EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

Il ne faut pas rêver, vivre sur Mars ne sera possible qu’avec le nucléaire, les autres sources d’énergie n’offrant pas les mêmes facilités et la même adaptabilité aux besoins. Ce n’est pas un problème car des réacteurs-nucléaires-portables, « PNP » (« portable nuclear powergenerator »), sont déjà proche d’être opérationnels. Par la même occasion, le développement de ces microréacteurs « spatiaux » servira aussi sur Terre et je suis certain qu’ils y seront vendus et utilisés, pour le plus grand bien des Terriens, quels que soient les anathèmes que les sectateurs de la religion écologiste prononceront à leur encontre.

Nous ne sommes plus à l’époque de Tchernobyl comme certains le pensent toujours. Des progrès énormes ont été faits en matière de sécurité et des innovations sont aujourd’hui disponibles pour produire des réacteurs nucléaires plus propres, plus efficaces et plus maniables. Aux Etats-Unis, en France ou au Japon mais aussi en Russie, en Chine et en Inde (trois pays qui n’ont pas les mêmes préventions que les pays où le mouvement écologiste est très fort), beaucoup de PNP sont à l’étude. Les sujets de réflexion, d’études et de tests sont nombreux. Il peut s’agir du mode de transfert de la chaleur du cœur du réacteur à la turbine, du type de combustible, ou encore de l’utilisation de neutrons rapides.

J’ai déjà parlé dans ce blog des PNP Megapower et Kilopower dont le médium caloporteur est le sodium (voir mes articles du 25/05/2019 et du 20/02/2018). Mais une start-up, « Radiant Nuclear », lancée en 2020, propose une technologie qui semble encore plus intéressante. La société a été créée par Doug Bernauer et deux anciens collègues ingénieurs de SpaceX où ils avaient travaillé sur l’approvisionnement en énergie des futures colonies martiennes. A noter que leurs relations avec Elon Musk ne sont pas clairement exposées mais qu’Elon Musk est également favorable à l’industrie nucléaire et s’intéresse aux PNP.

« Kaleidos », le « bébé » de Radiant Nuclear est un PNP de 2,50 m x 6 m x 3 m (hauteur). Il est donc transportable (même s’il est un peu « encombrant »), et il peut être rendu opérationnel en 72 heures. Il pourrait générer une puissance de 1,2 MWe sur 8 ans, sans recharge de combustible. Cela devrait permettre de fournir en énergie un millier de foyers (standard américain). Le générateur repose sur l’utilisation d’innovations qui elles-mêmes sont le fruit de réflexions anciennes : (1) l’hélium comme médium caloporteur ; (2) les « particules enrobées » TRISO (TRI-structural ISOtropic) comme combustible.

 

Vue d’un réacteur Kaleidos de Radiant, hauteur 1 mètre. Crédit Radiant Nuclear

L’hélium présente beaucoup d’avantages. Il évite les risques d’ébullition, de contamination (produits radioactifs mêlés à l’eau ou au métal fondu) et de corrosion. Il est par ailleurs très stable, non inflammable et il a une forte conductivité thermique. Dans Kaleidos il est injecté, à froid, dans les tubes parcourant le cœur du réacteur contenant le combustible, avant d’alimenter une turbine après s’être réchauffé dans l’environnement du combustible siège du processus de fissions. En se réchauffant, il se dilate à l’intérieur des tubes qui le contiennent, ce qui le projette vers la turbine et la fait tourner (et produire de l’électricité). Il est ensuite recyclé, c’est-à-dire détendu, refroidi par un système de refroidissement et réintroduit dans le réacteur pour réutilisation. Il fonctionne donc en circuit fermé. 

