins en moins inhabituel. Maintenant que nous avons des capacités d’observation suffisantes on verra beaucoup d’autres objets de ce type car notre système solaire n’est bien sûr pas isolé des autres systèmes stellaires ! Rappelons-nous que les vitesses varient entre les systèmes qui orbitent, comme le nôtre, le centre galactique, que leurs trajectoires peuvent s’approcher et interférer et que des catastrophes diverses peuvent survenir qui causent des éjections d’astéroïdes, de planétoïdes ou même de planètes. La nouveauté résulte de l’amélioration de nos capacités d’observation, et d’abord du développement de l’Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System (ATLAS). ATLAS est un système astronomique robotisé, optimisé pour détecter les plus petits objets géocroiseurs quelques semaines à quelques jours avant qu’ils impactent la Terre. Le système a été créé en 2015 mais sa capacité a été doublée en 2022, avec deux nouveaux télescopes dans l’hémisphère Sud. C’est heureux car c’est dans cette hémisphère que 3I/Atlas a été repéré. Ce repérage a été relativement tardif car l’approche s’est faite avec le bulbe galactique en fond d’image de nos moyens d’observation (or, comme on peut le comprendre, la surabondance de sources lumineuses gêne considérablement la distinction de chacune). Bien entendu plus la comète approche du Soleil plus son image a grossi en raison de la gazéification croissante de ses composants (chaleur croissante). Dans ce cas, l’éjection de gaz a commencé dès une distance de 6.4 UA (après la première observation de 3I/Atlas à 3,50 UA, on a pu remonter sur ses traces avant le 1er juillet) ce qui d’ailleurs a permis d’en déduire la présence de certains éléments plus volatiles que d’autres.
Après le repérage, l’objet a été observé ‘avec de meilleures lunettes’ (caméras et spectrographes) par le JWST et le VLT puis par une multitude d’autres appareils (plus d’une centaine). Il ressort de ces observations qu’il contient de petites quantités de glace d’eau et beaucoup de glace d’autres ‘volatiles’, de monoxyde de carbone, de sulfure de carbonyle, de cyanure et de nickel, à des concentrations similaires à celles observées dans d’autres comètes du Système solaire. Son originalité est d’être exceptionnellement riche en dioxyde de carbone mais la présence de cette molécule n’est pas inusuelle dans les comètes.
Il est également intéressant de noter que son observation télémétrique par l’observatoire de Tenerife a permis de constater une rotation d’environ 8 heures et une variation d’amplitude de luminosité compatible avec un noyau allongé (comme celui d’Oumouamoua). Par ailleurs, il se déplace dans notre plan de l’écliptique (alors que les autres systèmes ont leur propre écliptique). Enfin, on n’a pas observé la présence de fer (ce qui est exceptionnel) mais on a constaté la présence de nickel, notamment de Ni(CO)4 (tétracarbonyle de nickel), molécule qui n’a jamais été observée à l’état naturel. C’est sur ces particularités que s’appuie Avi Loeb (Université de Harvard) pour émettre l’opinion qu’il pourrait s’agir d’un objet artificiel. A noter cependant que la carbonylation du nickel est utilisée sur Terre (depuis 1890) dans le processus d’épuration du nickel et qu’elle est facilitée par l’absence de fer (elle nécessite alors pression et chaleur).
On va faire tout ce qu’on peut pour mieux examiner 3I/Atlas après son périhélie. Nos divers observatoires pourront nous dire d’abord tout simplement comment a évolué la vitesse au passage du périhélie (ce qui introduira beaucoup de déductions). Par ailleurs, les sondes HERA (25 Octobre – 1er Novembre) et Europa Clipper (30 Octobre – 6 Novembre) vont passer dans la queue ionique de la comète et pourront en analyser la composition. Elle est déjà passée (le 3 octobre) ‘près’ de la planète Mars (30 millions de km !) et elle a été observée par MRO. Certains ont regretté à cette occasion que les données collectées n’aient pu être diffusées en raison de la coupure des budgets scientifiques de la NASA. Mais de toute façon la distance de 3I/Atlas était quand même très/trop importante pour les moyens d’observation d’une sonde équipée pour observer la planète depuis quelques centaines de km (l’orbite de MRO varie de 255 à 320 km d’altitude) !
Cela met en évidence l’intérêt que nous aurions à installer des télescopes sur Mars dès que cela sera possible, en complément de ceux que nous avons sur Terre ou dans l’Espace. A noter que dans cet esprit, la faible gravité martienne devrait nous permettre d’édifier des télescopes beaucoup plus puissants que sur Terre et que dans l’Espace. On pourrait utiliser la technologie des miroirs segmentés, régulièrement employés maintenant pour les grands télescopes terrestres, en les produisant sur Terre puis les transportant par Starship sur Mars. Rappelons-nous que l’objectif d’Elon Musk est de produire un millier de ces vaisseaux par an (cela semble beaucoup mais en tout cas, ils seront nombreux et le coût de transport sera ainsi abaissé).
