Exploration spatiale - le blog de Pierre Brisson

La guerre en Ukraine remet sur le devant de la scène le danger d’une guerre nucléaire et, compte tenu des conséquences qui pourraient en résulter, de l’intérêt pour l’humanité de l’autonomie par rapport à la Terre d’une « Planète B ».

Je ne crois pas que Vladimir Poutine veuille entrer dans une guerre nucléaire avec l’OTAN. L’armée russe a attaqué volontairement un bâtiment administratif à proximité de la centrale de Zaporijia et non la centrale elle-même. Cette attaque fait donc, apparemment, partie de la guerre psychologique menée parallèlement à la guerre au sol.

Une erreur de frappe reste cependant malheureusement possible. Elle pourrait déclencher une contamination dans l’atmosphère et en surface du sol sur une très grande surface, sans doute bien au-delà des frontières de l’Ukraine. Au-delà de l’accident, toujours à redouter, il n’est pas à exclure qu’une première frappe déclenche à l’Ouest une riposte également nucléaire, vu l’état de grande faiblesse intellectuelle dans lequel se trouve l’actuel président des Etats-Unis (qui a amplement démontré son incapacité à gérer les crises internationales). Ce serait alors, littéralement, la fin du monde.

Nous n’avons pas actuellement de « Planète-B » et il faudra beaucoup de temps pour que nous en ayons une. Dans ce contexte, l’humanité peut sinon disparaître totalement, du moins connaître le sort des dinosaures après la chute de l’astéroïde de Chicxulub (je le prends toujours comme référence mais il y en a eu d’autres). J’y vois donc la nécessité de commencer, dès que possible, à entreposer sur Mars dans des datacenters ce que nous avons de plus cher dans notre patrimoine intellectuel et à installer quelques-uns d’entre nous sur cette planète au plus vite pour entretenir ce dépôt et le faire fructifier.

Je ne dis pas que Mars pourrait devenir une « nouvelle Terre » aussi belle et riche que la vraie mais je dis que c’est la seule solution pour pouvoir survivre aujourd’hui en dehors de la Terre.

Il n’est pas réaliste d’envisager comme certains le prétendent que l’on pourra terraformer Mars. Une certaine transformation/amélioration pour notre profit de l’environnement général de la planète peut être envisagée mais le retour sur investissement est impossible (beaucoup trop d’argent, et temps nécessaire au retour beaucoup trop long) donc l’investissement tout à fait improbable. Sur le plan technique, la difficulté vient de ce que planète ne dispose pas des ressources suffisantes. Il y a de l’eau mais beaucoup moins que sur Terre. Il y a très peu d’azote. Il n’y a pas de pétrole ni de gaz. Il fait très froid (entre 0°C et -80°C en moyenne à l’equateur) ce qui implique la consommation de beaucoup d’énergie. Il y a du Soleil mais beaucoup moins que sur Terre (irradiance 492 à 715 W/m2 contre 1320 W/m2 à la distance de la Terre du Soleil). L’atmosphère est très peu dense et irrespirable ce qui impose le port du scaphandre à l’air libre. Enfin le sol est exposé à des radiations spatiales dures qui ne permettent pas de rester trop longtemps hors des habitats.

Ceci dit, on pourra vivre sur Mars dans des bulles viabilisées et confortables puisque nous disposerons d’une protection anti-radiations (construites avec de la matière provenant du sol de la planète), d’un minimum de Soleil, d’eau (en raison des dépôts de glace un peu partout en surface), des mêmes éléments chimiques que sur Terre, de journées de presque 24h00 (24h39), d’une gravité acceptable (0,38g) puisqu’elle sera complétée par les équipements protecteurs que l’on devra porter), de la proximité relative de la Terre ce qui au début permettra l’importations de biens essentiels sans trop de difficultés.

Mais je ne dis pas que Mars pourra sauver tous les hommes. La population martienne croîtra très lentement car il faudra la transporter, la loger, la chauffer, la nourrir, lui fournir tous les biens essentiels. Et cela coûtera cher. Il faudra donc qu’elle soit productive pour justifier et rentabiliser la dépense. On pourra envisager quelques dizaines puis quelques centaines puis quelques milliers ou dizaines de milliers de personnes. Mais je pense qu’il faut voir le futur de Mars comme celui d’une nouvelle Islande et qu’on ne dépassera jamais quelques petites centaines de milliers d’habitants. Le projet d’Elon Musk du million d’habitants me semble tout à fait inatteignable. Mars est et restera une planète pauvre. Elle ne permettra jamais l’hébergement de millions de réfugiés terrestres pas plus qu’elle sera jamais un exutoire à la surpopulation de la Terre.

