EXPLORATION SPATIALE - LE BLOG DE PIERRE BRISSON

En Août 2022, un « final report » a été remis par un groupe international de chercheurs* pour le compte de plusieurs agences spatiales**, pour réaliser la cartographie et la caractérisation des gisements de glace d’eau facilement accessibles sur Mars (de 0 à 10 mètres en profondeur) ainsi que leur couverture (rochers ou régolithe). Le projet connu comme « International Mars Ice Mapper Measurement Project » (« I-MIM ») a fait l’objet d’une présentation en session plénière à la Convention 2022 de la Mars Society américaine (samedi 22 octobre), par l’un de ces chercheurs, le Dr. Stefano Nerozzi (Lunar and Planetary Laboratory, University of Arizona). Il est prévu pour ce travail de recherche, d’utiliser des moyens robotiques compatibles avec les technologies aujourd’hui disponibles, principalement un orbiteur avec radar. Une mission ayant cet objet pourrait partir pour Mars avant la fin de cette décennie. Elle ne semble pas si difficile à réaliser en termes de masse et de volume et même d’instruments. Elle aura clairement pour objectif de préparer un séjour de longue durée de l’homme sur Mars. Il faut donc souhaiter fortement que les Agences (dont bien sûr la NASA) lui allouent les crédits nécessaires.

*une soixantaine, dont le Professeur Nick Thomas de l’Université de Bern et Valentin Bickel de l’ETHZ, aucun représentant d’université française.  

**Canada, Italie, Japon, Pays-Bas, Etats-Unis

Il n’est pas question de vérifier encore une fois qu’il y a eu de l’eau liquide sur Mars et qu’il y a encore de la glace d’eau dans le sous-sol immédiat (en dehors des pôles, bien sûr). Ceci on le sait depuis longtemps. Il n’est pas question non plus de rechercher l’eau profondément enfouie dans la croûte de la planète. On sait qu’elle existe et le savoir présente un intérêt pour comprendre l’histoire géologique de Mars, qui est exploité par ailleurs. Cette fois-ci les chercheurs se sont orientés sur l’utilisation que les hommes pourront faire de cette eau pour en vivre. D’ailleurs, les régions qui doivent être explorées sont les latitudes basses et moyennes, c’est-à-dire celles où l’on envisage d’atterrir (il est exclu de monter trop haut en latitude pour que les conditions hivernales soient acceptables tant en besoin de chauffage que d’énergie solaire captable continument).

Pour affiner le concept de mission, définir les données à recueillir et les moyens de le faire, les Agences ont constitué une « équipe de définition des mesures », « MDT » (pour « Measurement Definition Team »). Cette MDT a remis son rapport (le « final-report » mentionné ci-dessus) en août 2022 précisant les buts et objectifs de la mission ainsi que sa charge utile principale, un radar polarimétrique à synthèse d’ouverture (SAR), hybride, observant verticalement (Nadir), avec polarisation circulaire à l’émission (angle 40 à 45°, zone couverte d’une trentaine de km de large) et bilatérale linéaire à la réception. La polarimétrie permet la spectrométrie donc l’analyse chimique de la surface réfléchie par les ondes. Ce radar scrutera le sol dans la bande « L » du spectre électromagnétique (930 gigahertz), cette longueur d’onde étant la plus sensible pour détecter et évaluer l’humidité concentrée dans le sol. Le radar (fourni par l’agence italienne – ASI, fonctionnant sur une structure – « bus » – de l’agence japonaise – JAXA) fonctionnera avec une antenne dotée d’un grand réflecteur déployable, (LDR, « Large Deployable Reflector ») d’un diamètre de 6 mètres (voir ci-dessous). Il aura ainsi une capacité de définition bien meilleure que les autres radars déjà envoyés autour de Mars.

Le MDT émet aussi ses recommandations sur les opérations à effectuer pour tirer profit de la découverte des gisements.

