Exploration spatiale - le blog de Pierre Brisson

Ces derniers temps, étant privé d’ordinateur donc de possibilité de lecture du fait de mon opération de la cataracte, je réfléchissais à ce qui me différenciait de mes contemporains. Personnellement je me moque totalement de savoir quelle voiture je pourrais acheter ou quelle montre je pourrais mettre à mon poignet, ou encore de savoir qui a gagné le dernier match de football mais je me précipite sur les dernières recherches publiées partout dans le monde, pour en savoir juste un peu plus sur l’Univers que ce que j’en sais déjà. Mon intérêt pour l’exploration spatiale n’est à l’évidence pas partagé par tous, même si le nombre de mes lecteurs montre que je ne suis pas seul. Il est évident que certains se préoccupent davantage d’« ici et maintenant » tandis que d’autres se passionnent davantage pour les grands problèmes de l’humanité.

Il faut être nuancé. Sans doute tous les hommes ont potentiellement les mêmes gammes de pulsions sinon le même potentiel. Mais chez certains la pulsion du « fondamental » est plus forte que chez d’autres. Je ne suis évidemment pas le premier à faire le constat (voir le magnifique poème L’albatros de Baudelaire) et je ne critique pas ceux qui font un autre choix que le mien. Il ne s’agit d’ailleurs sans doute pas d’un choix mais je pense plutôt d’un état d’esprit, d’une prédisposition, peut-être génétique, de l’intellect, qui oriente un être humain dans une trajectoire mentale plutôt que dans une autre.

Je sais bien qu’il n’est pas facile de consacrer toute sa vie à ses rêves et à ses passions. « Il faut bien vivre ». Mais il ne faut pas mettre tout sur le compte de la pression de la nécessité. Passionné depuis ma prime adolescence par la « géographie physique » (qu’on appellerait aujourd’hui « planétologie »), j’ai moi-même été banquier après avoir fait des études de sciences économiques par refus de m’enfermer dans ma passion et pour tenter « autre chose » que ce à quoi j’étais prédisposé. Ceci dit, je ne regrette pas de m’être plongé dans la vie de tous les jours. Je m’y trouvais un peu comme l’albatros mentionné ci-dessus, maladroit au début, mais ayant commencé jeune, j’ai pu, dans une certaine mesure, m’adapter et acquérir ainsi une expérience et un sens du réel qui me servent toujours aujourd’hui.

J’ai, en quelque sorte, « appris à marcher en contrôlant mes ailes », tout en aiguisant mon intellect au contact du réel le plus varié et le plus dur possible. L’analyse de risques sur contreparties, entreprises, projets ou particuliers, qui était ma spécialité, est une spéculation sur l’avenir à partir d’un présent extrêmement complexe, comptable et financier mais aussi technologique et psychologique, d’intentions qui sont difficiles à déchiffrer dans un contexte évolutif dans lequel interviennent une multitude de facteurs (aujourd’hui par exemple, la guerre). Il faut sans cesse estimer et déduire à partir d’un réel qui malgré tous les efforts possibles, reste flou, et concourir à la décision. Il y a des dossiers « solides » ou « carrés » mais les emprunteurs ne font pas souvent part de leurs difficultés. Il leur arrive de les dissimuler, s’ils ne se trompent par excès d’optimisme et, de toute façon, ils ne connaissent pas l’avenir. Heureusement certains « voient juste » ou d’autres ont simplement « de la chance ». Quoi qu’il en soit, il vaut mieux pour le banquier, ne pas se tromper dans la compréhension des différentes technologies employées ou des différentes situations et malgré les stratégies variées d’évitement ou simplement les omissions involontaires des interlocuteurs, car les conséquences peuvent être très lourdes, en pertes (les rémunérations sur risques pris, sont très rarement supérieures à 1% du capital engagé) ou en gains (il faut bien gagner de l’argent pour continuer à rémunérer l’établissement et à prêter).

