Exploration spatiale - le blog de Pierre Brisson

Nous existons. L’homme, niveau aujourd’hui culminant de l’évolution de la Vie intelligente et communicante, existe. Les conditions qui ont permis cet aboutissement, très récent au regard de l’âge de l’Univers*, sont une suite d’évènements improbables dans une environnement en évolution continue et constante.

*par rapport à une « journée cosmique » égale à l’âge de la Terre, l’homme, homo sapiens sapiens, n’est apparu que 4 à 6 secondes avant minuit.

Le caractère fortuit et aléatoire de ces évènements, leur nombre, le réglage « ultra-fin » de l’environnement dans lequel ils sont intervenus, et de son évolution, sont extrêmement impressionnants.

L’improbabilité de la répétition des événements et de leurs conséquences (comme celui de l’apparition de l’homme) est extrêmement élevée, compte tenu en particulier de ce que les modifications induites dans l’environnement sont irréversibles. En effet, l’histoire « ne repasse pas les plats » ; le contexte change, les dates comptent. Les événements eux-mêmes modifient le monde dans lequel ils se produisent et nous allons vers toujours plus d’entropie.

La conséquence de la singularité de toute ligne d’histoire est que nous sommes très probablement seuls dans l’Univers.

Doit-on en déduire que cette suite d’événements conduisant à cet aboutissement a été voulue pour l’obtenir, ou bien que l’on soit arrivé au résultat parce que les conditions initiales étaient simplement telles qu’il ne pouvait pas en être autrement, ou encore que l’on soit parvenu au résultat parce que le pur hasard y a conduit, sur Terre, parmi une infinité de possibilités.

Les deux premières hypothèses sont ce qu’on appelle le principe anthropique ; la première, « le fort », la seconde, « le faible ». La dernière est le refus d’une prédestination à la création de l’Univers.

Pour être un peu plus précis et nuancé, je reprends la définition du physicien-cosmologue Brandon Carter (citée par Wikipedia), du principe anthropique et de la différence entre ses deux variantes. Selon lui, le principe serait « un ensemble de considérations relatives au fait que l’Univers tel que nous l’observons possède certaines propriétés inéluctables liées au fait que nous y vivons, la présence de structures biologiques évoluées n’étant pas a priori une caractéristique présente dans tous les univers possibles…Le principe anthropique est vu selon le cas comme une simple nécessité factuelle au fait que des individus intelligents y apparaissent, ou comme une sorte de finalité à son existence. »

Nous avons le choix de l’une de ces hypothèses. Ceux qui ont la foi en un Dieu forcément créateur, opteront de fait pour le principe fort, ceux qui croient que le futur est inscrit dans le passé, pour le principe faible. Les autres, qui pensent que, dans un cadre contraint, l’évolution est ouverte sur plusieurs variantes possibles (le « hasard » avec une dose restreinte de « nécessité »), opteront pour la troisième hypothèse.

Comment trancher ?

Examinons le principe fort.

En premier lieu, nous ne pouvons avoir aucune preuve de l’exercice d’une « Volonté » à l’Origine de l’Univers puisque nous ne savons pas ce qui a déclenché le Big-Bang. En second lieu, nous ne pouvons avoir aucune preuve que les évènements spécifiques à notre Terre qui sont intervenus après son accrétion aient été voulus par un Être suprême.

Certains considèrent que le caractère fortuit des événements, les réglages fins, la complexité même de l’Histoire et, in fine, notre propre existence, sont la preuve de cette Volonté. Libres à eux mais ce n’est qu’une opinion. Aucun argument scientifique ne peut étayer leur prise de position. Aucun point de vue rationnel ne peut non plus étayer la prise de position opposée.

J’écris cela parce qu’un livre récent, très bien documenté et facile à lire (mais un peu gros quand même (540 pages), « Dieu, la Science, les Preuves » prétend juste le contraire.