Il ne s’agira pas seulement de constater la présence de glace ou les propriétés du manteau rocheux la recouvrant mais aussi d’évaluer si la zone pourra supporter des opérations de surface (notamment l’extraction) ; à quelle profondeur se trouve le socle sous-jacent ; quelle sera la science que l’on pourra effectuer à l’aide de ces gisements. On attend ainsi du radar qu’il puisse donner une image en 3D des gisements et évaluer la pureté de l’eau et ses autres caractéristiques. Rappelons que la surface de Mars est couverte de sels de perchlorates et que l’eau à partir de laquelle la glace s’est formée était très salée (perchlorates et autres) suite à une très forte évaporation/sublimation sur une période très longue. Par ailleurs dans les premiers mètres, il a pu y avoir sublimation par tous les interstices le permettant et il peut donc y avoir beaucoup d’impuretés dans la glace la plus superficielle.

L’orbiteur porteur du radar pourrait arriver vers 2030 et faire ses observations à l’altitude de 255 Km (orbite circulaire) pendant une année martienne (690 jours). Il aura bien sûr une orbite polaire afin de couvrir progressivement toute la surface de la planète. NB : pour comparaison l’ISS évolue autour de la Terre entre 330 et 420 km.

Pendant les premiers 10 mois (période dite de « reconnaissance »), il fera une couverture exhaustive de la surface utile de la planète délimitée par une latitude Nord et une latitude Sud maximum, avec une définition de 30 mètres au sol. Ensuite il reviendra sur les zones les plus intéressantes pour effectuer une étude aussi précise que possible (« detailed characterization ») avec une résolution horizontale de 3 à 30 mètres et une résolution verticale de moins d’un mètre sur plus de 6 mètres de profondeur. C’est nettement supérieur à ce qu’on a pu faire auparavant (la résolution verticale de SHARAD – NASA, à bord de l’orbiteur MRO – est de 8 à 15 mètres, celle de MARSIS – ESA à bord de l’orbiteur Mars Express – de 150 mètres).

Il embarquera des équipements complémentaires, « en synergie », qui pourront profiter du transport et contribuer à l’amélioration de la capacité de la mission à remplir ses objectifs (toujours avec en vue le séjour/établissement de l’homme sur Mars) ou aller un peu plus loin.

Ainsi un sondeur VHF (à très haute fréquence) pourra combler le « gap » entre la zone de précision du radar SAR (celui qui sera embarqué) et la couche qui est actuellement observable par les radars SHARAD ou MARSIS. Le premier évolue entre 250 et 316 km et le second entre 800 à 1200 km de la surface (ce dernier est donc beaucoup moins précis, et SHARAD un peu moins). Pour SHARAD, la couche aveugle est d’une vingtaine de mètres (et il sonde le sol jusqu’à un km de profondeur). La couche aveugle de l’autre radar, MARSIS est un peu plus importante mais sa pénétration peut descendre jusqu’à – 5 km. Le VHF couvrira donc au-delà du SAR, toute la zone exploitable et la zone sous-jacente.

Un imageur à haute résolution (25 cm/pixel) embarqué à bord de la mission I-MIM pourrait par ailleurs permettre de visualiser les sites observés par le radar et aussi les sites visibles directement tels que les cratères récents contenant de la glace d’eau (comme les deux que le sismomètre SEIS de la sonde InSight vient de nous révéler) ou tel que les falaises de glace (« scarps » en Anglais ; on en a déjà identifiée certaines). Sa vision bilatérale (stéréo) pourrait aussi permettre d’affiner la carte topographique MOLA précédemment établie. A noter que la puissance de discernement de la caméra la plus performante actuelle, HiRISE de la NASA (à bord de l’orbiteur MRO), est de 30 cm/pixel et que nous aurons donc une définition un peu améliorée.

Bien entendu les équipements embarqués pourraient aussi collecter des données utiles à d’autres recherches : études géologiques en général (stratigraphie) ; meilleures compréhension des interactions entre atmosphère et surface ; système des vents et leurs effets sur la température ou sur la circulation d’éléments qu’ils peuvent porter (poussière, vapeur d’eau) ; étude de l’ampleur des aurores boréales (pour détecter les champs magnétiques résiduels) ; repérage des sites favorables à l’habitabilité ou à de possibles réactions prébiotiques (outre les gisements de glace, les vides sous la surface correspondant à des cavernes ou les points humides).

