Exploration spatiale - le blog de Pierre Brisson

Noël, c’est bien connu c’est le jour de la Naissance, « Dies Natalis« . Mais allons plus loin.

Dans la religion chrétienne, c’est plus précisément l’incarnation de Dieu dans notre Humanité en la personne de Jésus de Nazareth. Ceci met l’accent sur le lien entre Dieu et l’Homme, qu’il a choisi de venir sauver, mais par la même occasion, sur la primauté de l’Homme par rapport à tous les autres êtres-vivants, primauté évidente par ses capacités mentales bien que certains d’entre nous (les antispécistes) en semblent aujourd’hui embarrassés. Cette primauté ne dépend pas nécessairement de la religion car il faudrait pour cela que l’Homme ait été voulu par Dieu (question de foi, on y croit ou on n’y croit pas) mais au moins elle est reconnue par elle.

Cette naissance intervient au solstice, au creux de l’hiver, dans le froid et la nuit. On n’est certain ni de l’année ni du jour. L’année n’a aucune importance puisque ce qui compte c’est le cycle et, en tant que cycle, il se renouvelle tous les ans, à l’infini. Mais le choix du jour de l’année fait par l’Eglise (Concile de Nicée en 325 après JC) est évidemment un symbole riche de sens, qu’on peut qualifier de cosmique compte tenu de ses liens avec le cycle saisonnier donc la position de la Terre par rapport au Soleil.

A l’époque du Concile, l’usage du calendrier Julien est généralisé dans le monde de culture romaine. Il a été imposé par Jules César en 45 avant JC. Dans ce calendrier l’année commence le premier Janvier, jour où l’on fête le dieu biface Janus (nom à l’origine de notre mot « Janvier ») qui regarde en même temps vers le passé et vers l’avenir et qui ouvre et ferme les périodes. Le premier Janvier était donc le Jour du Passage du temps, qui s’accumule en s’écoulant.

Il est intéressant de noter que la date choisie pour Noël est légèrement différente de celle du début de l’année civile et a donc une signification différente, celle du temps immobile ou éternel (enfermé à l’intérieur du cycle). En fait, la date du solstice, fête du Soleil divinisé, « Dies Natalis Solis Invicti », avait été fixée au 25 décembre dans le calendrier Julien et l’Eglise voulait clairement s’approprier ce culte comme on fait avec un palimpseste, en remplaçant le nom du Soleil par celui du Christ, lui-même le vrai Soleil. A cette occasion, Noël est affiché clairement comme une date religieuse, distincte du 1er janvier, fête laïque, pour les Juifs date de la Circoncision qui fait entrer le jeune enfant mâle dans la communauté des hommes et au cours de laquelle il reçoit son nom. C’est un des multiples signes qui, dans la sphère chrétienne, montrent que la religion et la vie civique évoluent dans des « mondes » distincts. Au cours de l’histoire, cette séparation fut plus ou moins respectée mais le calendrier « à double entrée » traversa les siècles et le Pape Grégoire XIII, fondateur de sa variante grégorienne, toujours actuelle, l’officialisa en 1582. Je vois ici une différence fondamentale avec la religion islamique, moins subtile, qui prend comme début d’année, un événement historique, terrestre, « dans le siècle », sans aucune connotation cosmique, la fuite de Mahomet de La Mecque pour Médine.

Quoi qu’il en soit de cette histoire, Noël est bien l’irruption de la Vie au cœur des Ténèbres au moment où ceux-ci semblent les plus puissants mais avec la nuance qu’ils sont quand même éclairés par la faible lueur de l’Etoile dite du Berger, porteuse de chaleur à venir et d’espérance. Il prend un sens différent de Pâques qui est davantage porteur de la notion de vie-en-mouvement, de persistance, de triomphe sur la Mort. Le Christ meurt mais ressuscite immédiatement, au Printemps, car il est lui-même la Vie-immortelle. A Pâques on n’est plus au stade de la naissance mais de la continuation de la Vie, en dépit de la Mort. Comme pour la religion juive, creuset du Christianisme, Pâques est la sortie de l’Egypte, après l’oppression la réponse donnée par la volonté de liberté, la volonté de vivre, la reprise de la Vie.

