EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

Certains considèrent l’établissement de l’homme sur Mars comme une fin en soi. Je le considère plutôt comme un tremplin. Une fois installé sur Mars, l’homme verra l’Espace-proche différemment et le « pratiquera » différemment. Ce sera non plus « simplement » un terrain pour l’exploration robotique à partir de la Terre ou un désert dans lequel il n’y a aucune population consciente et communicante (si ce n’est de vagues « aliens » tout à fait hypothétiques) mais comme un Océan que l’on peut traverser, pour y rencontrer ses semblables ou, en allant encore plus loin, pour aborder de nouvelles terres et comme des pionniers y créer des colonies, une « frontière » comme disent les Américains. NB : je ne parle pas ici de l’Espace-lointain, au-delà d’une dizaine d’années-lumière, qui est et restera le domaine de l’astronomie ou de l’astrophysique…et de la spéculation sur la raison d’être des choses.

Nous sommes une nouvelle fois comme au temps d’Henri le Navigateur, à supputer le possible. Seuls certains d’entre nous y croient ou veulent y croire, mais la majorité de la population, comme Saint Thomas, veut voir pour croire. C’est pour cela que la colonisation de Mars se situe encore aujourd’hui à la limite entre réalité et science-fiction et qu’elle sera demain un événement déclencheur.

En effet, une fois le saut jusqu’à Mars effectué, on se retrouvera comme les Européens après le voyage fondateur de Christophe Colomb. On saura que la vie « de l’autre côté » est possible, puisqu’elle sera une réalité, et l’on voudra y aller pour vivre ses rêves, entreprendre de nouvelles choses dans un autre environnement et au contact d’autres personnes contribuer à développer une autre culture.

Car vivre sur Mars ou ailleurs dans l’Espace ne sera pas comme vivre sur Terre. On y sera à la fois plus libres et plus contraints.

Du point de vue légal et administratif, il y aura certes des règles à respecter mais celles-ci seront fixées d’abord par l’environnement et l’isolement. Pas question de respecter des procédures complexes et longues si elles sont inutiles. On n’aura ni le temps, ni les moyens matériels de le faire, ni la capacité d’assumer le risque d’un délai inutile. Ce sera en quelque sorte, comme jadis au Far West, un retour à la réalité, dans sa brutalité, peut-être, mais surtout dans son efficacité.

Le respect dû à l’autre sera clairement contenu par la nécessité de tout faire pour que la communauté survive. Pas question cependant de nier l’importance des « autres » car dans ces petites « îles » d’humanité, sans communications physiques faciles et fréquentes avec la Terre, il sera impossible de vivre isolé et chacun aura sa fonction, qu’il ne pourra pas faire semblant de remplir car toute défaillance serait trop visible et trop grave. Les incompétents ou les inefficaces seront remplacés sans état d’âme dans la mesure où d’autres ayant les qualités requises pourront les remplacer. En même temps, les bouches devenant inutiles devront s’assumer et redevenir utiles compte tenu des coûts très élevés de survie, fondés sur les faibles disponibilités en logements ou autres ressources vitales (air respirable, chauffage, aliments, énergie). Il sera impossible de ne se soucier que de soi car les autres dépendront de vous et au besoin vous le rappelleront. Pas question non plus de brider l’initiative individuelle car les hommes seront peu nombreux et il faudra sans cesse faire preuve d’imagination pour vivre « moins mal » puis « mieux » ou simplement combler l’impossibilité d’avoir recours au secours lointain de la Terre. Mais on ne pourra jamais « faire n’importe quoi » en raison notamment de l’importance de l’accès à la ressource énergétique (rare!) pour le support-vie. On sera sans cesse confronté aux nécessités de la prise de risques mais avec des conséquences beaucoup plus graves que sur Terre. La vie sera dangereuse car la sanction de l’erreur sera lourde et rapide mais aussi, en partie de ce fait, passionnante, un peu comme l’est le pilotage d’un voilier par fort vent sur mer agitée ou la descente d’une piste de ski classée « noire », raide et étroite.