J’aime à penser qu’Henri le Navigateur, ce prince portugais qui a précédé les Grandes-découvertes devait être dans le même « état d’esprit » que moi quand il contemplait l’Océan immense depuis son rocher de Sagres en cherchant à le comprendre. Dans mon contexte personnel, j’avais au mur de mon bureau une grande carte de la National Geographic Society montrant notre ciel et l’Espace dans une succession vertigineuse d’agrandissements, depuis notre système solaire interne jusqu’à notre groupe local de galaxies. Et cette carte, toujours dans le coin de mon œil, me permettait de « garder les choses en perspectives ».

Finalement c’est lorsqu’il prend sa retraite que l’homme qui a suivi un parcours tel que le mien se retrouve ou se découvre et peut s’épanouir enfin pleinement, construisant sur l’acquis pour aller encore plus loin, comme le pilote d’une fusée qui a brûlé son premier étage et qui allume le second pour se mettre sur la trajectoire qui l’enverra vers sa destination finale (qu’il n’atteindra peut-être jamais, mais enfin il est parti). A ce moment de la vie, le temps qui reste est par définition court et il s’agit de l’utiliser en fonction de ce qu’on est soi-même, profondément. J’ai des amis qui se sont arrêtés parce qu’ils étaient atteints par la milite d’âge, et ne s’en sont jamais remis. Ils étaient banquiers avant tout et ne savaient pas être autre chose. La retraite a été pour eux l’entrée dans l’oisiveté et le néant. D’autres, comme moi, ont tourné la dernière page de cette première vie et sont entrés dans un nouveau livre qu’il s’agissait d’écrire avec toute la richesse mentale accumulée par l’expérience. Encore à ce niveau, certains ont préféré « rester dans la finance », achetant et vendant des actions pour eux-mêmes ou devenant conseiller financier pour d’autres ; d’autres sont partis vers la spiritualité ou bien le grand large pour tenter de comprendre ce monde étrange et merveilleux qu’est le nôtre. J’ai l’immense satisfaction de faire partie de ces derniers mais je ne jette aucune pierre aux autres. Chacun fait selon ses besoins et selon ses moyens. Notre diversité fait la beauté de l’être humain.

Bien entendu, en parallèle, d’autres encore ont cultivé leur passion toute leur vie. Ils ont suivi le cursus universitaire « normal » et sont devenus astrophysiciens, ce que j’aurais voulu faire et que j’aurais fait si je n’avais pas craint de m’enfermer dans mon propre univers. Ils sont sans doute animés du même état d’esprit que moi. Mais finalement je ne regrette pas mon parcours « freelance » hétérogène. Il m’a permis de voir la science, leur science et ma science, dans un contexte enrichi d’une autre dimension et donc de la conscience du caractère humain, du terreau, dans lequel elle se développe. Je pense en fin de compte que « c’est un plus » car dans ce domaine et dans cette perspective, le généraliste a un avantage sur les spécialistes pourvu que le généraliste puisse suffisamment comprendre ce que font les spécialistes.

Illustration de titre :  Programme Aurora (ESA), crédit ESA et Pierre Carril. Je reprends encore une fois cette illustration que j’aime beaucoup car pour moi elle illustre parfaitement cet état d’esprit dont je parle. Elle est porteuse avec une force inouïe, de l’imagination et du « rêve d’ailleurs ». Elle a été commandée à Pierre Carril par l’ESA à l’époque du lancement du programme Aurora (aujourd’hui semble-t-il, hélas, bien oublié !). Pierre Carril dont les dessins sont toujours extrêmement rigoureux et porteurs de sens, est l’un des meilleurs illustrateurs scientifiques se consacrant à l’espace. 