Ces études doivent déboucher sur des propositions de sites sur lesquels une implantation humaine pourra être envisagée (quantité de glace adéquate et accessibilité de cette glace notamment sous régolithe et non sous rochers massifs). On recherchera bien sûr un site le plus au Sud possible, dans la zone intertropicale.

L’un des effets annexes de la mission pourrait être l’installation en orbite d’un relai de communication à très forte capacité évoluant de concert avec l’orbiteur I-MIM en très haute altitude (voir illustration de titre). En effet les données recueillies par ce dernier pourraient être très importantes en volume et non transmissibles constamment en direct depuis l’orbiteur. Ce relai pourrait également servir à d’autres missions.

Ce qui manque maintenant c’est le financement et bien sûr, rien n’est gagné. Tout dépendra d’une décision politique, ce qui sera recommandé par la communauté scientifique américaine dans son ensemble et ce qui sera décidé par le Congrès des Etats-Unis. C’est cependant à ma connaissance le projet scientifique (et non seulement ingénieurial) auquel la NASA participe qui soit la plus forte contribution à la concrétisation au projet de l’homme sur Mars (même s’il est bien précisé que la motivation sera la recherche scientifique et non le développement d’une nouvelle branche de l’humanité en dehors de la Terre). Cela pourrait profiter à Mars par rapport à la Lune. En effet, pour l’avenir de l’habitabilité de la planète, l’abondance d’eau accessible est ce qui fera l’une des différences essentielles avec cette dernière (en plus d’une atmosphère non négligeable, de journées de 24h39, d’une gravité plus forte).

On peut remarquer enfin l’absence d’implication de l’ESA, toujours pudiquement en retrait quand il s’agit de missions habitées.

Illustration de titre : évolution dans l’espace proche de Mars, de l’orbiteur I-MIM avec son radar (l’ombrelle) envoyant les données reçues vers son relai de communication vers la Terre, situé sur une orbite plus élevée. vue d’artiste. Crédit NASA.

Lien :

https://science.nasa.gov/science-pink/s3fs-public/atoms/files/I-MIM_MDT_Final_Report_24_Aug_2022_exec_sum2.pdf

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Index L’appel de Mars 22 10 22

17 réponses

  1. Bonjour Pierre, d’ailleurs comme nous le voyons déjà de la glace existe au niveau de l’équateur. Le cratère d’impact, formé le 24 décembre 2021 par un météoroïde dans la région d’Amazonis Planitia sur Mars, mesure environ 150 mètres de diamètre, comme le montre cette image annotée prise par l’expérience scientifique d’imagerie haute résolution (HiRISE caméra) à bord du Mars Reconnaissance Orbiter de la NASA. Elle montre d’énormes bloques de glace bien blanche ont été projetés sur les bord du cratère. Des projections de matière l’on été sur plusieurs km du centre de l’impact.

    1. Oui Jean-Philippe; j’ai bien sûr pensé à la percussion de cette météorite (comme mentionné dans mon article). En fait il y a de la glace un peu partout dans le sol de Mars. Le but de cette mission est d’en faire un inventaire systématique et plus précis que jamais de telle sorte de choisir le meilleur site pour la première mission habitée. C’est une démarche très rationnelle qui permettra la meilleure préparation possible.

  2. Merci pour cet article qui nous laisse espérer un voyage habité vers Mars dans le demi-siècle à venir.

    Mais il me vient une question technique : s’il est facile sur Terre de récolter de l’eau liquide dans nos différentes pièces d’eau ou d’en pomper depuis des puits parfois assez profonds, grâce à la pression atmosphérique. C’est aussi aisé de faire fondre de la glace ou de la neige, car les deux sont abondants en de nombreux endroits de la surface de notre globe.

    Quelles solutions sont envisagées par nos ingénieurs en hydraulique pour récolter l’eau martienne, qu’elle soit liquide, solide ou atmosphérique ?

