Exploration spatiale - le blog de Pierre Brisson

Je vous ai présenté la semaine dernière les cylindres de O’Neill, que l’on pourrait construire avec les matériaux lunaires pour vivre au point de libration L5 de notre système Terre-Lune. Mais on peut envisager de les positionner plus loin, sans beaucoup plus de difficultés dans la zone habitable de notre système solaire ou même dans la Ceinture d’Astéroïdes, sans doute moins facilement beaucoup plus loin à proximité des planètes gazeuses et de leurs lunes, jusqu’à l’orbite de Pluton, et peut-être un jour de les utiliser comme vaisseaux multigénérationnels pour atteindre une étoile voisine.

A chaque étape les problèmes évoluent et sont de plus en plus difficiles à résoudre mais on peut les considérer.

Commençons par le point de libration (Lagrange) L5 de notre système Soleil-Terre, « ST ». Il est situé beaucoup plus loin de la Lune et de la Terre que le point L5 du système Terre-Lune, « TL » (150 millions de km au lieu de 385.000 km). On pourrait cependant toujours envoyer les paquets de régolithe de la Lune à L2 (TL) et les convoyer ensuite, groupés, en L5 (ST) pour être transformés. En effet à partir de L2 (TL) l’accélération nécessaire serait la même que pour aller en L5 (TL). La seule différence serait le temps nécessaire au voyage mais, dans une succession d’envois, le temps ne compterait pas.

Voyons ensuite les possibilités dans la zone habitable de notre système solaire. On peut envisager un point de libration martien. Plutôt qu’en L5 ou L4 du système Soleil-Mars (SM), très éloignés de la planète (207 à 249 millions de km), il serait plus intéressant de se placer en L1, c’est-à-dire en pleine lumière du Soleil, entre l’astre du jour et la planète, à une distance de 1.000.000 km de celle-ci, environ (avec l’excentricité de l’orbite de Mars, il y aura des variations). A cette distance on pourrait commander presque en direct des robots en surface de Mars (time-lag de moins de 4 secondes, dans un seul sens) et y descendre assez facilement en cas de besoins ou d’intérêt. Il serait plus coûteux en termes d’énergie de se procurer des matériaux martiens que des matériaux lunaires pour les cylindres positionnés en L5 (TL) mais, plutôt que de descendre sur la planète, on pourrait s’approvisionner sur Phobos. Bien sûr L1 est un point instable (pour donner une image, L1 et L2 sont des sommets, L4 et 5 sont des cuvettes) et il faudrait veiller à maintenir le cylindre à son point d’équilibre mais les dépenses en énergie pour le faire seraient faibles.

On peut plus difficilement envisager une localisation dans l’environnement de Vénus car on aura toujours intérêt à se trouver près d’une source de matière première et Vénus n’offre que ses nuages (elle n’aurait qu’un seul astéroïde troyen, à confirmer, positionné en L4). Ce n’est pas rien mais probablement insuffisant. Imaginez que l’on doive remplacer une tôle de la coque du cylindre parce qu’elle a été endommagée par une micrométéorite ! Par ailleurs l’irradiance est très élevée (2600 W/m2, à comparer à celle de l’orbite terrestre 1400 W/m2) et la chaleur ainsi que l’intensité des radiations pourraient poser problème.

Voyons ensuite la localisation dans la Ceinture d’Astéroïdes. Sur le plan des matériaux, ce serait comme placer un colibri dans un jardin de fleurs. Les constructeurs de cylindres auraient l’embarras du choix. Ils disposeraient de tous les éléments chimiques, y compris le carbone, et aussi de glace d’eau. Par ailleurs la force de libération pour quitter un astéroïde est extrêmement faible puisque sa masse est également très faible. La seule difficulté qui commencerait à ce stade à se révéler, serait le faible niveau de la quantité de lumière car l’irradiance solaire à cette distance diminue sérieusement (on passe de 450 à 700 W/m2 sur l’orbite de Mars à 50 W/m2 sur l’orbite de Jupiter). On devrait donc augmenter la taille des miroirs et leur donner une certaine concavité.