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Index L’appel de Mars 22 04 02

19 réponses

  1. On aurait bien tort de considérer que les voyages spatiaux ne sont pas à ranger parmi les « grands problèmes de l’humanité ». Je n’ose imaginer ce que serait l’Europe, l’Eurasie si on n’allait jamais en Amérique. Un grouillement de pays en feu, dévastés par les haines, les jalousies, les orgueils autodestructeurs, les aveuglements égocentriques solipsistes et sans perspective. Une éternité de guerres et d’immobilisme des connaissances! Oui, aller dans l’espace coûte cher (aïe, mes impôts!), tue des astronautes, semble présenter des défis totalement insurmontables. Mais voyons le côté positif: tout challenge est une énigme qui stimule la créativité et les inventions nouvelles, génère l’envie d’un nouveau monde d’idées et de conforts. Allez! sortons le vieux poncif: « ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort ». Plus fort, c’est bien le mot: acquérir plus de connaissances, émettre des idées hors de portée des somnolents, rêver à de nouvelles richesses, à des raisons de vivre inimaginables, stimuler la torpeur si chère aux sédentaires, donner plus de puissance à l’espèce humaine, au vivant. Se confronter ou s’enrichir au contact de vies lointaines s’il en existe. « L’esprit s’allume à l’esprit ». Et éviter des catastrophes parce que recevoir une météorite de 10 km de diamètre sur le museau, c’est pour demain. Etre envahi par un virus exterminateur, sans vaccin ni antidote, oserez-vous penser que cela n’arrivera pas, crée par l’homme ou la nature? Ne rien faire est suicidaire, il faut accentuer toutes les recherches scientifiques! Les lions qui dorment rencontrent vite leur tueur, monsieur Hawking. Enfin, croyez-vous que cette chère bombe atomique restera au hangar pour des millénaires? Allons donc! Vous avez entendu parler de la roulette russe? Un coup d’oeil à votre télé! Un jour, quelqu’un sera titillé par l’envie de se croire le puissant ou sera suffisamment désespéré. Il faut multiplier les chances de survie pour l’espèce humaine par des bases dans l’espace, c’est l’essentiel. Il y a deux sortes de scientifiques: ceux qui mettent en évidence ce qui existe déjà (les découvreurs) et ceux qui créent des machines vitales, des substances nouvelles qui rendent l’humanité plus forte. « Eris sicut Dei! » p’têt ben quand même, Eve! Notre vieille terre sera un jour invivable, ce serait intéressant d’avoir une solution de rechange ou une station totalement artificielle. « Intéressant » non! indispensable ce jour-là! De toute façon, ça fait des millions d’années qu’on pense aux étoiles. Le voyage interstellaire se fera. On y pense trop! Il y a ceux qui disent que la science a causé bien du mal et qu’elle nous détruit. Il y a ceux qui préfèrent dormir. Il y a ceux qui se lamentent. Mais bouger, changer est dans la définition même du vivant! Au point de vue individuel, je regrette comme vous de ne pas être plus proche de la recherche spatiale. Mais la vie ne se passe pas toujours comme on le voudrait.

    1. « L’espace coûte cher, aïe mes impôts ?.. » Vous faites erreur, nous ne payons rien sur nos impôts pour l’aménagement des voies spatiales, mais seulement pour les pistes cyclables, les blocs de béton, et les pots de fleurs géants posés sur nos trajets que l’on rêvait il y a soixante ans de faire en fauteuil volant !

      1. Je vous signale à tout hasard, un article que je viens d’écrire pour le journal contrepoints.org sur le premier vol privé vers l’ISS organisé par la société Axiom. Ce vol est intéressant car il marque l’autonomisation de l’utilisation de l’espace. A partir du moment où les utilisateurs paieront (quel que soit le prix) les Etats n’auront plus à le faire et plus personne ne pourra se plaindre de l’impact sur les impôts.

    2. On est bien d’accord!
      J’aime votre image de la roulette russe. Certaines personnes croient que c’est impossible mais il arrive que le hasard ou la folie des hommes soit/puisse être dévastatrice.