Le TRISO est un combustible considéré comme pratiquement non susceptible de fondre au cours de son utilisation (et, liquide en fusion, de se répandre en dehors de son enceinte de confinement !). En effet il peut supporter des températures allant jusqu’à 1800°C, bien au-dessus de ce qu’on peut craindre dans le cœur du réacteur. Les particules enrobées de TRISO ont l’apparence de petites capsules de la taille de graines de pavot. Ces particules peuvent être, pour leur utilisation pratique, rassemblés en boulets de la taille d’une balle de golf (un « compact » qui contient quelques 7000 particules). Elles sont constituées d’un cœur de matière fissible (un carbure d’uranium 235 de type « HALEU » – pour « High Assay*, low enriched Uranium », c’est à dire enrichi entre 5 et 20%) enrobé de couches de graphite (ou équivalent) et de céramique (carbure de silicium). Quand le TRISO chauffe du fait de la fission de l’uranium, son enveloppe de graphite absorbe davantage de neutrons ce qui ralentit la réaction en chaîne et fait baisser la température. Il y a donc auto-régulation. Les barrettes de contrôle absorbeurs de neutrons (généralement en carbure de bore) restent cependant utiles pour moduler le niveau des fissions et le cas échéant les arrêter. La couche de céramique évite l’éventuelle diffusion de produits de fission fondus par la chaleur en dehors de la particule. 

*assay = dosage 

Une particule de TRISO, en coupe, environ 2 millimètres de diamètre. Crédit Idaho National Laboratory. La couche céramique (jaune) est prise en sandwich par l’absorbeur de neutrons (bleu).

Kaleidos est en test à l’ANL (Argonne National Laboratory) du DoE (Department of Energy) en Idaho. Il pourra bientôt équiper les petites villes ou les sites isolés (les missions militaires par exemple), partout où les hommes auront besoin d’énergie loin des réseaux de distribution (mise sur le marché prévue pour 2028). Parmi ces sites, on pense à Mars, bien sûr. Mais force est de réaliser aussitôt que ce réacteur n’y serait pas durablement adaptable car la planète est pauvre en hélium et qu’on ne peut pas prendre le risque qu’une fuite, même improbable, mette le réacteur hors d’état de fonctionner. Malheureusement l’argon, gaz relativement abondant dans l’atmosphère de Mars (environ 2%), a une faible conductivité thermique. Cependant les vaisseaux partant pour Mars pourraient très bien s’équiper de Kaleidos pour fournir l’énergie nécessaire au fonctionnement des instruments et du support vie pendant le voyage, plutôt que des panneaux solaires très encombrants à l’extérieur du vaisseau et de moins en moins efficaces au fur et à mesure qu’on s’éloigne du Soleil. Au début de l’exploration, on pourrait aussi utiliser Kaleidos en prenant soin d’avoir toujours de l’hélium disponible en cas de fuite. 

Sur Terre comme sur Mars, à côté des éoliennes qui ne marchent que lorsqu’il y a du vent et des panneaux solaires que lorsqu’il y a du soleil, les centrales nucléaires, qui produisent continument de l’énergie, n’ont pas dit leur dernier mot.

Capture d’écran article “Ex-SpaceX Engineers Are Developing A Mini Nuclear Reactor” par Will Lockett (https://bit.ly/2Yr3q6H) in Predict (04/11/2021)

Illustration de titre : Un réacteur Megapower (10 MWe) du Los Alamos National Laboratory (LANL) apporté par camion dans un village d’une région pauvre sans réseau de distribution d’électricité. Crédit LANL (DoE). Le medium caloporteur du Megapower est le sodium, à la différence du Kaleidos qui utilise l’hélium.

NB: Ce texte a été soumis à la relecture du Dr. Pierre-André Haldi, Ing.-physicien EPFL retraité, spécialiste en énergie. Il y a apporté quelques corrections techniques.

Liens :

https://www.youtube.com/watch?v=CXsZPrTAAm0

https://www.cea.fr/Documents/monographies/Combustibles-nucl%C3%A9aires-r%C3%A9acteurs-gaz.pdf

https://www.marketwatch.com/story/former-spacex-engineers-founded-a-company-to-build-climate-friendly-cost-effective-portable-nuclear-reactors-11635536253

https://www.energy.gov/ne/articles/triso-particles-most-robust-nuclear-fuel-earth

https://medium.com/predict/ex-spacex-engineers-are-developing-a-mini-nuclear-reactor-27fae3450209

https://www.youtube.com/watch?v=7ijrp2CEOOo

https://www.marketwatch.com/story/former-spacex-engineers-founded-a-company-to-build-climate-friendly-cost-effective-portable-nuclear-reactors-11635536253?mod=mw_NBF

https://medium.com/prime-movers-lab/whats-hot-in-nuclear-b26ee1caadd6

https://www.world-nuclear.org/information-library/current-and-future-generation/fast-neutron-reactors.aspx

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9acteur_rapide_refroidi_au_sodium

Meilleurs voeux à tous pour l’année 2022!

Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :

Index L’appel de Mars 21 12 31

N’hésitez pas; c’est mon cadeau de Nouvel An ! Vous pouvez remonter jusqu’au 04 septembre 2015.

34 Responses

  1. M. Brisson démarre l’année 2022 avec des feux d’artifice :
    Voilà la parfaite illustration de l’absurdité de cette aventure : on voudrait coloniser Mars pour disposer d’une alternative à la planète Terre tout en restant dépendant de cette dernière pour ses ressources minières et technologiques !
    De plus , l’uranium ne sera pas plus abondant sur Mars ( aucune information sur les ressources de cette planète) , aucune chance de garantir de l’énergie par cette filière après quelques siècles , voire quelques millénaires , donc en suivant ce raisonnement, les colonies martiennes s’éteindront assez rapidement !
    Miser sur une énergie non durable pour prolonger l’existence de l’humanité sur une autre planète, voilà bien la contradiction la plus flagrante qu’on puisse trouver dans ces propos …

    1. Il n’y a aucune raison qu’il n’y ait pas autant d’uranium sur Mars qu’il y en a sur Terre. Si on n’en a pas encore trouvé c’est qu’on n’en a pas cherché. Et on n’en a pas cherché parce que on n’en a pas encore besoin. Ne vous inquiétez pas !
      Il est donc naturel que les premières phases de l’exploration puis de l’installation de l’homme se fasse avec des générateurs d’énergie importée utilisant des matières fossiles importées.

    2. Ne vous inquiétez pas Monsieur Giot, il y a bien assez de ressources en combustibles nucléaires pour subvenir aux besoins énergétiques de civilisations humaines, que ce soit sur Terre ou sur Mars (qui disposent des mêmes ressources dans ce domaine, ayant été formée avec les mêmes « matériaux » d’origine)! Et cela pour des millénaires si on utilise correctement ces ressources (surgénération). Ensuite? On aura très probablement trouvé d’autres possibilités d’ici-là. Par ailleurs, l’avantage du nucléaire est que la densité énergétique du combustible utilisé est très grande, ce qui permet de produire de grandes quantités d’énergie avec peu de matière, qu’il est donc possible de transporter initialement vers Mars par exemple sans gros problème (d’autant plus que les besoins là-bas seront faibles initialement).

  2. la pollution, le « salopage » généralisé de l’univers actuellement accessible, n’est ce donc que le seuk but ultime de votre civilisation ? et, sur le plan de la pensée, exactement les mêmes ambitions, fascisme, capitalisme, marxisme révolutionnaire ??
    pauv’ type !

    1. Et bien que de compliments…et quelle salade!
      Vous me semblez un peu confus mais je déduis de votre message que vous êtes contre l’utilisation de l’énergie nucléaire. Sans doute pour la décroissance et le retour au charbon?

  3. Je ne suis pas vraiment pour le nucléaire, mais en lisant votre article ce genre de technologies (PNP) me plaît déjà bien davantage que les mégalo-projets (type ETR). Cependant,au sujet des réacteurs PNP type Kaleidos, vous mentionnez les possibles fuites d’hélium comme potentiellement problématiques (cf. problèmes de réapprovisionnement) en cas d’utilisation sur mars. Quels seraient les risques environnementaux selon vous en cas de fuite d’hélium sur terre ? Cet hélium est-il aussi radioactif ? Y aurait-il moins de risques de fuites sur terre que sur Mars ? Je ne vous cache pas que je suis sceptique, mais néanmoins intéressé à y voir plus clair. Si vous le voulez bien. Merci

    1. S’il y a possibilité de fuite d’hélium, je le vois plutôt comme resultant d’un accident, par exemple la chute d’un réacteur lors du débarquement sur Mars.
      Un gaz ne peut pas avoir le même effet d’entraînement et donc de diffusion que l’eau liquide. En cas de fuite, l’hélium se dissiperait immédiatement dans l’atmosphère (terrienne ou martienne) sans entraîner aucune matière radioactive.