Les auteurs commencent par lister les arguments des « matérialistes » refusant les preuves de l’existence de Dieu pour mettre en évidence (pensent-ils) leurs faiblesses. Je retiendrai celui concernant « mon » sujet : « les lois déterministes ne sont issues que du hasard et par conséquent il est extrêmement improbable qu’elles soient favorables à la vie ». Ils répondent que si l’Univers et son développement résultent du hasard, le réglage fin de l’Univers et le principe anthropique sont impossibles. Cette réponse me semble un peu rapide et un peu facile. Je répondrais que l’improbabilité de quelque chose n’est pas une preuve de son impossibilité. Je ne nie pas l’improbabilité mais je constate une réalité qui, puisqu’elle est, n’est pas une impossibilité.

L’improbabilité, comme je l’ai souvent évoqué dans ce blog et en particulier dans mon article du 24 avril 2020 cité ci-dessous, est à deux tiroirs. Le premier est proprement cosmologique, c’est celui de l’existence de la Terre avec ses caractéristiques planétologiques. Le second est biologique, c’est, sur la Terre, l’évolution de la matière jusqu’à l’homme.

Ouvrons le premier tiroir.

Concernant les constantes, il faut voir que leurs valeurs extrêmement précises donnent sa cohérence à l’ensemble. Il fallait, par exemple, dès le début que la force de gravité ait une certaine valeur, pour que la force d’expansion puis d’accélération n’empêche la formation des galaxies puis des étoiles, et réciproquement pour que la force de gravité n’empêche l’expansion.

Concernant les évènements, on peut considérer que leur occurrence résulte du pur hasard, dans un milieu évidemment très précisément contraint par les constantes cosmologiques, l’histoire cosmique avant la formation de notre galaxie, puis avant l’allumage de notre Soleil, puis, une fois la fusion démarrée au sein de notre étoile, par les masses en présence, par leur composition chimique, selon la distance à l’étoile (avec volatils ou sans volatils), par l’accrétion différenciée des planètes, par leurs mouvements et leurs forces d’attraction les unes par rapport aux autres.

Ouvrons le second tiroir.

L’apparition de la Terre rendait l’homme possible mais l’évolution de la Terre ne rendait pas l’apparition de l’homme inéluctable. Nous avons en effet connu depuis la formation de la Terre, une succession d’évènements improbables qui, si l’un d’entre eux, n’avait pas eu lieu, auraient rendu impossible l’aboutissement de l’évolution biologique à l’homme (à commencer par le fameux astéroïde de Chicxculub qui a mis fin au règne des dinosaures).

Je refuse donc le principe anthropique fort à moins que l’on puisse me montrer le doigt de Dieu et je refuse aussi le principe anthropique faible, à moins que l’on découvre sur une autre planète des êtres intelligents et communicants ou les traces qu’ils ont laissées. Recherchons ces preuves, sans nous lasser, sur Mars, et ailleurs quand nous le pourrons.

Aujourd’hui, la seule chose que l’on puisse dire c’est que le monde est, et que nous en faisons partie. Au-delà de la découverte d’une autre vie intelligente et communicante, la seule interrogation valable est sur la Cause Ultime puisque nous n’en savons rien sinon qu’elle a eu un effet. Ceux qui veulent croire en Dieu, sont bien entendu libres de le faire sans attendre mais ce n’est pas une démarche scientifique qui peut les y conduire ; c’est une question de foi, un pari comme celui que proposait Pascal.

Lire : Peut-on adhérer au Principe anthropique fort autrement qu’animé par la foi ? article de mon blog du 25/04/2020. https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/2020/04/25/la-croyance-dans-le-principe-anthropique-fort-doit-elle-recueillir-notre-adhesion/

Brandon Carter, article Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Brandon_Carter

Illustration de titre : Michel-Ange, La création d’Adam (détail), Chapelle Sixtine, Vatican.

21 réponses

  1. Le principe anthropique simple a souvent été présenté comme une pure tautologie : nous sommes là parce que nous sommes là, et les lois de la physique et de la chimie, ainsi que les conditions nécessaires ont dû être et sont ce qu’elles sont, sinon nous ne serions pas là pour en parler. L’inverse n’est pourtant pas vrai : avec les mêmes lois et les mêmes conditions, nous aurions aussi pu ne pas être là, ou pas encore, ou pas du tout.

