EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

Cette semaine je passe la parole à Robert Zubrin, ingénieur en astronautique et fondateur de la Mars Society. Son dernier article, paru dans Nautilus* et que vous trouverez ci-dessous, est important à plusieurs titres. D’une part il explique la complexité de l’architecture du programme Artemis de retour des Américains sur la Lune. D’autre part il met bien en lumière le saut technologique que représente le Starship d’Elon Musk et les perspectives fabuleuses qu’il ouvre à l’humanité.

*Nautilus est une revue scientifique et technologique américaine d’excellente réputation. L’article a été publié le 13 mai 2021. Je l’ai traduit :

« A la fin de l’après-midi du 5 mai, Elon Musk a tweeté : « l’atterrissage du Starship est nominal ! ». Musk n’est pourtant pas connu pour ses paroles mesurées et voir ce monstre en acier inoxydable s’envoler était, pour beaucoup, quelque chose qu’on qualifierait davantage de « phénoménal ». Plus de 5 millions de personnes ont regardé le spectacle sur YouTube, peut-être beaucoup en retenant leur souffle, car à l’issue de chaque tentative antérieure le Starship avait pris feu. Pas le SN15. Ce Starship, après avoir grimpé ses 12 kilomètres puis être redescendu dans une configuration « ventrale » – en utilisant son large corps argenté comme frein – descendit lentement, la force de ses moteurs Raptor lui offrant en fin de course un atterrissage en douceur et en parfaites conditions.

Certaines personnes de la NASA ont probablement ressenti un sentiment de soulagement. A la grande surprise de l’industrie spatiale, en avril, la NASA avait attribué à SpaceX un contrat de 2,9 milliards de dollars pour modifier le Starship afin qu’il serve comme élément final du système qui emmènera les astronautes sur la Lune. Le favori pour remporter le poste n’était pas SpaceX mais un poids lourd, le groupement « National Team » (l’Equipe-nationale), composé de la Sté Blue Origin, de Jeff Bezos, et des entrepreneurs habituels de l’aérospatiale que sont Lockheed Martin, Northrop Grumman et Draper Laboratory. Le choix était si inattendu que lorsque le Washington Post en a fuité la nouvelle, certains observateurs bien informés ont refusé de le croire. Les politiques laissaient penser que National team était le pari le moins risqué.

Sans doute, comme on aurait pu le prévoir, les équipes perdantes (qui comprennent également une alliance de petites entreprises dirigée par Dynetics) ont-elles rapidement protesté contre le choix de la NASA, gelant temporairement le programme. Mais puisque SpaceX offre le plus de potentiel, à moins de la moitié du prix proposé par les autres, ce choix prévaudra probablement en fin de compte. La NASA subira sans aucun doute les attaques du Congrès lui reprochant de ne pas jouer le jeu car les politiciens croient qu’elle n’existe que pour répondre à leur besoin d’accorder des avantages économiques à leurs électeurs1. Mais l’agence gouvernementale porte également la bannière de l’esprit pionnier de l’Amérique. C’est une organisation humaine, sujette à toutes les failles du système qui la soutient mais elle a aussi ses moments de lucidité et de courage. Et pour sûr, ce choix est vraiment l’un d’entre eux.

Cette décision a également constitué une avancée décisive pour Musk, bien sûr, lui qui a fondé SpaceX en 2002, tout juste après la vente de sa société de paiement en ligne PayPal, avec l’objectif non moins grandiose que d’amener des humains sur Mars. Je sais bien qu’on dit que les entrepreneurs n’en ont généralement que pour l’argent. Mais les cyniques se trompent à propos de Musk. J’étais de ceux qui ont contribué à le convaincre de faire de Mars sa vocation. S’il voulait simplement plus d’argent, il connaissait bien d’autres moyens plus faciles pour s’en procurer, que de démarrer, parmi toutes autres possibilités, une société d’astronautique, entreprise notoirement difficile avec très peu de chances de succès. Il cherchait à faire des choses d’une importance immortelle. La colonisation de Mars (à côté des voitures électriques et de l’énergie solaire) a emporté sa décision.

Permettez-moi de souligner à quel point le Starship pourrait transformer profondément notre avenir dans l’Espace et apporter à notre compréhension de la vie. Je travaille dans ce secteur depuis un bon bout de temps. À la fin des années 80, je faisais partie de l’équipe de Martin Marietta, aujourd’hui Lockheed Martin, qui a réalisé la conception préliminaire de ce que l’on appelle maintenant le Space Launch System ou « SLS », véhicule phare de la NASA. Il a été conçu à l’origine comme un moyen rapide et simple de créer un lanceur lourd à partir des composants du système du « Shuttle », la Navette spatiale, alors en opérations. Le Starship n’a rien à voir avec le SLS. Il ne ressemble à rien de ce que la NASA a fait auparavant. Il représente un concept entièrement nouveau d’opérations spatiales, et l’impact qu’il pourrait très bien avoir sur la science est extraordinaire.

La NASA prétend toujours que son programme Artemis utilisera le SLS et la capsule Orion pour amener ses astronautes à sa « Gateway » (passerelle), une station spatiale encore à construire, en orbite autour de la Lune. A partir de là, l’idée est de les transférer à un Starship qui les transportera à la surface de notre satellite naturel. La NASA peut effectuer quelques missions de cette façon mais, franchement, la raison profonde est que c’est uniquement pour éviter l’embarras d’avoir passé autant de temps et d’argent sur des systèmes qui n’ont aucun intérêt pratique. Une fois que le Starship sera opérationnel, la logique conduira les choses dans une direction entièrement nouvelle.

En réalité le SLS n’est qu’un Shuttle dont on aurait supprimé l’orbiteur ressemblant à un avion, ce qui permet de remplacer la masse de ce dernier par un étage supérieur et/ou une charge utile considérablement accrue. Une variante aussi simple aurait dû voler au milieu des années 90, et si cela avait été le cas, nous aurions pu la voir servir de technologie permettant un programme spatial beaucoup plus performant au cours du dernier quart de siècle.

Malheureusement, ce n’est pas ce qui s’est produit. Malgré le fait qu’une commission d’experts, dirigé par Jack Kerrebrock, éminent professeur au Massachusetts Institute of Technology, ait recommandé en 1993 qu’un tel propulseur lourd dérivé du Shuttle soit rapidement développé afin de réduire d’un ordre de grandeur le nombre de lancements nécessaires pour créer l’ISS (la Station-spatiale-internationale), cette recommandation a été rejetée par le vice-président de l’époque, Al Gore. Al Gore voulait étendre le programme de construction de l’ISS sur plusieurs décennies, avec des dizaines de lancements de Shuttle et de fusées Proton russes, afin d’« encourager » le développement et le maintien de relations amicales avec les nouveaux dirigeants de la Russie post-soviétique2 (c.-à-d. leurs transférer des fonds). Le SLS a été retardé de deux décennies, jusqu’à ce qu’il soit obsolète, pour cette seule raison.

Cela a malheureusement fait perdre à la NASA une génération entière d’expertise. La responsabilité du développement a été transférée à des personnes qui n’avaient jamais rien fait de tel auparavant, de sorte que le programme (Arès puis SLS) a pénétré en boitillant jusque très avant dans le nouveau siècle, avec une conception finale aux performances possibles dégradées et pas même un vol d’essai à présenter après environ 30 ans d’effort et plus de 20 milliards de dollars de dépenses. En 2005, la NASA a commencé à développer la capsule Orion pour donner aux Américains un moyen d’atteindre l’orbite terrestre après le retrait du Shuttle, qui devait se produire vers 2010 (ce qui fut fait). Cela aurait dû être une simple promenade dans un jardin, mais d’une façon ou d’une autre, encore une fois, la NASA, ses sous-traitants et le Congrès ont réussi à transformer ce projet en un effort de plus de 20 milliards de dollars sur plusieurs décennies, avec pour témoigner de cet effort, un seul vol d’essai, sans pilote, en 2014. Et ce qui est plus grave, c’est qu’en plus du coût la masse d’Orion a enflé. Avec 26 tonnes, le triple de celle de la capsule Apollo, il est trop lourd pour que le SLS puisse le mettre en orbite basse lunaire avec les ergols nécessaires pour en revenir.

Alors l’administration Obama a eu l’idée géniale de construire une station spatiale en orbite lunaire haute. Au lieu d’aller sur la Lune, les astronautes chevauchant Orion auraient pu se rendre sur la « Lunar Orbit Platform » et profiter de la vue. Ou peut-être auraient-ils pu étudier des astéroïdes qui, un jour, auraient pu être conduits jusqu’à l’orbite lunaire en utilisant un mode de propulsion « avancé ». Cela n’aurait-il pas été vraiment « cool » ?!