      1. L’usage de l’hélium a été utilisé avec succès dans les années 60-70 pour refroidir les chips des ordinateurs IBM.

        Néanmoins, je me permets d’attirer votre attention sur deux problèmes liés à une trop grande utilisation de l’hélium. D’abord, celui-ci n’est pas renouvelable. Nous vivons sur des réserves limitées d’hélium présent dans des poches souterraines en même temps que du gaz naturel duquel il est facile de le séparer mais ces réserves commencent à s’épuiser.

        Ensuite, l’hélium est superfluide. Même comme gaz à la température ambiante, il s’échappe facilement par des fuites hermétiques pour des gaz plus lourds.

        L’hydrogène gazeux pourrait le remplacer et présente l’avantage d’être inépuisable et disponible partout. Ses propriétés thermiques sont proches de celles de l’hélium. Sur la Terre, comme l’hélium, l’hydrogène présente le danger d’un effet Joule Thomson négatif qui rend son ignition très probable en cas de fuite mais ce danger n’existe pas sur Mars dont l’atmosphère est dépourvue de comburant.

        Sur Mars, une fuite d’hydrogène comme d’hélium ne présenterait aucun danger.

  4. Je vous remercie, Monsieur Brisson, pour votre intéressante contribution, et ai une remarque et une question:

    La remarque:
    Bravo tout d’abord à la Rédaction du Temps !!!!!!
    Jamais un tel blog ne pourrait être publié dans un journal suisse alémanique -où j’habite- ou allemand. La seule exception est probablement die Neue Zürcher Zeitung (Die alte Tante … ;-). Sinon, la culture woke est à l’œuvre, impitoyable.

    La question:
    Les mini-centrales que vous évoquez, fonctionnent-elles à l’Uranium, ou au Thorium?, et, incidemment, quelles sont le réserves de Thorium sur Mars?

    De fait, dès le milieu du XXI siècle, les centrales nucléaires offertes sur le marché par le Chinois et le Canadiens, entre autres, ne fonctionneront plus à l’uranium, mais au thorium.
    – Le thorium est moins réactif que l’uranium et ne peut être utilisé à des fins militaires.
    – Le thorium étant liquide dans un centrale de ce type, une fusion du coeur est exclue.
    – Les réserves de thorium connues sur la planète terre pourraient couvrir durant 1000 ans les besoins de l’humanité, évalués au rythme actuel.
    – Les déchets de combustion du thorium doivent être gardés durant 300 ans, au lieu de 100’000 ans pour ceux des centrales nucléaires fonctionnant à l’uranium.
    – Enfin, cerise sur le gâteau, les centrales fonctionnant au thorium ont a faculté de réduire les déchets des centrales à l’uranium et de faire passer leur durée de garde de 100’000 ans à 300 ans.

    Ces faits, connus dans les milieux de l’énergie, ont été constamment occultés par les lobbyistes de tous bords. A cet égard, il convient de remarquer que la solution „Thorium“ à été proposées en 1986 par le CERN et son directeur de l’époque, Carlo Rubbia, à la communauté européenne. Deux acteurs majeurs de la scène énergétique de ces années, la France et la Grande Bretagne, ont sciemment torpillé la proposition de Carlo Rubbia pour des raisons géostratégiques. La filière de l’uranium était primordiale pour la mise en place des arsenaux nucléaires des deux puissances.

    Quelle est votre opinion en cette matière?

    1. Je suis également un chaud partisan du Thorium 232.
      Il y en a autant sur Mars que sur Terre. Il est donc beaucoup plus abondant que l’Uranium 235. Par ailleurs la fission du Thorium est plus propre que celle de l’Uranium.
      La seule différence avec l’Uranium (d’après ce que je comprends) c’est qu’il est nécessaire d’atteindre une température plus élevée que pour l’uranium pour que les fissions se produisent. Il faut donc prevoir une amorce de fission d’uranium 235 pour provoquer la fission du Thorium qui ensuite s’auto-entretient.