Je ne dis pas que les personnes qui vivront sur Mars pourront se passer de la Terre dès demain. Le processus d’installation sera long car difficile. C’est pour cela qu’il faut commencer maintenant. Il est évident que tout sera à créer puisqu’il n’y a aucune infrastructure, aucun capital productif sur Mars et cela prendra beaucoup de temps. Les départs sur Mars ne peuvent se faire que tous les 26 mois en raison de la circulation des planètes sur des orbites différentes à des vitesses différentes. Le vaisseau le plus grand envisageable, le Starship d’Elon Musk, ne pourra prendre au mieux (en théorie) qu’une centaine (à mon avis une vingtaine) de personnes à la fois ou une centaine de tonnes d’équipements et de marchandises. On ne peut pas non plus envisager qu’une centaine de vaisseaux partent chaque 26 mois, ce serait trop coûteux en énergie et trop polluant pour l’atmosphère terrestre ; et les infrastructures pour les recevoir ne seront pas forcément prêtes car il faudra du temps (des hommes et des machines) pour les construire (sur Mars on ne pourra jamais « coucher à la belle étoile »).

Donc, au mieux, il y aura un millier de personnes sur Mars dans 30 ans, dix mille dans cinquante ans et aucune installation ne sera viable et ne pourra être autonome avant la fin du XXIème siècle. Mais il y aura une incitation très forte pour l’autonomie dès le début de la colonisation. En effet, dès le début, il faudra pouvoir tenir 18 mois sur place, plus six mois pour revenir sur Terre, 32 mois sans aucun secours possible*. Et dès le début il faudra pouvoir faire face aux accidents qui pourraient survenir aux équipements vitaux. Il faudra pouvoir réparer, remplacer, faire face aux tempêtes de poussière qui obscurciront le Soleil, aux accidents ou aux maladies phytosanitaires qui feront échouer une culture ou périr un bac plein d’algues nutritives. Dès le début, l’autonomie sera une condition de survie et compte tenu du coût de la difficulté d’importer depuis la Terre (fenêtres de voyage, volumes, masses, coût), l’autonomie sera un avantage, un besoin et une urgence très forte.

*départ « n » au mois 0, départ « n+1 » au mois 26, arrivé sur Mars au mois 26+6. Pour les voyageurs qui reviendront sur Terre, le séjour hors de la Terre sera un peu plus court (6+18+6). 

Mars peut donc être à terme, une bouée de secours pour l’humanité. Non pas une terre riche comme jadis l’Amérique mais une arche de Noé qui nous permettra de passer un mauvais cap pendant la durée nécessaire comme jadis, au VIème siècle, dans la période la plus sombre de notre histoire, des moines irlandais se réfugièrent avec leur savoir sur des rochers face au Grand Océan dans une des régions les plus inaccessibles aux barbares. Espérons que les passions humaines nous laissent le temps de construire le navire, pour un jour nous poser là-bas avant de pouvoir partir pour les étoiles.

Illustration de titre, crédit NASA: 

Nous sommes tous là. Toute notre histoire est là ; tout ce qui a jamais vécu a vécu là, à la surface de ce « petit point bleu pâle ». Avec une technique et des logiciels plus performants que les outils autrefois disponibles, Kevin Gill (expert en photographies spatiales du JPL), aidé par deux membres de l’équipe originale de Voyager 1, a retravaillé la fameuse photographie du « Pale Blue Dot » demandée par Carl Sagan à la NASA le 14 février 1990. Cela a donné cette nouvelle version de l’image, 30 ans après le cliché original. Au milieu de la bande longitudinale la plus claire, on y voit plus nettement que jadis ce fameux petit point immense. 

Illustration ci-dessous

Situation de la sonde Voyager 1 lorsqu’elle a pris la photo de la Terre le 14 février 1990, crédit Joe Haythornthwaite et Tom Ruen (CC BY-SA 4). La distance à la Terre était de 40,47 UA (6,4 milliards de km). Les barres verticales son espacées d’une année et indiquent les élévations de la trajectoire au-dessus de l’écliptique. NB: Pluton se trouve à 30 UA de la Terre et la distance de pluton au Soleil varie entre 29 et 49 UA.