Pour le moment, réjouissons-nous de l’observation de ces ‘visiteurs’ qui nous permettent des comparaisons avec d’autres systèmes stellaires que le nôtre (composition chimique et proportion des éléments). Mais n’allons pas chercher sans réflexion et étude suffisantes des explications de science-fiction. Les extraterrestres, s’ils existent, ne vont pas envoyer pour nous découvrir des vaisseaux qui se déplacent à moins de 200 km/s. Il faut se représenter qu’à une telle vitesse il faudrait quelques 6345 ans pour venir de Proxima Centauri, notre plus proche voisine. Le moins que l’on puisse dire c’est que pour des êtres intelligents comme des êtres humains, la vie dans un vaisseau de moins de 1 km de longueur, ne serait pas réaliste sur une telle durée…à moins que ces êtres soient des insectes. Mais ces insectes se souviendraient-ils du motif de leur voyage en arrivant chez nous (ceci dit pour insister sur l’absurdité de l’hypothèse vaisseau spatial).
Prochaines informations sur le sujet, fin Novembre !
Liens :
https://en.wikipedia.org/wiki/3I/ATLAS
illustration de titre: photo prise par le GMOS (Gemini Multi-Object Spectrograph) sur le télescope Gemini Sud, situé à Cerro Pachón au Chili.
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5 réponses
Bonjour Pierre Brisson
En fait l anomalie majeure est ce probleme FER/NICKEL que GEMINI vient de m expliquer: assez loin du soleil le nickel se sublime grace a sa forme tetracarbonyle tres volatile mais en se rapprochant du soleil le fer est apparu dans des proportions normales . Par ailleurs FER et NICKEL se forment en meme temps dans le coeur des etoiles et sont liberes los des explosions de supernovae. Donc il n existe pas d anomalies notoires : nous sommes en presence d une superbe comete intersiderale provenant des regions plus centrales de notre galaxie. POUR ce qui est des extraterrestres « vivants » si jose dire nous ne sommes pas pres d en rencontrer compte tenu des distances colossales des vitesses et de la duree de vie des organismes vivants y compris les insectes; Tout ce que l on pourrait voir debarquer un jour serait plutot une NEF INTELLIGENTE…
Il est intéressant de remarquer que le plan de l’orbite de cette comète est très proche de celui de l’écliptique (plan de l’orbite de la Terre autour su Soleil), à moins de 5° d’inclinaison. Mais, comme elle parcourt une orbite rétrograde (donc dans le sens des aiguilles d’une montre), l’angle d’inclinaison est bien de 175°. Sauf information contraire, c’est une pure coïncidence que cette orbite soit quasiment dans le plan de l’écliptique.
C’est l’occasion de préciser quelques éléments d’astronomie. Toutes les planètes ont un mouvement orbital dans le sens direct, ou prograde (donc opposé au sens des aiguilles d’une montre, vu depuis le pôle positif, ou nord, du Système solaire). Seuls certains petits satellites des planètes supérieures ont une orbite rétrograde, comme objets capturés. Mais Triton, lui aussi sur une orbite rétrograde autour de Neptune parcourue en moins de 6 jours, comme objet capturé par Neptune à partir de la Ceinture de Kuiper, est, de ce fait, en train de se rapprocher de sa planète, alors que la Lune, comme tous les autres gros satellites par rapport à leur planète, s’éloigne inéluctablement de la Terre (3,8 cm par an !). Phobos, une lune de Mars, bien que sur une orbite prograde normale, se rapproche aussi de sa planète (1,8 cm par an), car sa période est plus courte (orbite dite sous-synchrone) que celle de la rotation de sa planète (7 h 39 contre 24 h 37).
Ainsi, la Lune était à 150’000 km plus proche de la Terre il y a 4 milliards d’années. Le mois lunaire durait alors seulement 12 de nos jours, mais comme la Terre tournait alors sur elle-même aussi bien plus vite (2,4 fois), en seulement 10 de nos heures, le mois lunaire durait aussi environ 29 jours d’alors. La durée de l’année sidérale (révolution de la Terre autour du Soleil) n’ayant quasiment pas changé, il y avait alors 877 jours d’alors et donc 30 mois lunaires par an.
Bonjour : la cela va etre completement hors sujet mais c est important; L energie noire n existerait pas et l univers serait en train sinon de se contracter du moins de stabiliser son expension!!! 99.9999999 pour cent de chances que cela soit realite! c est un pilier de la cosmologie qui vacille! Ces donnees poroviennent de l observation des SN TYPE 1 A DONT la luminosite depend de l age des etoiles progenitrices ….
Très intéressant !
Lire ici le papier original paru jeudi :
https://academic.oup.com/mnras/article/544/1/975/8281988
À première vue, avant d’envisager les conséquences cosmologiques révolutionnaires annoncées, cette nouvelle hypothèse d’un effet de l’âge du progéniteur sur la luminosité absolue d’une SN de type 1A, remet en cause le fait pourtant avéré que toute SN de ce type atteint une magnitude absolue de -19,3, soit cinq milliards de fois celle du Soleil, et cela avec très peu de variations, et que les courbes de décroissance dans le temps sont aussi toutes très similaires expérimentalement. Donc à suivre !
oui c est vraiment bizarre :du coup je suis en train de » reviser » tout l affaire depuis le debut et toute l evolution des differents modeles qui se sont succedes; mais la les astrophysiciens qui ont decouvert l acceleration ont eu le prix Nobel et on risque plus tard de refaire un prix Nobel pour la meme decouverte mais « inversee »! ceci dit beaucoup de verifications sont a faire!