    La question porte sur la nécessité ou la contingence de notre être-là. Pour arriver à la vie et à la conscience, selon Jacques Monod, dans son « Le hasard et la nécessité », il y a eu alliance du hasard et du déterminisme (ce qui ne peut pas ne pas être), alliance débouchant sur la contingence (ce qui peut ne pas être). Mais cette hypothèse n’est pas satisfaisante, elle est une vision de l’ancien monde qui est révolue . En effet, Ilya Prigogine, dans sa « Nouvelle Alliance », combat frontalement la vision de Monod dès le titre de son ouvrage majeur. Il ne voit pas de nécessité à l’oeuvre, de déterminisme inéluctable, mais une alliance entre le hasard des combinaisons des possibles et la complexité qui en résulte et qui croît. Les systèmes thermodynamiques auxquels on a affaire, sont des systèmes hors d’équilibre qui peuvent évoluer irréversiblement vers le plus complexe, vers plusieurs formes plus complexes. Il a reçu le prix Nobel de chimie en 1977 pour avoir mis en évidence cette construction du monde par voie de complexification, en commençant par la chimie et en en décrivant et expliquant les structures dissipatives. C’est pourquoi il y a une histoire, un devenir, une évolution de l’Univers, une flèche du temps, irréversible, une évolution vers plus de complexité.

    Encore une remarque sur la phrase d’Einstein sur le caractère incompréhensible de la compréhensibilité du monde. Il faut distinguer entre savoir et comprendre. Nous en savons plus que nous n’en comprenons ! Notre science commence par des expériences, ensuite vient la compréhension, fruit de l’esprit humain. Prenons un exemple : l’une des preuves de la Relativité a été celle de l’avance séculaire du périhélie de Mercure. On connaissait par mesures astrométriques précises cette avance séculaire. On a pu en expliquer 99% par la théorie des perturbations des planètes, voire de l’aplatissement du Soleil, mais il restait une différence irréductible dont la nouvelle théorie d’Einstein a pu pleinement rendre compte. Elle a même permis de calculer cet effet pour toutes les autres planètes dont la Terre, avec une contribution certes minuscule, mais réelle. Ici la compréhension a devancé le savoir ; on a pu mesurer cet effet après sa prédiction.
    Bref, on est en droit, comme Einstein, de s’étonner que l’esprit comprenne le monde au-delà de l’expérience sensible. Autrement dit, c’est comme si le monde se comprenait lui-même par le fait que c’est nous qui le comprenons. Cette notion de compréhension est cruciale dans le débat sur le principe anthropique.

    1. Merci Monsieur de Reyff pour votre commentaire, comme toujours pertinent et explicatif. Je voudrais mettre en évidence votre phrase « Avec les mêmes lois et les mêmes conditions, nous aurions aussi pu ne pas être là, ou pas encore, ou pas du tout ». Pour moi elle est essentielle car elle met bien évidence la nécessité (ces lois dans le cadre desquelles nous sommes nés et hors desquelles nous n’aurions pas pu naître) et d’autre part le hasard (notre histoire qui aurait pu être différente de ce qu’elle a été et donc ne pas conduire jusqu’à nous).
      Mais bien sûr « nous en savons plus que nous en comprenons ». Il ne faut pas (on ne peut pas) préjuger de ce que nous comprendrons dans le futur. Nous ouvrons les yeux, aidés par des instruments de plus en plus puissants et une réflexion de plus en plus aiguisée et pertinente, nous découvrons, nous accumulons le savoir, nous tentons de comprendre et petit à petit nous construisons l’édifice fragile et incomplet mais quand même de plus en plus impressionnant de notre Connaissance.