Mais Noël n’existerait évidemment pas sans l’Annonciation. Elle est fêtée le 25 Mars (bien sûr 9 mois auparavant !) et dans le calendrier elle est presque simultanée à la Passion et à la mort. C’est l’espérance de la Vie qui se manifestera à Noël. Comme Pâques, elle est une intrusion du surnaturel dans le naturel, l’action divine d’insuffler la vie, dans les deux cas une manifestation de la Vie mais, à ce stade, le début d’une gestation, une promesse. Noël est la clef, la concrétisation de cette promesse ; Pâques, la conclusion du processus laissant entrevoir à l’homme lui-même une victoire sur sa propre mort. Sans Annonciation, pas de Noël, Pas de Pâques. C’est lorsqu’il est dans la pleine vigueur du Printemps que le Soleil donne la vie qui se manifestera à Noël pour ranimer la Nature, ce qui sera évident au Printemps. A l’équinoxe de Printemps, la boucle est donc bouclée. Année après année, le cycle recommence et le parcours de notre vaisseau Terre sur son orbite est accompli.

Ces liens entre la religion chrétienne et la Terre ou plus précisément le cycle de la Nature terrestre dans son hémisphère Nord, ont été créés, voulus par l’Homme, au cours d’une lente maturation de sa réflexion dans le contexte intellectuel juif et gréco-latin, pour intégrer sa religion dans son environnement naturel ou plus précisément pour intégrer cet environnement dans sa représentation religieuse.

Il en résulte que fêter Noël le 25 décembre ailleurs que dans l’hémisphère Nord terrestre, n’a pas de sens puisque ce n’est que dans cet hémisphère que l’événement est en relation avec le cycle de la Nature. A Buenos-Aires ou à Sydney, Noël devrait être célébré le 25 juin. Dans la zone intertropicale, au moment le plus dur de l’année, celui où une injection d’espoir est nécessaire (A Singapour, le début des grands feux saisonniers dans l’Indonésie voisine). De même fêter Noël sur Mars ne devrait se faire qu’à l’entrée de l’hiver, dans l’une et l’autre hémisphère, avec donc un Noël tous les 668 sols (687 jours). Cela n’empêcherait pas, bien sûr, que les Martiens, qui pendant très longtemps resteront en relation avec la Terre, suivent toujours l’année terrienne, civile pour leurs contacts avec elle.

Cette réflexion me conduit insensiblement à souhaiter que Noël ne soit plus le grand capharnaüm commercial qu’il est devenu. Chrétiens pratiquants ou non, les êtres humains, plutôt qu’à ne penser qu’à se rendre malades à force de nourriture ingurgitée ou de cadeaux inutiles échangés avant d’être rangés dans un placard ou jetés, devraient profiter de ce moment pour réfléchir au Temps qui passe, à leur vie qui passe, à leur place dans le Cosmos, à leurs relations avec les autres êtres vivants et à la Terre qui les nourrit, à ceux qui les ont précédés, à la tradition judéo-chrétienne qui les a portés, à ceux qui vont les suivre et auxquels ils doivent transmettre, à tout cet Univers qui est infiniment plus grand qu’eux mais dont ils sont les perles très précieuses. Noël devrait être le moment de s’élever au-dessus de soi, de se regarder soi-même et de regarder les autres, nos frères humains, de plus loin dans l’espace et dans le temps, de jouir un moment plus long que d’habitude de nos capacités de spiritualité et, pour ceux qui le veulent, en même temps d’emplir cette spiritualité, de religion.

On peut rêver mais l’histoire a abondamment montré qu’elle évoluait comme une sinusoïde et qu’aux phases de matérialisme succédaient des phases où l’esprit reprenait des couleurs et des forces. Espérons qu’on approche l’un de ces seuils de changement, le passage non plus simplement d’une année à l’autre mais d’une phase à l’autre de cette courbe infinie, phase pendant laquelle l’homme deviendrait plus humain, plus respectueux de l’autre tout en étant respectueux du patrimoine que lui ont légué ses ancêtres, sans se laisser divertir par toutes les futilités, les envies ou les jalousies que lui présente le Séducteur-des-apparences, une phase où Noël reprendrait tout son sens.