Je n’étais pas fan de l’administration Trump mais il faut lui rendre hommage d’avoir reconnu que ce plan, dont ils avaient hérité, était totalement ridicule. Elle a annulé la mission, infaisable, de redirection d’astéroïdes et a décidé que la station en orbite lunaire devait être une passerrelle, un « Gateway », pour aller « quelque part ». Ainsi est né le programme Artemis, qui a promis aux Américains qu’ils reviendraient sur la Lune (avec une femme Américaine en tête) avant 2024, pas moins. Pour éviter l’embarras, les gens de la NASA avaient besoin que le SLS, Orion et le Gateway soient utilisés dans le cadre d’Artemis.

Mais ce plan n’était pas très bon. Le programme SLS ne pouvait garantir qu’un seul lancement par an. Ceci en dépit du fait qu’au cours de son programme de 30 ans, le Shuttle, plus complexe, avait atteint un taux de lancement annuel moyen de quatre (et de huit pour les pointes). Ainsi, si on devait lancer une mission lunaire dans un délai raisonnable, elle devait comporter non seulement un SLS pour envoyer une capsule Orion en orbite, mais également plusieurs autres lanceurs de puissance moyenne (non récupérables !) pour livrer un véhicule au Gateway afin qu’un équipage puisse le prendre pour aller à partir de là jusqu’à la surface lunaire et en revenir. La NASA a réuni environ un milliard de dollars pour des études de projet d’ingénierie et a lancé un appel d’offres de propositions d’architecture de mission à l’industrie afin de développer des concepts de véhicules d’accès à la Lune pour répondre aux besoins d’un tel plan.

En avril 2020, la NASA attribua des contrats de conception préliminaires à trois compétiteurs : National team dirigée par Blue Origin, « Dynetics », et SpaceX. National team, avec un devis représentant la part du lion, 579 millions de dollars, proposa un atterrisseur maladroit à trois étages non réutilisables. Cela correspondait précisément au concept irréalisable que la NASA avait en tête pour son plan de mission. L’équipe Dynetics, constitué de 25 petites entreprises, avec un devis de 253 millions de dollars, proposa un petit atterrisseur à un étage et à réservoirs largables qui, bien que divergeant quelque peu (et avec raison) de la demande, lui correspondait de manière générale3.

SpaceX, avec un devis de 135 millions de dollars, proposa un concept radicalement différent : le Starship. Ce devrait être un système de lanceur lourd entièrement réutilisable, à deux étages, alimenté par des moteurs au méthane-oxygène, d’une capacité à peu près à mi-chemin entre le SLS et la plus puissante Saturn V du programme lunaire Apollo. En raison de la réutilisabilité du Starship, son utilisation induirait un coût égal à moins de 1% du premier ou du second. Ces caractéristiques, à elles-seules, changeraient le monde, mais il y a plus : le Starship-vaisseau-spatial serait conçu pour être ravitaillé en orbite terrestre basse par des Starships-réservoirs (« tankers »), lui permettant d’aller plus loin, par exemple jusqu’à Mars, où le système de propulsion pourrait être ravitaillé à nouveau par des ergols produits facilement à partir de l’abondante glace d’eau et de l’atmosphère de dioxyde de carbone de la planète rouge.

Pour la mission Artémis la plus simple – envoyer une cargaison de l’orbite terrestre basse à la surface lunaire – le Starship ferait bien l’affaire, se présentant avec son vaste volume habitable et ses volumes de stockage de propergols avec, en plus, une capacité d’emport de 100 tonnes de fret ce que personne d’autres ne peut faire, à condition qu’il puisse être ravitaillé avec huit vols de tankers (NdT : pour l’approvisionner en ergols pour les vols aller et retour). Un inconvénient est que, pour que le Starship atterrisse, il faudrait que ses moteurs d’atterrissage soient remontés vers le haut du véhicule, de telle sorte que son puissant échappement ne cratérise pas la surface. Mais le plus gros problème sera de fournir tous les ergols nécessaires pour permettre les opérations du Starship au-delà de l’orbite basse terrestre.

Il faudrait au moins 10 vols de tankers pour ravitailler un vaisseau spatial fonctionnant comme ferry entre l’orbite lunaire basse et la surface lunaire, ou 14 s’il est obligé d’utiliser le Gateway. Cette exigence, cependant, pourrait être réduite en développant des technologies pour extraire l’oxygène du régolithe lunaire. Les roches lunaires sont composées d’une variété d’oxydes métalliques contenant en moyenne environ 50% d’oxygène en poids et la combinaison propulsive du Starship est de 78% d’oxygène. En extrayant l’oxygène lunaire (et en produisant du métal au cours du processus), le nombre de vols de Starships nécessaires par mission pourrait être divisé par trois, ce qui accélèrerait considérablement le développement lunaire.

Contrairement aux concepts concurrents, le Starship ne se limiterait pas à fonctionner comme un ferry de l’orbite lunaire à la surface de l’astre : il pourrait ouvrir la voie pour Mars4. Il a été conçu dès le départ pour rendre l’installation humaine de Mars abordable, c’est pourquoi le Starship répond à un objectif de coût beaucoup plus exigeant que tout ce dont un simple programme d’exploration pourrait avoir besoin. Même pour un prix élevé, comme 300 millions de dollars par astronaute, la NASA sauterait sur l’occasion d’envoyer ses hommes sur Mars pour l’explorer. Mais ce prix ne serait pas pertinent pour n’importe qui se portant volontaire pour partir s’établir sur Mars. Pour que la colonisation de Mars soit réalisable, le prix du billet sur le Starship doit être suffisamment bon marché pour qu’une personne de la classe moyenne puisse se l’offrir.

Une telle personne pourrait être en mesure de recueillir 300.000 $ en vendant sa maison et un bon travailleur pourrait obtenir une somme similaire en hypothéquant son travail (comme cela a été fait au temps de l’Amérique coloniale). Parvenir à un tel prix de billet nécessiterait de réduire les coûts de lancement et de transport spatial d’au moins trois ordres de grandeur par rapport à ceux qui prévalent aujourd’hui, ce qui n’est possible qu’en rendant les systèmes de transport spatial, réutilisables : un Boeing 737 coûte environ 100 millions de dollars et transporte généralement environ 100 passagers— s’il était détruit après un seul vol, les billets coûteraient plus d’un million de dollars par personne. Ce n’est qu’en rendant le Starship réutilisable que les voyages dans l’espace peuvent être rendus abordables comme le sont les voyages en avion.

En février 2020, j’ai voyagé avec ma femme, Hope, à Boca Chica, une petite ville du Texas sur une terre très plate et basse, près de la frontière mexicaine, là où SpaceX développe son Starship et s’étend rapidement. Musk veut y créer une ville et l’appeler « Starbase ». Un groupe de mariachi jouait à l’extérieur, divertissant de longues files de personnes attendant pour demander un emploi. Des centaines étaient déjà à l’œuvre dans le complexe. Bientôt, il y devrait y en avoir des milliers. Il était évident que Musk ne construisait pas de navire, il construisait un chantier naval. Au cours de son programme de navettes déroulé sur 30 ans, la NASA a construit cinq Shuttle, un tous les six ans en moyenne. Lors de notre visite, Musk se préparait à construire des prototypes de Starship à raison d’un par mois, ce qu’il a fait.

Plutôt que de choisir de tout analyser pendant des années ou des décennies avant d’effectuer un premier test en vol, comme l’a fait la NASA, l’approche de Musk consiste à construire, lancer, s’écraser, résoudre les problèmes, puis réessayer. Il s’est frayé un chemin au travers de la problématique de presque toute l’enveloppe de l’étage supérieur du Starship. Avec le succès du vol SN15, il est désormais en mesure de le faire voler encore et encore. Musk vise des altitudes plus élevées et une perfection opérationnelle accrue jusqu’à ce que son équipe puisse le faire les yeux bandés. Les SN16 et SN17 qui intègrent encore plus d’avancées par rapport au SN15, sont presque terminés.

Qu’un programme spatial soit mené non pas avec trois ou quatre mais avec des dizaines de vaisseaux – et éventuellement des centaines – est révolutionnaire. Les lancements de Starships se compteront par semaine, voire par jour. Le taux moyen de quatre vols de Shuttle par an signifiait qu’avec un coût annuel de programme de 4 milliards de dollars par an, le coût réel d’un seul vol était de 1 milliard de dollars. Une noria transorbitale de Starship, employant 5.000 personnes, coûterait à peu près la même somme par an. Musk a pour objectif de gérer 200 vols par an, ce qui est possible avec 20 vaisseaux opérationnels seulement, chacun remis en vol à nouveau tous les 36 jours. Cela donnerait 5 millions de dollars par vol, soit 1/200ème du coût du Shuttle avec cinq fois sa charge utile, pour une amélioration globale de mille fois.