  2. J’admire et partage totalement la passion de Monsieur Brisson pour l’exploration spatiale, qui permet à l’être humain d’aller aux limites de ses possibilités; il n’est en effet pas seul. Même si j’ai suivi un parcours professionnel différent du sien, c’est aussi dès l’enfance que je me suis passionné pour le domaine spatial alors naissant (j’avais 11 ans lorsque les « bin-bip » de Spoutnik 1 ont suscité dans le monde une émotion que ceux qui n’ont pas vécu cet événement ont de la peine à imaginer aujourd’hui). Ce premier exploit spatial et ceux qui ont suivi, le vol de Gagarine en particulier, n’ont pas été pour rien dans le choix de mon orientation professionnelle vers le domaine de l’ingénierie, et plus spécifiquement la science nucléaire, jeune elle-aussi à l’époque, parce que je pensais que, outre son intérêt plus général comme nouvelle source d’énergie, elle jouerait un rôle clé dans l’exploration spatiale. Cette perspective ne s’est pas vraiment concrétisée jusqu’ici, mais je reste persuadé que l’on n’ira pas très loin dans l’exploration humaine de la Lune et de Mars en particulier, et a fortiori plus loin encore dans l’espace, sans recourir à ce type d’énergie. Les possibilités des ergols chimiques sont trop limitées pour permettre autre chose que des missions ponctuelles et restreintes vers ces objectifs lointains.
    Bien sûr, comme le fait aussi remarquer Monsieur Brisson, il ne faut pas laisser ses passions occulter toute autres considérations. Surtout dans les temps difficiles que nous vivons, il y a évidemment des causes plus immédiates auxquelles ils faut s’attaquer. Mais on ne peut pas vivre en ne s’intéressant uniquement qu’aux questions immédiates et « terre-à-terre ». L’être humain a besoin de passions qui l’élèvent au-dessus du quotidien. Pour certains, ce seront des exploits sportifs, pour d’autres des événements artistiques, … et pour d’autres le rêve de voir l’Humanité quitter son berceau terrestre comme le disait Tsiolkovsky, pionnier russe de l’astronautique (passions qui ne s’excluent pas forcément les unes les autres d’ailleurs, fort heureusement); il faut de tout pour faire un monde … ou des mondes!

    1. Cent fois d’accord pour le recours à l’énergie nucléaire. Elle fait aujourd’hui l’objet d’un ostracisme religieux mais j’espère qu’on s’en libérera très vite. Il le faut pour notre environnement terrestre et pour notre développement dans l’espace. Nous devons faire tout ce qu’il nous est possible de faire.

  3. Intéressant de lire ces parcours biographiques tourné vers les astres !
    Comme contributeur régulier à ce blog, je me dois aussi de me découvrir un peu…

    Mes souvenirs frappants dans le domaine de l’astronomie et de l’astronautique remontent à deux événements : les bip-bip de Sputnik I en 1957 et l’éclipse quasi totale de soleil du 15 février 1961 au lever du jour, avec un soleil déjà fortement éclipsé sortant des montagnes dans un ciel limpide. C’était aussi la première fois que la TV transmettait (encore en noir et blanc) en Eurovision une éclipse en direct depuis trois sites, au sud de la France, en Italie du Nord et en Croatie, alors en Yougoslavie. On avait donc pu vivre trois fois la totalité !
    Ensuite je me suis construit une première petite lunette, guère plus performante que celle de Galilée, mais qui m’a fait (re)faire les mêmes découvertes : surface lunaire, phases de Vénus, satellites de Jupiter, anneaux de Saturne… L’un de mes tout premiers ouvrage d’astronomie a été celui d’Evry Schatzman, « L’Astronomie », une vraie bible de 1834 pages, parue en 1962 dans la collection de l’Encyclopédie de La Pléiade, que j’ai reçue de mon père en août 1963 après mon premier bac (à l’époque on passait son bac en deux étapes séparées de deux ans de lycée !). J’y reviens d’ailleurs souvent. J’ai ensuite étudié la chimie à la faculté des sciences de l’Université de Fribourg. J’aurais sans doute « fait » l’astronomie si un tel institut s’y était trouvé. Néanmoins, il y avait eu au Département de physique un cours de « physique des étoiles », donné par un professeur invité, spécialiste des plasmas, cours que j’ai suivi avec enthousiasme. Depuis ma retraite, énergétique, astrophysique et cosmologie continuent de me passionner, comme le montrent certains de mes commentaires dans ce blog et d’autres de ce journal !