Dans cet article, je ne veux pas ravir Noël aux Chrétiens, ni faire profession d’une autre foi. Je veux simplement insister sur la dimension cosmique de ce Jour et rendre hommage à la plus belle religion que l’homme ait conçue en souhaitant que les valeurs qu’elle a portées et qui imprègnent notre civilisation occidentale continuent à rayonner sur le Monde et persistent à jamais.

Joyeux Noël !

Illustration de titre : l’Annonciation faite à Marie. Fra Angelico, Couvent de Saint Marc, Florence

NB: Dans le ciel, notre vaisseau Terre a passé le solstice d’hiver le 21 décembre et nous approchons du périhélie que nous atteindrons le 4 janvier. L’inclinaison de la Terre était de 23°26′ au solstice et la distance au Soleil sera de 0,943 UA au périhélie. Nous atteindrons ce dernier à la vitesse maximale de 30,2 km/s (soit 108.720 km/h!) pour repartir vers notre aphélie, à 1,02 UA soit quelques 300 millions de km d’ici (en ligne droite!), que nous atteindrons le 5 juillet à la vitesse minimale de 29,2 km/s (soit 105.120 km/h), après avoir parcouru 470 millions de km sur notre orbite autour du Soleil.

lien: Noël et notre place dans le Cosmos (article de ce blog publié le 21/12/2019).

PS: Le James Webb Space Telescope (JWST) a bien été lancé, ce matin, 25 décembre, par une fusée Ariane V de l’ESA, à partir de Kourou (Guyane française). Pour le moment tout se passe bien. La manoeuvre très délicate du déploiement a commencé mais elle ne sera terminée que dans 18 jours.

A 16h00 la sonde portant l’observatoire a parcouru 4% de son voyage qui doit la conduire à 1,5 millions de km de la Terre où elle sera mise en orbite autour du point de Lagrange « L2 » du système Terre-Soleil.

Sur la mission, lire mes articles des 11 et 18 décembre sur ce blog.

Ci-dessous, diagramme de la mise en place de l’observatoire (crédit ESA).

Where is the JWST (NASA website):

https://www.jwst.nasa.gov/content/webbLaunch/whereIsWebb.html

16 réponses

  1. Texte utile, érudit parfois spécieux… merci pour la non subtilité du jour de l’an musulman trop ancré dans l’histoire ! Ah Arrhius, si seulement Constantin avait passé sa jeunesse là où il a vraiment grandi, la farce du monde aurait eu une autre saveur ! En ce jour funeste de 325, à Nicée, on aurait célébré ton orient et sa chrétienté originelle faite de rationalisme unitaire, d’iconoclastie anti publicitaire et de polygamie salutaire. En attendant que l’animosité permanente, suffoquante, du prétendu civilisationnel axe occidental, proclamé judéochrétien, soit mis à bas par Jesus fils de Marie notre sauveur à tous, nous compris les Musulmans lies de l’humanité cathodique. Cordialement . Karim Benhima, suisse par filiation directe depuis le 16e siècle, ingenieur en aerospatiale, ancien banquier, révolté et insoumis.

  2. Bonjour et merci pour cet éclairage lumineux.

    A ma connaissance, mais peut-être est-elle incomplète, la date conventionnelle de Noël au 25 décembre ne fait pas partie des canons du concile de Nicée. Et même si elle commence en effet à se généraliser à cette époque, elle mettra en tout cas encore deux bons siècles à s’imposer définitivement, en concurrence à d’autres.

    Comme justement expliqué, et comme pour d’autres fêtes chrétiennes, les pères de l’Eglise ont sans doute été tentés de remplacer une fête païenne, c’est-à-dire l’effacer. C’est d’autant plus probable que le Sol invictus, cité, était comme le christianisme une religion importée du Proche orient, donc un vrai concurrent. Le symbolisme lié au solstice d’hiver, c.à.d. le moment à partir duquel les jours rallongent, est par ailleurs évident. L’écart de 4 jours avec celui-ci vient probablement de la difficulté de déterminer, à l’époque, la date exacte du solstice (étymologiquement : soleil statique) quand la durée du jour semble quasi inchangée en cette période de l’année. A noter toutefois qu’en l’absence de tout document historique, il ne s’agit que d’hypothèses, hautement probables mais modernes.