    1. Merci de votre commentaire qui pose une question intéressante. Cependant cette question ne me semble pas encore dans l’objet de l’I-MIM qui est « simplement » l’étude la plus précise possible des gisements de glace sur Mars.
      .
      Ceci dit, je pense personnellement que l’extraction se fera plutôt comme celle du charbon, avec concassage de la glace sur site, dépôt dans des containers évidemment bien fermés pour éviter la sublimation puis déchargement dans des locaux pressurisés (mais pas forcément viabilisés avec de l’oxygène) où l’on procédera à la liquéfaction et à la purification (peut-être décantation puis évaporation et condensation).
      L’extraction par chauffage pour transporter l’eau sous forme liquide me semble en effet poser d’avantage de problèmes. Il faudrait projeter de la chaleur dans le sol, puis pomper l’eau car l’eau environnante restée sous forme de glace ne pourrait générer aucune pression sur l’eau liquéfiée. Ensuite il faudrait chauffer les containers qui seraient naturellement glacés compte tenu de l’environnement. Puis encore les chauffer pour les vider une fois parvenus dans un environnement pressurisé. Pour résumer beaucoup de dépense d’énergie (mais bien sûr il faudra faire des calculs comparatifs).
      .
      Je reprends donc l’hypothèse de l’extraction sous forme solide. Bien sûr, une fois l’accès au gisement ouvert, il faudra protéger le front de glace contre la sublimation. Comme il y aura une couverture existante naturelle de régolithe, pas de problème de ce côté là mais l’accès au gisement devra se faire par un cheminement qui devra être fermé sauf pendant l’accès des chariots vides puis l’évacuation des mêmes une fois chargés. L’eau sera précieuse et il ne faudra pas la laisser perdre. Du fait de l’extraction, l’environnement sera bien sûr fragilisé et il faudra systématiquement étayer lors de la progression d’autant qu’on recherchera les gisements les moins profonds.

  3. Il y a de l’eau dans le sous-sol de mars. Il y a des séismes aussi sur cette planète, donc une certaine énergie dans le sol quelle que soit son origine (glissement de roches ou reste de noyau chaud), peut-être de la chaleur capable de maintenir liquide de l’eau à une certaine profondeur. Est-ce inconcevable? Dès lors pourquoi ne pas forer comme on fait sur la terre pour sortir directement de l’eau liquide, surtout si ces ressources se trouvent à la verticale de l’endroit choisi pour s’établir? Il faudra emmener du matériel de forage évidemment. Il est nécessaire de penser à tout à l’avance mais il ne faut pas exclure de bonnes surprises.

    1. Désolé Martin mais trouver de l’eau liquide sur Mars à faible profondeur (I-MIM va rechercher l’eau à moins de 10 mètres) est quasiment impossible. Il faudrait sans doute descendre à quelques 3 km.
      En effet le sol de Mars est gelé partout sur une grande profondeur (pergelisol) car le gradient de température est très raide (la croûte de Mars est très épaisse).
      Si l’on peut trouver de l’eau liquide en surface, c’est seulement en superficie lorsque le Soleil relève la température de l’atmosphère au-dessus de zéro. Cela ne peut représenter que de très petites quantités car le point d’ébullition de l’eau est extrêmement proche de celui de congélation et il y a sublimation. Donc ces petites quantités disparaissent pratiquement dès qu’elles sont exposées.
      On peut espérer trouver quelques points chauds dans les régions volcaniques mais ce sera exceptionnel.

  4. Pour exploiter les glaces martiennes et les rendre disponibles aux futurs astronautes, il faudra amener des équipements bien plus conséquents que de simples rovers d’une tonne , mais du matériel lourd en dizaines de tonnes , alors qu’aucune fusée n’est prête actuellement et que l’atterrissage sur Mars pour des masses imposantes ne connait pas encore de solutions validées !
    L’autre problème est que la zone d’atterrissage d’une mission habitée ne sera probablement pas juste à côté du réservoir d’eau martienne et qu’il faudra parcourir des centaines de km pour y accéder …
    Il faut compter environ 10 tonnes d’eau par personne pour une mission de presque 3 ans , alors il sera plus facile de déposer un réservoir d’eau terrestre avant l’arriver de la première mission de manière à assurer cette ressource vitale avant de compter sur les ressources locales et l’avoir à portée de main sur même zone d’atterrissage , comme de toute manière des équipements seront également nécessaires pour la survie des astronautes … De cette manière , on pourra optimiser le lieu d’atterrissage sans se préoccuper de la source d’eau locale …
    Ce n’est que dans un deuxième temps que les ressources de la planète rouge pourront être exploitées … pour autant que toutes les missions précédentes auront été couronnées de succès …
    Ne pas mettre la charrue avant les boeufs …