Au-delà de la Ceinture d’Astéroïdes, on arrive aux géantes gazeuses. La proximité trop grande de ces planètes pourrait poser un problème de radiations des plus grosses d’entre elles (Jupiter surtout) mais pas aux points de libration et en particulier aux points L4 et L5 qui en plus présentent l’avantage de disposer de matière, les astéroïdes Troyens (particulièrement abondant pour Jupiter). Alors, les résidents du point L5 du système Soleil-Jupiter se sentiront peut-être un peu isolés mais au lieu d’un seul couple de cylindres, on peut en imaginer une dizaine ou plus et donc, à l’intérieur, une grande variété de climat, de cultures, d’activités. Sans oublier que, du fait de leur faible gravité, quitter L5 (ou L4) pour voyager ne sera jamais un problème puisque la seule énergie nécessaire sera pour l’accélération et la vitesse réelle par rapport aux deux points, non pour seulement échapper à une attirance planétaire très forte (pour les missions interplanétaires partant de la Terre, 90% de l’énergie est dépensée pour sortir de l’attraction terrestre). Dans ces voyages les résidents n’iront peut-être pas (fréquemment) jusqu’à la Terre, lointaine, mais ils iront volontiers dans la Ceinture d’astéroïdes ou vers les points L5 et L4 de Saturne.

Au-delà de Pluton « les choses deviennent plus compliquées » à cause du manque de lumière. Gerard O’Neill évalue la distance maximum à laquelle on pourrait établir une colonie de la taille d’Island 1, sphère de 900.000 m2 (plus petite qu’Island 3), à 3,7 jours lumière soit 640 fois la distance Soleil-Terre (« 640 UA ») donc bien au-delà de Pluton (entre 29 et 49 UA), entre la Ceinture de Kuiper (30 à 55 UA) et le Nuage de Oort interne (1000 à 20.000 UA). A cette distance, un miroir convergeant de la surface nécessaire pour fournir une énergie de 100 MW devrait n’avoir que quelques petits microns d’épaisseur (O’Neill parle de quelques longueurs d’ondes lumineuses) pour que sa masse ne dépasse pas du double celle de l’habitat équipé et habité. Cela implique que l’on pourrait, en-dessous des 640 UA, au sein de la Ceinture de Kuiper, construire d’autres iles de l’espace qui seraient tout aussi confortables que celles de la Ceinture d’Astéroïdes (et nécessiteraient un miroir un peu plus petit).

Vastes perspectives donc, qui offrent de la marge à une expansion de l’humanité pendant encore une très longue période.

Cependant, à 3,7 jours-lumière, nous sommes encore très loin de l’étoile la plus proche, Proxima-Centauri qui évolue à 4,25 années-lumière. Alors est-il possible d’envisager d’utiliser une île de l’espace pour franchir la distance, énorme, qui nous sépare ? C’est terriblement tentant mais terriblement difficile. On peut certes voir l’île comme un vaisseau spatial, non pas simplement pour vivre quelque part mais pour y aller. Il n’y a aucun problème théorique à l’équiper de moteurs (la forme du vaisseau importe peu là où il n’y a ni gravité ni atmosphère. Le problème c’est bien sûr l’énergie et le temps, les deux étant d’ailleurs liés. Pour ce qui est de l’énergie, étant donné que jusqu’à atteindre les confins de Proxima Centauri, il n’y aura pas d’énergie solaire (ou plutôt son équivalent, celle de l’étoile Proxima Centauri), la seule solution sera l’énergie nucléaire. Reste la durée ! A 20% de la vitesse de la lumière il faudrait 20 ans pour atteindre Proxima-Centauri et les ressources énergétiques « classiques » embarquées ne permettront pas d’atteindre cette vitesse. A la vitesse la plus élevée qu’aucune sonde humaine ait jamais atteinte (la « PSP », Parker Solar Probe, qui se déplace aujourd’hui à 175 km/s grâce à l’accélération procurée par la gravité solaire) il faudrait 6.711 ans. A la vitesse de 1% de celle de la lumière (3.000 Km/s), il nous faudrait encore 423 ans, ce qui est évidemment toujours trop long. Il faudra donc améliorer notre système de propulsion pour parvenir à 10% soit 42,3 ans. Mais même si nous y parvenons, il faudra quand même deux générations d’êtres humains pour faire le voyage (aller simple !). Pourquoi pas si l’environnement est confortable. Mais se pose quand même le problème des relations entre les passagers du vaisseau (surtout les descendants de la première génération qui n’auront rien demandé) et celui de l’usure des vaisseaux et de ses équipements (la redondance de certains va s’imposer). Ce sont des problèmes pour après-demain mais il est permis d’en rêver et plus encore, d’y réfléchir.