    On peut y ajouter la très probable volonté de se substituer à la fête juive de la Khanuka qui tombe à peu près au même moment et dont elle reprend un peu le cérémoniel (les lumières …). C’est encore l’époque où les chrétiens n’ont pas définitivement désespéré de convertir les juifs. La même « perche » a probablement été tendue par les évangélistes avec Pâques (Pessakh), Pentecôte (Shavuot), et même les Rameaux (qui reprennent une symbolique proche des Sukot).

    L’expression « 1er janvier, pour les juifs date de la circoncision » n’est pas très heureuse. Même si elle se réfère à un rite juif, la fête est chrétienne. Et les fêtes juives n’ont bien sûr pas de date fixe (au sens du calendrier grégorien) puisqu’elles suivent une logique luni-solaire. Si dans l’empire romain, le 1er janvier était la date conventionnelle de début d’année, il n’en va plus au Moyen-âge où, en pratique, chaque ville ou région avait sa date propre. Rome avait choisi la fête de la circoncision, 1er janvier, usage qui s’est finalement généralisé à partir de la Renaissance dans le monde catholique (et beaucoup plus tard ailleurs, notamment dans les pays protestants). S’il y filiation de notre 1er janvier avec celui des Romains, elle me semble donc très indirecte.

    Joyeux Noël à tous !

    1. Étant donné que la circoncision des enfants juifs doit intervenir 8 jours après la naissance, on a clairement une définition du 1er janvier si Jésus est né dans la nuit du 24 au 25 décembre. Et cette circoncision est bien le signe de l’admission dans la communauté des hommes.

  3. Merci pour cet article.
    Quelle que soit la signification de la Noël, nous devons quand même remercier l’ESA et la NASA pour ce cadeau de Noël que fut, hier, le lancement réussi du télescope Webb. Le Père Noël était-il à Kourou ?
    Bonne fin d’année à tous.

    1. Tout à fait et je félicite l’ESA pour son décollage réussi. Le Père Noël devait effectivement être à Kourou.
      Lire le PS à la fin de cet article ainsi que mes articles des 11 et 18 décembre.

  4. Noel est egalement propice au miracle. Quand on peut lire sous la plume de M. Brisson la phrase suivante : »à souhaiter que Noël ne soit plus le grand capharnaüm commercial qu’il est devenu. Chrétiens pratiquants ou non, les êtres humains, plutôt qu’à ne penser qu’à se rendre malades à force de nourriture ingurgitée ou de cadeaux inutiles échangés avant d’être rangés dans un placard ou jetés » on croit rever !
    Etant un promoteur exacerbe du capitalisme, mettant Jeff Bezos dans un role de quasi « demi-dieu », qui nous permettait de consommer sans entraves pendant la pandemie, on assiste sans doute a la magie du 25 decembre.
    Joyeux Noel !!!

    1. Effectivement, je suis un « ignoble capitaliste » et un partisan solide du libéralisme en économie mais je ne suis pas sectaire comme certains socialistes (la preuve) et je conçois que certains moments puissent être consacrés à la réflexion ou la méditation, en fermant sa porte au tohu-bohu de la Cité; je le recommande même vivement. Je ne sais pas si vous pouvez le comprendre mais vous devriez essayer. Joyeux Noël à vous.

