Test Starship IFT12 de SpaceX: bien mais peut mieux faire
IFT12, le dernier test de Starship (Version V3) a eu lieu en fin de journée du 22 mai aux Etats-Unis (dans la nuit du 22 au 23 mai en Europe). Il ne faut pas être exagérément négatif sur cet IFT même si l’on ne peut s’empêcher d’être un peu déçu.
Il portait sur de multiples innovations par rapport au test précédent, IFT11. La plupart n’ont pas posé problème. Le vol du vaisseau (S39) a été satisfaisant mais le rallumage des nouveaux moteurs a montré qu’il n’était pas parfaitement au point. Donc « peut mieux faire » et il faudra se dépêcher car le temps passe vite : il est trop tard pour éblouir les acheteurs d’actions de l’IPO de SpaceX qui aura lieu le 12 juin 2026. Le vol d’Artemis III doit avoir lieu l’an prochain. Il faudra être prêt !
Innovations :
une nouvelle plateforme de lancement, une nouvelle protection thermique du vaisseau, de nouvelles « baguettes » pour la tour de service, « Mechazilla », l’intégration du hot-stage au lanceur (B19), la simplification des moteurs et de leur environnement, un nouveau système d’alimentation en ergols.
La nouvelle plateforme de lancement est spectaculaire. Elle est beaucoup plus ramassée sur elle-même et semble plus solide ou plus « robuste » comme l’a dit le présentateur de SpaceX. La modification a eu pour objet de permettre une succession accélérée des lancements. Comme pour les tests précédents, un déluge d’eau ultra-froide a accompagné l’ignition des moteurs et il a parfaitement fonctionné. Le décollage a été très « propre », à l’heure et sans fuite d’ergols. MaxQ (point du stress mécanique maximum) a été passé sans encombre. Seule petite anicroche, un des 33 moteurs du lanceur s’est arrêté avant la manœuvre de séparation (à 1’40’’ de l’ignition). La protection thermique est remarquable par son esthétisme et sans doute sa sécurisation puisque la ligne qui termine le bouclier est totalement droite, n’offrant aucune aspérité qui pourrait donner prise au plasma ultra-chaud au retour. Effectivement, elle n’a souffert aucun dommage. Les baguettes de la pince de Mechazilla qui doit saisir le lanceur SuperHeavy lors de son retour sont beaucoup plus courte donc plus solide (utilisé uniquement pour tenir le Starship avant son décollage cette fois-ci). Le hotstage est intégré au lanceur et il est donc récupérable (et plus léger). Il a parfaitement répondu au choc de la séparation de la fusée de son lanceur. Les moteurs Raptor de troisième génération, « V3 » (33 pour le lanceur et 6 dont 3 vacuum pour le vaisseau) sont admirables par leur simplification, qui limite les incidents possibles. Leur allumage et l’élévation en altitude du lanceur avec vaisseau puis du vaisseau seul ont été impeccables. L’altitude maximum atteinte a été de 168 km. Le vol a été sub-orbital donc mais il n’était pas prévu qu’il soit orbital. L’amerrissage était attendu par un bateau d’observation dans l’Océan Indien au large du Nord-Ouest de l’Australie et c’est effectivement là où il a eu lieu.
Déceptions:
On peut être déçu par le rallumage des moteurs. Il a été raté pour le lanceur après la séparation d’avec le vaisseau (amorce aussitôt arrêtée). L’allumage des moteurs du vaisseau (3 sea level et 3 vacuum) s’est effectué correctement mais un des moteurs vacuum s’est arrêté après avoir fonctionné 40 secondes seulement (sur les 7 minutes prévues). Enfin, le rallumage a été médiocrement sous contrôle dans les derniers instants du vaisseau puisque seulement 2 moteurs sea level ont pu être rallumés au lieu de 3. Cependant le contrôle d’attitude a été presque parfait (« presque » car la verticalité à l’atterrissage n’a pu être atteinte) et l’atterrissage n’a pas été trop brutal.
Perpsectives:
Donc, bien qu’il y ait encore des possibilités d’amélioration, il ne faut pas désespérer. C’est le maintien de la combustion, non l’allumage, qui a été défaillant pour les moteurs du lanceur. Des étapes capitales comme le MaxQ, le hotstaging, le vol, l’arrivée à l’endroit prévu, ont bien été passées avec succès. Enfin n’oublions pas que ces tests ont commencé en avril 2023 et que 3 ans pour mettre au point une fusée aussi nouvelle et aussi massive que le Starship n’est pas un délai exagérément long.
Le prochain test ne devrait porter que sur des ajustements mineurs.
Illustration de titre : un décollage parfait! capture d’écran SpaceX
Liens :
Article Space.com :