Les communautés spatiales seront indépendantes de la Terre et les unes des autres car il sera tout simplement impossible d’agir en direct sur telle ou telle ou de contraindre une colonie rebelle ou simplement récalcitrante à une opinion générale prévalente « ailleurs ». Elles seront en effet très vite autonomes car il sera vital pour elles de l’être et donc de le devenir le plus rapidement et le plus complètement possible (NB : « autonome » ne veut pas dire que l’on doive refuser les échanges par les ondes ou, dans la mesure du possible, par les vaisseaux spatiaux). C’est chaque colonie qui tiendra le sol sur lequel il faudra se poser quand on les visitera et c’est cette colonie qui disposera des équipements pour permettre au visiteur de survivre ou simplement repartir et du nombre d’habitants suffisant pour éventuellement résister avec succès à la volonté de contraindre des quelques passagers d’un vaisseau spatial. Les visiteurs devront recourir aux locaux pour « tout » se procurer, les ergols pour repartir dans l’espace ou la nourriture pour survivre pendant les longs mois du voyage, les outils et matériaux pour réparer les avaries des vaisseaux comme jadis on devait recalfater les navires dans un port lointain avant d’entreprendre le voyage de retour.

En s’installant sur Mars, les hommes deviendront donc non seulement une espèce multiplanétaire mais aussi une espèce multipolaire avec des centres de décisions forcément indépendants fonctionnellement les uns des autres, comme l’étaient les pays terrestres avant l’accélération du développement des technologies de communication et de transport, ces dernières années. Après la mondialisation du commerce sur Terre, qui a disséminé les productions en différents pays au bénéfice d’une consommation de plus en plus uniformisée, ces nouvelles contraintes géographiques renforceront l’autonomie et la liberté des différentes colonies.

Mais ces colonies, comme jadis les cités grecques tout autour de la Mer Méditerranée, auront quelque chose en commun, la langue. Non pas l’Anglais ou le Chinois car des traducteurs de plus en plus efficaces seront utilisés. Mais l’informatique donc les logiciels et les datacenters, car ce sont eux qui permettront de communiquer et de donner le sentiment d’appartenir à un même monde aussi éloigné soit-on de la Terre et des autres. Et grâce à cette communauté de langue, l’information circulera malgré le décalage de temps, et les échanges fleuriront.

La démonstration faite par la possibilité de vie sur Mars aura bien été le déclencheur d’une révolution copernicienne. La Terre ne sera plus le centre du monde et l’homme ne sera plus jamais confiné dans son berceau.

Image à la Une : Aurora (ESA) credit ESA et Pierre Carril. Cette illustration lui a été commandée par l’ESA à l’époque du lancement de son programme Aurora. Pierre Carril est un des meilleurs illustrateurs français se consacrant à l’Espace. Ses dessins sont toujours extrêmement rigoureux et porteurs de sens (illustration déjà utilisée pour l’article du 5 septembre 2017).

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Attention! Le Temps a arrêté sa plateforme de blogs le 30 juin 2023

Mon blog, “Exploration spatiale”, qui y était « chez lui » depuis huit ans a dû, comme les autres, prendre son envol pour migrer ailleurs plutôt que disparaître.

Vous me lisez donc aujourd’hui sur mon nouveau blog (créé par le développeur Dinamicom) qui a repris toutes les archives (425 articles et 5500 commentaires) du blog « exploration spatiale » hébergé par Le Temps.

Le nom de ce nouveau blog est “Exploration spatiale – le blog de Pierre Brisson“. lien vers le blog https://explorationspatiale-leblog.com

Je serais heureux que vous vous y abonniez. NB: Le Temps n’a pas voulu transmettre à ses blogueurs les adresses mails de leurs abonnés et je n’ai donc aucun moyen de vous écrire.

Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur (NB: j’ai repris cet index dans ce nouveau blog) :

Index L’appel de Mars 23 06 06

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Vous pouvez aussi me lire sur contrepoints.org, porte-parole des opinions libérales en langue française (Contrepoints est un media avec lequel j’entretien une relation déjà longue) lorsque sa direction estime mes articles intéressant dans son contexte éditorial:

https://www.contrepoints.org/

Vous pourrez encore me lire, de temps en temps, dans les pages du Temps dans la rubrique “Opinions/débats” quand la Direction du journal le jugera utile pour son lectorat général.

