EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

Les opposants à la création d’une colonie humaine sur Mars utilisent souvent l’argument du coût d’une telle installation. Il est vrai que « quelques dizaines* de milliards » ce n’est pas rien. Mais je pense que si cette colonisation est bien conçue, elle pourrait être une source d’enrichissement plutôt que d’appauvrissement, en clair, un véritable « investissement » plutôt qu’une dépense « à fonds perdus ».

*NB : je précise que de bonnes raisons me conduisent à penser qu’il ne faut pas envisager des centaines de milliards. Mais discuter de l’estimation n’est pas ici mon propos.

On peut envisager plusieurs sources de revenus pour les personnes qui auront dépensé pour réaliser cette colonie et qui voudront légitimement non seulement rentrer dans leurs fonds mais, au-delà, réaliser un profit.

Une première source de revenus pour la société d’exploitation réunissant les investisseurs, sera le paiement du séjour sur Mars par le client : la location des habitats, véhicules et autres équipements ; la mise à disposition des divers produits nécessaires à la vie, air respirable, aliments, vêtements, soins médicaux. C’est cette source que nous avions considérée avec Richard Heidmann (fondateur de l’association Planète Mars, branche française de la Mars Society) en 2019 dans le cadre de la compétition internationale lancée par la Mars Society US. Je ne mentionne pas le voyage car le coût restera probablement longtemps élevé et si l’on peut imaginer de le réduire par économie d’échelle en fonction d’un nombre croissant de passagers, je pense que les marges sur ce service resteront faibles car pendant longtemps on dépensera pour actualiser des vaisseaux qui serviront peu compte tenu de l’étroitesse et de l’éloignement des fenêtres de tir. On peut toutefois envisager un forfait de base, couplant séjour + voyage (dégageant une marge), pour les personnes qui viendraient sur Mars avec l’idée d’en repartir à la fin du même cycle synodique.

Mais je voudrais surtout attirer l’attention sur un autre potentiel de la colonie qui peut la conduire à un moyen de rentabilisation qui ne serait plus limité à rendre service aux Terriens pour leur permettre de profiter de Mars. Il s’agirait d’offrir à des entrepreneurs un cadre de vie adéquat pour une activité fournissant une offre pouvant faire l’objet d’une demande par l’ensemble de l’humanité, que les personnes formulant cette demande soient ou non intéressées par la vie sur Mars.

Je veux dire que pour que la colonie martienne devienne une communauté humaine comme une autre, appelée comme une autre à accéder à la prospérité via une activité sur un marché mondial (tout en veillant à maintenir une autonomie correspondant aux nécessités de sécurité qui s’imposeront à elle), il faut qu’elle accueille ou suscite des entreprises qui travaillent sur Mars comme elles travailleraient sur Terre tout en prenant compte évidemment des spécificités résultant de l’éloignement de la localisation martienne.

Une telle activité ne peut être qu’immatérielle ou du moins sans nécessité de transport car il n’est pas question de dépendre d’une capacité d’emport interplanétaire limitée en volume et en masse tous les 26 mois (et bien sûr coûteuse). Cela implique qu’elle repose sur l’informatique et puisse fonctionner à distance, via un réseau de télécommunications interplanétaires. Cela n’exclut pas qu’on puisse envisager une production par impression 3D localisée au plus près de chaque foyer de consommation.

Pour prendre deux exemples pratiques, Jeff Bezos aussi bien qu’Elon Musk pourraient vivre et travailler sur Mars. Jeff Bezos puisque, comme il peut diriger à partir des Etats-Unis, une entreprise qui effectue des livraisons en Australie ou ailleurs à partir de fournitures locales ou étrangères, pourrait aussi bien le faire de « plus loin ». Elon Musk parce que les voitures Tesla aussi bien que les fusées Falcons ou les Starships pourraient être produits aussi bien sur Mars que sur Terre.

Le seul problème et il n’est pas vraiment négligeable est celui du décalage de temps. En effet on peut être tout à fait présent via un écran ; l’expérience au cours de ces dernières années l’a bien montré, la participation en « distanciel » fonctionne. On peut voir et discuter avec un ou plusieurs interlocuteurs tout à fait valablement avec cette méthode, travailler vraiment. Mais peut-on attendre jusqu’à près d’une heure pour avoir réponse à une question posée qui sur Terre serait donnée en seulement quelques minutes ?

Mon avis : au 19ème et au début du 20ème siècle, les entreprises fonctionnaient avec le courrier papier ou le télégraphe. Je me souviens bien de l’époque où à l’intérieur de ma banque dans les années septante, nous communiquions par « télex », ces bandes perforées qu’il fallait transcrire en langage courant, quand on avait besoin d’une réponse rapide d’Iran, de Thaïlande ou des Etats-Unis. Je pense donc que si un patron a besoin d’avoir une partie de son équipe dirigeante « sous la main », beaucoup peut être fait à distance même si cette distance implique un décalage de temps (comme l’impliquait de fait le télex, et a fortiori le courrier papier). C’est une question de (bonne) organisation.

Je ne dis pas que ce décalage de temps serait un avantage pour la localisation d’une direction d’entreprise sur Mars. Ce serait évidemment un désavantage mais ce désavantage serait à mettre en balance avec les avantages : plus grande sécurité individuelle des personnes et meilleure organisation sociale en raison de la sélection très forte au départ de la Terre et du contrôle impératif pour prévenir les dangers sur Mars (dépressurisation, infections microbiennes) ou pour s’assurer à tout moment que « tout » fonctionne (télécommunications avec la Terre, stockage et accès aux banques de données copiées continument sur Mars), sans oublier l’excellente qualité de l’environnement humain (pour la même raison qu’il y aura eu sélection rigoureuse).

Par ailleurs, il faut atténuer l’aspect négatif du décalage temporel en considérant que les discussions en « présentiel » sont souvent l’occasion d’argumentations improvisées ou d’interruption par l’un ou l’autre des participants. Une réponse réfléchie et correctement argumentée peut présenter, même si elle se fait un peu attendre, un avantage certain. D’autant que le plus souvent on est conduit à traiter plusieurs sujets / problèmes à la fois et que le décalage permettrait d’entremêler plus facilement les discussions.