    1. Non Monsieur Giot, vous ne vous mettez pas en situation.
      1) On ne va pas apporter de l’eau sur Mars et donc utiliser pour ce faire un volume rare et une capacité d’emport réduite, alors qu’on pourra en trouver sur place (c’est d’ailleurs le raisonnement que fait la NASA).
      2) Il est absurde de compter 10 tonnes d’eau par personnes pour une mission de 3 ans car il est évident que l’on va largement recycler l’eau utilisée (on le fait déjà dans l’ISS).
      3) Si l’on recherche exactement où se trouve la glace d’eau martienne sur toute la surface du globe, c’est que l’on veut identifier le gisement le plus intéressant, afin de se poser juste à côté. On sait maintenant se poser dans une ellipse d’atterrissage extrêmement réduite. Perseverance après Curiosity l’ont bien prouvé.
      4) Bien sûr que l’on va apporter sur Mars des équipements lourds ! Je me situe toujours dans l’hypothèse d’un vaisseau spatial du type Starship qui pourra emporter 100 tonnes utiles. Il faudra évidemment attendre ce type de vaisseau pour mener une mission habitée. Personne n’envisage d’utiliser une capsule de type Orion ou Dragon pour ce faire.
      5) un tunnelier (ou une machine d’excavation) sera un équipement très utile, non seulement pour accéder à la glace d’eau mais aussi pour aménager une cavité qui pourra servir d’abri anti-radiations, anti-météorites, et d’habitat.
      6) lors de la toute première mission, on pourra sans doute extraire de la glace d’eau sans trop se soucier de la sublimation car on pourra se permettre d’en gâcher. Dans ces conditions, l’extraction pourrait se faire sans trop de précautions et de complications (hypothèse glace accessible identifiée au préalable, à moins de deux mètres de profondeur qui est faite actuellement). On pourrait par exemple miner la glace même superficielle puis recouvrir le site d’extraction avec le régolithe qu’on aura dégager pour procéder à l’extraction, au moyen par exemple d’un bulldozer.
      7) par précaution, le vol comprendra une charge d’eau car elle sera nécessaire pendant le vol de 6 mois pour l’usage des passagers et aussi pour assurer une protection anti-radiations dans le vaisseau mais la masse et le volume de cette eau seront calculés en fonction des capacités d’emport et de recyclage. Comme probablement il y aura des eaux noires, il faudra renouveler une bonne partie de cette eau une fois arrivés sur Mars.
      8) la glace d’eau sera également utilisable pour en extraire de l’hydrogène qui sera utilisée dans la réaction de Sabatier utilisée pour obtenir du méthane et aussi de l’oxygène (dans lequel brulera le méthane) nécessaires au retour sur Terre.
      9) une bonne partie de l’oxygène de l’atmosphère des habitats proviendra de la respiration des spirulines (hypothèse MELiSSA) mais une partie pourrait aussi provenir de l’eau.
      10) Il y aura une mission robotique avant l’envoi des premiers hommes pour apporter des équipements et les tester dans la mesure du possible.

  5. Il est souhaitable de réfléchir et d’étudier mars plus que ce que nous faisons ici. Définir ces missions robotiques, évaluer finement la dangerosité des radiations cosmiques selon l’endroit (sorties facilitées, pôles plus dangereux que l’équateur). Il y a eu des volcans, donc peut-être comme vous l’écrivez reste-t-il des points chauds. Rendent-ils le sol plus facile à forer? Si oui des forages exploratoires profonds effectués par des robots avant l’arrivée des hommes seraient très souhaitables. Des technologies existent pour creuser en Sibérie. A quelle profondeur se trouve la chaleur? Elle serait peut-être utilisable pour une forme de géothermie. Dans les siècles passés, a-t-on observé des éruptions volcaniques? Reste-t-il des tunnels volcaniques de taille suffisante pour offrir un abri aux hommes (question non résolue) ou creuser une grotte sera-t-il nécessaire? Auquel cas il serait mieux que cela soit fait avant l’arrivée d’humains. Ou bien en trouver une creusée par l’eau au temps où celle-ci circulait. Un bon nombre de missions expédiant du matériel et des robots seraient souhaitables pour limiter les dangers qui n’auront pas été prévus. Et il serait bon que les russes et même les chinois collaborent avec l’occident sinon les choses sérieuses devront attendre un bout de temps… plutôt que de jouer à celui qui pisse le plus loin en Ukraine