Les avantages du Starship pour l’exploration robotique et humaine sont difficiles à surestimer. Perseverance récemment arrivé sur Mars, peut y déposer une tonne en surface. Le Starship, avec sa capacité de 100 tonnes, peut y faire débarquer une armée de robots. Ceux-ci pourraient inclure de nombreux explorateurs de type Persévérance et des versions beaucoup plus grandes de l’hélicoptère Ingenuity. De plus petits rovers équipés de caméras haute résolution pourraient cartographier la zone, transmettre les données à la Terre et permettre à des millions de scientifiques de parcourir le paysage en réalité virtuelle et de diriger les machines vers tout ce qui leur semble intéressant. Des robots-constructeurs aussi, peut-être sous forme humanoïde, pourraient construire une base martienne capable de convertir le dioxyde de carbone et la glace d’eau en ergols pour les fusées fonctionnant au méthane et à l’oxygène pour le stocker dans des réservoirs. Avec une telle structure, entièrement constituée à l’avance, des Starships pourrait commencer à envoyer des hommes sur Mars.

Les rovers sont des outils merveilleux, mais ils ne peuvent résoudre les questions scientifiques fondamentales que Mars – autrefois très semblable à la Terre primitive – pose à l’humanité : la vie est-elle un phénomène singulier, propre à la Terre, ou est-elle également apparue sur Mars ? Si oui, a-t-elle utilisé le même système d’information ADN-ARN, ou un autre ? La vie telle que nous la connaissons sur Terre est-elle LA vie, ou est-ce juste un exemple entre autres, parmi une vaste tapisserie de possibilités ? Trouver des preuves de la vie passée impose une chasse aux fossiles. Perseverance s’y appliquera, mais des « limiers » humains – capables de voyager loin sur des terrains difficiles, d’escalader, de creuser, de travailler délicatement et de suivre intuitivement des indices – pourraient faire ce travail beaucoup mieux. Trouver la vie existante pour déterminer sa nature nécessitera de forer jusqu’à des centaines de mètres pour atteindre les eaux souterraines où la vie pourrait encore prospérer, en prélevant des échantillons, en les cultivant et en les soumettant à analyse. C’est à des années-lumière des capacités de rovers robotiques.

Mais il y a plus. Le Starship ne nous donnera pas seulement la possibilité d’envoyer des explorateurs humains sur Mars, la Lune et d’autres destinations du système solaire interne, il nous offrira une augmentation de deux ordres de grandeur de la capacité opérationnelle globale pour faire à peu près tout ce qu’on veut faire dans l’espace. Cela inclut non seulement la poursuite d’un programme musclé de sondes vers le système solaire externe et rendant économiquement faisable toutes sortes d’investigations expérimentales en orbite terrestre, mais encore la possibilité de construire des télescopes spatiaux géants. Beaucoup de nos connaissances en physique sont issues de l’astronomie parce que l’Univers est le plus grand et le meilleur laboratoire qui soit. Il n’y a pas de meilleur endroit pour faire de l’astronomie que l’Espace. Le télescope spatial Hubble, au miroir de 2,4 mètres de diamètre, a fait des découvertes extraordinaires. Que pourrons-nous apprendre une fois que nous serons capables de construire des télescopes de 2,4 kilomètres de diamètre dans l’espace profond ? Les possibilités dépassent littéralement l’imagination. »

Robert Zubrin est aussi président de Pioneer Astronautics, société d’étude qui a obtenu plusieurs contrats de la NASA. L’édition 25ème anniversaire de son livre fondateur, The Case for Mars, The Plan to Settle the Red Planet and Why We Must , a été récemment publiée par Simon et Schuster. Vous pouvez le suivre sur twitter.

Notes de bas de page :

  1. M. Machay, M. & A. Steinberg. “NASA funding in Congress : Monney matters”, in European Journal of Business Science and Technology 6, 5-20 (2020).
  2. J.M. Logsdon & J.R. Miller. « US-Russian cooperation in human space flight: Assessing the impacts». NASA.gov (2001).
  3. Bien que clairement meilleure sur le plan conceptuel que l’offre de National team, la conception de Dynetics n’a jamais vraiment eu de chance, car l’équipe qui la constituait n’était pas assez crédible pour se voir confier la responsabilité de quelque chose d’une telle importance pour le programme spatial. Cependant Dynetics a reçu une bonne compensation en étant chargé d’assurer une large base de soutien à Artemis.
  4. Il ne faudrait que deux vaisseaux-réservoirs pour faire voler un Starship à vide vers Mars, ou cinq (NdT : un pour la mise en orbite du vaisseau spatiale et quatre pour la suite du voyage aller) si on l’envoie avec 100 tonnes de cargaison.

Image de titre: un Starship approchant la Lune. Crédit AleksandrMorrisovich /Shutterstock

Publication d’origine :

https://nautil.us/issue/100/outsiders/the-profound-potential-of-elon-musks-new-rocket?mc_cid=a5b9967fe7&mc_eid=b569b718a5

Présentation de Nautilus :

https://nautil.us/about

 

65 réponses

  1. Merci beaucoup de la traduction de M. Zubrin. Je comprend ainsi mieux la starship et l’approche tarabiscotée d’Artemis…
    Sur mon site Linkedin, c’est toujours Mars qui se vend le mieux avec plus de 1000 vues en moins d’une semaine…

    1. Personnellement, de triple nationalités Suisse, Canadienne et Française, je vois un élément commun. La volonté des puissances moyennes de s’affirmer et avoir voix au chapitre en exploration spatialeven partenariat et face aux trois grands : États-Unis, Chine et Russie. Je pense aussi que l’ESA et le Canada peuvent aider les puissances spatiales émergentes comme le Japon, l’Arabie Saoudite, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil. Nous entrons dans l’ère du multilatétarisme public et privé (SpaceX vs Blue Origin) en exploration spatiale à mon avis. Le monopole de la NASA est terminé.

      1. La NASA aurait pu retourner sur la lune il y a déjà un certain temps.
        Sur mon blog je présente une solution qui aurait pu être exploitée avec les moyens matériels et techniques existents pour un budget plus économique que cette dérive avec le.programme Orion !

        1. Beaucoup de gens pensent que la NASA aurait pu (et dû!) retourner sur la Lune après Apollo XVII. En particulier Robert Zubrin dont j’ai traduit ici le dernier article.
          Le problème est beaucoup plus politique que technologique.

  2. Il faut se rendre compte que depuis le 11 septembre 2001, les USA se sont focalisés sur le Proche Orient à coup de milliers de milliards , sans réel bénéfice politique , laissant la place aux initiatives spatiales privées dont Elon Musk a su profiter en arrivant au bon moment …
    Ce dernier n’ayant pas fait mystère de son projet de coloniser la planète Mars , rien de moins , et qu’il met tout en œuvre pour y parvenir , ce qui ravit les adeptes de Mars Society …
    C’est probablement en se focalisant sur un objectif unique qu’il a plus de chance de réussir , comme à l’époque du projet Apollo …
    Encore faut-il avoir les moyens de son ambition …et il compte sur son business de voitures électriques et son Starlink pour le financer , mais cela ne suffira sans doute pas …même en obtenant des crédits de la NASA pour amener des astronautes sur la Lune …
    Je rappelle que le télescope James Webb est sur le point de s’envoler sur son orbite et apportera une avancée majeure par rapport à Hubble …
    Chaque pas après l’autre ….

    1. Le télescope James Webb devait partir en Octobre mais apparemment des problèmes sur Ariane 5 retarderait le lancement. Au point où en est, quelques mois de plus ne changeront pas grand chose même si on est impatient de savoir cette merveille déployée dans l’espace.
      Pour ce qui est du budget du début d’une installation de l’homme sur Mars, vous faites erreur Monsieur Giot. Les sommes ne sont pas si importantes. Tout dépend de la période que l’on considère. Mais le lancement sur 30 ans (jusqu’à la sécurisation de l’entreprise sur Mars) est tout à fait possible pour Elon Musk (quelques dizaines de milliards). Après il faudra faire vivre la base et faire en sorte que les résidents martiens puissent générer les ressources, y compris financières, dont ils auront besoin. Mais cela est une autre histoire.

      1. Oui, nous avons deux long chemins simultanés : la restoration de la planète Terre et de sa biodiversité (décennie de l’ONU 2021 à 2030) et exploration humaine de Mars. Les deux sont liés à la technologie spatiale. En effet, pour la Biodiversité et le Climat, en plus des volontaires sur le terrain, on utilise de plus en plus les Systèmes d’informations géographiques par satellites pour analyser la situation et être vecteur d’objectifs quantifiables avec actions.