Enfin je ne résiste pas à me référer à une expérience familiale. Un de mes arrière-grands-pères qui vivait dans la ville royale d’Aranjuez en Espagne dans la seconde partie du XIXème siècle avait monté une entreprise qui devint prospère, avec un associé auvergnat comme lui. Il est resté célèbre chez nous parce qu’ayant atteint l’âge mûr, il alternait avec cet associé sa présence à la tête de l’entreprise. Il en profitait pour maintenir ses contacts en Auvergne ou pour résider agréablement à San Sebastian. Bien sûr il restait joignable par courrier postal ou même par télégraphe en cas de besoin. Avec la facilitation que donnent le système moderne de communications, on peut imaginer une telle délocalisation avec éloignement alterné de Mars d’une durée évidemment calquée, par la force des choses (et des lois de Kepler !), sur la durée des périodes synodiques des deux planètes. Bien sûr étant donné la nuisance des radiations pendant le voyage Mars/Terre/Mars, il vaudra mieux, quand même, ne pas faire trop d’allers-retours.

Illustration de titre : Projet de site de simulation de vie sur Mars, en Californie, par Interstellar Lab (Barbara Belvisi).

52 réponses

  1. Bonjour,
    Pour construire une ville sur Mars, construisons d’abord une ville dotée d’un système écologique clos et apprenons de nos erreurs lors du Biosphère II en Arizona. Peut-être bien qu’une telle ville deviendra nécessaire sur Terre. En construisant toutes les villes ainsi, une ville martienne sera bien plus rapidement rentable.
    Si nous avons la technologie pour nous rendre sur Mars en grand nombre, nous aurons certainement celle qui nous permettra d’éviter la fenêtre de 26 mois et le voyage se comptera en semaines plutôt qu’en mois.
    La communication: aux mieux, 3 minutes, au pire 23 minutes. On s’adaptera !

    1. On travaille aux systèmes écologiques clos. Voyez la recherche MELiSSA ou les travaux d’Interstellar Lab (Barbara Belvisi).
      Par ailleurs, je ne vois pas très bien (pour ne pas dire « pas du tout ») comment on pourrait s’abstraire de la contrainte que nous impose la différence entre les cycles synodiques des planètes. Les 26 mois resteront 26 mois.

      1. Le problème des 26 mois, c’est le problème de la fenêtre de lancement (aussi bien depuis la Terre que depuis Mars). Si on utilise l’énergie nucléaire, on peut voyager beaucoup plus rapidement, ralentir plus fortement et les fenêtres de lancements seront beaucoup plus étendues.
        La fusée VASIMR permettrait un voyage de 45 jours au lieu de 6 mois.

      2. Personne ne doute du caractère enthousiasmant d’une colonie sur Mars (si le projet en est techniquement et financièrement réaliste, mais je comprends que c’est un autre débat). Mais on reste surpris par plusieurs affirmations.

        Le titre parle de « rentabilisation ». Où apparaît-elle ? L’article ne cite que de possibles sources de revenu, sans du reste les chiffrer, ce qui n’est pas la même chose. Un projet peut générer des recettes sans être jamais rentable, voire même jamais envisageable (« affordable »).

        La plus commentée de ces recettes viendrait de la mise à disposition de Mars à des entrepreneurs désireux de s’y installer, ce pour quoi « le seul problème » professionnel serait « celui du décalage de temps » des télécommunications. Le seul, vraiment ? Outre qu’on voit mal ce qu’apporterait l’installation sur Mars à la conduite d’une entreprise, on semble faire fi d’autres obstacles qui ont toutes les chances de faire reculer l’entrepreneur le plus aguerri, et ce avant même ce décalage temporel : l’absence de proximité physique avec ses équipes, le confinement (non, passée la curiosité des premières semaines, sortir en scaphandre ne sera pas suffisant à ces messieurs et dames habitués à sillonner le monde en jet privé), le risque sanitaire (à commencer par celui résultant de l’éloignement des meilleurs centres médicaux qui resteront nécessairement sur Terre), l’énormité du coût (fixe + récurrent), etc. Et surtout, tout entrepreneur sait l’importance du contact personnel pour la réussite des affaires : ce n’est pas en distanciel depuis Mars que Musk et Bezos continueront à faire leur lobby personnel auprès des dirigeants américains comme ils s’y emploient depuis des années. Ne serait-ce que pour cela, Mars n’est pas une option, en tout cas pas avant la retraite.

        On compare avec le bon vieux temps où n’existaient que le telex et la poste. C’est faux : il y avait aussi le téléphone (instantané, s’entend), indispensable au bon fonctionnement d’une entreprise. Or ici, exit cet outil. Inconcevable.

        Dernière surprise, l’article suppose l’intangibilité des fenêtres de tir (des cycles synodiques), et donc sans doute les durées de voyage. Pourquoi ? Aucune loi de la physique ne l’impose, même si on est encore loin de transits plus rapides. Dommage, car c’est probablement plutôt là que serait la clé de l’attrait éventuel de Mars.