Illustration de titre : la vision d’une Ile de l’Espace par Jeff Bezos. Vue d’artiste, crédit Blue Origin. Le rêve de Jeff Bezos est bien de construire une telle île. Inspiré par Gerard O’Neill, il semble cependant préférer le concept du tore (comme celui de 2001, Odyssée de l’Espace) à celui du cylindre. NB: vous remarquerez la courbure du sol et du plafond de l’habitat dans la profondeur de l’image, et l’éclairage bilatéral.

Références :

Les villes de l’Espace, de Gerard K. O’Neill chez Robert Laffont (1978), traduction de The High Frontier, chez William Morrow & Co (1976).

Space Settlements, a design study, NASA, Ames Research Center 1977.

Liste des publications sur les voyages interstellaires (Interstellar Research Center):

https://www.interstellarresearchcentre.com/papers

Vous verrez que la littérature est extrêmement abondante !

Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :

Index L’appel de Mars 21 10 08

 

16 réponses

  1. C’est très beau de rêver, mais il faut aussi comprendre de quoi l’on parle et mettre un peu des chiffres derrière toute cette imagination. J’ai fait quelques petits calculs d’ordre de grandeur en reprenant les paramètres des cylindres décrits la semaine dernière. Prenons d’abord la masse: pour UN de ces cylindres de 6,5 km de diamètre et de 32 km de long fermé par deux hémisphères, la surface d’enveloppe totale est de 786 millions de m2 (786 km2). En prenant une épaisseur de 50 cm de paroi (supposée alu + verre en proportions égales) plus 2 m de protection régolithe, soit 2,5 mètres au total, on arrive à un volume de 1965 millions de m3, avec une masse volumique moyenne de 1720 kg/m3, cela donne une masse de plus de 3 milliards de tonnes pour l’enveloppe seulement. qu’il faut en tout cas multiplier par deux pour tenir compte de toute la structure interne (d’ailleurs la tenue mécanique d’un tel gigantesque cylindre va être très problématique), donc environ 6 milliards de tonnes, SOIT l’équivalent de 1200 pyramides de Khéops (!). Comme c’est plus son domaine que le mien, je laisse Monsieur Brisson faire une évaluation du coût, sur la base d’une estimation, même optimiste, du coût du kg de matière extraite, conditionnée, envoyée sur place et assemblée!
    Maintenant, qu’on est-il de déplacer de tels mastodonte? J’ai fait là aussi une petite estimation pour un déplacement de 5 millIards de km (+/- ceinture de Kuiper), en prenant une vitesse de pointe de 15’844 m/s à accélération contante jusqu’à mi-distance puis décélération constante (limitée, pour éviter d’arriver à des puissances nécessaires complètement folles), ce qui donne une vitesse moyenne moitié et un temps de parcours de 20 ans, et j’arrive à une énergie à fournir de 1,5 10^21 J=W.s, soit environ 400’000 TWh, près de TROIS FOIS l’énergie primaire consommée annuellement sur Terre!
    Si je n’ai pas fait d’erreur dans mes petits calculs (on peut toujours se tromper, je ne me crois pas infaillible, même si j’ai pris la précaution de demander à un collègue de vérifier ces chiffres, sans qu’il y découvre de failles), ces quelques chiffres montre qu’on n’est même plus dans le domaine de la science-fiction, mais plutôt de la « fantasy-fiction »!

    1. Pour les 15 jours qui viennent je n’ai pas « sous la main » les éléments qui me permettraient de répondre précisément aux critiques concernant la faisabilité des îles de l’espace.
      Ce que je peux dire c’est que la NASA, Ames Research Center, l’avait étudiée très sérieusement et n’avait pas du tout conclu à son impossibilité. Je donnerai ultérieurement l’épaisseur de la coque, la masse de l’ensemble, la pression interne, l’énergie nécessaire pour faire fonctionner l’île. Vous pouvez de votre côté vous renseigner en vous procurant les ouvrages cités en référence.
      NB: dans l’étude de Ames, l’île était exploitée là où elle était construite (au point L4 où L5 du système Terre-Lune). Par contre les SSPS étaient construites en L4 ou L5 et acheminées ensuite en orbite geostationnaire terrestre.