    1. On peut espérer trouver quelques points chauds dans les zones volcaniques mais comme je l’écrivais, la couche superficielle de Mars est très froide sur une épaisseur importante. Il sera donc difficile d’exploiter le potentiel géothermique de la planète.
      L’un des objets de la mission I-MIM sera de déceler des cavités sous la surface (comme je l’écris d’ailleurs, mais peut-être n’avez-vous pas lu tout mon article). Mais comme il y a très longtemps que l’eau n’a pas coulé sur Mars, il y en a sans doute peu qui résulte du travail de l’eau car elles ont pu se combler avec le temps. Reste les tunnels de lave. Ceux-ci, nous savons qu’ils existent puisqu’on a vu des gouffres qui y mènent et qu’on peu suivre le cheminement de certains depuis l’espace, du fait de leurs effondrements partiels.
      Je ne crois pas trop à la « collaboration internationale ». On a vu ce que ça a donné avec l’ISS : pas grand-chose. Pour qu’un projet soit mené à bien, il faut un leader, ce qui n’exclut pas que ce leader recoure à des fournisseurs partout dans le monde (comme c’est d’ailleurs le cas pour la NASA ou l’ESA).

  6. Je crains que vous ayez malheureusement raison: la collaboration internationale ne se fera pas. Il y aura peut-être une collaboration ESA-NASA pour mettre au point un vaisseau plus grand que le SLS. Ça a marché pour James Webb et l’Europe se sent petite face aux US. Il faudra transférer beaucoup de matériel sur mars avant le grand départ si on veut une réussite et de la sécurité. Ou alors en cas de danger imminent comme l’arrivée d’un météore. Utiliser un orbiteur avec radar: ces appareils ont fait de gros progrès mais peut-être multiplier des hélicoptères de proximité comme ingenuity avec une portée améliorée aurait plus de chances de découvrir des cavernes un peu dissimulées au cours de missions ciblées et nombreuses. Pensez aux difficultés de trouver Lascaux et autres gouffres. On ne peut pas oublier la possibilité de cavernes creusées par l’eau si elles sont dans des roches dures ou situées à l’abri de l’érosion. Pour les forages, je ne sais pas si les exploitations pétrolières en Sibérie travaillaient par moins 70° mais Total avait même une avance sur les russes là-bas. Donc il faut encore beaucoup de préparatifs

    1. Coopération internationale et leadership ne sont pas antinomiques : les programmes Ariane 1 à 5, et même l’ISS dans une large mesure, ont été développés sur ce modèle. Ce qui a surtout manqué à l’ISS est la sincérité des objectifs. Elle a été vendue comme un outil pour la science et l’industrie, alors qu’on voulait en réalité éviter la dislocation des équipes techniques et trouver une application à la navette spatiale. Raconter des histoires assure une certaine popularité mais se paye un jour. Avis d’ailleurs valide pour ceux qui se font aujourd’hui leur publicité par la promotion de vols futuristiques qui enflamment la toile mais dont ils ne démontrent pas la faisabilité …

      Pour ce qui est des voyages vers Mars, ce qui manque est moins un plus grand vaisseau qu’un plus rapide. Tant qu’il faudra 7 mois pour l’aller et 48 pour le retour, on aura du mal à dépasser l’étape papier (ou vidéo de synthèse). Et pas seulement à cause du poids de l’eau à transporter. On fera tout au plus un ou deux voyages symboliques.

      1. Il ne faudra pas 48 mois pour le retour (ni pour l’aller et retour)!
        Une fois sur Mars, après 6 mois de voyage (environ), les hommes embarqués devront y rester 18 mois (environ), pour attendre que les deux planètes se trouvent en position pour un retour de 6 mois (environ).
        On ne peut comparer le séjour sur Mars au séjour à l’intérieur d’un vaisseau spatial.