        1. S’affranchir des cycles synodiques c’est consommer de plus en plus d’énergie donc transporter de moins en moins de masse pour une même capacité d’emport, et de toute façon allonger (très rapidement) la durée du voyage donc s’exposer davantage aux radiations. Environ trois mois après la fermeture de la fenêtre il devient de toute façon quasiment impossible d’atteindre son objectif (et je doute beaucoup qu’on puisse réduire le voyage Terre/Mars à moins de 4 mois en utilisant un mode de propulsion que l’on maîtrise). Je vous trouve bien optimiste de passer sur ce « détail ».
          Le télex et la poste étaient les outils les plus utilisés quand j’ai commencé à travailler, au début des années 1970. C’est comme cela. Les communications téléphoniques (avec le Bangladesh, le Cambodge ou même Hong-Kong) n’étaient pas si bonnes surtout pour les conversations un peu longues et elles étaient pratiquement exclues pour certains postes comme Hodeidah sur le bord de la Mer-rouge. On pouvait à la limite avertir de l’arrivée d’un dossier ou poser une question ponctuelle impliquant une réponse rapide.
          La rentabilisation s’entend comme la mise en regard de ressources et de dépenses, pas forcément atteindre le résultat souhaité mais bien sûr le vouloir. Dans les premières années d’une installation sur Mars, évidemment il y aura déficit (plus de dépenses que de recettes) et il faudra s’attacher à le combler sur un délai aussi court que possible pour que les investisseurs soient satisfaits (et ainsi encourager à maintenir voire à augmenter leur investissement).
          Bien sûr que le contact personnel est intéressant mais de plus en plus les entretiens par écrans interposés sont utilisés et permettent énormément d’échanges. Je m’en sers moi-même beaucoup (Skype ou Zoom) et croyez-moi, je garde ainsi contact avec des personnes que j’aurais peu l’occasion de rencontrer autrement. Par ailleurs je ne dis pas qu’une partie de l’équipe dirigeante d’une entreprise ne devrait pas être sur Terre mais je prétends qu’énormément de fonctions pourraient être menées sur Mars. Quant à l’agrément de vivre sur Mars plutôt que vivre sur Terre, c’est votre point de vue. Il y a des moments où je me sentirais plus en sécurité, dans un environnement plus paisible et tout autant attractif, si j’étais sur Mars.
          NB: il y aura très rapidement beaucoup de médecins sur Mars ne serait-ce que parce que chaque discipline devra être représentée avec redondance pour la sécurité et que la principale richesse d’une base habitée ce seront les hommes assistés d’autant de robots que possible (compte tenu du coup des hommes et compte tenu du fait qu’on va les exposer le moins possible aux radiations extérieures ou leur faire perdre du temps dans les tâches répétitives).

  2. “ . Elon Musk parce que les voitures Tesla aussi bien que les fusées Falcons ou les Starships pourraient être produits aussi bien sur Mars que sur Terre.“
    Je pense que vous avez un idée bien simpliste de ce que représente la construction d’une fusée ou voiture en terme de technologies et complexité industrielle pour envisager faire cela sur mars. Allez visiter une simple usine pour comprendre.

    1. Alors là vous vous trompez complètement! J’ai sans doute visité plus d’usine en tous genres et dans le monde entier au long de ma carrière d’analyste de crédit, que vous ne pourrez jamais le faire! Dernièrement j’ai même visité l’usine de SpaceX en Californie où sont fabriqués les moteurs Raptor des fusées Falcon.
      Je ne dis pas que l’on va fabriquer des Starship dès le premier jour d’arrivée sur Mars (ou dès les premières missions habitées) mais je pense que petit à petit, oui, on fabriquera sur Mars des éléments de plus en plus nombreux qui d’abord serviront à remplacer des pièces défaillantes et les pièces les plus massives (donc les plus difficiles à importer de la Terre), avant de pouvoir réaliser des fusées complètes.

      1. Pour se faire une idée de la complexité de l’industrie, il vaut mieux y travailler que de la visiter. 40 ans de vie professionnelle dans le monde aérospatial m’ont enseigné qu’on sous-estime en effet ici grandement les difficultés d’un pilotage d’entreprise à distance, l’importance des contacts personnels et téléphoniques pour résoudre les problèmes quotidiens, et les obstacles techniques, administratifs et humains à un voyage interplanétaire. Le monde réel ne fonctionne pas tout à fait comme le décrivent les communicants d’E. Musk à l’attention des journalistes.

        Je conviens qu’il en va peut-être différemment dans le monde financier.

        Pour ce qui est de la réduction de durée d’un voyage vers Mars, je crois avoir écrit qu’on en était encore loin, donc nul optimisme excessif de ma part. Je l’ai encore moins qualifiée de détail puisqu’elle est au contraire au cœur même du problème : peu de chance qu’on aille souvent sur Mars avant d’avoir trouvé le moyen d’en réduire le temps de voyage

        1. Le travail d’un banquier est de comprendre ce qui se passe dans son entreprise cliente (ou cliente potentielle) afin de savoir s’il peut y risquer de l’argent qui ne lui appartient pas mais qu’il contrôle tout en en restant responsable vis à vis de tiers. Il s’agit donc de bien comprendre ce qui s’y passe et de prévoir ce qui peut s’y passer. Il ne peut pas s’agir d’une approche superficielle.
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          Je crois effectivement qu’on ne continuera à partir pour Mars que tous les 26 mois pendant encore très longtemps. Raison de plus pour partir avec l’essentiel pour y survivre en cas de problème.

          1. La vitesse est une condition impérative du voyage vers Mars.
            Raisons militaires: le plus rapide a l’avantage sur l’ennemi.
            Raisons commerciales: le premier arrivé se sert le premier (voir par exemple les cratères des pôles de la Lune).
            Raisons sportives: le premier arrivé gagne, remporte la reconnaissance, le pactole.
            Raisons médicales: le plus rapide s’expose le moins aux radiations et aux effets de l’impesanteur.
            Raisons de sécurité: les plus rapide peut aussi, en cas de danger, revenir au plus vite vers le point de départ ou gagner un point où trouver des secours.
            La vitesse sera une nécessité et un besoin bien plus importants que la colonisation d’un autre corps céleste et en ce qui concerne Mars, les 26 mois n’auront pas l’importance accordée aujourd’hui.

          2. Oui mais pour le moment le voyage est au minimum de six mois. Il ne faut pas perdre de vue non plus que si on allait beaucoup plus vite, on renoncerait à la « trajectoire de libre retour » (celle qui permet de rejoindre la Terre sans propulsion complémentaire) et donc on perdrait en sécurité. Il faudra « un certain temps » avant qu’on renonce à cette sécurité.