  2. Cette discussion anthropique part d’un constat selon lequel « nous sommes très probablement seuls dans l’Univers ». Je n’ai pas compris ce qui permet de l’affirmer.
    Comme le rappelle correctement l’introduction, les conditions propices à l’éclosion d’une vie, a fortiori intelligente, sont difficiles à réunir. Mais je rappelle que nous ignorons toujours ce qui l’a permis sur Terre, et que nous n’avons par ailleurs encore conduit aucune recherche approfondie à ce sujet sur quelque autre corps céleste que ce soit (les quelques examens faits à ce jour sur Mars sont rudimentaires).
    Notre connaissance dans ce domaine est donc encore balbutiante. Si nous savons que la probabilité d’une vie intelligente sur une planète choisie au hasard est assurément très faible, nous ne savons pas la quantifier, même grossièrement.
    En face de cette inconnue, notre galaxie abrite entre 100 et 200 milliards d’étoiles, dont nous savons désormais qu’une proportion notable est accompagnée de planètes. Et l’on estime qu’il existe au moins 2000 milliards de galaxies dans l’univers. Le calcul est donc simple à faire : dans l’état actuel de nos connaissances, le nombre potentiel de planètes dans l’univers se chiffre en centaines, peut-être milliers, de milliard de milliards.
    Estimer très probable qu’aucune d’entre elles n’abrite de vie intelligente revient à dire que cette probabilité d’éclosion de vie intelligente, aujourd’hui non chiffrable, serait dans tous les cas très basse même multipliée par ce nombre considérable de planètes. Il en est peut-être ainsi, mais je ne vois pas le fondement scientifique de cette estimation. Quelqu’un peut-il éventuellement m’éclairer ?
    En toute rigueur, il faudrait aussi poser la question de l’axe temps : cette estimation d’une improbable autre vie intelligente, à la base de la discussion, vaut-elle seulement pour les temps actuels (disons : les 5000 ans depuis l’invention de l’écriture), ou aussi pour ceux qui ont précédé et/ou qui suivront ? Dans quel cas, la probabilité de cette vie intelligente (ou de quelque phénomène que ce soit) me semble devoir être encore multiplié par un facteur qui se compte en millions.
    Merci d’avance pour tout commentaire éclairant.

    1. Je pense que nous ne pouvons pas déduire de notre ignorance que quelque chose d’extraordinaire, la vie intelligente, se soit manifestée ailleurs que sur Terre.
      Les fondement scientifiques de mon raisonnement seraient qu’aussi bien la Terre est une planète rare, que le processus ayant conduit à la vie suppose beaucoup de conditions très difficilement reproductibles (et la vie intelligente encore plus).
      Maintenant je ne demande qu’à voir. Attendons précisément que Mars nous montre jusqu’où une planète assez proche de la Terre, a pu conduire la complexification des molécules organiques (et peut-être leur assemblage vers la vie). Attendons aussi les résultats de nos campagnes SETI (je vous parlerai la semaine prochaine d’une innovation très intéressante dans ce domaine).
      Recourir au grand nombre pour dire que nous ne devrions pas être les seuls, me semble « une facilité un peu trop facile ». Je reste persuadé que notre Terre est vraiment un astre exceptionnel. Je peux toujours me tromper mais je crois qu’en l’attente d’une avancée dans nos connaissance et notre compréhension de l’Univers, nous devons rester extrêmement prudents. Pour le moment notre seul exemple de vie est celle que nous constatons sur Terre et rien ne nous permet d’extrapoler que le processus qui y a conduit s’est reproduit ailleurs et a conduit jusqu’à nos équivalents.
      Maintenant une autre difficulté que vous abordez est celle de la concordance des temps. Nous ne savons pas quelle durée d’existence peut atteindre une civilisation intelligente et nous n’avons aucun moyen de communiquer à des distances qui dépassent une centaine d’années lumière. Reste la possibilité d’étudier un peu plus loin (peut-être deux cents AL?) l’atmosphère des exoplanètes de type terrestre orbitant des étoiles de type solaire dans leur zone habitable…mais pour le moment nous n’avons identifié aucune telle planète (j’en parlerai dans quinze jours).

      1. Bonjour,

        Je n’ai pas écrit que nous pouvions déduire de notre ignorance « que la vie intelligente s’est manifestée ailleurs que sur la Terre ». J’invite à relire mon propos.

        « Recourir au grand nombre » n’est pas une « facilité » : c’est le fondement même de la démarche scientifique. Nous sommes quotidiennement confrontés à des phénomènes inexpliqués. Le rôle du chercheur est d’identifier, parmi les explications possibles, la ou les plus probables, et pour cela « recourir aux grands nombres ».

        La ou les hypothèses retenues sont ensuite confrontées à de nouvelles observations : nous ne demandons tous « qu’à voir ». Mais cela prendra du temps en exobiologie, et la question de l’anthropisme était posée aujourd’hui.