      1. Désolé, mais l’explication donnée ici est totalement confuse. Premièrement, le thorium-232 n’est PAS un matériau fissile, mais, comme l’uranium-238, un isotope fertile qui peut être transmuté en uranium-233 fissile par capture neutronique (dans le cas de l’uranium-238, cela donne du plutonium-239 fissile). Deuxièmement la température n’a rien à voir avec les probabilités de fission qui sont liées aux valeurs des sections efficaces (les énergies thermique et nucléaire ont des ordres de grandeur complètement différents; il y a bien un très léger effet Doppler sur les sections efficaces, mais extrêmement faible, et c’est un phénomène trop complexe pour l’expliquer ici). Troisièmement, la fission de l’uranium-233 (et non du thorium, comme relevé plus haut) n’est en elle-même guère intrinsèquement plus « propre que celle de l’uranium-235 (produits de fission similaires); par contre il est vrai que la capture neutronique (quand elle ne produit pas de fissions) conduit à la formation de moins d’actinides gênants avec un « combustible » thorium que dans nos centrales classiques. Enfin, le gros avantages du thorium (conduisant à l’isotope fissile uranium-233, rappelons-le), outre qu’il est plus abondant (mais dans des gisements moins disponibles et accessibles) que l’uranium, est que les pertes par captures neutroniques non suivies de fissions sont plus petites et qu’il conduit à la production d’un nombre plus élevé de neutrons secondaires (2,38 contre 2,07 pour l’uranium-235 et 2,11 pour le plutonium-239; il en faudrait 2 au minimum S’IL n’y avait aucune perte de neutrons), ce qui permet d’envisager la surgénération (production de matière fissile) même avec des neutrons lents (dans les surgénérateurs uranium-238 -> plutonium-239, comme celui de Creys-Malville, il faut des neutrons rapides).

        1. Il y a pourtant un désavantage non négligeable avec le thorium, car, outre l’U233 fissile recherché, il se forme aussi l’U232 qui mène par désintégrations successives au Pb212 et au Tl208, de forts et dangereux émetteurs gamma.

          1. @Ch. de Reyff: Ce qui est plutôt une bonne chose du point de vue de la non-prolifération. Difficile pour des terroristes (et, surtout, très dangereux!) de « détourner » le cas échéant cette matière fissile pour en faire des bombes artisanales!

  5. Bonne année Monsieur Brisson, que vous puissiez conserver votre optimisme, votre passion. Hier soir je n’ai pas eu envie d’aller fêter en ville, avec personne ni ailleurs, et pas même désiré savoir vraiment pourquoi. Alors je suis allé dans mon atelier juste à côté pour imaginer où j’installerai mes nouvelles machines, avec une arrière-pensée quand même : « Je vais vieillir, c’est d’ailleurs déjà en route, et vais échanger maintenant mes vieilles machines contre des toutes neuves… J’espère qu’elles auront le temps de s’user… » Tout à coup j’ai entendu des pétards, quelques cris et des rires. « Oh ! C’est déjà minuit ?.. » J’ai eu envie de rire aussi : « Oui, c’est le temps de toute la vie qui file vite, dès la semaine prochaine je ferai mes téléphones pour commander ! »

    J’ai eu le temps de manger un dessert pour trois, sans plat principal ni entrée, puis suis tombé endormi je ne sais combien de temps. Après m’être réveillé je suis allé allumer mon ordinateur au bureau : « Tiens, à peine les fusées de Nouvel-An retombées au sol et refroidies, Monsieur Brisson rédige déjà son nouvel article ! »

    Ce petit réacteur nucléaire m’a épaté, j’ai laissé de côté un temps mes documentations de machines, ai relu l’article en me remémorant des cours de physique, puis ai eu envie de rire en me souvenant de ce travail à choix, à la maison, avec un compteur Geiger et un bloc de résine transparente contenant un échantillon de Radium emporté dans ma serviette… Je rêvais : « Est-ce qu’on pourrait faire tourner un très petit moteur électrique avec une cellule photosensible qui reçoit la lumière verte ?.. »

    Ce matin, l’année avait finalement bien commencé, j’avais de nouveau eu envie de rêver en lisant votre article, puis ai vu les deux premiers commentaires et serais certainement retourné aller dormir, ou qui sait, aurait précocement expiré si le monde entier était comme ces deux-là, offrant dès les premières heures de l’année leurs vœux éteints.