      2. Bon courage pour envoyer sur mars des engins miniers ( bull, pelleteuse, camions….) puis usines sidérurgiques, hauts fourneaux puis machines outils etc…. Car vous ne pouvez pas produire ces équipements de base sur mars si vous voulez commencer à avoir des usines sur place. Ensuite, cela suppose que vous y trouviez tous les nombreux minéraux qui entrent dans la composition des aciers et alliages spéciaux utilisés dans l’industrie spatiale.
        Comment écrit plus bas, il ne suffit de visiter des usines, mais de connaître les procédés de production ainsi que l’origine des toutes les pièces et matériaux de base utilisés dans ces usines high tech. Pour information, une seule machine de gravure de puces électronique en technologie 7nm occupe un hall de 100m x 100m de 20m de haut et quand je dis hall, il s’agit d’une salle blanche hautement complexe à construire.
        Vouloir une industrie autonome sur mars est totalement illusoire au regard des capacités de transport.
        De plus, quel intérêt pour un entrepreneur de produire sur mars (s’il y arrive) ? Il ne vendra rien sur terre, et de quoi vivront les gens sur mars sinon des biens envoyés depuis la terre à grands frais. Aucun modèle économique ne tient la route. C’est totalement utopique d’imaginer mettre en place une économie de marché sur mars.

        1. Vous êtes décidemment bloqué dans votre raisonnement. Je n’ai jamais dit qu’on allait développer sur Mars une industrie totalement autosuffisante et fonctionnant sans apport extérieur, avant très longtemps (et c’est pour cela qu’il faut commencer le plus tôt possible). Ce que j’ai dit c’est qu’il faudrait s’efforcer de produire sur Mars tout ce qu’il serait possible de produire et que petit à petit on pourra forcément produire des objets de plus en plus sophistiqués, en allant vers de plus en plus d’autonomie. Je n’ai jamais dit qu’on allait produire sur Mars des biens physiques qu’on allait ensuite exporter sur Terre. J’ai dit tout le contraire et très clairement qu’il ne fallait pas envisager de produire sur Mars des biens physiques pour exportation sur Terre. Ce que j’ai dit c’est qu’il était possible d’avoir sur Mars une activité intellectuelle de conception et de direction, une activité impliquant des ordinateurs, des datacenters, des télécommunications.
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          Il y a sur Mars tous les éléments chimiques dont on dispose sur Terre, les concentrations dans les minéraux ne sont certainement pas les mêmes compte tenu du rôle différent de l’eau et de la tectonique des plaques mais on doit pouvoir les trouver, les extraire, les raffiner. Le travail de l’eau et du volcanisme sur Mars a été tel qu’on peut espérer découvrir des concentrations intéressantes et plus facilement utilisables que celles des terres rares sur Terre. C’est déjà possible pour nombre de minéraux, comme le fer, la silice, le carbone, et dans une certaine mesure, l’hydrogène et l’oxygène via la glace d’eau. Par ailleurs le sable et la poussière sont extrêmement riches en minéraux divers (il y a du bore pour le verre, ou encore de l’oxyde de sodium de l’oxyde de potassium, de l’oxyde de magnesium…).
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          Quant à l’importation de « bulls, pelleteuses, camions », il n’y aura aucun problème pour les mettre à bord d’un Starship (la réalisation de ce vaisseau est évidemment une condition préalable). Ce seront même les premiers engins qu’on importera sur Mars car on aura besoin de mener des travaux publics et des travaux d’extraction. Ensuite on commencera à travailler les métaux à petite échelle dans des fonderies qui pourront travailler avec l’énergie solaire (plus des fours que des panneaux). On utilisera également des réacteurs à fission nucléaires portables. Mais je ne vais pas détailler ici tout ce qu’on pourrait faire, il suffit de comprendre que le principe sera la progressivité et la recherche de l’autonomie, souhaitable d’abord pour la sécurité.
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          Le modèle économique qui tient la route c’est celui que j’ai évoqué, la vente de résidence et de service sur Mars et les travaux intellectuels n’impliquant pas de production de masse pour vente sur Terre.
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          Quant à savoir si des gens voudront vivre et travailler sur Mars l’avenir nous le dira mais je ne vois vraiment pas pourquoi ce ne serait pas le cas. Là aussi le peuplement se fera très progressivement car (1) la capacité d’emport des starships sera limitée et (2) il faudra construire au préalable de l’arrivée de nouveaux venus, des locaux viabilisés pour qu’ils puissent y vivre. Mais je ne compte pas bien sûr que vous serez parmi les pionniers!

          1. Toutes les opinions sont bienvenues et nous remercions M. Brisson d’animer ce blog qui permet de nous les échanger. Mais on ne peut pas se limiter à des affirmations non démontrées, et d’autre part aller contre les faits.

            Il est dit que « le modèle économique qui tient la route est la vente de résidence et de service sur Mars et les travaux intellectuels ». Or on ne voit pas la démonstration de cette viabilité puisqu’il n’y aucun chiffre, tant de dépenses que de recettes. On comprend encore moins ce qui permet d’assurer que ce modèle serait le seul. C’est donc, que l’on veuille bien m’excuser, une affirmation gratuite.

            Par ailleurs, on ne peut pas occulter le fait qu’aucun chef d’entreprise n’a jamais renoncé à son téléphone et aux contacts physiques pour conduire ses affaires, et pour de bonnes raisons. Donc, hors congé sabbatique (mais je comprends que ce n’est pas l’hypothèse), aucun n’ira s’enterrer dans un bunker martien. Les faits sont têtus.

            Côté dépenses, il n’y aura peut-être aucun problème à mettre des pelleteuses dans un Starship, mais je rappelle que nous ignorons le niveau d’abrasion des régolithes martiens – autre fait – et que personne ne sait donc aujourd’hui chiffer le coût d’une construction sur Mars.