        Comme rappelé dans mon précédent message, le nombre estimé de planètes dans l’univers se compte en centaines (ou milliers) de milliers de milliards de milliards : 2000 milliards de galaxies x 100 milliards d’étoiles par galaxie. Ma question était et reste donc : au vu de ce chiffre énorme, et des incroyables résilience et diversité de la vie sur notre planète, qu’est ce qui permet d’affirmer « très probable » qu’aucune autre n’a connu un destin comparable ? Qui était le point de départ de la discussion.

        Ma question de la concordance des temps – qui n’a pas de lien avec les difficultés de communication, qui se posent aussi pour des civilisations « simultanées » – était en rapport avec cette discussion anthropique : devons-nous aussi prendre en compte les formes de vie intelligente du passé ou du futur ? Pour cette discussion, il me semble que oui. Dans quel cas leur vraisemblance est encore multiplié des millions (ou plus) de fois.

        1. Les planètes se comptent certainement en nombre extrêmement élevé mais une planète ne présente pas forcément les caractéristiques nécessaires pour permettre la vie.
          Les restrictions ou contraintes sont très nombreuses: masse de l’étoile, époque de la naissance de l’étoile (métallicité), localisation de l’étoile dans sa galaxie (voisinage); ensuite système simple ou à plusieurs étoiles; ensuite place de la planète dans son système par rapport aux autres planètes; ensuite présence d’eau liquide; ensuite présence ou non de satellites importants (stabilisation de l’axe de rotation et forces de marées), etc… En bref le terme planète est vraiment trop général car il semble bien que les conditions requises pour l’apparition de la vie soient extrêmement fines.
          La Science c’est aussi chercher à comprendre sans se réfugier dans les grands nombres d’où l’on ne peut rien tirer si on ne peut que généraliser à partir d’un seul exemplaire.

  3. Oui, dès qu’on choisit l’hypothèse que la terre est la seule planète avec des êtres « intelligents », cela conduit à se demander si Dieu existe. Mais, seule une attitude de « croyance » (« Je refuse donc le principe anthropique fort à moins que… ») vous permet d’échapper à la question suivante: quelle est la nature de Dieu? Dur d’oublier Pascal. Quelle pourrait être la nature de Dieu? Vouloir voir son doigt? Alors, c’est un sens abstrait du mot « doigt »: quel est son moyen d’action? Encore une question vertigineuse! L’évolution? le « hasard », la physique, déterminisme préalablement mis en place…? Une volonté organisatrice? Une énergie intelligente? Il y a bien une « énergie noire ». Dieu est peut-être tout aussi inaccessible à nos sens. L’infrarouge existe et il a fallu un bout de temps pour la discerner. Alors, rien de nouveau. L’abîme de notre ignorance est toujours aussi béant. Et l’argumentation de monsieur PIERRE BALAND est sans pitié pour nos pauvres petits esprits avides de comprendre. Dernière élément: des météorites apporteraient des virus sur terre??? agissant sur je ne sais quel ADN…

    1. Je ne veux pas discuter de l’existence de Dieu, c’est à chacun de choisir de croire ou ne pas croire, en son for intérieur.

      Par ailleurs attention à ce que vous écrivez dans votre dernière phrase à propos de virus. Je vois pas ce à quoi vous faites allusion:
      « Dernière élément: des météorites apporteraient des virus sur terre??? agissant sur je ne sais quel ADN… ». Personne n’a jamais prétendu sérieusement que des météorites apporteraient des virus sur Terre. Il n’y a absolument aucune évidence de cela.

    2. Je confirme que l’origine extra-terrestre (exo-génèse) de la vie sur Terre fait partie des hypothèses prises en compte par les chercheurs, et de façon tout à fait sérieuse. Parmi d’autres théories plausibles.

      Le fait qu’il n’en y ait « aucune évidence » ne prouve rien. D’une façon générale, nous ne disposons d’aucune trace des tout premiers mécanismes générateurs de vie sur Terre.

      1. Sur votre premier point: L’exo-génèse n’est qu’une façon de repousser plus loin le problème de l’origine de la vie.
        Sur votre second point: c’est pour cela qu’il est très intéressant d’étudier le sol de Mars avec beaucoup plus de précision, c’est à dire en utilisant des microscopes beaucoup plus puissants et en rapportant des échantillons sur Terre où nous disposons des instruments nécessaires.