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A la semaine prochaine, même jour, même heure, sur: https://explorationspatiale-leblog.com

35 réponses

    1. Difficile de donner un chiffre, surtout pour le totalement.
      J’imagine qu’une population de l’ordre de celle de l’Islande pourrait être largement autonome.
      Mais déjà un millier d’homme formeraient une communauté minimale.

  1. L’idée n’est guère réjouissante de revenir au temps du FarWest où «les bouches inutiles devront s’assumer et redevenir utiles» et où «les incompétents ou les inefficaces seront remplacés sans état d’âme». Ce qui revient en pratique à éliminer les faibles et les handicapés; et sans doute aussi à condamner l’art, la philosophie, la spiritualité… toutes choses non indispensables à la survie de la communauté.
    Le scénario esquissé ici est certes plausible, mais on peut en imaginer un autre, avec la découverte d’un moyen de communiquer instantanément, sans être soumis à la fameuse limite de la vitesse de la lumière. Un moyen aussi inconcevable aujourd’hui que l’était la communication par ondes hertziennes, au temps de Christophe Colomb. Dans ce cas, «les communautés spatiales [ne] seront [plus] indépendantes de la Terre [ni] les unes des autres», et par conséquent obligées de respecter les règles de ce que l’on appelle la civilisation.
    Chacun pourra s’en désoler ou s’en réjouir.

    1. Le problème est que, au début, les conditions seront difficiles. Les premiers Martiens ne pourront pas s’offrir toutes les facilités que peut offrir une large communauté établie sur Terre. Ils n’en n’auront tout simplement pas la capacité matérielle. Par ailleurs, ils disposeront quand même de temps libre (il est impossible et improductif de « travailler tout le temps ») et pourront pendant ces parenthèses, cultiver leur jardin personnel.
      .
      Ceci dit, parmi les visiteurs il y aura sans doute quand même quelques artistes (cinéastes, écrivains) ou riches retraités. Ceux-là pourront vivre sur Mars sans être directement productifs, pourvu qu’ils ne soient pas trop nombreux (on sera toujours limité par la capacité matérielle) et qu’ils payent le travail des autres
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      Quant à votre idée de communiquer à une vitesse supérieure à celle de la lumière, c’est pour le moment de la pure science-fiction et je ne veux pas la considérer.

  2. In stricto sensus, les règles juridiques de Mars (ou de la Lune) s’appliquent-elles comme sur terre (ie peine capitale pour un individu qui met en danger la petite colonie, prison si possible, divorces, etc.) ?
    Une jurisprudence existe-t-elle?

    1. Je ne comprends pas bien votre question. Il n’y a pas de jurisprudence puisque personne ne vit encore en dehors de la Terre (?).
      Les règles seront fixées par les colons eux-mêmes (c’est à dire par les personnes qui pourront les mettre en force et les faire respecter).

      1. Je vous conseille fortement de commencer à étudier une jurisprudence pour des vols vers Mars à venir, bien sûr dans quelques années, Sinon, comment allez-vous convaincre les gens d’investir leur argent et éventuellement leur vie (?) pour des voyages qui dureront des années en tenant compte des fenêtres de tir. Ce point est crucial pour l’avenir de votre projet et les étudiants en droit du monde entier pourraient y réfléchir et faire des thèses (joli sujet).

        1. D’autres y ont évidemment pensé depuis longtemps:

          The laws of mars colonisation -a legal analysis.
          Abstract
          Space colonisation is almost exclusively approached from a scientific perspective, focusing its technical feasibility. Although since 1967 (the year of adoption of the Outer Space Treaty), human activities in outer space have been regulated by international law, the legal feasibility of colonising celestial bodies is still a new topic. This paper aims to consider the law as it already applies to Mars colonisation by analysing the legal conditions relating to a human colony on Mars and the legal problems that will arise through long-term occupancy of the Red Planet’s surface. It follows work on the same topic (including space colonisation by space stations) that comprehensively examines the subject and is to be published (in French) by The Hague Academy for International Law in a book entitled 50 Years of Space Law-Space Law in 50 Years.