          2. J’ai déjà abordé le sujet d’une exploitation des capacités d’hébergement sur Mars et je n’ai pas envie d’y revenir en détails. Le plus important est de comparer le coût d’un séjour dans l’ISS à ce que pourrait être le coût d’un séjour sur Mars. Aujourd’hui le prix demandé pour un séjour dans l’ISS (y compris le transport) se situe, d’après la NASA et pour 2020, à 58 millions de dollars (pour 30 jours maximum). Pour ce qui est d’un séjour sur Mars avec voyage AR en Starship emmenant 20 personnes, on aurait avec ce prix, une rentrée de plus de 1.5 milliards de dollars. Ça me semble plus que suffisant pour couvrir les frais de lancement et d’hébergement.
            Mais ces prix n’ont pas beaucoup de sens car le coût unitaire d’un voyage et d’un séjour dépendra beaucoup du nombre de lancements effectués à chaque fenêtre de tirs et de la perspective de rentabilité recherchée (couverture des dépenses +) qui elle-même dépendra de l’horizon pendant lequel on acceptera des pertes pour monter en puissance en faisant grossir le marché (économies d’échelles).
            Par ailleurs, il est probable que pour avoir un marché suffisamment large, il faudrait descendre à environ 2 millions de dollars par personne (3 millions pour un couple puisqu’il occupe moins de volume viabilisé que deux personnes ?). Ce montant ne me semble pas exorbitant surtout considérant (1) que dans un futur prévisible le nombre de personnes susceptibles de partir pour Mars s’élèvera au mieux à quelques petites centaines par cycle synodique et (2) que l’absence de la Terre durera trente mois (6+18+6). Par ailleurs si on arrivait à embarquer 30 personnes au lieu de 20 dans un starship (volume viabilisable 1100 m3) les revenus seraient évidemment très différents.
            Mais vraiment ce qui compte aujourd’hui c’est évoquer les principes, non les chiffres. Des progrès technologiques divers permettront de faire baisser les prix dans les années toutes prochaines. Il faut surtout concevoir que les personnes qui iront sur Mars paieront pour cela et que l’organisateur (ou l’actionnaire) devront rechercher la rentabilité si l’on veut que l’aventure martienne soit durable. Le prix demandé s’ajustera en fonction de ces impératifs et bien sûr de la capacité de paiement des clients potentiels.
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            Pour ce qui est du niveau d’abrasion du régolite martien, je répondrais simplement que le rover Curiosity se trouve sur le sol de Mars depuis dix ans et qu’il roule encore. L’agressivité des poussières martiennes est certes un sujet mais c’est un sujet d’étude pour faire en sorte que les articulations des véhicules soient protégées le mieux possible et que l’électricité statique exerce le moins possible sa force d’attraction à partir des surfaces.
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            Pour ce qui est de la nécessité de la proximité physique du chef d’entreprise, je vous laisse penser ce que vous voulez. Je ne suis tout simplement pas d’accord avec vous, tout en reconnaissant que l’éloignement est moins facile à gérer que la proximité.

    1. Je crois que ce n’est pas un dilemme pour Elon Musk. Il pourrait faire les deux. De toute façon les dépenses ne se font pas en même temps et l’achat de Twitter pouvait être un investissement lui apportant des capitaux pour son entreprise martienne. Maintenant il s’est aperçu que les comptes de Twitter n’étaient pas honnêtes et donc que le prix demandé était tout à fait exagéré. Il n’est donc plus du tout certain qu’il l’achète.

      1. Avant d’annoncer le rachat et s’engager, on étudie le dossier en détail. Visiblement cela n’a pas été fait et il ne peut plus se retirer sauf à payer d’importants dommages aux actionnaires et amende à la SEC.

        1. Cela s’appelle une due diligence (« vérification diligente » pour les puristes).

          E. Musk n’est pas né de la dernière pluie et il l’a sûrement faite. Mais comme toujours avec lui, on est pleine tactique de communication. Il dit le faux pour servir ses intérêts et obtenir un meilleur accord.

          1. C’est de bonne guerre et si cela lui permet d’obtenir un meilleur prix après un bon nettoyage des comptes, tant mieux pour lui. Il aurait peut-être été moins facile de faire baisser le prix en suivant une approche normale car le marché, souvent mal informé sur la situation réelle de certaines entreprises à la mode, n’aurait pas été forcément sensible à ses critiques, même motivées.

        2. Si, il le pourra s’il se confirme et qu’il peut prouver que Twitter avait été malhonnête dans la présentation de ses comptes.

          1. Je ne me réjouis pas des déboires d’Elon Musk et je déplore que des juristes minables accumulent les arguties pour tenter de le mettre en difficulté dans un cas (l’achat de Twitter) où la société cible est moins blanche que blanche. Les manœuvres frauduleuses ne viennent pas du côté auquel vous pensez.

    1. Je ne comprends pas cette hostilité de principe à l’encontre de deux des plus brillants entrepreneurs de notre époque! Amazon est un concept et une réussite extraordinaire; n’importe qui peut se procurer n’importe quel livre dans le coin le plus perdu de la planète. SpaceX a apporté une révolution (la réutilisation des lanceurs) dans le domaine spatial; même les écologistes devraient le féliciter tous les jours.

      1. « je déplore que des juristes minables accumulent les arguties pour tenter de le mettre en difficulté dans un cas (l’achat de Twitter) où la société cible est moins blanche que blanche.  »

        Je ne pratique pas l’hostilité de principe et ne me réjouis pas des déboires de certains. Je m’interroge sur les stratégies et les possibilités d’échec des stratégies.

        D’où ces deux questions.
        Mais pourquoi parlez-vous ainsi ?
        Avez-vous des informations fiables et déterminantes vous permettant d’affirmer ainsi ?

        Deux questions de profane maintenant.
        La Mars Society travaille-t-elle avec le NECSI et le Santa Fe Institute ?
        La Mars Society a-t-elle quantifié l’ampleur des dons privés dont elle pourrait bénéficier ?

        Vous remerciant,

        1. J’exprime simplement mon avis d’après ce que je sais d’Elon Musk. Les dirigeants de la Mars Society aux Etats-Unis le connaissent bien puisqu’il a été un membre fondateur de leur association (en 1998).
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          Je n’ai aucune idée quant aux relations possibles de la Mars Society US avec le NECSI et le Santa Fe Institute.
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          Chaque Mars Society évolue séparément avec des contacts épisodiques et non structurés. Je sais que la Mars Society US bénéficie parfois de dons privés importants (récemment un million de dollars de Jeff Bezos)…mais nous n’en voyons pas la couleur…Chacun pour soi!