  4. Monsieur Brisson a mentionné le volumineux livre récemment paru, « Dieu, la science, les preuves », et M. Martin se demande ci-dessus si Dieu existe. On se souvient que Gagarine a dit qu’il ne l’avait pas rencontré dans l’espace… J’ai lu ce gros bouquin où même les deux défunts frères Bogdanov ont fourni une intéressante contribution d’histoire des sciences, montrant comment les systèmes communiste et nazi ont traité leurs scientifiques qui parlaient simplement de début de l’Univers et, par là, mettaient en cause son éternité, seule compatible avec le matérialisme des uns et des autres.

    Mais ce gros ouvrage manque son but, comme du reste toute tentative de vouloir établir des preuves matérielles de l’existence de Dieu par l’analyse des causes, une tentative très classique, mais ultimement vaine. Et pourquoi cela ? Parce que, strictement parlant, Dieu n’« existe » pas, il « est », il est l’Etant par excellence, tout simplement, si j‘ose dire, et donc il ne peut être « prouvé », ou apparaître ni sous nos microscopes ni au bout de nos télescopes, ni découler d’aucune de nos expériences qui relèvent de ce qui existe. La quête expérimentale de Dieu comme un « objet » existant est donc totalement vaine.
    Eh bien, me direz-vous, on doit alors aussi rejeter la création de l’Univers, une « opération » qui serait l’oeuvre d’un agent existant. Oui ! le fait que l’Univers ait un début dans l’existence et, tout à fait vraisemblablement, une fin, probablement indéfiniment lente, n’est pas à rapporter à une « action » d’un agent qui devrait être lui-même existant. Je dirais plutôt que l’existence de l’Univers — ou mieux, du Cosmos, comme on aime très justement à le dire, voyant son ordre dans sa complexité réalisée ça et là (jusqu’à nos cerveaux, par exemple), concomitante à son entropie croissante — est à voir comme le fait d’être « suspendu », soutenu, proprement dit « tenu dans l’existence », comme un Univers existant qui dépend totalement à chaque instant, pour son existence, d’un Etant. Ce n’est pas une « action » d’un agent extérieur, c’est le fait d’être qui est vraiment un donné. L’Univers existe, mais Dieu est, l’existence du premier étant possible parce que l’Etant le « tient » dans l’existence, tout bonnement hors du néant. On sort là de la physique pour se plonger un peu dans la philosophie.

    Si l’on dit, une des « qualification » de Dieu, qu’il est infini, ce n’est pas du tout qu’il existerait en tant qu’un être infini, un existant infini, car on sait que l’infini en acte (« in re ») ne peut pas exister. Il est infini comme Etant et nous pouvons le concevoir comme tel, car concevoir l’infini est possible par la pesée (« in mente »), comme le font tous les jours les mathématiciens, par exemple. La philosophie dit que Dieu est infini en soi (« in se ») et nous pouvons le penser come tel.

    Concevoir que l’Univers serait lui-même infini, comme existant matériel, conduit à des paradoxes sur l’infinité des mondes, des Terres, et de chaque personnes infiniment multipliées. Car une propriété de l’infini est que la partie est égale au tout : il y a une infinité d’infinis dans l’infini. Cela on peut seulement le penser. On sait que l’Univers est sans limite, sans bord, sans frontière, et que cela est tout à fait compatible avec sa finitude. Giordano Bruno croyait à l’infinité des mondes, disant que, Dieu étant infini, il n’a pas à être limité dans sa capacité de créer un Univers infini, grâce à son omnipotence. Mais lui aussi confondait être et exister et attribuait à Dieu une « activité créatrice débordante » infinie pour pouvoir sans limites créer une infinité de mondes. Par contre, le chanoine Georges Lemaître, qui a été à la base de la découverte du Big bang, n’a jamais mélangé ses travaux scientifiques portant sur l’Univers fini, mais illimité, et sa foi religieuse, allant jusqu’à corriger le pape qui aurait voulu interpréter le Big bang come le « fiat lux » de la création. Sa foi religieuse est une relation avec un Etant, que la Révélation nous donne comme étant même une personne. Un grand mystère, mais grâce à ces distinctions indispensables, une vraie possibilité.