          1. Désolé Serge mais je ne crois pas une seconde à l’intérêt de ces contraintes légales. Une fois l’homme établi « quelque part » ailleurs que sur Terre, s’il désobéi et qu’on veut le ramener à l’ordre, il faudra le contraindre et je ne vois pas « comment », à partir du moment où la communauté aura acquis une certaine autonomie.
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            La contrainte ne sera possible que tant que la dépendance à la Terre restera forte (degré d’autonomie à discuter).

  3. Bonjour Monsieur
    oui cela va plutot ressembler a la Grece antique avec ses diverses colonies tres independantes et tres differentes les unes des autres. Maintenant s agira t il de democraties la c est le point d interrogation car l environnement de vie dangereux de ces endroits necessite des decisions rapides…

    1. Ce seront les colons qui décideront. On peut espérer une démocratie sous la réserve des contraintes environnementales très fortes qui rendront extrêmement grave tout non-respect des règles de sécurité. Une autre contrainte sera la disponibilité limitée d’énergie qui forcera les colons à veiller à l’utilisation la plus pertinente pour la colonie.

  4. Pour ce qui est de la lancinante question des extraterrestres il y a quatre possibilités: 1-nous sommes seuls dans l’univers 2-il existe quelque part des êtres intelligents qui ne peuvent pas communiquer avec nous et que nous ne pouvons pas déceler 3-les extraterrestres existent ils ont des centaines de milliers d’années d’avance technologique sur nous, une charte leur définit le comportement envers les espèces émergentes et les empêche d’intervenir 4-ils existent et ils fourrent leur nez dans nos affaires sans scrupule. Dans ce dernier cas lisent-ils ce blog? J’ai défendu il y a quelque temps l’hypothèse que nous étions seuls mais ce que j’ai vu une nuit dans le ciel me fait m’interroger. Je ne raconterai pas parce que je doute. Il est bien difficile de prévoir l’avenir et, en tout cas, votre hypothèse d’établissement sur une autre planète pose des questions. D’abord dans quel délai, en passant par quelles étapes, quels problèmes inattendus surgiront (sur terre ou sur ces colonies) et plus encore comment augmenter notre puissance pour créer un grand nombre de vaisseaux, plus grands, plus rapides? Les Américains pensent forer sur la lune dès 2035 mais je ne sais pas s’ils prévoient d’y construire des fabriques, de ramener les machines produites ou de les utiliser exclusivement sur la lune du moins au début. Il faudrait aussi qu’Ariane 6 arrive, on piaffe. En ce sens la lune sera un tremplin vers Mars, Mars un tremplin vers l’espace plus lointain. Quant à renoncer à l’espace-lointain il faudra, espérons-le, en reparler dans quatre ou cinq milliards d’années quand le soleil nous abandonnera ou alors bien plus tôt. La frontière entre la physique quantique et la physique newtonienne a peut-être des cadeaux pour nous, qui sait ? Voire l’intrication quantique. Ou alors un vaisseau bien protégé dans lequel les générations se succèderaient en route vers une planète sûre, repérée de loin par les astronomes. Les choses avanceront mais on ne sait pas à quel rythme et surtout sous la pression de quels évènements. Peut-être que ce que vous prévoyez sera réalisé par les ultimes survivants d’une terre menacée. Vos posts sont toujours de tonalité optimiste mais on a constaté dans le passé que l’humanité avance vite surtout quand elle a de gros problèmes ou au moins dans la compétition ou si vous préférez dans l’émulation.

  5. Robert Zubrin s’est passionné pour Mars dès qu’il a compris la réaction de Sabatier (obtenir du méthane (carburant) à partir du gaz carbonique et de la glace d’eau). Mars est donc aussi une station service (ressources) pour retourner sur Terre, continuer plus loin, rester. Donc ISRU In Situ Resources Utilization s’applique. Je crois qu’il a écrit son livre juste au moment où de la glace a été découverte aux pôles de la Lune.
    C’est tout l’objet des accords d’Artémis, permettre l’extraction de ressources extra-terrestres pour ne pas dépendre trop de la Terre.