Lectures : mes articles de blog du 08 ; 15 et 22 avril 2016 et 15/12/2018 :

Nous sommes uniques et vulnérables

La seconde Arche de Noé

Mars, notre nouvelle frontière

Les datacenters, une obligation, un avantage et une contrainte pour les futurs Martiens

Lien: https://en.wikipedia.org/wiki/Pale_Blue_Dot

Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :

Index L’appel de Mars 22 02 24

27 réponses

  1. Pour la petite histoire, il y a exactement 43 ans en cet après-midi que Voyager 1 est passé au plus près de Jupiter, le 5 mars 1979, après voir été lancé le 5 septembre 1977. On espère que ses trois générateurs électriques au plutonium 238 lui permettront d’émettre encore jusqu’en 2025. Il est actuellement à près de 156 UA du Soleil et de la Terre, comme objet le plus lointain de nous fait de main d’homme.

  2. A la fois optimiste et pessimiste, ce post. Je reprends la citation de Victor H. « L’avenir est à Dieu ». Mais d’un autre côté, je suis perplexe. Nous avons là un beau joujou: la bombe. Je crains fort que, dans un mouvement de colère, d’orgueil, d’inconscience ou de désespoir quelqu’un cesse de se contrôler et détruise l’espèce humaine sans hésiter. Et, s’il sait qu’il y a des hommes ailleurs que sur terre, cela risque d’augmenter ses pulsions kamikazes? Les météores aussi, nous menacent tout autant. Donc, Mars comme radeau de la Méduse, oui! Et la lune aussi, pour augmenter nos chances. Et certains satellites comme Europe aussi. Allez, soyons fous: Titan: Methylomirabilis oxyfera peut extraire l’oxygène du méthane (https://www.pourlascience.fr/sd/geosciences/une-nouvelle-bacterie-source-d-oxygene-10536.php). Mais, ce n’est pas encore fait et on nous recule les dates tout le temps. La guerre poutinienne maudite ne fait que rajouter un délai… Il va falloir beaucoup attendre . Et c’est cher tout ça!! Maintenant, des progrès se font sans cesse sur ce que seraient les conditions de vie sur Mars, on ne sait pas ce qui adviendra finalement. Même la terraformation est à cogiter. Autant commencer tout de suite dès qu’on débarquera: apporter des cyanobactéries dans l’espoir que, dans quelques millénaires, elles auront produit de l’oxygène dans les bulles, trouver comment les stimuler. Ou extraire de grandes quantités d’oxygène de l’atmosphère, ce qui n’est pas si simple et sera aussi limité aux bulles. Trouver ce fameux graviton et l’utiliser pour créer de larges terrains avec gravité, des sentiers entre bulles, qui sait? C’est quand même une question lancinante, cette particule, et les chercheurs parfois trouvent! Il fait très froid sur Mars mais dans nos zones polaires ces températures de moins 7O sont atteintes et on s’en sort. De toute façon, les centrales nucléaires seront incontournables et on les aura peut-être sans déchet nocif si des projets comme MIRRHA aboutissent. Optimisme! Vous avez beaucoup perdu de confiance en Musk et les temps ne lui sont pas favorables mais ce diable d’homme nous a étonnés dans le passé avec ses autos surprenantes. Des systèmes de propulsion nouveaux pour les fusées sont à l’étude aux USA. Qui vivra verra, peut-être nous surprendra-t-il encore à l’avenir! Oui, Mars ne sera qu’une solution de secours en attendant que la terre ravagée redevienne notre patrie mais une solution de secours acceptable, pas forcément provisoire, pour un petit nombre d’hommes, peut-être en attendant le long voyage vers une vraie nouvelle terre.

    1. Merci de votre commentaire. Non, j’ai toujours confiance en Elon Musk. Je crois qu’il est capable de finaliser son Starship et s’il y parvient, l’aventure martienne devient possible. Ce dont je doute fortement c’est qu’on puisse s’installer sur Mars à l’échelle qu’il envisage (le million de personnes). Mais je pense que l’homme pourrait vivre sur Mars et au bout d’un moment (difficile à chiffrer aujourd’hui), la Colonie y devenir autonome.
      Même si la Colonie ne comprend que 100.000 hommes lors de la Rupture avec la Terre, la civilisation pourrait persister.