  5. Quand est célébré le jour du Nouvel An ?
    Pour l’Eglise, la nouvelle année liturgique comence le premier dimanche de l’Avent, plus précisément la veille au soir, une demi-heure après le coucher du soleil lorsqu’on allume les lampes pour l’office du soir. Au long des siècles, on a retenu plusieurs dates : le 25 décembre (style de la Nativité), le 1er janvier (style de la Circoncision), le 25 mars (style de l’Anonciation), voire le dimanche de Pâques (style de la Résurrection).
    La date du 25 décembre pour fêter Noël est due à Hippolyte de Rome (170-235) qui, dans ses commentaires de l’Ecriture Sainte, a écrit que Jésus serait né 8 jours avant les Calendes de janvier (chez les Romains, on compte et le jour de départ et le jour d’arrivée, soit 8 jours entre le 25 décembre et le 1er janvier).
    Par contre, la date du 25 décembre pour la fête romaine du « Sol invictus » est due à Aurélien qui a inauguré un temple en l’honneur de cette déité précisément le 25 décembre 274. Mais cette date n’a rien à voir avec le solstice qui tombait déjà le 21 décembre et plus le 25 décembre depuis plus de 400 ans !
    Le Nouvel An, fixé au 1er janvier, par la réforme julienne du calendrier romain par Jules César en -45, n’a de loin pas été retenue partout en Europ tout. Le style, dit de l’Annonciation, a gardé la date du 25 mars qui a perduré, par exemple, à Florence jusqu’en 1749 et même jusqu’en 1752 chez les Anglais, année où non seulement ils ont (enfin) adopté le nouveau calendrier grégorien (le 2 septembre julien 1752 a été suivi du 14 septembre grégorien, pour tenir compte des 11 jours d’écart avec l’ancien calendrier julien) — nouveu calendrier déjà introduit Grégoire XIII à Rome le 15 octobre 1582 qui a suivi le 4 octobre julien —, mais aussi le changement du Nouvel An du 25 mars au 1er janvier 1752, d’où les dates données encore longtemps à double, en « old style, OS » et en « new style, NS ». Il y a des traditions qui ont la vie dure. À FLorence, on continue de fêter, de processionner et de festoyer, le 25 mars, dans la tradition du Nouvel An d’antan !

    1. Bonjour,

      La date précise du solstice d’hiver a effectivement été déterminée très tôt, tout comme l’ont été la forme et le diamètre de la Terre. Mais de même que la majorité de la population a continué à croire la Terre plate, de même n’avait-elle en pratique qu’une perception approximative de cette date. A preuve le retard mis à réagir aux erreurs introduites par les calendriers successifs romain, julien et autres (et l’étymologie du mot solstice). Celui-ci était plutôt perçu comme un faux plat, une période où la durée des jours ne bouge plus avant de remonter.

      Le choix d’y placer Noël, avec une erreur de date nettement en dessous du seuil de perception, a donc certainement été aidé par la symbolique astronomique du renouveau qui suit. Cette hypothèse est d’autant plus probable qu’elle semble se vérifier aussi pour l’Epiphanie : manifestation du caractère divin de Jésus, mais étymologiquement « sur-brillance », ce qui peut se comprendre comme le moment conventionnel où l’on commence à sentir cet allongement des jours.

      Encore une fois, il ne s’agit que d’hypothèses probables en l’absence d’attestation historique. Elle ne vaut bien sûr pas pour la date du Soleil invaincu.