  6. Il y a une différence importante entre notre temps et celui d’Henri le Navigateur : il n’y a pas aujourd’hui d’Henri le Navigateur. Aucune organisation politique ou même scientifique majeure ne prône de migrations planétaires à quelque échéance que ce soit. Un ou deux industriels le font, ou disent le faire. Mais leur métier est de gagner de l’argent et faire de la communication. Ils ne sont pas habilités à décider, autoriser et encore moins réaliser ce genre d’entreprise. Ils le savent du reste très bien, comme le sait tout professionnel de l’espace.

    C’est parce qu’elle voit ces différences que la majorité de l’opinion publique se comporte en effet comme St Thomas.

    1. A l’époque d’Henri le Navigateur, aucune personne privée n’aurait disposé de la liberté nécessaire par rapport au pouvoir politique pour entreprendre de telles aventures. Aujourd’hui je pense que les possibilités de s’installer un peu partout dans le monde, donne aux grands entrepreneurs capitalistes cette liberté.
      Le métier de ces entrepreneurs (Jeff Bezos ou Elon Musk) est certes de « gagner de l’argent et faire de la communication » mais il ne faut pas sous-estimer leur passion de l’espace. Pour eux ce n’est ni une fantaisie ni un paravent.

      1. Hélas non. En matière spatiale et militaire, et surtout balistique, quiconque a bénéficié de financements publics perd toute latitude d’expatrier son entreprise. Les règles américaines et internationales sont implacables et strictement appliquées.

        1. Je ne crois absolument pas aux contraintes légales.
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          Il y a suffisamment d’antagonismes sur Terre pour qu’un pays hostile à un autre accepte d’héberger un ressortissant de l’autre. Par ailleurs les fortunes privées constituées aujourd’hui sont multinationales, c’est à dire qu’elles ont des ressources y compris en dehors de leur pays d’origine.
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          Je ne dis pas que renoncer au support du pays qui vous a vue naître et grandir serait facile mais je ne pense pas que cela puisse être impossible. Les lois ne sont pas faites pour tout le monde.

  7. « en allant encore plus loin, pour aborder de nouvelles terres et comme des pionniers y créer des colonies, une « frontière » comme disent les Américains ». Le problème est que je ne vois pas bien vers quelles nouvelles autres terres pourrait conduire le « tremplin « annoncé si l’on veut rester dans le cadre des possibilités réalistes comme l’article déclare le vouloir. Pour des raisons de durée de voyage en particulier et d’exposition aux radiations cosmiques, pendant longtemps en tout cas le champ des corps célestes susceptibles d’être visités par des êtres humains restera pratiquement limité à celui des planètes dites intérieures. Et parmi celles-ci, Mars est la seule sur laquelle on puisse envisager d’établir des colonies humaines. Mercure est trop près du Soleil. Vénus trop chaude et avec des conditions de surface proprement infernales. Alors quelles  » autres terres »? Les astéroïdes (difficile d’envisager d’y créer des colonies, surtout autonomes). Ne reste que la Lune comme éventuelle autre possibilité, mais alors cela précédera logiquement, et non succédera à, une colonisation martienne. On peut bien sûr aussi imaginer disposer à terme de systèmes de propulsion plus efficaces (nucléaires) qui permettraient d’atteindre les lunes des planètes géantes en réduisant la durée des trajets, mais c’est pour après-demain plus que pour demain. Quant à sortir un jour du Système solaire, comme le souligne Monsieur Brisson, cela relève pour le moment de la science-fiction, pour ne pas dire de la pure fantaisie-fiction!

    1. Pour le moment certes, l’objectif est Mars. Mais ce que je veux dire c’est que s’installer sur Mars est la condition pour un jour envisager autre chose. S’installer sur Mars créera un état d’esprit, la réalisation qu’effectivement on peut vivre en dehors de la Terre.
      A partir de là tout deviendra possible…un jour!