  3. Ce que recherche l’homme, c’est la liberté , avant tout!
    Aller sur Mars c’est nous libérer de la Terre , en quelque sorte ! Mais depuis Mars, serions nous libres de revenir sur Terre?
    Je crois que quelque chose qui correspond plus à notre besoin de liberté, ce sont des stations de très grandes tailles un peu partout dans le système solaire, créant des gravités différentes, voire aucune gravité, et destinées à rester sur place ou à se déplacer. Le très grand choix des possibilités offertes à nos descendants, avec des études sérieuses sur comment (ré)adapter son corps à des gravités plus élevées que ce à quoi on s’est habitué, donnerait plus de chances à nos descendants.

    1. L’homme recherche la liberté, certes, mais il peut aussi avoir besoin de sauvegarde et de pérennité, comme nous le voyons dans l’exemple que j’ai pris d’une catastrophe survenant sur Terre.
      D’accord sur les stations spatiales de grandes tailles. Admirateur de Gerard O’Neill, j’en suis un chaud partisan depuis très longtemps. Cependant le moins difficile et le plus rapide à concrétiser ce serait une installation sur Mars (plus que sur la Lune en raison de conditions environnementales beaucoup plus dures sur notre satellite).

  4. Oubliez donc cette idée fixe d’une planète Mars comme arche de Noé !
    Nous aurons 100 fois le temps de déclencher une guerre atomique avant de pouvoir les mettre à l’abri sur la planète rouge où il seront moins protégés qu’ici compte tenu des conditions extrêmes à affronter …
    D’autre part , il n’est pas réaliste d’envisager d’envoyer des millions de personnes avec les starship d’Elon Musk qui se plaint déjà de ne pas pouvoir produire suffisamment de moteurs Raptor , une trentaine pour chaque fusée !!! Quant à faire voyager 100 personnes dans un seul module , je n’y crois pas, ce sera totalement invivable , aucune expérience n’a été menée laissant 100 personnes dans un véhicule pendant 6 mois ( essayez d’imaginer 100 passagers dans un avion pendant 6 mois , même un A380 !!! ) totalement irréaliste …
    Et puis pourquoi des datacenter sur Mars quand on peut les installer avantageusement dans des endroits moins risqués sur Terre , par exemple en Antarctique , sous la glace . On peut trouver des dizaines d’endroits plus surs que Mars sans les difficultés de la distance …
    Votre obsession de Mars vous fait perdre le sens des réalités …

    1. Décidemment Monsieur Giot vous êtes bien irritable!..et, en plus, vous m’avez mal lu.
      J’écris très précisément que je ne crois pas à la faisabilité d’envoyer des millions de personnes sur Mars! La planète ne pourra permettre de vivre qu’à 100.000 ou 200.000 personnes maximum.
      J’écris très précisément que je ne crois pas à la possibilité de faire voyager 100 personnes dans un Starship (mon hypothèse est de 20 personnes car chacun aura besoin d’au moins 20 m3 d’espace privatif et d’un espace commun d’au moins autant avec en plus de la place pour bagages et équipements divers).
      Concernant les datacenters, oui ils seront nécessaires sur Mars pour que la base puisse fonctionner. Autrement, si l’on devait passer par des datacenters terrestres, il y aurait un décalage de temps de 6 à 44 minutes entre message donné et message reçu ou opération demandée et opération effectuée.
      Par ailleurs, oui je pense que les datacenters accumulant des données non strictement nécessaires aux bases martiennes et préservant le patrimoine terrestre numérisé, serait plus en sécurité sur Mars que sur Terre en cas de catastrophe (guerre nucléaire) survenant sur Terre (en attendant on peut voir ça comme une redondance) et cela aurait aussi beaucoup d’utilité pour les personnes séjournant sur Mars toujours en raison de ce décalage temporel.
      Il n’est pas question d’attendre une guerre atomique pour « mettre à l’abri » des représentants de l’espèce humaine et les trésors numérisés que j’évoque. Ceux qui survivront et le patrimoine préservé auront évidemment quitté la Terre avant cette catastrophe éventuelle, au cours des années qui viennent, en espérant évidemment que nous ayons le temps de le faire (c’est à dire qu’une catastrophe n’intervienne pas avant que la Colonie martienne puisse fonctionner en autonomie…ce n’est pas demain la veille).
      Oui, je suis passionné par Mars pour toutes les raisons exposées tout au long de ce blog et que je ne vais pas reprendre ici. Disons simplement que c’est la planète sur laquelle il serait le moins difficile de s’installer et qui est la plus intéressante à étudier (pour voir jusqu’où l’environnement a pu conduire la complexification des molécules organiques vers la vie).