    1. Je partage votre point de vue : « La quête expérimentale de Dieu comme un « objet » existant est…totalement vaine ».
      La foi ne peut être objet de démonstration car Dieu s’il existe ne se trouve pas sur le même plan que le monde matériel avec ses dimensions que l’on constate et ses constantes fondamentales qui le sous-tendent.
      La foi ne peut être qu’objet de sensibilité et de choix ou encore mieux, et encore une fois, in fine, de pari.

  5. En raison du même préfixe, le principe anthropique me ramène à la notion d’anthropomorphisme. Ce principe nous voit – nous, l’espèce humaine – comme la métrique absolue et l’aboutissement inégalé de tout ce qui peut exister dans l’univers. A cette échelle, tout porte à croire, au contraire, que dans un classement de Shanghai, notre étoile obtiendrait une note sinon médiocre, du moins plutôt faible, notre planète une mention “passable”, l’évolution de notre planète une appréciation du genre “beaucoup d’imagination débridée”.
    Le principe anthropique, faible, fort ou tiède, se présente donc comme thème d’aimables discussions entre gens saisis par l’angoisse métaphysique que suscite notre irruption dans le cosmos.
    Je n’ai pas envie d’intervenir ici par le biais de références livresques. Juste un sentiment personnel de non spécialiste.
    En plus de l’entropie, qui implique la complexification sans fin de la Nature*, comme le note très justement plusieurs intervenants, celle-ci obéit à un certain nombre de tropismes:
    – une abyssale prodigalité. Comme nous sommes apparemment les seuls dans le système solaire, il n’y a pas plus de 0.5 ppb de la puissance solaire qui sert à quelque chose. Dans la vie d’un mâle de notre espèce, sur 10^11 spermatozoïdes, un seul fait le job. Les exemples abondent.
    – une absence totale de dessein. Cf. l’extraordinaire diversité des mondes et des formes de vie.
    – en même temps, un penchant pour le rasoir d’Ockham (ou principe de simplicité): pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? La nature n’a pas inventé la roue, mais est néanmoins parvenue à produire le cerveau humain.
    – Etc. …
    Tout ceci me semble condamner l’idée même d’un principe anthropique. En ligne avec ces tendances, la mécanique de l’évolution me paraît plus proche d’une démarche portfolio aveugle qui essaie le plus vaste ensemble possible de solutions sans aucun a priori et qui les pratique, et les diversifie, aussi longtemps qu’elles “marchent”**, ou les abandonne. Pour quelles raisons en est-il ainsi? Le saurons-nous un jour?

    * tout ce qui existe, sauf nous, à gros traits.
    ** difficile à expliciter brièvement

  6. Des points très intéressants ont été évoqués, notamment:
    « C’est pourquoi il y a une histoire, un devenir, une évolution de l’Univers, une flèche du temps, irréversible, une évolution vers plus de complexité ».

    Sachant que l’Univers a environ 13,5 billion years et que notre terre a environ seulement 4,54 billion years, cela signifie que les galaxies lointaines qui sont bien sûr beaucoup plus vieilles ont logiquement « évolué vers plus de complexité ».
    Donc pour moi ca renforce l’idée que des « civilisations vivantes » (sous toutes formes) ont eu plus de chances de trouver des terrains propices pour se développer dans des galaxies plus anciennes.
    Notre Terre est si jeune que c’est peut-être la toute dernière qui a expérimenté l’existance de la Vie, après de nombreuses autres durant des milliards d’années. Sans faire de la SF à 4 sous, pourquoi exclure forcément que des civilisations très avancées existent dans certaines parties de l’Univers (sans forcément nous connaître), surtout qu’ils s’éloignent de nous à hautes vitesses dû à l’expansion.
    Merci pour vos avis.

    1. Non! Les galaxies anciennes n’ont pas eu le temps de générer suffisamment de diversification de leurs éléments chimiques par nucléosynthèse dans leurs étoiles massives.
      Le Soleil a 4,6 milliards d’années et il est très improbable que la complexification de la composition chimique de l’Univers ait pu être menée suffisamment loin avant la naissance du Soleil pour offrir suffisamment de ressources pour l’apparition de la vie.