          1. Vous avez raison : votre réponse sur l’abrasion des régolithes est un peu simple, et c’est un vrai sujet d’études. La vérité est que les roues des rovers américains, pourtant surcalibrées, s’usent beaucoup plus vite que prévu, qu’il y a aujourd’hui une vraie inconnue sur l’intensité et les conséquences de cette abrasion, et que l’un des objectifs de la mission de retour d’échantillons en cours est justement d’en savoir plus, préalable à tout chiffrage d’un vol habité sur Mars. Objectif sur lequel la Nasa préfère rester discrète, je vous le concède.

            Pour rappel, à l’issue des vols Apollo, on avait déjà découvert que matériel et hommes n’auraient pu résister plus de 3 jours aux régolithes lunaires. Dont il est déjà acquis que leurs équivalents martiens sont plus abrasifs, en tout cas dans certains endroits.

            C’est un problème qu’on aurait tort de prendre à la légère. Ce que d’ailleurs aucun professionnel ne fait.

          2. Une étude sur les poussières martiennes a déjà été faite en 2008 avec le microscope à force atomique (AFM) embarqué sur la sonde PHOENIX et qui s’est posé sur Mars en 2008. Je connais un peu cette étude car Sebastian Gauctsch, vice président de la Mars Society Suisse, a écrit sa thèse de doctorat sur cet AFM.
            Le microscope a permis de « voir » les poussières martiennes et d’étudier leurs formes et leur répartition selon la taille. Il en ressort que certes les poussières martiennes sont acérées et que leur taille moyenne est beaucoup plus petite que celle des poussières terrestres (abondance des poussières de taille inférieure au micron) mais aussi que l’environnement martien (jadis l’eau et aujourd’hui le vent) les ont quand même érodées davantage que les poussières lunaires.
            Donc le danger des poussières martiennes est a priori moindre que celui des poussières martiennes, le « bémol » étant que l’atmosphère martienne est évidemment plus porteuse que l’absence d’atmosphère lunaire et que l’atmosphère martienne n’est jamais complètement libre de poussière.

      2. Je doute que nous ayons les éléments pour juger du litige Musk-Twitter, et la question me semble assez loin du sujet de départ.

        Sauf sur un point, raison de mon intervention précédente : ces annonces publiques de chefs d’entreprises, quels que soient par ailleurs leurs mérites, sont au service de leurs affaires. Non de la vérité. Ne soyons pas naïfs.

        Cela vaut en particulier pour E. Musk. Dans tous les domaines.

  3. Excellent idée. Envoyons Musk, Bezos et tous les milliardaires (en dollars) sur Mars. La Terre s’en portera mieux…

    1. Et Edward Bass, millionnaire, fondateur de Biosphere II, un système écoloqique clos. L’expérience n’a pas été une réussite, mais on apprend de ses échecs. Biosphère II existe toujours en Arizona et peut servir à comprendre ce qu’il faut faire pour construire une cité en-dehors de la Terre, voire sur Terre, mais à l’écart de la nature (pour reproduire de la biodiversité sans intervention humaine).
      https://www.scientificamerican.com/article/biosphere-2-the-once-infamous-live-in-terrarium-is-transforming-climate-research/?amp=true&gclid=EAIaIQobChMI8P2RofvK-QIVEgGLCh3zyQo7EAAYBCAAEgJsG_D_BwE
      Un outil nécessaire pour comprendre le réchauffement climatique. Aux USA, les millionnaires inspirent, en Europe catholique, les millionnaires sont suspects.

    2. Je vois bien là, l’expression de votre « subtile » obsession anti-capitaliste, M. Donneur. Vous êtes du genre à considérer que l’argent public est « bien » et l’argent privé « pas-bien ». Je ne suis pas de votre avis car je pense que la recherche d’efficacité et d’utilité dans l’investissement est plus dans l’esprit du Privé que du Public. L’utilité est exprimée par la demande solvable et l’efficacité par le soucis de l’investisseur privé de ne pas perdre d’argent.

      1. Je ne suis pas anticapitaliste mais centriste: vous écrivez à votre serviteur, Secrétaire-Général, élu démocratiquement, de l’association des entrepreneurs de PME (« Futurepreneurs ») associée au Parti Vert’libéral suisse. Je mentionne que les milliardardaires (et on l’a vu avec le Plan Anti-Inflation de Biden) empêchent les initiatives étatiques pour sauver la Terre en étouffant les mesures incitatives des gouvernements pour lutter contre le changement climatique et la biodiversité (voir opinion dans « Newsweek » source AMÉRICAINE). Je suis aussi convaincu qu’à travers les gouvernements nous aurons de nouveau des vols habités autour de la Lune en 2025, comme cela se fit à Noël 1968…
        https://www-newsweek-com.cdn.ampproject.org/c/s/www.newsweek.com/trillionaires-burning-planet-package-deal-opinion-1731955?amp=1

        1. C’est pourtant aussi un milliardaire, féru d’écologie, qui a lancé le projet Biosphère 2, Edward Bass:
          https://www.vanityfair.fr/pouvoir/business/story/spaceship-earth-la-veritable-histoire-d-ed-bass-le-milliardaire-qui-a-finance-le-projet-futuriste-le-plus-controverse-des-90s/13335
          Ce fut un échec, mais les serres sont toujours là! Et les scientifiques admettent qu’on apprend aussi (et surtout) des échecs.
          De plus, 80% de ce qu’on sait sur le réchauffement climatique, provient de l’espace. De plus, l’espace est un environnement le plus hostile qui soit et apprendre à y survivre ne peut qu’être utile sur Terre (pour préserver la nature de l’influence humaine). De plus, tous ceux qui ont été en orbite terrestre ou vers la Lune, disent qu’il faut bien plus de monde dans l’espace parce qu’il y a un monde entre savoir intellectuellement ce que notre planète est, et le vivre dans la réalité.