  5. La question est le sauvetage de l’humanité en cas de guerre atomique généralisée ou d’arrivée d’un météore de grande taille. J’aurais tendance à croire que dans ce genre de circonstance, on serait prêts à se serrer dans l’inconfort et la discipline pour longtemps, si c’est la condition pour survivre. Et une base de données de toutes les connaissances humaines les accompagnant sur Mars serait vitale. Que la colonie sur Mars devienne autonome est le but à viser au plus vite parce que, sans cela elle serait perpétuellement dans l’angoisse. Ne parlons pas du temps, du coût et du travail pour acheminer des ressources depuis la terre. Aussi, l’effort de recherche amènera des progrès pour lutter contre la pollution au retour sur terre. Peut-être que le Starship ne sera pas le vaisseau amenant les martionautes, on peut trouver mieux apparemment. Seront-ils des millions? Dans quel délai? A voir: cela dépendra des progrès scientifiques, du taux de fécondité démographique, des possibilités des fusées, d’une taille donnant plus de confort bien sûr, du désir plus ou moins grand de sauver le maximum de monde… Mais les menaces se précisent, il faudrait aller au plus facilement réalisable: un couple fertile installé sur la lune pour un bon bout de temps. Je pense que c’est ce qui se réalisera en tout premier

    1. Le sujet proposé n’est pas le sauvetage de l’humanité, mais celui, préventif, de l’espèce : au travers, l’un et l’autre sur Mars et « dès que possible », 1) du stockage de l’essentiel de notre patrimoine intellectuel et 2) de l’installation de « quelques uns d’entre nous ». Bien avant toute imminence d’un désastre. Ces heureux élus mis à l’abri de l’Armaguédon seraient donc peut-être un jour, eux ou leurs descendants, à même d’en effacer au moins en partie les destructives séquelles pour l’espèce humaine.

      Certaines des questions que vous posez, par exemple sur l’acceptabilité de l’inconfort ou le taux de fécondité, semblent plus en relation avec une migration dictée par l’urgence (voire post-désastre) et/ou l’objectif de sauver le plus grand nombre de vies.

      En revanche, plusieurs questions fondamentales, ou même préalables, manquent cruellement à la présentation de cette moderne Arche de Noé, du moins si l’on veut lui faire dépasser le stade d’aimable mythe de salon :

      – Elle pose immédiatement les questions de son coût (colossal) et de ses bailleurs de fonds. Où ces points essentiels sont-ils abordés ?

      – Le projet ne serait pas une fin en soi mais un moyen. Au regard de son évidente complexité, où figurent la comparaison avec d’autres solutions et les arguments pour écarter celles-ci ?

      – La colonie envisagée irait, avec le temps, de quelques milliers à quelques centaines de milliers d’individus. C.à.d de la taille d’un village de campagne à celle du Luxembourg (ou de l’Islande). Mais, au contraire d’eux et de toute l’histoire de l’humanité, vivant en complète autarcie, coupée de toute ressource externe tant humaine que matérielle (ou quasi). Où figure la démonstration de la survivabilité à long terme d’une aussi petite société isolée, surtout au regard de l’objectif, rien moins que sauvegarder puis reconstituer l’humanité ?

      – La seule exigence demandée aux data centers est d’être accessibles : à l’heure des « clouds » et de la baisse rapide du coût des télécommunications, quel est l’intérêt de les hisser jusqu’à Mars, la solution évidemment la plus chère ?

      1. Le coût : j’ai déjà très souvent abordé ce sujet dans ce blog et je ne vais pas le redevelopper à chaque fois (les articles ne sont pas des livres, ils ont une longueur maaximum). Lisez mon blog; vous avez un index en bas d’article et si vous avez des questions précises, posez les après.
        Pour résumer, on peut envisager une installation sur Mars pour une cinquantaine de milliards et on pourrait générer des revenus en vendant des voyages plus séjours à ceux qui voudraient venir. Le coût pourrait être de 1 à 2 millions par personne (pour 30 mois) et il y a un marché pour cela.

      2. Complexité du projet d’installation sur Mars et alternatives:
        Si on se place dans l’hypothèse d’une destruction de la civilisation sur Terre, la seule solution pour survivre et de ne pas y rester.
        Le sujet de la complexité est traité par ailleurs. C’est évidemment une préoccupation mais nous en avons bien conscience et nous travaillons pour pouvoir y répondre (et c’est possible). Je vous renvoie encore une fois à d’autres articles de ce blog.