  7. Encore un commentaire sur l’interprétation correcte du principe anthropique : j’ai souligné la différence entre savoir et comprendre ; voici une illustration, qui a déjà été mentionnée naguère sur ce blog : la fameuse constante cosmologique, lambda — qui a comme effet l’existence d’une antigravité, d’une vraie cinquième interaction fondamentale, responsable de l’accélération de l’expansion de l‘Univers —, a été déterminée expérimentalement par les mesures du satellite PLANCK. On arrive à ce résultat fantastique que sa valeur (en unité de Planck de longueur), vaut 10^-122, donc zéro, puis virgule, puis 121 zéros, puis un petit un. On connaît donc cette constante, mais on ne la comprend pas. On peut faire des simulations en la faisant un peu plus grande, ou un peu plus petite et on arrive à chaque fois à un Univers qui s’étend soit trop vite, soit trop lentement, ayant comme conséquences des développements planétaire, stellaire et galactique complètement différents. Le principe anthropique dit simplement que cette valeur extraordinairement petite, et sans pareille dans toute la physique, et néanmoins précise, juste un rien plus grande que zéro, est incontournable et nécessaire pour que l’Univers soit tel qu’il est jusqu’à avoir permis la vie et la conscience. Si, un jour, on arrive à la « comprendre », cela n’enlève rien à sa qualité de fleuron exemplaire du principe anthropiqe.

  8. un lecteur fait référence à 5000 ans pour l’intelligence de l’homme…
    1 c’est très réducteur, puisque des hommes faisaient de l’art dans des grottes il y a 200 000 ans ..
    2) il y a des millions d’années, il y avait déja de l’intelligence sur terre, pas la notre , mais celle des dinosaures…
    ce qui est curieux c’est que tous , vous ramenez la question egoistement à l’homme ….,
    le sujet me semble plutot concerner … la vie biologique. avec dieu ou pas .
    la decouverte de vie sur mars ne reglera rien , car planète trop proche, susceptible de contagion terrestre.

    1. Les 5000 ans étaient sous la forme d’un exemple et d’une question : l’affirmation – qui ne vient pas de moi – de notre très probable unicité comme vie intelligente dans l’univers vaut-elle pour maintenant ou pour tous les temps, et si pour « maintenant », sur quelle épaisseur de temps ? Sachant que quelle que soit cette épaisseur, elle sera infime par rapport à la durée de l’univers, ce qui enlève beaucoup de sens à cette affirmation.

      Je vous rejoins parfaitement, et sur le caractère arbitraire de cette définition de l’« intelligence », et sur notre excessif anthropocentrisme. Un exemple : faut-il citer l’astéroïde de Chicxculub, qui a mis fin au règne des dinosaures, comme un maillon indispensable à l’apparition de l’homme et donc de la vie intelligente sur Terre ? De l’homme, peut-être. Mais de la vie intelligente, non. Rien ne permet d’exclure qu’elle aurait pu prendre une autre forme, tout aussi brillante voire plus, sélection darwiniste aidant. Et comme cela a pu bien sûr être ailleurs.

      1. L’astronome et cosmologiste britannique, Fred Hoyle, a très bien mis en scène une tout autre forme de vie intelligente dans l’Univers dans son passionnant (et bien informé !) roman de SF « The Black Cloud » (William Heinemann, 1957), traduit en français, « Le Nuage Noir » (Dunod, 1962).

      2. Certes sans Chicxculub il n’y aurait pas d’homme sur Terre et l’évolution aurait continué sur une autre voie.
        Jusqu’à quel niveau d’intelligence et de faculté communicante cette voie aurait conduit, nul ne peut le dire. Mais je ne vois pas la logique qui permet de dire que le niveau que nous avons atteint, l’aurait été par cette autre voie. Cela reviendrait à dire qu’Einstein ou Pasteur étaient inévitables.
        Je persiste à penser que nous avons eu une histoire unique et que rien ne pourra nous prouver qu’il y a automatisme…jusqu’à ce que nous trouvions nos homologues quelque part dans l’Univers, que ce soit des descendants de dinosaures ou de mammifères.

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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