  6. La FISSION nucléaire est une énergie polluante et dépassée tant sur Terre (voir scandale de l’EPR en France) que ses potentielles contaminations à travers le système solaire par les humains trop préoccupés du terme et laissant leurs problèmes et déchets aux générations futures. Nous devons consacrer toutes nos recherches à la FUSION nucléaire : les chinois l’ont bien compris ayant créé un « soleil » de 17 minutes par la fusion nucléaire en 2021…

    1. @F. Donneur: Je ne voudrais pas trop doucher votre enthousiasme pour la fusion, mais pour avoir travaillé de nombreuses années dans ce domaine et avoir rédigé une thèse sur la fusion inertielle (plus appropriée à mon avis pour les applications spatiales que la fusion par confinement magnétique), je ne crois guère à une application prochaine de cette technologie, déjà sur Terre et encore moins dans l’espace. Après un demi-siècle de recherches et développements, qui ont engloutis des sommes colossales, on approche à peine du breakeven (autant d’énergie produite par fusion que l’énergie nécessaire pour déclencher ces réactions de fusion), à part les recherches chinoises, des progrès étant également annoncés dans l’approche « z-pinch » et, précisément, en fusion inertielle. Mais une fois cette étape cruciale franchie, il y aura encore loin d’une installation expérimentale à un véritable réacteur de fusion techniquement et commercialement viable. Pour ne citer que deux problèmes: 1/ la régénération du tritium, qui nécessite un neutron (interagissant avec du lithium dans la couverture du réacteur) or il n’y a qu’un seul neutron émis par fusion deutérium-tritium et il y aura inévitablement des pertes et absorptions desdits neutrons dans l’installation, 2/ le changement périodique de la première parois, fortement contaminé au tritium radioactif + produits d’activation dans la structure du réacteur, etc. Il faudra encore des décennies pour résoudre ces problèmes. Et attendre plus encore pour d’éventuelles applications spatiales, car je vois mal un Tokamak, lourd et encombré d’enroulements magnétiques complexes, envoyé dans l’espace. Et puis, avant d’obtenir de l’énergie par fusion, il faut investir de grandes quantités d’énergie pour créer les conditions nécessaires au démarrage de ces réactions. Cette énergie viendra d’où dans l’espace?

      1. Qui vivra verra. Je parie que vous aurez tort d’ici 10 ans et que l’on commencera à étudier le potentiel de récolter directement l’hélium 3 naturel à partir de la Lune, passant outre la régénération du tritium.

        1. Pari tenu (sans grand risque)! Vous ne répondez guère à mes objections d’ailleurs, sauf pour ce qui concerne le tritium (fusion D-T), mais la réaction D-He-3 (qui donne de l’He-4 et un proton) est encore plus difficile à réaliser que la réaction D-T, pour laquelle on n ‘a pas encore réussi le breakeven, même si on s’en approche, … après plus de 50 ans d’études et développements; alors dans 10 ans … ! Et le coût du kilo d’He-3 (y compris énergétique) ramené de la Lune serait proprement « astronomique » 🙂 !

  7. Bonjour Mr Brisson
    Encore une fois félicitations pour la clarté de vos exposés.
    Une question . Nous avons connu la filière neutrons rapides et sodium caloporteur développée à Cadarache et mise en production dans une centrale, mais rapidement arrêtée du fait de la dangerosité du sodium en présence d’eau.
    Quelle garantie a-t-on dans le cas des mini centrales que jamais il n’y aura contact entre le sodium et l’eau ?

    1. @ Lafforgue
      Sans vouloir refroidir les espoirs de la NASA, il n’y a pratiquement pas d’eau sur Mars donc pas de danger que le sodium s’enflamme à son contact. De plus, la faible pression atmosphérique le dissiperait et sa réaction avec le peu de CO₂ atmosphérique serait aussi sans danger.