          1. Merci Monsieur Lannois. Excellent commentaire (je partage tout à fait vos deux points de vue).

      1. Aucune jalousie. Un simple constat que la dictature des milliardaires, de par leurs moyens à disposition, apportent moins de BIEN COMMUN (au lien de biens matériels inutiles…) à la Terre et à l’exploration spatiale (le télescope James-Webb multi-gouvernemental en est un bon exemple) que le reste de l’humanité, surtout celle qui peut élire DÉMOCRATIQUEMENT ses gouvernements… ABE…

  4. Sur Terre , l’économie a démarré avec l’agriculture , parce qu’il faut bien nourrir les personnes, mais ici, tout pousse naturellement alors que sur Mars, il faut une infrastructure complexe pour faire pousser le moindre légume …
    De même, pour construire des biens industriels , il faudra extraire les ressources nécessaires qui ne se trouveront pas sur le lieu des habitations, mais à des milliers de km. Les Romains avaient construit des routes pour rejoindre les lieux d’extraction des métaux…
    Toutes ces infrastructures ont pris des siècles sur Terre , n’imaginer pas que ce sera plus rapide sur Mars , d’autant que vous ne savez même pas si vous pourrez y survivre .
    Alors , parler de rentabilité…
    Vous mettez la charrue des km avant les bœufs …

    1. @H. Giot: Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais on a fait quand même quelques légers progrès (et pas seulement dans la construction des routes) depuis l’époque romaine :-)!
      Et pourquoi ne pourrait-on pas survivre sur Mars? La possibilité de survivre sur d’autres corps célestes a déjà été démontrée par le programme Apollo (et la Lune est plus « hostile » que Mars pour les êtres humains). Il est même possible qu’il soit possible d’extraire l’oxygène nécessaire à la respiration des martionautes directement de celui présent dans l’atmosphère de CO2 (https://www.space.com/mars-oxygen-production-plasma?utm_campaign=58E4DE65-C57F-4CD3-9A5A-609994E2C5A9). Dans ce cas, il serait même plus facile de respirer sur Mars que sous l’eau sur Terre!
      De même , pourquoi les resources nécessaires se trouveraient nécessairement, sur Mars, « à des milliers de km »? Il suffira de bien choisir les lieux d’implantation d’établissements humains sur la planète rouge.

      1. Pour l’instant, Apollo a simplement montré qu’on pouvait vivre 3 jours sur la Lune. Et 50 ans après, on n’a pas avancé d’un iota.

        Il ne faut en effet pas sous-estimer les progrès sur le long terme. Mais pas non plus les surestimer sur le court terme.

        1. Ce qui était à démontrer était que des êtres humains pouvaient effectivement sortir de la « bulle protectrice » terrestre, se poser sur un autre corps céleste et y vivre un certain temps (ce que divers « experts » mettaient en doute à l’époque, … comme d’autres aujourd’hui la possibilité de missions habites vers Mars!). Et cela a été fait et bien fait entre 1969 et 1972. Allonger les séjours ne pose pas de problèmes nouveaux fondamentaux; c’est surtout une question de moyens à mettre en oeuvre. Et si on n’est pas depuis 1972 retourné sur la Lune, ou allé sur Mars, c’est faute justement de la volonté politique de mettre ces moyens en oeuvre, pas parce qu’on aurait buté sur des obstacles techniques insurmontables. En fait, on est de loin plus et mieux « outillé » aujourd’hui pour relever le défi martien que les USA l’étaient en septembre 1962 quand le président Kennedy a lancé sa nation à la « conquête de la Lune »; depuis bien des progrès ont été réalisés et des connaissances accumulées dans le domaine spatial.

          1. Je ne suis pas votre avis.

            50 ans après la conquête de la Lune, on n’a toujours pas fait mieux que d’y rester 3 jours. Et 110 ans après celle des pôles, on n’y séjourne pas plus quelques semaines ou mois d’affilée. Il y a bien sûr d’excellentes raisons dans les deux cas, mais les faits sont là. Et sur bien des plans, qu’il s’agisse de l’accès, de l’environnement ou de l’absence de tout peuplement antérieur, Mars ne sera pas plus facile que la Lune ou les pôles. Donc prudence.

            J’ignore d’où vient l’affirmation qu’on serait mieux outillé aujourd’hui pour Mars qu’on l’était en 1961 pour la Lune, mais je peux vous assurer que, dans les milieux professionnels qui travaillent sur la question, bien peu partagent cette opinion. S’agissant de vols habités, j’entends.

            Enfin, les Américains n’ont pas été sur la Lune pour démontrer qu’on pouvait sortir de la bulle terrestre, mais pour battre l’Union soviétique dans la compétition idéologique lancée avec Spoutnik. En 1960, peu d’experts niaient la possibilité d’aller sur la Lune : le débat portait sur l’utilité ousur le risque de rater l’objectif calendaire annoncé.

          2. @P. Baland: Monsieur Brisson pourra vous confirmer que l’exploration spatiale est un sujet que je connais quand même assez bien! Je maintiens donc qu’il n’y a pas de problèmes fondamentalement nouveaux (ce qui ne veut pas dire que tout sera facile bien sûr) qui empêcheraient d’envisager des missions habitées vers Mars; mais ça demande évidemment d’y investir de gros moyens et après la fin de la guerre froide et la victoire dans la « course à la Lune » cette volonté n’existait plus aux USA. Quant à être mieux « outillé », rappelez-vous où on en était dans l’exploration spatiale habitée en 1962 (date du discours de Kennedy): éloignement de quelques centaines de km de la surface terrestre seulement pour de courts séjours en orbite, capsules monoplaces extrêmement exigües, aucun rendez-vous spatial réalisé, pas de combinaisons spatiales permettant des EVA (sorties dans l’espace) … Aujourd’hui, toutes les techniques de base nécessaires à une mission vers Mars existent et ont été testées.
            Par ailleurs, je n’ai jamais écrit que les Américains avaient été sur la Lune dans le but exprès de démontrer que l’on pouvait sortir de la « bulle » Terrestre, mais que le fait qu’ils y soient allés l’avait démontré, ce qui est incontestable.
            Enfin, il y avait bel et bien un certain nombre « d’experts » (comme de nos jours pour les missions habitées vers Mars) qui mettaient catégoriquement en doute à l’époque la faisabilité du programme Apollo. Je me souviens en particulier (il y en a eu bien d’autres) d’un article publié dans une revue française spécialisée en été 1968, soit quelques mois seulement avant l’exploit d’Apollo 8 et un an avant le débarquement sur la Lune d’Apollo 11, qui entendait démontrer « par « a+b », avec de nombreux chiffres et graphiques (!), à l’appui, que le programme Apollo était mal conçu, trop dangereux, et ne permettrait jamais à des êtres humains d’aller marcher sur la Lune et d’en revenir vivants!