      1. Oui, vous avez pleinement raison ! Même aujourd’hui, la perception de la population n’a pas beaucoup évolué ; car on ne ressent pas de changements entre le 16 décembre, jour du coucher de soleil le plus précoce, et le 2 janvier, jour du lever de soleil le plus tardif. Mais les astronomes de l’Antiquité savaient faire de longues séries d’observations. Par exemple, on doit à Hipparque (190-120 av. JC) d’avoir donné une valeur assez correcte pour la précession des équinoxes : un peu plus de 1° par siècle (en réalité 1° en 72 ans, soit 50’’ par an, ou l’équivalent du déplacement du Soleil sur le fond du ciel en 20 minutes), autrement dit, ramenée à une durée sur une année, une différence de l’ordre de 20 minutes (et quelque 23,5 secondes) entre l’année sidérale (du mouvement du Soleil par rapport aux étoiles fixes), plus longue, et l’année tropique (quasiment celle des saisons), plus courte. En effet, l’année sidérale dépasse les 365,25 jours de l’année moyenne du calendrier julien de 9 minutes (et près de 10 secondes actuellement), alors que l’année tropique est plus courte de 11 minutes (et près de de 14 secondes actuellement).
        Ainsi, l’utilisation d’une année civile de 365 jours, avec une année bissextile de 366 jours tous les 4 ans, soit une année moyenne de 365,25 jours, donne un décalage cumulé de 1 jour en 128 ans environ, ou 3 jours et quelque en 400 ans). C’est l’écart croissant moyen des solstices et des équinoxes dans le calendrier julien ; ce qui est effectivement corrigé dans le calendrier grégorien pour lequel les années séculaires non divisibles par 400 ne sont plus bissextiles ; ce qui en supprime bien 3 par 400 ans (mais il y a encore un petit reste qui occasionnera une erreur de un jour en 3200 ans dans le calendrier grégorien en usage actuellement…).
        On savait donc que l’équinoxe de printemps était le 25 mars et que le solstice d’hiver était le 25 décembre jusqu’à la fin de 3e siècle avant Jésus-Christ (de fait entre -428 et -213, comme dates extrêmes). Du temps de César et de son astronome Sosigène d’Alexandrie, lors de l’instauration du calendrier julien (en -45), ces dates tombaient déjà le 23 mars et le 23 décembre, puis le 20 mars et le 20 décembre en 325 lors du Concile de Nicée qui a autoritairement fixé l’équinoxe au 21 mars. Ptolémée (100-168), durant les années 130, avait développé une méthode par interpolation, basée sur des mesures de hauteurs du soleil, étalée sur plusieurs jours avant et après les solstices, pour arriver assez précisément à donner ces dates à mieux qu’un jour près, et même à un quart de jour, soit 6 heures, près ; ce qui est remarquable. La tradition du 25 mars et du 25 décembre a pourtant continué de traverser les âges, alors qu’on savait pourtant très bien en 1582, lors de la réforme du calendrier pour rétablir la situation du Concile de Nicée, qu’on en était déjà au 10 mars et au 11 décembre, soit 10 jours d’avance sur les dates décidées à ce Concile pour l’équinoxe de printemps et le solstice d’hiver.

  6. Monsieur Brisson,
    Bravo pour cette analyse. Pour un scientifique, chapeau ! Enfin une dimension spirituelle dans le réel et honte à ces discussions vaines sur telle ou telle date !
    Juste une interrogation: êtes-vous certain que l’Islam soit moins subtile que le Christianisme ? Et, outre je Judaisme, qu’en est-il de l’Indouisme, du Tao ou du Tchan ?
    Qu’est-ce que c’est que le préjugé occidental ?

    1. Merci Monsieur pour votre appréciation positive. Je vais vous décevoir mais je ne vais pas me lancer dans ce blog dans un exposé comparatif des grandes religions.
      Je dirais simplement que, oui, je considère le Christianisme comme la religion qui prend le mieux en compte la dignité et la liberté de l’homme. J’apprécie beaucoup son message de paix et de fraternité dont le meilleur exemple a été la vie de Jésus de Nazareth. J’apprécie également beaucoup que cette religion laisse à l’homme son libre arbitre, la possibilité et l’incitation à réfléchir, le choix de croire ou de ne pas croire, le droit de choisir. J’apprécie encore le fait qu’elle ait imprégné la civilisation occidentale et conduit à la construction des cathédrales puis abouti à l’esprit des Lumières. Je regrette qu’elle se soit pervertie récemment dans une autre religion, celle que l’on dit être « des droits de l’homme », qui « mélange tout » et conduit à toutes sortes d’excès.

      1. Bonjour,

        Ce qui est écrit sur le christianisme est, à l’exception bien sûr de Jésus et des cathédrales, entièrement vrai pour le judaïsme aussi. Pour la raison que le premier a intégralement repris l’enseignement du second sur la nature de Dieu et de sa relation avec les hommes (Peuple élu en moins, Sainte trinité en plus).

        1. Je n’ai rien contre le Judaïsme puisqu’effectivement c’est dans son contexte qu’apparaît le Christianisme. La différence, me semble-t-il c’est que dans le Judaïsme, Dieu est un créateur, un père, alors que dans le Christianisme, Dieu est aussi un frère en humanité, Jésus. La grande différence entre les deux c’est l’incarnation d’où justement l’intégration du phénomène divin dans le cycle cosmique terrestre…Mais je ne voudrais pas m’éloigner trop de mon sujet.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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