      2. Si Elon Musk aura les reins assez solides pour poser son engin sur Mars, en revanche, maintenir une colonie demandera des efforts sur le long terme, parce que les aventuriers de la planète rouge ne pourront pas développer d’économie rentable pour rembourser les investissements en équipements ( fusées, moyens de production d’énergie, télécoms, véhicules, ordinateurs, scaphandres, … ) développés sur Terre , à peine pourront-ils subvenir à leur propre nourriture , de l’oxygène et de l’hydrogène , …
        Les « exportations » de Mars vers la Terre seront toujours négligeables et par conséquent devront être compensées par des fonds perdus versés par des mécènes bienveillants qui pourraient finir par se lasser de ne rien voir en retour … d’autant qu’il n’y a rien à faire sur Mars à part pour une poignée de scientifiques … Et quand on aura entrainé des robots pour faire le travail , plus rien ne justifiera une présence humaine permanente dans des conditions insoutenables …

        1. Monsieur Giot. Votre point de vue est aussi connu que le mien, diamétralement opposé, et cela ne fait pas avancer la discussion.
          Ce que « j’aime bien » (c’est ironique) c’est votre insistance à dire qu’il « n’y aura rien à faire » sur Mars. C’est un point de vue totalement subjectif. Ce qu’on « à à faire », on le porte dans sa tête et vous parlez un peu vite pour les autres.
          Quand aux exportations de Mars vers la Terre, j’ai déjà indiqué qu’elles seront immatérielles, comme d’ailleurs elles le deviendront de plus en plus sur Terre (localisme écologique, impression 3D, hausse des coûts de production dans les pays pauvres…)

        2. Je suis assez d’accord avec vous que l’idée d’une colonie martienne de plus d’un million de personnes, comme voudrait le réaliser Elon Musk, me paraît assez peu crédible. Elon Musk est un entrepreneur de génie, mais sa vision de choses n’est pas toujours réaliste (voir les calendriers toujours très optimistes qu’il annonce et qui ont déjà été régulièrement mis en défaut par le passé).
          Je vois plutôt sur Mars l’établissement d’un « poste avancé » de l’humanité (et pas dans des « conditions insoutenables », contrairement à ce que vous affirmez!), essentiellement pour y accomplir des tâches scientifiques, qui ne dépassera probablement jamais de l’ordre du millier de personnes. A mon avis, il n’y a pas besoin de plus.

          1. Oui, M. Haldi, comme en Antarctique actuellement avec 4000 personnes.

          2. Tout dépendra de l’évolution de la vie en société sur Terre. Mars peut se différencier comme un endroit paisible, propre à mener une vie harmonieuse et studieuse qui n’exclut pas les jouissances, une Abbaye de Thélème en sorte…mais ce sont les hommes à venir qui en décideront.
            De toute façon, étant donné les ressources naturelles quand même limitées de Mars, on ne peut pas, à mon avis, envisager la cité d’un million d’habitants dont le projet a été soumis à concours par la Mars Society US en 2019.

        3. À Hubert Giot
          « quand on aura entraîné des robots pour faire le travail , plus rien ne justifiera une présence humaine permanente », écrivez-vous. C’est bien vrai. Mais ce qui est préoccupant, c’est que c’est vrai également sur la Terre. Nous sommes encore assez loin de ce que certains appellent « intelligence artificielle » mais, si un jour on y arrive, combien de temps faudra-t-il pour que les machines se rendent compte de notre inutilité et prennent les mesures qui s’imposeront à elles.

          1. Rassurez-vous, « ce n’est (de loin) pas demain la veille » 🙂 ! Et puis, si les humains ne sont pas complètement stupides, il ne leur sera pas difficile de prévoir la possibilité de pouvoir en tout temps désactiver une machine devenue « folle ».

          2. Il faut aussi penser qu’il faut des hommes pour faire les robots (pour les concevoir et avoir envie de les concevoir, plus sans doute que pour les fabriquer). Mais il faut aussi penser que les robots nous délivrent des taches répétitives et épuisantes. Cela est vrai sur Terre et cela le sera encore plus sur Mars. Mais ce sera une bonne chose car ce seront les robots qui seront exposés aux radiations et à la poussière, laissant aux hommes, la meilleur part du travail, et de la vie.
            Il ne faut pas avoir peur de s’élever, de céder la place aux robots pour tout ce qu’en réalité nous ne voulons pas faire. D’ailleurs dans notre monde d’aujourd’hui, n’assistons nous pas aux développement de l’éducation des jeunes? On les pousse à faire des études de plus en plus longues ou à développer leurs goûts artistiques et on leur permet de faire des travaux de plus en plus gratifiants intellectuellement. Heureusement qu’ils auront des robots pour faire « le reste »!
            Mais je reviens pour insister sur le « rien ne justifiera » de Monsieur Giot. Qu’est ce qui justifie la vie, sinon la vie avec ses sensations ou ses sentiments, où que ce soit?
            Sur Terre, il y a des hommes qui ne supportent pas la vie dans les grandes villes, polluées, bruyantes; il y en a d’autres qui ne supportent pas la vie à la campagne, plate, silencieuse, « ennuyeuse ». Il y en a qui aime le bord de mer et la chaleur; d’autres la montagne et la neige. Il y en aura qui aimeront Mars et ses déserts, la sensation de vivre dans un monde où triomphe la technologie et aussi la précarité résultant du sentiment de se trouver « à la frontière ».
            Il ne faut pas désespérer de l’homme et de son potentiel d’épanouissement et d’adaptation.

    2. M. Giot, il est faux de dire que l’exploration spatiale ne donne pas des bénéfices technologiques sur Terre. Par exemple, les PILES A COMBUSTIBLE À HYDROGÈNE qui génèrent de l’électricité et de l’eau sont maintenant utilisée pour des trains, camions et automobiles et seront un des moyen de lutter contre les changements climatiques et la pollution locale de l’air. Mais, je sais par un autre blog que vous ne croyez pas non plus à la nécessité de lutter contre les changements climatiques…

  3. Si Elon Musk arrive à mener son projet à bien, il aura en effet totalement révolutionné l’astronautique. Mais le pari est très ambitieux et il est encore trop tôt pour estimer s’il pourra être gagné ou non. Pour l’instant les essais n’ont porté que sur des manoeuvres que l’on savait déjà être maîtrisées en grande partie par SpaceX. On pourra apprécier plus solidement les chances de succès lorsque le booster « Super-Heavy » (anciennement « BFR »), avec sa trentaine de moteurs au premier étage (!), aura lui aussi passé les tests (ce qui ne devrait pas tarder en principe).
    Mais il est vrai en tout cas que la politique de la NASA qui consiste à « mixer » Artemis » et « Starship », juste pour justifier l’existence du SLS/Orion/Gateway, ne fait guère de sens, Pourquoi demander au « taxi Starship » d’aller attendre les astronautes en orbite lunaire pour les amener au sol, … alors qu’ils pourraient directement et plus confortablement prendre ledit « taxi » depuis la Terre ?!

    1. « Pour l’instant les essais n’ont porté que sur des manoeuvres que l’on savait déjà être maîtrisées en grande partie par SpaceX. »

      La Falcon 9 n’utilise pas la technique de corps portant pour freiner dans son retour sur la terre ferme, de même que le changement d’orientation de 90° n’est pas compatible avec la technique de grid fins de la Falcon 9. Bref prétendre que la technique du Starship est un simple copier-coler de celle de la Falcon 9 est une simplification grossière.

      « Mais il est vrai en tout cas que la politique de la NASA qui consiste à “mixer” Artemis” et “Starship”, juste pour justifier l’existence du SLS/Orion/Gateway, ne fait guère de sens »

      Si cela a un sens: cela réduit le problème de la quantité d’ergols qui doivent être acheminés en orbite pour faire le plein du Starship lunaire. On parle de 8 Starship tankers juste pour suivre le plan actuel de l’opération.

      1. Relisez moi bien, je n’ai pas parlé de « copier-coller » mais de « en grande partie déjà maîtrisées ». Bien sûr que la technique de corps portant est nouvelle, de même que la manoeuvre de changement d’orientation; sinon il n’y aurait même pas besoin de faire des essais, … ou ils auraient forcément été couronnés de succès dès le début! Ce que j’attends maintenant, ce sont les essais du « Super-Heavy », avec son grand nombre de moteurs au premier étage, ce qui demande de chacun d’eux une extrême fiabilité (même en admettant qu’un ou deux puissent être défaillants sans conséquences; et encore, il y a dans ce cas le risque de propagation de défaillances ou de défaillances de mode commun, comme cela s’est passé avec la malheureuse N-1 soviétique à l’époque). Si ce « booster » passe ses tests avec succès (ce que j’espère bien sûr), alors, en effet, on pourra commencer à croire sérieusement qu’Elon Musk réussira son pari, mais ce n’est pas gagné d’avance comme déjà dit.
        Quant à la politique de la NASA, c’est une question de « philosophie », à mon avis comme celui de beaucoup d’autres, Zubrin compris. Ou on suit l’approche « classique » (« Apollo amélioré »), ou on passe à une nouvelle approche qui est celle du Starship; combiner les deux n’est pas ce qui est le plus rationnel et pas ce qu’avait prévu Elon Musk à l’origine (s’il a accepté ce « mixage », c’est uniquement parce que cela lui offre une nouvelle source de financement pour le développement de son Starship).