  8. Bonjour et bonne année!!
    Le principal c’est de pouvoir assurer qu’un réacteur nucléaire ne constitue pas un danger lorsqu’il décolle de la Terre.
    Si Mars impose une propulsion nucléaire et de l’énergie nucléaire, cette dernière sera également nécessaire pour notre plus proche voisine où la nuit dure deux semaines!
    Le ciel depuis la face cachée et sans l’éclairage du Soleil doit y être une merveille!

    1. R. Lannoy: On ne démarrera un réacteur nucléaire spatial qu’une fois être sorti du « puits » d’attraction terrestre. Or un réacteur qui n’a encore jamais fonctionné ne contient par définition aucun produits de fission ni actinides et donc ne présente pas de danger même si le lanceur devait exploser encore dans l’atmosphère.

      1. @P-A Haldi
        D’accord avec vous mais il faudra bien envoyer les matières fissiles et c’est là qu’il pourrait y avoir un danger. Fort improbable, je l’admets.

        1. @J.-J. Louis: L’activité RADIOACTIVE de ces matières fissiles est extrêmement faible et ne présenterait guère de danger en cas d’explosion du lanceur (émetteurs alpha essentiellement, un type de rayonnement facilement arrêté).

  9. Il y a un foisonnement de nouvelles voies à l’étude: fusion, thorium, EPR. Permettez que j’en ajoute une qui me semble très intéressante quoique sujette à des retards comme les autres. le projet mirrha en Belgique. Avec MYRRHA, le SCK CEN étudie le processus de transmutation. « La transmutation convertit les substances radioactives à longue durée de vie en substances moins toxiques à courte durée de vie » selon https://fr.wikipedia.org/wiki/MYRRHA. On se focalise sur certaines technologies plutôt que d’autres apparemment. Qui aura raison?

    1. Plusieurs réacteurs dits de « Génération IV » actuellement en développement sont précisément conçus pour « brûler » ces déchets à longue durée de vie, avec le double avantage de s’en débarrasser et de produire de l’énergie supplémentaire par la même occasion, « d’une pierre, deux coups »! C’est pourquoi l’option de non-retraitement du combustible « usagé » et d’enfouissement définitif des « déchets » (qui n’en sont pas à mes yeux) et une véritable aberration en matière d’utilisation de ressources à mon avis.

      1. Je rejoins tout à fait l’opinion de M. Haldi : la Suisse politique qui a décidé le non retraitement des résidus nucléaires est responsable d’un immense gaspillage.
        À la sortie d’un réacteur, le combustible « usé » est composé de 1% de U235, 94% de U238, de 1% de Pu239, de 4% de produits de fission et de traces d’actinides transuraniens. Seuls ces produits de fission et ces actinides supérieurs sont à considérer comme déchets à gérer soigneusement, et donc 96% de ces résidus sont tous valorisables. Il y a ainsi encore plus de 20 fois d’énergie à en retirer théoriquement, via soit la surgénération, soit la technique ADS prévue par Rubbia et mise en oeuvre avec MYRRHA. Le jeu en vaudrait largement la chandelle, car en Suisse, après 50 ans de nucléaire et 3’600 t de combustible utilisées, on aura produit 1’200 TWh (24 TWh/an, 40% de notre électricité).
        L’utilisation de nos résidus représenterait un potentiel de près de 1’000 ans de production équivalente.
        Permettez-moi ici quelques derniers chiffres très parlants : ces 3’600 t de résidus représentent 450 g par personne, cela au bout de 50 ans ! Les 4% de déchets à gérer vraiment représentent 144 t, donc 18 g par personne. Ce chiffre est minuscule après 50 ans de production d’électricité quasiment sans incidents majeurs. Pourquoi en faire une montagne politique ?

  10. Apparently very new and promising solution.

    The first fusion reactor without magnets — a major breakthrough.
    https://vstories.medium.com/the-first-fusion-reactor-without-magnets-a-major-breakthrough-6d68f06bf955?source=social.linkedin
    Zap Energy has designed a FuZE-Q reactor that does not need magnets to maintain the plasma. Researchers here are talking about a major breakthrough making it possible to dispense with very expensive and problematic magnets and coils.