    1. Merci Monsieur de Reyff. C’est intéressant de suivre votre parcours. On voit bien que chez chacun d’entre nous, il y a eu une orientation vers l’espace très tôt dans la jeunesse. Moi aussi j’ai reçu en cadeau L’Astronomie dans la collection de la Pléiade dès sa parution (en 62 ou 63?). Je le feuillète encore de temps en temps, rien que pour constater les avancées prodigieuses dans la connaissance de l’Univers réalisées depuis cette époque pas si lointaine.

  4. Ce n’est pas l’appel de l’exploration spatiale qui m’amène à intervenir, mais la cataracte. Par expérience, je puis vous dire que vous allez recouvrer une vue superbe. Le ciel de jour que vous aimez tant sera à nouveau bleu. Le ciel étoilé vous apparaîtra à nouveau magnifique. Aucune correction externe ne permet une telle amélioration. Un cristallin artificiel est sans aberrations, en particulier sans cet astigmatisme si gênant qui fait voir comme à travers une lentille cylindrique. Il présente une transparence inégalable, et une absence de diffusion. Il ne filtre pas les petites longueurs d’onde. La vision à contre-jour redevient possible.
    Seule petite ombre au tableau: vous allez découvrir vos proches d’un certain âge, et peut-être vous-même dans le miroir, marqués par “des ans l’irréparable outrage”.
    Bienvenue au club des opérés de la cataracte.

    1. Merci de vos encouragements. Il est vrai que je constate déjà des améliorations et notamment dans les couleurs qui semblent moins « passées » ou « plus prononcées ». Ceci dit je dois attendre le début mai pour avoir de nouvelles lunettes et ma vue fatigue encore trop vite à mon goût!

  5. On devrait offrir à tous les jeunes quelques heures dans un observatoire. Pour moi, apercevoir deux satellites de Jupiter tout là bas, tout là bas, loin sur le noir du ciel mais terriblement présents reste un souvenir extraordinaire.

    1. Il est vrai que l’observation par la lunette ou le télescope est le meilleur moyen de faire ressentir aux « jeunes » ce qu’est la profondeur de l’espace.

    2. Beaucoup d’observatoires organisent régulièrement des portes ouvertes qui permettent aux intéressés d’observer gratuitement les merveilles de notre environnement spatial.

      1. C’est le cas à Fribourg où l’Observatoire « Naef »
        https://en.wikipedia.org/wiki/Observatory_Naef_Épendes
        créé et soutenu par la Fondation Robert-A. Naef, à Ependes, au sud de la ville, est ouvert tous les vendredis soir de l’année pour le public :
        https://observatoire-ependes.ch/fr/home

        De plus, des visites scolaires y sont organisées tout au long de l’année, qui y amènent des centaines de jeunes. Il y a, entre autres, un télescope de 50 cm d’ouverture, grâce auquel un collègue, astronome amateur et patient noctambule, a découvert dès 2005 plus de 100 nouveaux astéroïdes, tous dûment répertoriés dans la Small-Body Database du JPL de la Nasa et dans celle du Minor Planet Center de l’UAI/IAU.

  6. Comme MM. Haldi et de Reyiff, comme tant d’autres aussi je me souviens d’avoir entendu les premiers sons venus de l’espace avec les « bip-bip » de Soutnik, le 4 octobre 1957. Nous les écoutions, mes parents, mes soeurs et moi, sur le vieux poste Pathé-Philips familial sans trop nous rendre encore compte que l’ex-URSS avait ouvert l’ère spatiale.

    Puis il y eut la chienne Laïka, dont les très naturels aboiements ont suivi les « bip-bip » mécaniques, le premier homme et la première femme de l’espace, tous soviétiques. Et très vite cet espace s’est transformé en course irrationnelle au seul prestige dans la compétition sans merci que se livraient Russes et Américains, à de toutes autres fins qu’à celles de la recherche désintéressée de la connaissance de l’univers.

    Aujourd’hui, que reste-t-il de ces temps pionniers, qui ont enthousiasmé celles et ceux de notre génération, celle de M. Haldi et la mienne (nous sommes tous deux de 1946, je crois)? Les premiers conquérants de l’espace sont redevenus plus terre-à-terre que jamais avec la guerre insensée que livre leur « lider maximo » sans formation scientifique, allergique à Internet et pourtant détenteur du pouvoir d’appuyer à tout moment sur le bouton nucléaire.