      3. Taille de la Colonie:
        Une communauté de plusieurs dizaines de milliers de personnes serait tout à fait viable, aussi bien génétiquement qu’economiquement, d’autant que la montée en puissance sera progressive et se fera avec l’aide de la Terre. Des colonies ont démarré avec très peu de personnes et la société martienne devra être très qualifiée et robotisée.

      4. Intérêt des datacenters sur Mars:
        J’ai déjà répondu à cette question. Une société martienne ne pourra pas fonctionner avec ses banques de données sur Terre en raison de l’éloignement de Mars qui implique un décalage de temps entre question et réponse de 5 à 45 minutes.

  6. Oui, je pense « état d’urgence ». Si par hasard un militaire quelconque fait une erreur interprétée par Poutine comme une entrée en guerre de l’OTAN, nous y sommes. Je trouve qu’il s’intéresse beaucoup trop à l’Angleterre ces temps-ci, il la voit comme le vrai obstacle à une conquête totale de l’Europe, par un lent grignotage. Alors, les Américains utiliseraient les grands moyens. J’espère être trop pessimiste mais… Mars comme recours aujourd’hui c’est en effet impossible. Cependant un couple sur la lune avec des graines, des bactéries, des données scientifiques sur ordi, ça l’est. Mais dans des conditions terribles. Si les choses se terminent par une «  »simple » » occupation russe de l’Ukraine, il va falloir réfléchir, et notamment à Mars. Plus que penser « coût » il va falloir penser « temps, délai ». On pense trop à Mars pour ne pas y aller un jour, même s’il est lointain. Quant à se mettre dans des abris souterrains, si la vie n’est plus possible en surface après les nuages radioactifs en balade, il faut voir combien de temps la planète cesserait d’être invivable… et ne pas ouvrir la porte des abris! Je doute!

    1. Non Martin, il est impossible d’imaginer sauvegarder l’espèce humaine avec un seul couple. Il faut une société, même petite avec un écosystème permettant la vie dans tous les aspects nécessaires.
      Rien que sur le plan srictement biologique, une communauté humaine n’a aucune chance à moins de 500 individus fertiles.

  7. un plan B pour sauver l’espece humaine ? est ce bien utile de sauver cette espece qui ne sait que detruire ? cette espece incapable d’etre assez raisonnable pour eradiquer toutes les armes nucléaires ?
    vous etes vous posé la question de savoir si elle MERITE d’etre sauvée ?

    sur un plan plus réaliste, je pense qu’il est beaucoup plus probable de sauver l’espece humaine , si elle s’enterre: meme irradiée, la terre fournit des ressources minérales, et de l’eau , et l’energie nucléaire souterraine est possible . l’etat avancé de la science permet de produire de l’alimentation , meme sans chlorophile . et la terre resterait beaucoup plus accueillante que mars ou la lune .

    1. Mais bien sûr que l’espèce humaine mérite d’être sauvée! Il n’y a évidemment pas d’alternative. Notre espèce, avec tous ses défauts a créé des choses admirables et ces créations, ce patrimoine dont nous sommes dépositaires mérite toute notre attention, tout notre soin, tout notre respect et tout notre amour.
      Quant à vous enterrer comme des rats sur une Terre en ruine et totalement irradiee, dans un environnement hostile au milieu de hordes ensauvagees, c’est comme vous voulez; je préfère Mars…si j’ai le choix, bien entendu.

  8. Au vu des échanges ci-dessus, c’est le bon moment (et cela aussi dans la situation mondiale critique de ces jours de guerre), je crois, pour lire (ou relire !) le texte profond de Carl Sagan au sujet de la photo de la Terre, prise par la sonde Voyager 1, dans la traduction qu’en donne Wikipedia (https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Un_point_bleu_pâle) :

    « Regardez encore ce petit point ! C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d’idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants pleins d’espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

    La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que, nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction d’un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d’un recoin de ce pixel sur d’indistincts habitants d’un autre recoin. Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’Univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité — dans toute cette immensité — il n’y a aucun signe qu’une aide viendra d’ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c’est sur Terre que nous prenons position.

    On a dit que l’astronomie incite à l’humilité et fortifie le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. » — Carl Sagan, « Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space ».