  4. La NASA publie dans sa Newsletter d’aujourd’hui la vidéo avec son du cinquième vol de l’hélicoptère Ingenuity, filmée et enregistrée depuis Perseverance. On peut y entendre, quoique très faiblement, le bruit des pales de rotor à travers celui des vents martiens. C’est le premier vol aller-simple d’Ingenuity depuis sa base de Wright Brothers sur une distance de 129 mètres vers le sud.

    Pour ceux qui n’auraient pas accès à la Newsletter, voici l’adresse:
    https://mars.nasa.gov/technology/helicopter/status/302/plans-underway-for-ingenuitys-sixth-flight/

  5. Le Starship n’est pas la solution pour l’exploration spatiale, il n’est que la solution la plus efficace au problème du puits de gravité terrestre. Une fois le Starship opérationnel, il faudra encore une révolution, celle des vaisseaux spatiaux taillés pour l’espace profond.

    La version lunaire du Starship montre bien le besoin de dimensionner les vaisseaux en fonction de leur utilisation. Prévoir de faire voyager des humains pendants 6 mois dans un vaisseaux prévu en grande partie pour traverser les atmosphères terrestre et martienne est la plus grande faiblesse du plan de Musk à mon avis.

  6. Je vois que l’équipe de SpaceX fait beaucoup d’efforts techlogiques, commerciaux (voir le récent succès d’un colis à livrer sur la Lune en 2023) et ergonomiques (voir les sièges de la capsule Dragon, les tenues des astronautes / spationautes et le design des commandes par écrans tactiles). Elle sera peut être attractive pour attirer des milliers de personnes pour aller sur Mars dans les prochains 30 ou 50 ans. Par contre, en voyant ce qui se passe en Artique et Antartique, je ne crois pas à 1 million de personnes sur Mars à l’horizon 2100. Par contre, si nous réussissons sur Mars, je vois très bien que nous aurons des bases sur des satellites en Mars et Jupiter et nous nous serons établis de manière permanente aussi sur des Satellites de Jupiter et Saturne, reconnus pour être des planètes océans sous une croûte gelée, d’ici 2200.

    1. Je crois que personne ne peut vraiment prévoir ce qui se passera à un horizon aussi éloigné que 2200, … pas même Mme Soleil 🙂 ! Surtout dans le domaine de l’astronautique, qui a connu une progression fulgurante dans la décennie 1960, et qui est ensuite resté passablement stagnant depuis un demi-siècle (je suis sûr que Collins n’avait jamais imaginé mourir à 90 ans sans avoir vu des êtres humains poser le pied sur Mars, ni même « simplement » retourner sur la Lune)! Pour l’instant en tout cas, établir des bases sur les satellites de Jupiter ou Saturne est malheureusement totalement hors de nos possibilités, … sauf pour Stanley Kubrick :-).

      1. « Surtout dans le domaine de l’astronautique, qui a connu une progression fulgurante dans la décennie 1960… »

        Je ne vous apprendrai sans doute rien en rappelant que cette progression s’explique d’abord par le contexte de guerre froide et la compétition qu’elle a engendrée dans le domaine de la recherche spatiale entre les deux grandes puissances.

        Comme je crois avoir compris d’après vos messages postés sur les blogs que nous sommes à peu près de la même génération (né dans l’immédiat après-guerre, je suis de la cuvée 1946, un excellent millésime), nous avons vécu l’un et l’autre, je crois, et chacun à sa manière, cette époque et en particulier la décennie des années soixante, qui a été la plus révolutionnaire du XXe siècle – pas seulement dans le domaine spatial. Celui-ci me paraît indissociable des autres grands faits marquants de cette époque sur les plans politique, économique et social.

        Ce qui est aujourd’hui possible sur le plan scientifique et technique n’en est-il pas la conséquence directe?

        1. Nous sommes effectivement de la même « cuvée », 1946 🙂 ! Et tout-à-fait d’accord avec vous sur la décennie totalement exceptionnelle qu’a été celle des années 1960 (pas toujours en bien malheureusement, assassinats des frères Kennedy et de Martin Luther King entre autre). Il est clair aussi que c’est la fin de la « guerre froide », avec la chute de l’Union soviétique, qui a conduit à la stagnation dans le domaine spatial. Peut-être que, maintenant qu’au moins un nouveau compétiteur sérieux se profile, la compétition, et la progression, vont être relancées dans ce domaine (?).

          1. Merci pour votre réponse, cher Monsieur Haldi. Quel plaisir d’apprendre que nous sommes contemporains… Si je me souviens bien de vos commentaires précédents, vous avez eu la chance d’assister sur place au lancement d’une station spatiale à Cap Kennedy, que je n’ai vue que devant ma télévision. Vous connaissez donc bien les Etats-Unis, pays auquel nous sommes je pense tous deux attachés – pour le meilleur comme pour le pire. Ma famille est en effet en partie américaine et J’étais étudiant et journaliste stagiaire en Californie de 1965 à 1967.

            Pour un étudiant et reporter débutant, c’est là qu’il fallait être à cette époque. J’y ai été témoin de ses grands faits marquants – et nul doute que l’exploration spatiale venait en tête – mais aussi de ses côtés sombres, à commencer par les émeutes raciales. Je suis arrivé à Los Angeles le 12 août 1965 sous une chaleur écrasante, qui faisait fondre le bitume des rues, au lendemain même de celles du quartier noir de Watts, qui avaient transformé en une nuit la Cité des Anges en ville assiégée par les gardes nationales et la police, avec barrages à chaque carrefour. Elles n’étaient que le prélude de plus d’une centaine d’autres émeutes qui allaient frapper les grandes villes américaines pendant ces deux années et aboutir au « long été chaud » de 1967. C’était, d’une côte à l’autre, la révolte des laissés pour compte de la prospérité et des progrès technologiques.

            Watts était en particulier représentative de cette révolte dans la mesure où sa population était composée de Noirs venus du sud, attirés par l’industrie aéronautique alors en plein développement depuis la Seconde Guerre Mondiale (Boeing, Northrop Grumman, etc.). L’industrie aérospatiale y était aussi en plein essor, ainsi que dans le reste de la Californie (avec le Goldstone observatory au nord de Barstow, construit en 1958) et les émeutiers de Watts, qualifié de ghetto et pourtant loin de ressembler à celui du Bronx ou à Harlem, à New York, se sentaient discriminés vis-à-vis des blancs quant à leurs possibilités d’y obtenir un emploi, faute de qualifications. Les événements sociaux étaient donc étroitement liés à la réalité économique et industrielle du temps. Et, comme étudiant et journaliste débutant venu « from overseas », j’étais aux premières loges pour les observer.

            Comme étudiant, je pouvais aussi suivre les retombées de la révolte de mes congénères du « Free Speech Movement », commencée à Berkeley en décembre 1964, dans ma propre université et le développement de ce qu’on appellera plus tard la contre-culture, qui avait mis le pays entier sens dessus dessous d’une côte à l’autre avant de se répandre dans le reste du monde.

            J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ces événements sur d’autres blogs mais m’en voudrais d’abuser plus de l’hospitalité que monsieur Brisson nous offre sur le sien.
            Qu’il n’hésite pas à supprimer mon message s’il l’estime trop hors de propos.

            Cordialement,

            aldn

          2. Pas de problème cher A.Ldn. Ce n’est pas parce que ce blog est dédié à l’exploration spatiale qu’il doit refuser l’expression de nos diverses parts d’humanité et le partage de nos expériences. En fait des relations humaines peuvent se développer à partir de ces échanges. Ceux qui participent souvent aux « commentaires », commencent à se connaître, un peu comme si nous avions des réunions à thème toutes les semaines dans un café (sans café!) où autre lieu convivial. Personnellement, je trouve cela plutôt sympathique.
            Plus tard, quand « nous » serons sur Mars, nous pourrons continuer ce type de relations avec nos amis restés sur Terre. Le décalage de temps dû à la distance n’aura pas grande importance car cette distance n’empêchera pas la qualité des échanges écrits avec leurs expressions amicales…ou dans certains cas, d’humeur.
            En fait on peut voir les échanges auxquels donnent lieu mon blog comme une sorte de simulation psychologique, comme celles auxquelles les spécialistes de ce domaine donnent tant d’importance, tant est grande leur frayeur que les gens partis dans l’espace profond, s’ennuient ou souffrent de la solitude.

