Ce 16 janvier 2025 à 08h03 (heure Europe Occidentale), La fusée « New Glenn 1 », « NG-1 », de Blue Origin, société de Jeff Bezos, a décollé de Cap Canaveral. A 08h16 elle était placée sur orbite. C’était l’objectif principal que s’était fixé la société pour ce premier lancement. On ne peut donc que la féliciter de l’avoir atteint. Mais cet exploit met aussi en évidence les différences entre le New-Glenn et le Starship et entre leurs propriétaires. Selon que l’on soit passionné ou réaliste, les ambitions de Jeff Bezos sembleront plus modestes, ou plus raisonnables que celles d’Elon Musk. La compétition entre les deux est entré dans une phase active même si les objectifs ne sont pas tout à fait les mêmes.
Le Vol du NG-1 :
Le vol s’est déroulé (presque) parfaitement. Après une annulation de départ le 13 janvier en raison d’un petit problème de refroidissement dans une canalisation de secondaire et à nouveau un petit décalage dans l’heure de départ aujourd’hui, 16 janvier, en raison de intrusion d’un bateau dans la zone maritime interdite.
La mise à feu des 7 moteurs « S4 » a eu lieu à 08h03 puis la suite s’est déroulée de façon impeccable sauf le retour du lanceur réutilisable : Décollage (« T »), passage à MaxQ (Maximum dynamic pressure) après 01 min 50 sec de vol ; Arrêt des moteurs (« MECO ») du premier étage (« GS1 ») à 03’10’’ ; séparation du second étage (« GS2 ») ; deux secondes plus tard, mise à feu du second étage ; en même temps retour de GS1 vers le sol (la barge Jacqueline, en mer); franchissement de la ligne Karman par GS2 (entrée officielle dans l’espace à 100 km d’altitude) à 03’38’’ ; A T+4 min, la coiffe au sommet de GS2 s’ouvre et la charge utile est exposée à l’espace. Elle n’est pas libérée mais il n’était pas prévu qu’elle le soit ; Le lanceur descend sans problème presque jusqu’à l’océan à vitesse réduite mais n’atteint pas la barge « Jacklyn » qui l’attend (Jacklyn est le nom de la mère de Jeff Bezos, co-fondatrice de la Bezos Family Foundation). C’est un échec partiel de ce côté-ci. Mais le GS2 continue sa course et atteint une altitude de 127 miles (204 km). A T+12’53’’ il atteint une vitesse de 17918 miles à l’heure (28.830 km). Son altitude est redescendue à 101 miles (162 km) mais il peut couper ses moteurs car la vitesse acquise lui permet un vol orbital. Il doit le continuer pendant 05h50.
Ce vol constitue donc une belle performance pour un premier essai mais on peut souligner quelques points faibles :
L’altitude de l’orbite, pour commencer, est une altitude très basse (l’ISS évolue à environ 400 km), non soutenable en raison d’un reste d’atmosphère qui du fait du freinage par frottement qu’elle occasionne, obligerait, si on voulait rester à cette altitude, à relancer sans cesse la poussée. Pour cette raison on place très peu de satellites en dessous de 300 km. Ce n’est donc qu’une altitude de démonstration. Pour mémoire, lors de l’IFT5 le Starship avait effectué sa croisière de haute altitude à 190 km à une vitesse de 26.500 km/h. La vitesse était non orbitale par choix car SpaceX voulait précisément maîtriser la retombée du vaisseau au large de l’Australie.
Le NG-1 aussi bien que son lanceur sont plus petits que le Starship : 98 mètres tout compris au lieu de 124,4 (actuellement) ; 7 mètres de diamètre au lieu de 9 (actuellement). La poussée au décollage est de 1700 tonnes contre 7750 tonnes pour le Starship Block 1.
La charge utile en orbite basse est limitée à 45 tonnes au lieu de 150.
Par ailleurs il n’est pas question de parler de protection thermique du vaisseau puisque le NG-1 ne porte pas de vaisseau spatial conçu pour revenir sur Terre.
NB : Les deux lanceurs utilisent comme ergols du méthane brûlant dans de l’oxygène. Il n’y a donc pas de différence sur ce point. Mais le second étage du NG-1 utilise de l’hydrogène brûlant dans l’oxygène.
Enfin on peut dire que les intentions de Jeff Bezos sont plus modestes que celles d’Elon Musk, l’objectif n’est pas Mars (du moins pour l’instant) et la Lune n’est mentionné que fugitivement. Pour Jeff Bezos l’objectif c’est l’espace immédiat, pour sa constellation Kuiper et plus généralement l’espace pour la Terre. Deux expressions résument la différence d’approche. Pour Elon Musk (et la Mars Society) : « On to Mars » ! Pour Jeff Bezos “gradatim ferociter” (“étape par étape, férocement”)
On attend la suite. Et pour commencer le vol IFT7 de SpaceX, ce soir, 16 janvier.
Illustration de titre : Une des dernières photos précises du GS1. A T+50 secondes, les 7 moteurs donnaient leur pleine force (capture d’écran Blue Origin).
https://www.theweeklyspaceman.com/articles/new-glenn-flight-one-the-ultimate-overview
https://www.blueorigin.com/news/new-glenn-ng-1-mission
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5 réponses
Pour ceux que cela intéresse, une intéressante comparaison détaillée des deux engins spatiaux, « New Glenn ».and « Starship » (rédigée avant le vol inaugural réussi de ce jour de la New Glenn):
https://spaceinsider.tech/2025/01/10/new-glenn-vs-starship-a-detailed-comparison-in-2025/
En attendant le 7ème vol-test du Starship ce soir, décidément un jour faste pour l’astronautique ce 16 janvier 2025; ce n’est quand même pas courant d’avoir deux lancements majeurs le même jour! 🙂
Enfin, un peu de concurrence !
Superbe juste un peu dommage pour l atterrissage du premier etage!
La diversité des approches du problème spatial est forcément une bonne chose: stimulation et encouragement. Mille bravos à Bezos! Mais à quoi attribuez-vous l’indifférence de l’Europe dans ce domaine? Inertie? Inconscience de la nécessité du spatial? manque de coopérations? mauvaise organisation des industries? Outre le prestige qu’apporteraient quelques succès des lanceurs avec la conquête de nouveaux clients pour les satellites civils voire militaires, les progrès de la créativité scientifique, des connaissances il faudrait répéter toutes les argumentations que ce blog a énoncées précédemment en faveur de la conquête de Mars. Sans cela on va tourner en rond sur la petite boule, faire comme les rats enfermés dans un espace restreint qui finissent par se détruire comme le montre une célèbre expérience de psychologue. L’Europe! L’Europe! L’Europe!… ou l’endormissement fatal!
Comme vous, je regrette la « frilosité » de l’Europe, qui aurait pourtant tout-à-fait la capacité d’être à la pointe dans le domaine spatial. Mais c’est clair qu’il est nettement plus difficile de mettre 22 états d’accord sur des objectifs à atteindre (et leur financement!) qu’une seule entreprise ou un pays unique (et plus facile encore quand il s’agit d’un pays avec un gouvernement « autoritaire »!).
On retrouve ici le problème que ce qui pêche sur notre continent n’est pas qu’il y a trop d’Europe, mais bien qu’il n’y en a pas assez. Dans un monde dominé par quelques grands empires, aux appétits dévorants de plus en plus manifestes, il serait temps que l’Europe se dote, à tous les niveaux, de structures de gouvernement et de décisions plus « intégrées » et efficaces!