    1. Magnifique! Merci Monsieur de Reyff de rappeler ce texte; à lire et à relire comme un poème parmi les plus beaux jamais écrits.

  9. Oui, la vie pour un couple de deux personnes revenant sur terre après une irradiation de toute la planète serait bien difficile et fragile. Mais imaginez que les bombes soient annoncées pour aujourd’hui, on ferait ce qui serait possible. Se demander si l’espèce humaine mérite de survivre: comment pouvez-vous poser cette question? Que la terre reste accueillante après une guerre totale? Allons! ce serait vrai après un certain nombre d’années, oui! Mais combien d’années?

  10. Je pense que le combat pour que l’espèce humaine survive doit être total. Il faut donc multiplier les chances c’est-à-dire s’installer aussi sur la lune, sur Mars et ailleurs. Mais cela prendra du temps

    1. Tout le monde convient qu’il faut tout faire pour sauver l’espèce. La question est de savoir si le moyen proposé est réaliste.

      Il consiste en une base martienne de, je cite, « quelques dizaines puis quelques centaines puis quelques milliers ou dizaines de milliers de personnes ». C’est donc cet investissement qu’il faut prendre en compte, data centers compris.

      Je lis : coût 50 milliards. Désolé, pas crédible. Pour rappel, l’ISS a coûté 100 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent 4 milliards par an de frais d’exploitation. Et ce pour 7 personnes à 400 km. Certes, les prix du spatial sont à la baisse, mais tout de même …

      On parle d’un marché de vente de séjours temporaires. Mais cela reste des coûts que quelqu’un devra payer, et donc à ajouter. Et il n’y a aucune offre ferme de l’industrie au prix cité de 2 millions.

      Le rêve est utile, mais une clarification de cet aspect financier reste le préalable de tout. Et notamment d’une nécessaire comparaison avec d’autres solutions (incluant d’utiliser plutôt cet argent à prévenir le désastre). Si nous escamotons cette comparaison, quelqu’un d’autre la fera, et la proposition sera immédiatement rejetée. Est-ce le but ?

      Si l’objet des data centers est, je cite de nouveau, de sauvegarder « ce que nous avons de plus cher dans notre patrimoine intellectuel », il n’y a aucun problème de décalage temporel pour sa plus grande part : quelqu’un voulant écouter du Mozart passera sa commande quelques heures avant. L’accès immédiat n’est utile que pour les données vitales (médicales, etc) à la base. On pourrait donc déjà s’épargner une grande partie du transport de ses data center jusqu’à Mars.

      Nous n’avons enfin aucun recul, car aucun précédent historique, sur la taille minimale d’une colonie humaine viable en totale autarcie, a fortiori chargée de reconstituer l’acquis de l’humanité. Les colonies du passé invoquées ont toujours été connectées à leur environnement, ou alors sont restées à l’état paléolithique. Cette réflexion aussi reste donc à faire. Et si la solution passe par une robotisation accrue de cette colonie, il faut alors en ajouter le coût.

      Oui, si on se pose les bonnes questions, ça devient une arche de Noé compliquée. Et sans doute irréaliste. Mais l’original n’était qu’un mythe.