          3. Je suis évidemment d’accord avec Pierre-André Haldi. Ce qui manque encore pour mener à bien une mission habitée pour Mars est essentiellement une montée en gamme de TLR (Trust Reliability Level). Les technologies nécessaires sont presque toutes pratiquement au point et elles le sont du moins en théorie. On doit évidemment être prudents puisque des vies humaines sont en jeu.

        2. Factuellement faux d’écrire qu’il n’y a pas eu de progrès en habitat spatial depuis 1972 et là je rejoins MM. Haldi et Brisson! Par exemple, les STATIONS SPATIALES Soyouz, ISS et la nouvelle Chinoises démontrent sans aucuns doutes que le corps humain (et de multiples animaux transportés avec, dont les abeilles) peut non seulement SURVIVRE longtemps (mois, années…) dans l’espace mais EN PLUS y faire de grandes découvertes scientifiques dans une gravité amoindrie… C’est pourquoi je suis convaincu que la prochaine étape passera par la Lune, qui, à part le voyage, a des conditions de perennité vivable plus compliquées wue Mars. Qui peut le plus, peut le moins dans un laboratoire à grande échelle et où on pourrait tester l’INDUSTRIALISATION INTERPLANÉTAIRE par l’extraction de l’Hélium 3 en commençant…

          1. Je pense que personne ne nie les progrès spatiaux depuis 50 ans. Quand j’écris par exemple qu’ « on n’a toujours pas fait mieux », je me réfère strictement au message auquel je répondais, c.à.d. la durée démontrée d’un séjour sur la Lune (3 jours).

            De toute façon, le débat n’est pas là. Il est de savoir si ces progrès suffisent à la réalisation du programme que vous décrivez. Et mêmes s’ils y suffisent, si d’autres contraintes apparues entretemps n’agissent pas dans le sens inverse.

          2. Le terme même de « progrès » implique une possibilité d’évolution. Il n’est pas prouvé que la progression se soit arrêtée et qu’on ne puisse pas accomplir le petit « plus » qui permettra les séjours longs sur Mars. D’autant que l’environnement de Mars sera moins difficile que celui de la Lune (gravité, eau, atmosphère).

    2. Merci Monsieur Giot, la nécessité de la progressivité ne m’avait pas échappée et je pense effectivement qu’il faudra « un certain temps » pour que les Martiens puissent jouir d’une autonomie sécurisante. Ceci dit on peut aller plus ou moins vite et l’intérêt des personnes vivant sur Mars sera d’aller le plus vite possible.
      Comme je l’ai déjà dit à Pierre Balland, la « rentabilité » n’est pas le résultat immédiat c’est la démarche.
      .
      Pour l’atteindre effectivement, il faut la vouloir donc faire payer les utilisateurs des services sur Mars au maximum de ce qu’il sera possible de façon à ce que le marché fonctionne au mieux pour la rentabilisation de l’entreprise. Un projet qui ne reposerait que sur la subvention publique serait voué à disparaître au fur et à mesure de l’allongement de sa durée.

  5. @ Pierre-André Haldi

    Votre message commençait par « ce qui était à démontrer était que des êtres humains pouvaient sortir de la bulle protectrice terrestre, (…) ce qui a été fait entre 1969 et 1972 ». Il apparaît que ce ne signifiait pas que c’était le seul objet d’Apollo, dont acte. Cet aspect apparaissait tout de même loin derrière d’autres enjeux (politique, scientifique …) dans la présentation américaine de l’époque.

    Je n’ai pas écrit qu’il n’y avait aucun expert niant la possibilité d’aller sur la Lune, mais qu’il y en avait peu. On peut toujours trouver des cas contraires, cela n’infirme pas ce constat. Pour rappel, en 1961, les Congrès (annuels) Internationaux d’Astronautique se tenaient depuis 11 ans.

    J’ignore enfin s’il y a beaucoup de sens à comparer notre « proximité » de Mars de celle de la Lune en 1961, mais je ne pense pas que ce ne soit qu’une question de taille de cabines. La problématique est plus complexe.

    1. C’est aussi une taille de cabine! On peut faire un voyage d’une semaine dans moins de 10 m3 mais c’est impossible pour un voyage de 6 mois.
      Par ailleurs Pierre-André Haldi a raison, les techniques de vie en dehors de la Terre ont beaucoup évolué depuis Apollo, aussi bien sur le plan médical que de survie (MELiSSA, Biopad, Astrorad…). Nous sommes aujourd’hui dans presque tous les domaines, armés pour partir sur Mars. Reste le véhicule…dont la « cabine »!

      1. Encore une fois, on ne semble pas lire mes propos, et c’est pour cela que je réagis. Je n’ai pas écrit que ce n’était pas une question de cabine, mais que c’était pas seulement une question de cabine.

        Pour être plus explicite, comparer Mars aujourd’hui à la Lune en 1961 n’est pas qu’une question de technique. En supposant que cette comparaison ait un sens (le sujet ne vient pas de moi), il faut aussi prendre en considération tout ce qui a changé dans le monde depuis 60 ans et qui peut affecter un voyage spatial, du poids croissant des organismes d’homologation à celui des réseaux sociaux en passant par le soutien politique espéré, et d’autres encore. Examen qui, s’il n’est pas fait, conduit à des conclusions erronées.

        En d’autres termes, il faudra aussi être « armés » dans ces domaines là. Ce qui n’est pas démontré à ce jour.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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