      1. On peut discuter éventuellement des hypothèses faites pour le déplacement de tels mastodontes, suivant la trajectoire suivie, la vitesse maximale visée, le temps admis pour le parcours (ces deux derniers paramètres étant liés évidemment), etc. (mais de toute façon, même en admettant qu’il y ait jusqu’à quelques ordre de grandeur de différence … !) par contre, est-on au moins d’accord en gros sur l’ordre de grandeur de la masse? Là, on n’a rien besoin d’avoir d’autre « sous la main » que les données de la semaine passée, que je n’ai fait que reprendre. La surface d’enveloppe ne me semble pas discutable, maintenant si l’épaisseur est un peu plus faible ou un peu plus grande que 2,5 mètres (comme indiqué la semaine passée), cela ne va pas changer l’ordre de grandeur du volume, et une fois celui-ci connu, les 1720 kg/m3 me semblent TRES raisonnables (même sans doute un peu faibles mais, de nouveau, un peu plus ou un peu moins ne changeront guère le résultat et les conclusions).
        Quid par ailleurs d’une première estimation rapide du coût, basée sur un prix raisonnable du kg de matière « pesé/installé »? Vous êtes plus qualifié que moi pour faire une telle estimation.
        Pour ce qui est de l’énergie de fonctionnement, je n’ai même pas cherché encore à l’évaluer et elle s’ajouterait évidemment à l’énergie nécessaire pour déplacer l’île si tel est ce qui est visé. De même il faudrait évaluer et ajouter encore les quantités de matière et d’énergie nécessaire pour construire les infrastructures nécessaires sur la Lune et/ou les astéroïdes.
        Mais je doute que tout ça rende la construction de telles « îles spatiales » plus réaliste!

        1. Pour ceux qui sont intéressés, je transmets un lien sur un article assez détaillé de Gerard O’Neill paru dans Physics today de 1974 et repris par la National Space society:

        2. Pour ceux qui sont intéressés, voici un lien vers un article de Gerard O’Neill publié dans Physics Today en 1974 et repris par la National Space Society:

    2. J’ai vérifié vos calculs et ils sont, hélas, justes.

      Cela dit, en utilisant de la fibre de carbone au lieu de métal pour l’enveloppe extérieure, on gagnerait en épaisseur et en masse mais l’énergie à produire pour déplacer l’ensemble à une vitesse raisonnable reste colossale. Avec un rendement hypothétique de 100 pourcents, il faudrait encore une réaction nucléaire entraînant une packing fraction de sept à huit tonnes pour produire 0.6E21 J. Je ne sais pas combien cela représente comme quantité d’UOX mais ça doit être considérable.

  2. Cher Monsieur Brisson,

    Concernant les voyages presque gratuits entre les points de Lagrange, il existe en fait un arsenal mathématique basé sur les travaux de Henri Poincaré vers 1900 prédisant qu’il est possible de joindre n’importe quel point de Lagrange du système solaire à n’importe quel autre avec une dépense d’énergie minimale. La difficulté est de trouver ces trajectoires, différentes à chaque voyage. Martin Lo au Jet Propulsion Laboratory a développé depuis des années des méthodes numériques pour trouver ces trajectoires. Un article de Lo (http://www.gg.caltech.edu/~mwl/publications/papers/IPSAndOrigins.pdf) explique comment des tubes de trajectoires virtuelles circulent constamment entre les planètes, et quand ils s’intersectent on peut passer presque gratuitement des points de Lagrange d’une planète à ceux d’une autre. C’est ce qu’il appelle le « InterPlanetary Superhighway », que d’autres appelle « Interplanetary Transport Network ». De nombreuses sondes, comme Hitten ou Genesis, ont déjà employé ces techniques économiques en énergie, et d’autres sont en préparation. Clairement ces avancées théoriques seront déterminantes si un jour l’humanité veut coloniser le système solaire, les points de Lagrange devenant des points stratégiques (comme au Moyen Âge les collines, points stratégiques pour y placer des châteaux forts).

    Concernant les points de Lagrange eux-même, L1,L2,L3 sont en fait des « cols », pas des maxima, dans le potentiel gravitationnel combiné à celui provenant de la force centrifuge (le référentiel est tournant, non inertiel, ainsi il faut tenir compte des forces centrifuge et de Coriolis). L1,L2,L3 sont donc instables dans 1 direction et stables dans 2 autres. L4,L5 sont quant à eux des maxima, pas des minima du potentiel. Ils sont cependant stables dans 3 directions (pour 2 directions grâce à la force de Coriolis) pour autant que la masse du corps secondaire n’excède pas 3.8% de la masse du corps primaire. Par exemple le système Pluton-Charon a des points L4, L5 instables car Charon a une masse valant 12% de celle de Pluton. Pour le système Terre-Lune ce rapport est de 1.2%, donc encore stable. La plupart des autres paires de corps dans le système solaires ont des rapport de masse bien plus petits, donc en général L4,L5 sont stables.