      2. Cher M. Haldi,
        Je ne crois pas aux pseudo science comme l’astrologie. Par contre, je crois aux administrateurs qui, en plus de la gestion des années, ont une vision qui dépasse le cadre des simples générations. Colbert et l’exploration du Canada, de Gaulle, la France millénaire et l’exploration spatiale en se battant pour la première fusée européenne (précurseur à Ariane) et Mitterrand avec le Sommet du G7 de 1989 où TOUS les pays participants (y compris les États-Unis) se sont entendu pour lutter contre les changements climatiques, programme planétaire qui prend un siècle. Il nous manque de nos dirigeants politiques actuels des vision à long terme et le retour à l’essentiel que manifestait de Gaulle et Mitterrand.

        Je suis né à l’époque du film « 2001 odyssée de l’espace » et « star trek ». Je suis content de l’augmentation de la compréhension du système solaire par les sondes. Comme Jules Verne au 19ème siècle et Goddard au 20ème siècle, il n’est pas interdit d’avoir une vision d’ici la fin du 21ème siècle et 22ème siècle, car une fois que l’espèce humaine aura un poste avancé sur Mars, j’ai l’intuition que l’espère humaine voudra aller plus loin, surtout pour explorer des satellites de Jupiter et Saturne qui peuvent abriter la vie…

        1. Je me suis promené en Pologne en 1989 et la priorité était bien à la démocratie et à la liberté. Je ne sais pas si la chute de l’URSS est réellement en cause pour l’abandon des États Unis à l’espace alors que les Russes continuaient de bâtir des stations spatiales subséquentes autour de la Terre. Von Braun a été scié pour son programme d’exploration vers Mars et le coûteux programme des navettes spatiales de Nixon en comparaison des fusées Ariane n’a rien arrangé.
          Si l’exploration spatiale dépend de comportements du style qui p… le plus loin au lieu d’une vision à long terme pour l’espèce humaine qui a commencé à voir jour à travers les VRAIS révolutions de 1989 (et non les révolutions ratées des années 60), je ne donne pas cher pour les établissementd humains à travers le système solaire. Ce serait le « Colosse Anarchique » d’AE Von Gogt…

          1. Pardon, AE van Vogt, c’est-à-dire une société anarcho-capitaliste où les gens sont surveillés en permanence par des capteurs et médias, un peu comme le projet horrible de Mars ONE, où les explorateurs de Mars auraient du être dans un show de télé-réalité permanente… avec la mort en direct. Non, en plus des entrepreneurs, un représentant mandaté par l’ONU doit être sur chaque établissement planétaire fixe pour garder le lien avec le respect des Déclarations Universelles des droits de l’Homme et ni sombrer dans l’anarcho-capitalisme de mai 1968 ou celui de Donald Trump, ni sombrer dans le totalitarisme génocidaire du régime chinois actuel.

          2. « les Russes continuaient de bâtir DES stations spatiales subséquentes autour de la Terre » ??
            En tout cas, c’est bien le succès d’Apollo XI et l’abandon quasi simultané en URSS de la N-1 après ses 4 échecs catastrophiques qui a mis un terme à la compétition spatiale entre Soviétiques et Américains.

  7. Je rend hommages à nos collègues européens Russes. Ce sont eux, et non les Américains, qui ont mis les premières stations spatiales orbitales autour de la Terre à partir de 1971 et avec la station Mir. Pour ma génération, née à la fin des années 60s, l’espace a été dominé par les exploits Russes de 1973 à 1981 et la pose d’une sonde russe sur Mars et Vénus avant les américains. Le programme spatial désastreux de Nixon (abandon de Mars et de station spatiales conséquentes pour se focaliser sur la navette spatiale) a fait en sorte que l’on a du attendre la fin des années 90 pour avoir une vrai station spatiale internationale. Pour la génération suivant la mienne, certains remettent en doute les exploits des années 60 car trop éloigné pour eux.

    1. * stations salyut et la station Mir.
      J’ai bien aimée la mission Apollo-Soyez malheureusemrnt sans suite avant 1999.

      La coopération entre Russes et l’ESA pour avoir le premier spationaute français et d’Europe de l’Ouest dans l’espace en 1982 à fait en sorte que j’avais plus d’admiration pour les Russes que pour les Américains dans l’espace au début des années 80.

      1. D’ailleurs, à mon avis, les Américains et les Européens font une erreur monumentale de ne pas arrimer les Russes aux futurs programme spatiaux. Nous verrons d’ici 10 ans l’erreur de laisser tomber les Russes dans l’orbite de la Chine, alors que les Russes sont avant tout Européens et devraient faire un partenariat avec l’ESA.

        1. Les Européens surtout. Les Russes n’ayant plus les moyens de leurs ambitions mais encore pour un temps l’acquis de leurs exploits passés, l’Europe aurait dû coopérer plus (elle le fait, mais trop timidement) avec eux pour développer un programme spatial à la hauteur de ce que devrait viser notre continent, qui inclut la Russie rappelons-le. Il est assez lamentable pour nous que ce soit la Chine (mais félicitations à elle), et non l’Europe, qui ait maintenant pris la deuxième place dans l’espace!

          1. Absolument, les deux échecs des sondes européennes qui n’ont pu atterrir dur Mars doivent nous servir d’avertissement.

      2. On peut discuter sur la définition des termes, mais si Mir a bel et bien été la première véritable station spatiale aux sens où nous l’entendons aujourd’hui, ce n’est pas vraiment le cas ni de Saliout, ni de Skylab d’ailleurs.

    2. Sans vouloir entrer dans une autre guerre des étoiles – il y en a déjà bien assez! -, ce sont aussi les Russes qui ont envoyé le premier satellite dans l’espace avec Spoutnik !. Un demi-siècle après, j’ai encore dans les oreilles son « bip bip », que nous écoutions en famille, assis devant notre bon vieux poste de radio Pathé-Philip, en octobre 1957.

      Ce satellite, pas plus gros qu’un ballon de football, pesait quelques 83 kilos. Nous avons pu l’entendre pendant une semaine et il a continué à tourner autour de la Terre pendant trois mois avant de se désintégrer dans l’atmosphère. Le mois suivant, nous avons entendu aboyer la première chienne de l’espace, Leika, à bord de Spoutnik 2. Elle était citoyenne soviétique (était-elle Inscrite au PC, avait-elle lu « Das Kapital » ou pas, je l’ignore). Le 12 avril 1961, Iuri Gagarine, premier homme dans l’espace, a tourné une fois autour de la Terre pendant 1 h 48. Il était aussi Russe. Le 16 juin 1963, Valentina Terechkova décolle de Baïkonour à bord de Vostok 6 et gravite autour de la Terre pendant trois jours. Première femme dans l’espace, elle est Russe, elle également.

      Tout ceci aurait-il une quelconque importance si ces « premières » n’avaient été le résultat de la course à l’espace entre Russes et Américains dans le contexte de la guerre froide? Dès son lancement, Spoutnik 1 avait donné le ton: « Ce lancement doit beaucoup à la volonté d’un homme, Sergueï Korolev, le père du programme spatial soviétique », lit-on sur le site de la RTS le 7 avril 2021. « Spoutnik était un projet très audacieux conçu par des scientifiques passionnés avec à leur tête Korolev, qui persuada des autorités soviétiques alors perplexes d’ouvrir la grande page de l’ère spatiale. »

      Mais les politiques voyaient les chose d’un tout autre oeil. Toujours selon la RTS, « Le premier satellite est issu d’un programme totalement différent, significatif de cette période de Guerre froide: la mise au point d’une fusée capable de frapper les Etats-Unis avec une bombe à hydrogène. Le missile balistique R-7 construit pour emporter cette charge était « beaucoup plus puissant que tout ce que les Américains avaient à leur disposition », souligne l’ancien ingénieur spatial et cosmonaute russe Georgi Gretchko, 76 ans. Ses performances hors norme pour l’époque en faisaient un véhicule parfait pour mettre un engin en orbite, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. […] Sans la menace d’une guerre nucléaire avec les Etats-Unis, Spoutnik aurait probablement décollé beaucoup plus tard. « La raison clé de l’apparition de Spoutnik c’était l’atmosphère de guerre froide et notre course contre les Américains », souligne Boris Chertok. « Le missile militaire était notre principale réoccupation à ce moment-là. » (RTS, 7 avril 2021, « Il y a 50 ans, l’URSS lançait le Spoutnik » – https://www.rts.ch/info/sciences-tech/1157260-il-y-a-50-ans-lurss-lancait-le-spoutnik.html).

      Ce que les générations d’après 1989 n’ont pas connu, c’est ce poids permanent de la menace d’une conflagration nucléaire totale qui pesait sur chaque tête et a régné pendant toute cette période, dont monsieur Haldi et sans doute aussi monsieur Brisson se souviennent très bien, j’en suis sûr. Si cette entreprise n’avait été motivée que par la passion et l’enthousiasme de ses initiateurs, comme Korolev, à seules fins scientifiques, qui n’aurait voulu partager leur incroyable aventure? Mais dès que la politique s’en est mêlée et a détourné leur travail à des fins militaires, l’enthousiasme et la passion sont retombés comme un soufflé trop cuit.