      1. « tout deviendra possible », c’est un acte de foi, mais rien ne dit, même au contraire, dans l’état de nos connaissances actuelles que cela correspondra, même « un jour », à une réalité. Il y a des obstacles très importants, bien concrets et difficilement contournables à une expansion physique de la fragile mécanique humaine (on peut par contre imaginer que l’Homme puisse un jour y projeter des « avatars » d’un type ou d’un autre) très loin au-delà de l’environnement immédiat de notre terre d’origine. Et d’ailleurs l’article parle bien très justement de l’espace proche, et je répète que dans cet espace je ne vois pas où l’on trouverait les « nouvelles terres » mentionnées, autres que la planète Mars,

        1. Je pense à une bulle d’une dizaine d’années-lumière (comme écrit dans l’article).
          .
          Mais cette dimension donne une ouverture à la réflexion, aux rêves, aux ambitions. Je ne prétend pas apporter aujourd’hui de solutions techniques pour franchir les distances considérables impliquées. J’insiste seulement pour dire que nous installer sur Mars changera notre état d’esprit. Nous installer sur Mars fera de l’homme une espèce multiplanétaire, habitée par une réalité (la vie en dehors de la Terre) et une ambition (aller encore plus loin puisque nous serons parvenus à sortir de notre berceau).

  8. « Pas besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », disait un taciturne. Toute la question est de savoir si c’est pour dans huit ans ou pour dans huit millénaires pourvu que cela se fasse

  9. Pour être un colon volontaire, il faut avoir un certain type de personnalité.
    Il est probable que les premiers colons soient en majorité des hommes seuls dans la force de l’âge.
    Dès lors, une difficulté (en tout cas une question intéressante) sera la gestion du déséquilibre entre sexes.

    1. Je ne crois pas.
      .
      Il y aura peut-être moins de femmes volontaires mais ce n’est pas certain. En tout cas, pour l’équilibre de la colonie, les organisateurs veilleront sûrement à l’équilibre des sexes. Pour être plus précis, ce n’est pas parce qu’on voudra partir qu’on partira. Il y aura une sélection et le sexe en fera partie (de même que l’équilibre psychologique).

    2. S’il y a mélange des sexes, le problème qui va se poser est celui de la procréation. Peut-on « éthiquement » accepter de voir naître des enfants, auxquels par définition on n’aura pas demandé leur avis, dans les conditions extrêmes d’une colonie martienne? D’autant plus que ces enfant devront probablement se développer sur la planète rouge car on voit mal les soumettre aux aléas d’un retour sur Terre (longueur du voyage, niveau élevé de radiations) avant d’avoir achevé leur croissance. Et dans ce cas, un éventuel retour ultérieur sur Terre risque d’être très difficile et pénible pour eux. Ce sont des questions « sociétales» qu’i faudra poser et personne ici ou ailleurs n’est légitimé à les trancher à titre individuel.

      1. Je trouve cette remarque pour le moins curieuse.
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        Le droit de toute femme à procréer est-il de nos jours, sur Terre, soumis à autorisation? Il y a bien des circonstances où le pauvre enfant a très peu de chance d’une vie heureuse (et où on ne lui demande pas son avis avant). Mais on ne va pas pour autant donner à la mère potentielle un catalogue des conditions à remplir pour concevoir puis porter son enfant jusqu’à terme. La seule chose qu’on puisse faire c’est lui conseiller de s’abstenir ou d’interrompre si on pense qu’elle le devrait. Mais in fine c’est son droit.
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        Sur Mars ce sera pareil et la vie pour l’enfant pourra y être au moins aussi merveilleuse que sur Terre.