    1. Merci Monsieur Pfenninger de ces précisions. Les points de Lagrange seront donc des endroits très utiles lorsque nous aurons décidé de nous en servir!

  3. Vu « l’échelle », l’importance des problèmes qui se posent il faut se donner énormément de temps. Mais quand même, considérez le temps passé et les progrès faits depuis la construction des pyramides. Peut-être nous faudra-t-il encore 5000 ans avant que l’on embarque dans un des cylindres décrits par Monsieur Brisson pour se diriger vers Proxima du Centaure. Du temps pour construire et assembler l’engin par pièces détachées assemblées avec de la suite dans les idées. Du temps pour trouver dans le système solaire la quantité de minerai nécessaire, avoir le niveau technologique. Du temps pour effectuer le voyage. La fusion nucléaire est nécessaire! Trouver en chemin des comètes avec de l’eau pour deutérium? Emmener beaucoup de lithium pour le tritium? Quant aux relations entre voyageurs, bof! Une discipline militaire! Accepter que certains vaisseaux se perdent corps et bien. Le ressentiment contre les parents? bah! on a l’habitude! Je ne suis plus bien sûr de l’auteur (!) Larkin peut-être: » They fuck you up, your mam and dad. They did not mean to but they did. And they add some extra just for you ». Emerson: « the ability for mankind to realize almost anything ». Alors? Le but ultime est de faire que l’humanité survive à très long terme.
    il faut mettre l’espèce à l’abri de catastrophes causées par nos semblables. Les abris anti-atomiques ne nous sauveront pas. A quand le virus mortel capable d’être transporté dans l’air sur de grandes distances? au poison obligatoire, aérien ou non. A quand l’expérimentation scientifique « bien intentionnée » qui transformera ce monde en désert? Une seule solution: disséminer des hommes sur des planètes lointaines même au prix de morts, même au prix de conditions de vie inconfortables, abominables. Ne laisser aucune chance au désastre en imitant les graines des végétaux!

    1. « il faut se donner énormément de temps », mais est-ce que nous en disposons?! Il y a déjà des signes que notre « civilisation » pourrait être sur le déclin, voire en sérieux péril. Comme l’a écrit Monsieur Brisson à différentes reprises à propos des voyages vers Mars (un peu plus réaliste que les cylindres de O’Neill !), il y a actuellement une fenêtre d’opportunité ouverte, mais pour combien de temps? Rien ne garantit que les conditions actuelles soient encore réunies même dans quelques décennies. C’est pourquoi, plutôt que de rêver d’îles dans l’espace à la réalisation plus qu’hypothétique, il serait préférable de s’attaquer sérieusement à ce qui est vraiment à notre portée tant que cela l’est encore, et permettre ainsi à l’Humanité de s’ouvrir une nouvelle dimension qui pourrait changer pas mal de choses y compris dans la manière pour l’Homme d’appréhender son avenir sur Terre et dans l’espace. C’est ce que vous préconisez d’ailleurs, sauf qu’il n’y pas besoin que les planètes soient forcément « lointaines » car si on attend que cela devienne possible, les « graines » dont vous parlez risquent bien de ne jamais pouvoir être dispersées à temps!

    2. « Énormément de temps… » Quand on dit « prendre son temps », cela signifie ne pas être pressé, ou « le prendre en entier » pour mieux l’exploiter. En rapport de quelles considérations cela peut-il demander trop de temps ? Trop d’argent je peux comprendre que cela choque, mais les moyens financiers engagés dans ces projets ne sont pas un bien qui se partage comme l’eau potable, ceux qui ont réussi à créer une source de revenus l’ont créée comme n’importe qui, mais en cultivant le terrain de leurs idées leur permettant de produire des objets originaux, des services nouveaux, des brevets, et les vendre. Ceux-ci ont bien sûr une liberté que n’a pas le paysan qui produit de la viande et des légumes, mais les plus faibles d’entre eux ne sont pas soutenus par des subventions, payent pas mal d’impôts quand réussissent, et peuvent aussi rapidement tout perdre.