      L’exploration spatiale est-elle indissociable de ses implications militaires? Les principales industries aérospatiales américaines sont étroitement liées au Département américain de la Défense et le Centre de Communications Spatiales Longues Distances de Goldstone (Goldstone observatry), qui assure les communications et le suivi des missions spatiales, est installé à quelques 60 kilomètres au nord de Barstow, dans le désert Mohave.en Californie, sur une base militaire.

      Le secteur militaire n’est-il pas un bon moyen pour les entreprises du secteur aérospatial de faire financer leur R&D par les fonds publics? En Europe en 2002, les fonds publics ont financé 44 % de la R&D du secteur aéronautique global mais 62 % du secteur aéronautique spécialement militaire (voir l’article « Secteur aéronautique et spatial » de Wikipedia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Secteur_a%C3%A9ronautique_et_spatial#A%C3%A9rospatial_et_D%C3%A9fense).

      Comme ils sont loin, les premiers « bip bip » de Spoutnik et les aboiements de Laïka…

      1. Au sujet du risque nucléaire, ma génération se souvient très bien de 1983 entre Reagan et Andropov, après qu’un avion de ligne fut abattu par l’URSS ainsi que la série télévisée « The day after » avec Jane Fonda. En 1989, il n’y avait que 5 puissances mondiales (celles du conseil de sécurité) qui possédaient l’arme nucléaire. Maintenant on doit rajouter la Corée du Nord, Israël, l’Inde et le Pakistan et peut être l’Iran dans le futur si les américains ne négocient pas bien. Avec la prolifération, nous n’avons pas gagné au change en terme de risque de guerre nucléaire…

        1. En même temps, je ne trouvais pas nécessairement plus « agréable » d’avoir 5 puissances à avoir l’arme nucléaire et à se croire ainsi en mesure d’imposer leur leadership aux autres! De toute façon, toutes les nations citées ne sont quand même pas au même niveau; seules 2 ou 3 ont la capacité de détruire plusieurs fois (!) un adversaire potentiel même possédant lui aussi le « feu nucléaire »
          On peut aussi penser que c’est l’existence de cette arme épouvantable qui nous a préservé d’une 3ème guerre mondiale, un seul pays ayant d’ailleurs jusqu’ici osé utiliser cette arme contre une puissance ennemie (et sur des civils en plus!).

          1. En effet, c’est ce qu’on appelait alors l’équilibre de la Terreur. Par chance, docteur Folamour est venu détendre quelque peu l’atmosphère.

            Le pays qui a lâché les deux premières bombes atomiques, d’abord sur Hiroshima, où se trouvait l’état-major de l’armée japonaise, puis sur Nagasaki, ville sans aucun intérêt stratégique, est donc devenu de fait le premier criminel contre l’humanité de l’Histoire. Mais aucun procès ne lui a jamais été intenté.

            Les Alliés ont eu recours au mème genre de procédé par leurs bombardements avec armes conventionnelles des villes allemandes – Berlin, Hamburg, Cologne et surtout Dresde, ville historique qui n’avait aucune importance stratégique, elle non plus. Comme pour Nagasaki, le but était de saper le moral de l’ennemi. Résultat: comme c’était prévisible, il n’a fait que le renforcer.

            Dans la course aux armements atomiques, la Suisse n’était pas en reste avec son propre projet de développement de l’arme nucléaire. Dans les volumes des Documents Diplomatiques Suisses, on trouve en effet des pièces importantes sur la genèse du projet atomique, à commencer par la lettre envoyée par le colonel Hans Frick au conseiller fédéral Karl Kobelt, chef du Département militaire fédéral (DMF), le 15 août 1945, immédiatement après les premières explosions atomiques d’Hiroshima et Nagasaki, pour demander que l’on étudie sans tarder la possibilité d’utiliser l’arme atomique pour la défense de la Suisse. En novembre 1945, le Conseil fédéral avait autorisé la création d’une Commission d’étude pour l’énergie atomique – composée de scientifiques et de représentants de l’armée et présidée par le Prof. Paul Scherrer, de l’EPFZ –, qui reçut en février 1946 des directives du chef du DMF, afin d’étudier les possibilités d’emploi de l’énergie atomique pour des objectifs militaires (Mauro Cerutti, « Neutralité et sécurité: le projet atomique suisse » – https://www.dodis.ch/res/doc/QdD1-Cerutti.PDF).

    3. Tout-à-fait d’accord avec vous, on oublie trop souvent que ce sont des EUROPEENS qui sont à la base de tous les succès spatiaux, du premier satellite artificiel au débarquement sur la Lune en 1969 (les Russes étant européens, et von Braun, même tardivement naturalisé américain, aussi !). Etant plus âgé que vous, c’est dès les tout débuts de l’astronautique que, dans mon adolescence, je me suis passionné pour les exploits soviétiques. Si vous ne l’avez pas vécu, vous ne pouvez imaginer la sensation qu’a été à l’époque pour ma génération la mise en orbite du premier Spoutnik, puis ensuite la chienne Laïka, Gagarine, Leonov et sa sortie dans l’espace (qui a failli lui être fatale d’ailleurs), etc. Les réussites américaines, venant après celles des Soviétiques jusqu’au succès du programme Apollo et étant plus attendues, nous impressionnaient moins et ne nous inspiraient pas la même émotion.

      1. Absolument. L’échec de la proposition Mitterrandienne le 31 décembre 1989 d’une CONFÉDÉRATION EUROPÉENNE des pays libres, reprenant l’idée Gaullienne de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural » est désolante. L’Agence Spatiale Européenne ESA est un bon exemple de coopération européenne au-delà des frontières de l’Union Européenne (la Suisse, rappelons nous étant membre de l’ESA) mais la coopération avec nos amis russes, proches culturellement (surtout pour la francophonie) n’est pas claire. Poutine, issu de la pro-européenne St-Petersbourg de Pierre le Grand, parle clairement de partenariat avec l’Europe. Allons-nous y répondre ?

        1. Le 25 mai 2018 à Saint Pétersbourg, dans un débat lors du Forum d’Affaires (SPIEF 2018), le président Macron énonce incidemment, comme une évidence, que « L’Europe va de l’Atlantique à l’Oural » . Le président du patronat russe, Alexandre Chokhine, lui coupe la parole pour rétorquer instinctivement : « non, l’Europe c’est de Lisbonne à Vladivostok! ». Le président Poutine approuve pleinement cette répartie en confessant qu’il a été pris de court et qu’il allait faire la même réponse.

          « L’Asie… Elle commence au-delà de l’Oural, mince barrière de collines qui sépare deux continents. Première surprise : d’Ekaterinbourg à Vladivostok, sur des milliers de kilomètres, et à part l’enclave de la Bouriatie, la Sibérie est peuplée non d’Asiatiques mais d’Européens, descendants des colons russes. Haute taille, port droit, regard clair, physique de pionniers, de marcheurs, de bûcherons. L’Europe s’étend “de l’Atlantique à l’Oural” disait de Gaulle : il n’avait pas pris la peine de réviser la convention des géographes. L’Europe, en réalité, s’étire continûment jusqu’aux rives du Pacifique », écrit Dominique Fernandez, écrivain, membre de l’Académie française dans « Transsibérien » (Grasset).

          En été 1974, en voyage de recherches sur mes origines familiales, j’ai pris le transsibérien en sens inverse, de Nakhodka, port commercial voisin de Vladivostok, alors cité interdite aux étrangers et principale base navale de l’ex-flotte soviétique en Extrême-Orient, à destination de Moscou. A Khabarovsk, dernière grande ville de la Sibérie orientale, où je croyais rencontrer un Kalmouk aux yeux bridés et vêtu d’une pelisse en peau de yack à chaque coin de rue, je me suis trouvé en réalité dans une très grande ville moderne aux allures en tous points européennes sur la rive nord du fleuve Amour et n’y ai rencontré pendant mes deux jours de halte que des visages de type européen et aux moeurs qui ne se démarquaient en rien des nôtres, la langue mise à part. De même à Irkoutsk, ville où mes ancêtres paternels, d’origine finnoise et suédoise, s’étaient établis sous Pierre le Grand et où je pensais tomber sur Michel Strogoff à la poursuite d’une horde Tatare. Et ceci jusqu’au terme du voyage: Moscou, ville natale de ma mère, d’origine balte. Sur les huit fuseaux horaires que couvre le territoire russe, je n’ai pas croisé un seul(e) habitant(e) de type oriental.