        1. On ne peut comparer la situation sur Terre à celle qui existera(it) sur Mars. Même né dans un milieu défavorisé, un enfant sur Terre a toujours une possibilité de voir ses conditions de vie devenir meilleures, en immigrant, ou parce que les conditions se seront améliorées sur son lieu de naissance, ou parce que ses qualités lui permettront de s’élever socialement par ses propres moyens, etc. Et même ainsi des restrictions à la procréation, financières ou autres, existent déjà bel et bien dans les faits. Sur Mars, les conditions seront, en tout cas pour longtemps, de toute manière beaucoup plus rigoureuses et l’article le souligne bien en mettant en évidence la rareté des ressources et l’impérieuse nécessité d’éviter les «bouches inutiles» . Mettre au monde des bébés sur Mars, puis les élever, supposera d’y consacrer pas mal de ressources et de moyens qui pourraient alors manquer ailleurs. Mais, surtout et plus important encore, ces enfants risquent de ne jamais pouvoir revenir vivre sur Terre si tel était leur impérieux désir (et l’appel risque d’être fort en voyant les images de leur planète d’origine, quand même de toute façon nettement plus paradisiaque que ce qu’ils connaîtront sur la planète rouge). A-t-on le droit moral d’imposer ces conditions «non naturelles» à des enfants? J’avoue ne pas avoir de réponse ou d’opinion toute faite à ce propos, mais la question se pose en tout cas (ou, plutôt, se posera). Et, je le répète, aucun de nous à titre individuel ne peut la trancher; c’est un débat de Société qu’il faudra avoir et que l’on ne pourra écarter d’un simple haussement d’épaule en disant: «circulez, il n’y a rien à voir»!

  10. On parle de migration planétaire, et on ne croit pas aux contraintes légales. Mais dans ce domaine comme en tout, on n’ignore la loi qu’à ses propres dépens.

    Pour rappel, la règlementation internationale assimile les lanceurs spatiaux à des missiles balistiques, donc assujettis aux mêmes contraintes (ainsi qu’à d’autres). Développement et production sont étroitement encadrés. Les lancements sont autorisés au cas par cas. L’exportation, directe ou par transfert de compétence, est interdite sauf dérogation. Les contrevenants sont bannis à vie des contrats publics, entre autres sanctions. Quant aux pays tiers qui s’aviseraient d’accueillir ces compétences, les cas du Zaïre avec OTRAG, du Brésil et de l’Afrique du Sud dans les années 1980, ou aujourd’hui de l’Iran et de la Corée du nord montrent que, sur ce dossier, occident, Russie et Chine sont unis et ne s’encombrent pas de considérations de souveraineté nationale pour y mettre bon ordre.

    On ne fait donc, sur place ou ailleurs, que l’astronautique que son gouvernement autorise. Il en sera ainsi aussi longtemps que sa technologie présentera un risque de retombées militaires. La fortune des uns ou l’internationalisme des autres n’y changent rien. Les industriels qui prétendent autre chose semblent surtout vouloir faire parler d’eux.

    On peut donc rêver à des projets de migration. Mais les gouvernements n’étant pas prêts à les soutenir, notamment pour les raisons éthiques évoquées plus haut, personne n’a la possibilité d’en amorcer un. Autant en avoir conscience.

  11. Oui la loi peut créer des obstacles. Mais regardez ce qu’en fait la Corée du Nord (risque de retombées militaires!). Si on colonise une planète, ce sera certainement les US qui le feront et peu de pays sont à même de les arrêter. Il est toujours difficile d’interdire de faire un progrès surtout quand cela promet de rapporter de l’argent ou des connaissances nouvelles. Enfin la loi ça se change quand on est entre gens raisonnables.

    1. Mais si! On cultivera sous serres toutes sortes de végétaux et de fruits (en faisant toujours attention au volume et à la hauteur des arbres!), on élèvera des algues dans des bacs (spirulines) et on pourra également faire de la pisciculture (poissons tilapia) ou de la pénéiculture (crevettes).
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      Par ailleurs la production de « viande-cultivée » va bientôt devenir commune.
      .
      Enfin on peut envisager aussi l’élevage de poules (pour les œufs) et de poulets.
      .
      Ce qui manquera ce sera le fromage, car le transport de gros animaux n’est pas facile à envisager!

  12. Bonjour Monsieur,
    Pour vous signaler que nous avons fait référence dans notre blog à cet article électronique :
    https://www.explorationspatiale-leblog.com/mars-notre-tremplin-vers-lespace-proche/

    Je souhaitais vous remercier pour la mise en ligne de cet article dans votre blog qui est un site que j’apprécie beaucoup et que je consulte régulièrement.
    J’espère aussi que cette porosité (sur la thématique « Mars ») entre votre site et mon modeste blog (en devenir) au contenu tourné vers l’imaginaire de SF et les actualités ne vous incommode pas.
    Si c’est le cas, je supprimerai l’url et la référence à votre blog. Merci

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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