      2. Monsieur Baland, vous écrivez: « ceux qui se font aujourd’hui leur publicité par la promotion de vols futuristiques qui enflamment la toile mais dont ils ne démontrent pas la faisabilité ». Je vous réponds:
        La démonstration de la faisabilité ne se fait pas en un jour et tant qu’elle n’est pas démontrée, elle est effectivement en cours mais ce n’est pas une raison pour dire qu’elle n’aboutira pas. On n’entreprendrait rien si on était certain à l’avance du résultat de ce qu’on entreprend.
        .
        Cela me fait penser à la suffisance sinon l’arrogance, de certains ingénieurs européens qui, il y a moins de dix ans, se gaussaient du projet d’Elon Musk de récupérer ses lanceurs. Il aurait été préférable pour Arianespace d’entreprendre plutôt une étude de faisabilité sérieuse de cette idée qui a priori leur semblait farfelue. NB: en décembre 21, sur les 100 derniers lancements de SpaceX, 96% des lanceurs avaient été récupérés.

        1. En effet, erreur de saisie de ma part : je voulais dire 24 mois. Ce qui ne change pas le problème, lequel n’est pas que de place disponible dans le vaisseau mais aussi d’énergie nécessaire à bord, de sécurité, d’état des passagers après 6 mois d’apesanteur, et bien sûr de coût. C’est bien la réduction de ce temps qu’il faut viser.

          Nous souhaitons tous le succès de Musk pour la mise au point du Starship. Là où le bât blesse et autorise une critique légitime, c’est quand il parle sans preuve ni confirmation de son prix et de sa capacité de vol habité interplanétaire. Il a eu en effet raison sur la Falcon 9, cela ne signifie qu’il faille toujours le croire.

          Mon commentaire visait de toute façon tout autant Bezos ou les politiciens à l’origine du SLS.

          1. Ce qui compte c’est le travail qui est fait pour la réalisation du projet. Les paroles sont la « mousse » qui l’enveloppe et qui donne de l’espoir donc du courage pour continuer. Il en faut lorsqu’on est à l’extrême pointe de la faisabilité.
            Dans ce cadre, le système « trials and errors » semble excellent pour avancer en forçant à traiter les imprévus ayant échappé au raisonnement théorique.
            Il est déjà remarquable de constater que le prototype de vaisseau « SN15 » a pu voler (décoller, manœuvrer et revenir se poser). Attendons la suite, c’est à dire le test dans l’espace du lanceur SuperHeavy. S’il vole ce sera encore un progrès énorme.
            .
            PS: La « mousse » n’est pas à négliger, ni à rejeter d’emblée (cela s’appellerait « jeter le bébé avec l’eau du bain »). C’est dans ce milieu vague et incertain que naissent les idées, qui deviennent des concepts s’ils tiennent la route et que l’on peut ensuite travailler sérieusement pour en étudier la faisabilité. Pour moi, j’insiste, la faisabilité n’est pas ce qui est réalisable mais ce qu’on espère plus ou moins réalisable. Si la base sur laquelle on se permet d’espérer n’est pas solide, l’étude s’arrête et on reste dans la réalité présente.

  7. Bien entendu avoir un vaisseau très rapide serait souhaitable. Certains y travaillent. On trouvera peut-être un jour un moyen d’arrêter les rayons cosmiques autre que l’eau. On ira sur mars parce que c’est enthousiasmant, parce que c’est vital en prévision de catastrophes sur terre mais il faut étudier plus sérieusement cette planète auparavant sinon cela ne se fera pas dans les meilleures conditions possibles. J’imagine que cela se passera comme pour la lune: quelques voyages dans des conditions abominables (« voyages symboliques »), quelques années de réflexion puis des voyages mieux pensés parce que bénéficiant de l’expérience précédente et qu’on ne pourra pas s’empêcher d’y penser. Mais je crois aussi que la réalité des séjours sur cette planète sera à mille lieues de ce que nous imaginons aujourd’hui ou des « vidéo de synthèse »

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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