          L’acteur russo-américain Yul Bryner, né à Vladivostok d’un père mongol et d’une mère russe – qui ne se souvient de son interprétation magistrale du rôle de Michel Strogoff au cinéma? – et dont la fille Barbara a été l’une de mes élèves, était bien plus oriental que moi.

          1. Merci de votre témoignage poignant. L’Europe de Lisbonne à Vladivostok, donc. Il est vrai que de l’URSS au-delà de l’Oural, je n’ai connu que le Kazakhstan (base de lancement des fusées russes), qui lui est fortement ancré dans l’Asie même si la minorité Russe y est importante.

          2. Petit rectificatif: la fille de Yul Bryner s’appelle en réalité Victoria (et non Barbara). Si elle me lisait, mon ancienne élève ne me pardonnerait pas cette… barbarie.

            A Monsieur François Donneur:

            Un grand merci pour votre aimable réponse. Bien sûr, la Sibérie « réelle » existe, comme vous avez pu le constater pendant votre séjour au Khazakstan. Les voyageurs étrangers ne voient du plus vaste pays du monde que ce que l’Intourist veut bien leur laisser voir. Et pour un descendant d’émigrés russes, désireux de découvrir la terre de ses ancêtres, traverser l’ex-URSS en 1974, au pic de la guerre dite froide, n’allait pas de soi.

            J’ai toujours été étonné qu’Américains et Russes n’aient jamais pu surmonter leur méfiance réciproque, alors que peu de peuples se ressemblent autant: mêmes grands espaces à peupler et à développer, même histoire d’expansion territoriale grâce au chemin de fer aux Etats-Unis, au XIXe siècle, et au Transsibérien pour le développement du « Far East » russe à la même période, même esprit entrepreneur, pionnier et bâtisseur.

            La recherche spatiale ne montre-t-elle pas qu’ils sont pourtant tout à fait capables de coopérer, plutôt que de s’affronter?

            La Russie n’a-t-elle pas été la première à s’établir sur la côte ouest des Etats-Unis, de l’Alaska à San Francisco, bien avant Espagnols, Français et Anglais? Au cours de mes recherches, j’ai appris que deux de mes ancêtres, officiers de marine, avaient pris part à une intervention peu connue, car occultée par les manuels d’histoire, des flottes russes du Pacifique et de l’Atlantique pendant la guerre de Sécession, en soutien aux Etats du Nord. Tandis que la flotte russe du Pacifique venait au secours des habitants de San Francisco, menacés sur terre et sur mer par les forces confédérées, celle de l’Atlantique bloquait les ports sudistes pour les empêcher d’être ravitaillés par leurs alliés anglais et français. Cet épisode ignoré par l’histoire officielle a été décrit (pour l’intervention russe à San Francisco) par l’officier de marine américain C. Douglas Kroll dans son livre « Friends in Peace and War: The Russian Navy’s Landmark Visit to Civil War San Francisco », paru en 2007.

            J’ai évoqué ces expéditions et leur contexte historique dans un livre auto-publié, mi-essai, mi-fiction, paru en 2018 et le tiens gratuitement à disposition, à des fins non commerciales, d’enseignement et de recherche, pour quiconque pourrait s’y intéresser.

            Cordialement,

            aldn

  8. Merci à vous pour cet article aussi interressant techniquement que d’un point de vue Politique…
    Je suis l’entreprise SpaceX et la montée en puisance du Starship depuis plusieurs années, et honnetement, c’est un des article les plus pertinents qu’on ait pu lire sur le sujet.
    Encore une fois, merci à vous.

  9. Les poissons dormeurs pourraient nous aider à aller sur Mars !
    Les humains ont 70% de code génétique commun avec le poisson zèbre, et il a été démontré qu’un état de dormance chez les poissons zèbres les protègent efficacement des radiations… Si on pouvait induire le même état chez l’homme, le métabolisme pourrait facilement voyager vers Mars, Jupiter ou Saturne.

  10. Détail amusant : si on prend uniquement les bases de lancement des puissances spatiales russes et de l’ESA pour déterminer la nationalité de la puissance spatiale, alors au lieu d’être russe et européenne , Baikonur est Kazakhe et asiatique tandis que Kourou est Guyanaise et sud-américaine…

  11. Merci à Ln. Il n’y a que DEUX pays européens qui ont soutenu officiellement l’Union des États-Unis de Lincoln pendant la guerre : la Russie (avec sa formidable flotte)… et la Suisse. De quoi se le rappeller pour les, futures coopération spatiales…

    1. Merci aLdn (pardon d’avoir mal écrit votre pseudo). Avec mon Tinnitus, des fois j’ai du mal à me concentrer avec ce bruit intérieur énervant : c’est comme vivre avec un mini tambour dans l’oreille…

      1. Ce fut un jeu de mot… car on a tous des tambours des les oreilles… Certains se dérèglent..

  12. Bonjour,
    J’ai lu cet article avec grand intérêt étant donné que je suis un pro-Starship et j’espère sincèrement la réussite d’Elon Musk

    Je conseille deux séries et un roman qui pourront intéresser certains d’entre vous

    Série 1 : For all Mankind (actuellement 2 saisons de 10 épisodes chaque )

    synopsis : Dans cette uchronie, le cosmonaute Alexeï Leonov marche sur la Lune avant le premier Américain, ce qui pousse les États-Unis à tenter de rattraper l’Union soviétique par tous les moyens et sur tous les plans. Or, les Soviétiques mettent un point d’honneur à envoyer une femme dans les missions suivantes. Pour ne pas demeurer en reste, les États-Unis sont poussés à entraîner femmes et minorités qu’ils avaient exclues dans les premières décennies de la conquête spatiale.

    Série 2 : Mars ( docu-fiction ) ( Actuellement 2 saisons de 6 épisodes )

    Synopsis : En 2033, un équipage de six astronautes décolle à bord du vaisseau Daedalus en direction de la planète Mars, afin de devenir les premiers à poser le pied sur la planète rouge.

    En parallèle de la fiction, des reportages réalisés en 2016 sont diffusés. Les difficultés d’un voyage vers Mars sont présentées par des scientifiques et ingénieurs, notamment Elon Musk, Andy Weir, Robert Zubrin, et Neil deGrasse Tyson.

    Roman : La Trilogie de Mars (Kim Stanley Robinson ) certes c’est une brique de plus de 1500 pages mais cela se lit tout seul 🙂 – un des points centraux de cette excellente trilogie est le combat entre les pros-terraformation et ceux qui veulent préserver Mars la rouge

    Synopsis : Demain. Cent pionniers s’envolent pour Mars. Ils devront l’explorer, survivre sur cette planète usée et hostile. Si l’homme ne peut s’y adapter, il faudra adapter Mars à l’homme : créer l’atmosphère, bâtir les cités, transformer les déserts en prairies, la glace en océans. Par-delà les difficultés ou les conflits idéologiques, c’est un monde nouveau que l’on invente. Jusqu’à l’émancipation de la tutelle d’une Terre de moins en moins souveraine.

    Bon divertissement

    1. La trilogie des « Mars » de Sanley Robinson a déjà été évoquée de nombreuses fois ici. Elle est certes très divertissante à lire mais, pour les raisons plusieurs fois expliquées sur ce blog, pas très réaliste (l’idée de chercher à terraformer Mars est une illusion, qui n’a aucune chance de se réaliser).
      En matière de littérature, je préfère de loin les romans de Ben Bova « Mars », « Return to Mars », « Mars Life »; beaucoup plus réalistes et, donc, intéressants.

      1. Oui, un très grand écrivain Ben Bova, malheureusement décédé en 2020 du Covid19. Son dernier livre à paraître, en août 2021, clôt l’exploration imaginaire habitée du système solaire en se focalisant sur la dernière planète, Neptune…

      2. Oui tout à fait; la trilogie martienne est avant tout distrayante par contre , je me suis un peu ennuyé avec Ben Nova. A choisir je préfère Andy Weir – Seul sur mars (le film n’est pas mal non plus)

        1. Attention le roman d’Andy Weir (et le film) commence par une erreur magistrale, celle de la destruction de la base par une tempête. Cette destruction est impossible même avec un vent de 300 km/h, compte tenu de la très faible densité de l’air (ressenti probable de l’ordre de 30 km/h). Par ailleurs la culture de pommes de terre sur un sol couvert de perchlorates (même enrichi d’excrements humains) me semble un doux rêve…et j’en passe!

          1. Une tornade martienne est une douce brise de printemps sur Terre; oui; c’est bien connu.
            Pour ce qui est du sol; une fois que l’on aura récupéré les échantillons prélevés par Perseverance, nous aurons une meilleure idée de sa composition exacte et comment éventuellement neutraliser la toxicité du sol et l’enrichir ou pour transformer le régolite en matériaux de base pour la construction (entre autre)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

Abonnez-vous à ce blog par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par e-mail.

Rejoignez les 88 autres abonnés