    1. @Serge: C’est une des avancées que je signalais dans un de mes commentaires plus haut (« z-pinch »). C’est intéressant, et plus prometteur à mon avis que la technologie Tokamak avec sa forme toroïdale et ses enroulements magnétiques complexes, mais on reste pour le moment encore loin d’une installation de production d’énergie à base de fusions qui soit techniquement et commercialement viable (on n’est même pas encore certain que le plasma restera bien confiné à cette échelle-là). A suivre néanmoins.

  11. Un tokamak chinois, le HL-2M a maintenu son plasma à une température de plus de 120 millions de degrés Celsius pendant 101 secondes. C’est le meilleur résultat obtenu à ma connaissance. Pour la fusion, il faudrait atteindre 150 millions de degrés. Corrigez-moi si je me trompe. On n’y est pas… pas encore. Peut-être que Zap Energy y arrivera avant les Chinois. ITER? Mais pour Mars, on peut se passer de la fusion avec les petites centrales nucléaires

  12. @Martin: « pour Mars, on peut se passer de la fusion avec les petites centrales nucléaires ». Tout-à-fait juste, et cela avec une technologie mature, qui peut se « conjuguer » à des dimensions relativement petites, alors qu’un réacteur de fusion, en tout cas dans l’approche confinement magnétique, sera forcément de grande taille/puissance pour des raisons physiques qu’il serait trop long et difficile d’expliquer ici (on ne peut réaliser des « mini-réacteurs » de fusion en confinement magnétique).

  13. Bonjour,
    sur Mars on est loin d’y être et compte tenu de tous les problèmes qui sont liés à cette hypothétique installation l’espérance de vie est de quatre ans à sa surface en raison des radiations cosmiques !
    on se plaint aujourd’hui du confinement alors que dire quand il sera obligatoire de vivre en cocon fermé en permanence et dans un scaphandre pour en sortir ?
    On oublie l’aspect psychologique car n’ayant plus aucun repère avec notre planète la claustrophobie, dépression et suicide seront alors à l’ordre du jour.
    Ne pas oublier que ceux qui séjournent à bord de l’ISS ont la Terre en vision directe et ils savent qu’ils peuvent revenir sur Terre rapidement en cas de danger ! et sur Mars ??? six mois, si tout va bien ?

    1. Cher Monsieur Latini, je ne suis pas du tout d’accord avec vous.
      Si l’on va sur Mars, il faudra certes se protéger des radiations cosmiques mais il faut bien distinguer entre le voyage et le séjour. Pendant le voyage on pourra bien se protéger contre les radiations solaires mais beaucoup moins bien contre les radiations cosmiques dures (les fameux HZE). C’est pour cela que si on peut aller sur Mars (voyage de 6 mois), on ne peut probablement pas aller sur une lune de Jupiter (voyage de 3 ans). Cependant, une fois sur Mars, on pourra se protéger des radiations. On pourra vivre sous un écran de régolithe de l’épaisseur requise (ce qui n’empêcherait pas une vue sur l’extérieur). Ce ne serait pas particulièrement difficile. Et si l’on veut sortir en scaphandre, on pourra le faire pourvu que ce soit pour des durées raisonnables (quelques heures par jour). Qui sur Terre reste plus de deux ou trois heures à l’extérieur d’une construction ou d’une voiture? On aura des robots pour agir à l’extérieur et on les commandera en direct depuis l’intérieur.
      Quant à l’aspect psychologique, pour moi il est négligeable. Les gens qui partiront sur Mars seront préparés à l’isolement et ils pourront toujours communiquer avec la Terre même si bien sûr la communication directe ne sera pas possible sans décalage temporel. Si on sort de l’habitat pour évoluer à l’extérieur, la sensation de liberté sera très réelle, que l’on porte un scaphandre ou non. Parlez en à ceux qui on fait des simulations dans le cadre de la Mars Society. Alors la claustrophobie, la dépression, certainement pas!

    2. @Latini Jacques. Je vous propose de vous renseigner sur le métier de sous-mariniers, cela devrait vous permettre de réévaluer le concept de confinement qui a marqué la planète. Et peut-être vous permettre de comprendre que l’homme s’adapte si on lui laisse le temps.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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