      1. L’installation de l’homme sur Mars sera tout à fait différente de la construction puis du lancement et de l’exploitation de l’ISS. La différence essentielle c’est l’ISRU (In Situ Resources Utilisation). Ce qui coûte le plus dans le spatial c’est l’envoi de volume et surtout de masse dans l’espace. Pour l’installation sur Mars, les masses essentielles expédiées de la Terre, seront les réacteurs à fission nucléaire nécessaires pour disposer d’énergie (Kilopower, Megapower,…). Autrement on recherchera systématiquement à utiliser les ressources martiennes : glace d’eau, gaz carbonique, silice, carbonate, régolithe en général, etc… Ces ressources serviront à construire, à produire, à consommer, à recycler.
        Le prix du voyage dépendra du nombre de vol mais le coût sera à peu près le même pour Mars que pour aller sur la Lune en direct. L’essentiel du coût d’un voyage spatial n’est pas la consommation des passagers ni la distance parcourue mais les ergols nécessaire pour quitter un puits de gravité et y redescendre, et le vaisseau lui-même sera par définition réutilisable puisqu’on envisage le Starship. On pourrait avoir (c’est l’objectif d’Elon Musk) un vol de Starship pour 100 millions de dollars.
        Les dépenses seront effectuées par le transporteur et par l’hébergeur sur Mars. Mais le paiement se fera par le client, la personne qui ira et séjournera sur Mars. Le montant payé par cette personne n’est pas à ajouter à la dépense du transporteur/hébergeur. Vous ne pouvez pas ajouter l’offre et la demande (c’est une énormité économique). La demande vient satisfaire l’offre. Dans une comptabilité il y a actif et passif! Quand un voyageur paye un séjour en Polynésie sa dépense ne s’ajoute pas à la dépense du tour-operator, elle la compense en ajoutant, si possible, une marge de profit pour ce dernier.
        Pour ce qui est des datacenters, on ne va pas seulement écouter du Mozart, on va vivre. Toutes les interactions nécessaires entre individus doivent être immédiates, l’exploration des zones de Mars distantes de la base, devra se faire en direct, sans passer par la Terre. Sinon quel intérêt pour les scientifiques qui iront sur Mars ? les gens qui vivront sur Mars devront avoir une possibilité de création aussi peu limitée que possible et pouvoir utiliser toutes les ressources numériques terrestres aussi rapidement que s’ils étaient sur Terre. Une des ressources principales sur Mars sera le travail en ligne, la création de logiciel, essentiellement du numérique car on ne va pas exporter de pondéreux vers la Terre, ce serait trop coûteux. Et l’homme, n’importe où, peut créer en utilisant le numérique.
        Il n’est pas question de créer une société autonome « du jour au lendemain » mais de se préparer à cette éventualité et cela viendra d’autant plus facilement que cela sera nécessaire pour la sécurité des gens sur Mars, dès le début. Plus que n’importe où ailleurs, « autonomie » signifiera « sécurité ». Ce qu’il faut espérer c’est qu’une société suffisamment importante puisse de développer avant que les relations avec la Terre soient définitivement interrompues et pas simplement intermittentes (tous les 26 mois pour les produits matériels et avec un décalage temporel de 5 à 45 minutes pour les télécommunications).
        Génétiquement une société de 100.000 personnes est tout à fait viable. Renseignez-vous. Economiquement elle peut aussi l’être.

  11. Il y a des rêves qui parfois deviennent réalités, souhaitons que ce rêve d’aller sur Mars soit une réalité, malgré toutes les prouesses qui restent à accomplir… Peut-être qu’Elon Musk réussira son projet, en tout cas c’est ce que je lui souhaite comme des tas d’autres personnes sur Terre.

  12. Si on ne va pas dans l’espace on va se faire la guerre jusqu’à destruction totale de l’humanité, cela dans deux jours ou dans deux siècles. La conquête de Mars, on y pense trop pour ne pas la faire et c’est un rêve qui nous sauvera. L’esprit d’aventure, l’envie de savoir, le désir de croissance, la nécessité de savoir ce que sont ces objets qu’on ne connaît pas et qu’on aperçoit sans cesse depuis des millénaires, tout cela habite tous les vivants. « Là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Nous pouvons soit tenter d’imaginer les scénarios, soit tenter de nous informer sur ce que pensent les ingénieurs travaillant effectivement à ces projets. Je m’entête à penser qu’on nous informe très mal. Les télés reçoivent de l’argent, public ou non, ils doivent donc aussi recevoir quelques directives. Mais le gros problème, je pense, est dans le manque d’initiative voire d’énergie des journalistes. Il s’agit d’un problème de pédagogie ce qui exige d’aller chercher l’information, de discerner ce qui est essentiel de ce qui est secondaire, possible aujourd’hui, possible demain, possible à une certaine condition et de tout exposer de manière à ce que les lecteurs jusque là non intéressés discernent l’importance du sujet abordé. La lune, Mars, remèdes à la guerre, aux météorites, à l’épidémie grave, aux folies des hommes…

    1. Yes, Martin! Where there is a will, there’s a way! J’espère que vous ne me mettez pas dans le même sac que celui « des journalistes qui manquent d’initiative voire d’énergie »!

  13. Bien entendu je ne vous mets pas dans le même sac! Mais vous ne disposez pas des moyens des grandes chaînes d’information: films, animations, équipes nombreuses… Il faut que les hommes cessent de regarder leur petit monde, leurs petites bisbilles néfastes et regardent ailleurs, ensemble! Vous savez: « ne pas regarder l’un vers l’autre mais regarder dans la même direction ». Quelle perte de temps, la guerre!

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À propos de ce blog

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours

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