      « Les catastrophes causées par nos semblables… » Et celles que nous n’avons pas provoquées, par exemple quand une forme de vie sur terre tente de prendre le dessus, mais actuellement c’est quelque chose qui est amplement nié, comme si nous étions le centre de la vie parmi toutes les structures, à condition de faire entièrement confiance à la nature qui nous offre ce privilège, et lui obéir… Depuis l’homme des cavernes, nous l’avons combattue quand cela était nécessaire pour survivre. Puis quand enfin nous pouvions être plus tranquilles en termes de sécurité (et pour cela il a fallu « énormément de temps »), nous avons pu nous offrir du confort et du plaisir, et c’est depuis là que le « niveau raisonnable de luxe » est déterminé par des instruments de mesure aussi élastiques et relatifs que les notions de mérite, de nécessité, de droit à ceci ou cela, dans une marge très flottante où se sentir personnellement à l’aise tout en déclarant ses souhaits pour toute l’humanité, je regrette de le dire.

      Alors ? Ces cylindres, projet fou ou possible, espéré ou rejeté, et le temps qu’il faudra pour les obtenir, ou peut-être jamais… Combien d’idées folles sont devenues des réalités, parce qu’elles ont suivi leur chemin sur lequel des personnes créatives en ont emmené quantité d’autres de tous niveaux et types de capacités. Et puis j’ajouterais que la chance pour certains d’être créatifs (parce que cela ne s’apprend pas) ne garantit pas de devenir riche, ni même de pouvoir en vivre. Protéger la propriété de ses idées est un combat contre ceux qui sont prêts à les exploiter sans contrepartie. Ce phénomène est déjà observable à toute petite échelle dans des bureaux où chacun est persuadé que sans lui les autres ne sont rien, avec pour but premier d’inspirer au directeur toute confiance sur ses capacités. Malheur à celui-ci s’il se fait avoir !

      Pour que l’humanité ait les meilleures chances de survivre, ou même vivre bien quand cela est possible : laisser vivre les idées des autres ! En cette époque où l’on débat vraiment de tout, il semble que les esprits sont de moins en moins ouverts…

      1. @Dominic
        Niels Bohr avait répondu à un de ses étudiants : Votre idée est folle mais pas assez folle pour être vraie.

  4. Et si on commençait par réaliser une station en forme de roue ?
    Au moins, on reste dans du réalisable avec les moyens actuels ou bientôt disponibles.

    1. La roue ou plutôt le tore, était aussi dans les sujets de réflexion de Gerard O’Neill. Il la voyait comme son « island 2 ». C’est aussi la forme que préfère Jeff Bezos, comme le montre l’illustration de titre de mon article.
      Pour résumer les objectifs: Elon Musk veut coloniser Mars, Jeff Bezos qui a été très proche de Gerard O’Neill dans sa jeunesse, veut réaliser une île de l’espace qui serait habitée par des milliers de personnes.
      Je souhaite ardemment que l’un et l’autre réussissent!

  5. @ Pierre-André Haldi et @Jean-Jacques Louis

    En fait si l’on emploie le réseau de tubes virtuels “Interplanetary Transport Network” référencé dans mon dernier message, le gros de l’énergie nécessaire vient de l’énergie cinétiques des planètes, et là les réserves sont immenses: Jupiter a de l’ordre de 10^35 J en énergie cinétique, et la Terre 10^33 J. Le plus beau est que dans les systèmes gravitants cette sorte énergie se conserve si le vaisseau spatial reste lié au système solaire. Si un vaisseau spatial part d’un point de Lagrange de la Terre vers un point de Lagrange de Jupiter, l’énergie pompée à la Terre au départ sera déplacée vers Jupiter à l’arrivée, et vice versa au retour. Très écologique !
    Si un vaisseau acquière assez d’énergie d’une ou plusieurs planètes pour s’échapper du système solaire, alors les planètes rétrécissent légèrement leur orbite et *augmentent* leur vitesse. C’est une de caractéristiques inhabituelle des système gravitants: quand on leur extrait de l’énergie ils augmentent leurs vitesses internes (ou température), et vice versa qu’en on leur fournit de l’énergie.

    Donc pas besoin de système de propulsion révolutionnaire, juste des calculs et du temps pour trouver la bonne impulsion au bon moment. Déjà de nombreuses sondes ont profité de ces techniques d’assistance gravitationnelle, qui vont rester d’actualité car les trajectoires trouvées sont indépendantes de la masse des vaisseaux spatiaux.

    1. C’est une piste passionnante que vous ouvrez là, Professeur.
      Comme quoi l’espace est plein de ressources pour qui veut bien l’étudier (même si la découverte de cet « Interplanetary Transport Network », n’a peut-être pas été si facile).

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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