    Dans les discours de leurs dirigeants, on croirait avoir régressé de plus d’un demi-siècle. Et avec sa croisade en quête d’une Grande Russie aussi anachronique que fantôme, Poutine a-t-il fait autre chose sinon ramener la Russie deux siècles en arrière?

    Et les dernières déclarations du chef de la recherche spatiale russe ne laissent rien entrevoir de bon pour l’avenir de la coopération scientifique entre Russes, Américains et Européens. Que font les dirigeants américains et russes pour apaiser les tensions? Le langage que se permet Joe Biden à l’endroit de son homologue russe fait figurer celui-ci comme un modèle de courtoisie et de correction – faudra-t-il bientôt dire, de savoir-vivre?

    Avec le retour à la confrontation et au règne de la méfiance dominés par les peurs réciproques entre les deux très petits « Grands », l’éphémère coopération de l’après-guerre froide, à commencer par celle de la recherche spatiale, n’est-elle donc déjà plus qu’un souvenir?

    Dans un tel contexte, n’est-ce pas un miracle que les deux cosmonautes russes et leur compagnon américain soient revenus sur Terre sans s’être entre-étripés en vol, ces jours derniers? Le vide spatial serait-il donc le seul lieu où les humains sont encore capables de s’entendre?

    1. « Le vide spatial serait-il donc le seul lieu où les humains sont encore capables de s’entendre? ». Je m’étais fait la même réflexion; peut-être faudrait-il envoyer Poutine, Zelensky et Biden dans l’ISS pour qu’ils se réconcilient 🙂 !
      (P.S.: je suis bien de 1946 en effet)

  7. Je suis aussi du Club 46 ! Mais permettez-moi de partager ici ma hantise actuelle.
    La question du bouton nucléaire me préoccupe au plus haut point. On connaît le scénario de « réciprocité » des frappes mortifères dont le nombre est plus que suffisant pour éradiquer toute vie à la surface du globe. Que restera-t-il après l’échange par dessus nos têtes des missiles porteurs de charges nucléaires visant toutes capitales de l’Ouest et de l’Est ? Les flash nucléaires auront aussi détruit tout ce qui est électronique. L’humanité, dépourvue de toute infrastructure, se retrouvera, en version très réduite, à survivre ici ou là en Afrique et en Océanie, loin des villes vitrifiées et des immenses régions contaminées pour des siècles, avec probablement un retour à deux mille ans en arrière, pour rejoindre l’état de nos ancêtres vivant de la cueillette et de la chasse. Beaucoup de compteurs seront ainsi remis à zéro, comme on dit, et peut-être l’humanité pourra-t-elle reprendre une nouvelle voie de développement, mais sa mémoire sera comme amputée de ce qu’il se sera passé.
    Comment éviter ce scénario catastrophe ? qui est possible, avec une probabilité indéfinissable, tant les cinq ou six responsables des boutons nucléaires dépendent du premier qui perdra la tête. Je vous laisse commenter, chers collègues du Club 46.

    1. Malheureusement le refuge martien n’est pas prêt! Mais la situation que nous vivons devrait bien en faire ressentir la nécessité. Nous avons besoin d’une Arche de Noé (opinion un peu angoissée d’un membre -pour le moment isolé – du Club 44!).

    2. Je suis comme vous assez peu optimiste sur l’avenir de l’Humanité. Et j’ai bien peur qu’il soit trop tard pour envisager un « repli » sur Mars d’une partie de celle-ci. J’espère me tromper, mais la « fenêtre d’opportunité » de l’exploration/ »colonisation » martienne a peut-être été définitivement ratée. Si la guerre en Ukraine s’étend et se généralise, ce qui est loin d’être exclu, les Hommes auront malheureusement d’autres « chats à fouetter » que d’établir des bases dans l’espace, bases qui étaient censées se faire dans le cadre d’une collaboration internationale d’ailleurs. Espérons néanmoins que l’optimisme de Monsieur Brisson ne soit pas complètement infondé.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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