Optimus, « l’homme à tout faire » dont nous aurons besoin sur Mars
Elon Musk a déclaré le 20 mars 2025, lors d’un meeting interne des employés de Tesla, que son robot humanoïde Optimus sera embarqué à bord du premier vol robotique du Starship sur Mars. Ensuite, ce mercredi 26 Mars, il l’a présenté aux parlementaires et au personnel des chambres, à Cannon House (dans le complexe administratif de Washington DC, à proximité du Capitole) dans le cadre d’un symposium sur la robotique. Le développement d’Optimus est une excellente idée pour préparer l’arrivée de l’homme et pour tester le voyage et le séjour sans risquer de vie humaine. A cette occasion, on peut se poser la question de l’utilité d’un tel robot dans ce cadre, c’est-à-dire des limites auxquelles il sera confronté.
D’abord voyons de quoi (de qui ?) il s’agit.
Optimus a les caractéristiques suivantes : hauteur 173 cm, masse 56 kg, 40 actuateurs, capacité de portage 20 kg (poids), capacité d’autonomie en énergie 2,3 kWh. Il devient aussi de plus en plus agile avec 22 degrés de liberté (DoF) pour sa main contre 11 dans l’ancienne version (la main humaine a 27 DoF). Il fonctionne en téléopérations mais son intelligence artificielle lui donne de plus en plus d’autonomie en opérations complexes.
La société Tesla, son concepteur et producteur, en a révélé le projet en 2021 et a présenté son premier prototype en 2022. En octobre 2024, lors d’un événement consacré principalement au « cybercab » (taxi autonome), Elon Musk a présenté une démonstration de la dernière version, « Tesla Optimus Gen 3 ». C’est ce dernier modèle qui est mis actuellement en production avec le but d’atteindre 5000 unités en 2025 (« une légion romaine » comme le dit Elon qui est amateur de bandes dessinées), à l’intérieur d’une capacité de production de 10.000 à 12.000 unités. Elon a annoncé vouloir atteindre 50.000 unités en 2026. Nous sommes donc bel et bien face à une révolution car ces Optimus vont être mis sur le marché (pour un prix situé entre 20.000 et 30.000 dollars) et, utilisés, ils vont devenir visibles un peu partout. A noter que Tesla n’est pas la seule entreprise qui travaille sur le sujet et s’apprête à vendre ces machines. Il y a aussi la société « Figure AI » ou encore le pionnier en la matière, « Boston Dynamics », et bien sûr les Chinois (« Unitree Robotics »).
Des optimi pour quoi faire ?
Bien sûr, mes lecteurs se demanderont pourquoi produire ces robots, et certains perçoivent déjà la réponse. Elon Musk la formule ainsi : “to use for tasks that are dangerous, repetitive and boring”. Sur Terre, on voit bien de quoi il s’agit : le travail en usine tel que présenté par Charlot dans « Les temps modernes », mais aussi le service domestique. On peut l’imaginer aussi dans des environnements dangereux (contaminés, soumis aux radiations, ruines ou constructions déstabilisées par des tremblements de Terre ou des bombardements). Et là on s’approche des besoins que l’on aura sur Mars.
En effet sur Mars, il y aura peu d’êtres humains, mais il y aura beaucoup de travaux physiques et répétitifs à exécuter (surtout au début) et il faudra se protéger au maximum des risques environnementaux qui seront, pour beaucoup, mortels.
Les travaux physiques ce seront les travaux d’extraction de minéraux, de terrassement, de production de matériaux semi-finis, les assemblages d’éléments de construction, le nettoyage des lieux de vie, les travaux de production agro-alimentaire (préparation du sol, plantation, récolte, cueillette), les stockages et déstockages, etc. Les risques environnementaux, ce sont, lors des EVA, les radiations, la dépressurisation accidentelle des scaphandres (au-delà de l’inconfort de les porter sur une longue durée), l’épuisement des réserves d’oxygène, la possibilité d’impacts de micrométéorites, le « mauvais temps » (particulièrement les tempêtes de poussière) ou simplement le grand froid (pendant la nuit, où les températures tombent à -140°C) qui sont des périodes/moments difficiles où il faudra parfois, quand même, avoir une action à l’extérieur de l’habitat.
Une fois sur Mars, l’homme, par l’intermédiaire de ses prolongements humanoïdes, pourra parcourir les terrains accidentés (et il y en a beaucoup sur Mars où par définition il n’y a ni route, ni chemin et beaucoup de cailloux et de rochers), aller et venir beaucoup plus facilement que s’il devait absolument prendre un véhicule et/ou revêtir un scaphandre (pour les EVA de proximité bien sûr), explorer des zones dangereuses y compris des zones où il risquerait une contamination ou des chutes de pierre (au pied d’une falaise) ou affronter des situations indéterminées (exploration d’une caverne). Avec cette assistance, il pourra surtout se consacrer à des tâches de réflexion, de conception, de direction, et le robot humanoïde sera son couteau suisse.
Avec Optimus, une partie des mouvements ou taches d’exécution se fait en direct par télé-opérations (avec visibilité par les yeux du robot). Sur Mars, l’homme n’étant pas présent au début, ce mode d’intervention ne sera probablement pas utilisé depuis la Terre à cause du décalage temporel (3 à 22 minutes dans un seul sens). Mais il le sera ensuite depuis l’habitat martien. En outre, les programmes d’intelligences artificielles se développant très vite, les robots seront très vite dotés d’une capacité étendue d’analyse de l’observation et d’adaptation de leurs moyens pour réaliser une multitude de tâches. L’homme ne sera alors plus qu’un programmeur, un directeur et un contrôleur. Mais ce rôle restera essentiel car si le robot saura beaucoup de choses (grâce à l’AI il aura accès à la somme de nos connaissances) et aura la mémoire résultant d’une expérience, il n’aura aucun « bon sens », le bon sens ne relevant pas de la programmation ni d’une mémoire, mais d’une appréciation fine des situations et des objectifs (avec évolution possible en fonction des situations) qui est une faculté proprement humaine (plus ou moins développée d’ailleurs selon les personnes !).
Quel est le programme ?
Le robot humanoïde sera particulièrement utile lors de la mission robotique préparatoire de la première mission habitée parce qu’elle sera extrêmement risquée, parce qu’il permettra des tests indispensables à la suite, et parce qu’il permettra d’effectuer des travaux qui serviront pour la première mission habitée.
Les tests ce seront d’abord les tests de radiations. On pourra équiper les optimi de capteurs situés dans les différentes parties du corps avec des protections équivalentes à celle que donnent les os, les muscles et les vêtements (y compris les vêtements anti-radiations). On pourra aussi vérifier leur résistance à la poussière et aux conditions martiennes (fonctionnement des articulations, préservation des lubrifiants, usure, fonctionnement des bornes de recharges reliés aux sources d’énergies qui seront des réacteurs nucléaires et/ou un champ de panneaux solaires, réaction aux éléments chimiques du sol ou en suspension dans l’atmosphère : perchlorates, éventuelles autres éléments chimiques agressifs). On pourra aussi constater leur efficacité y compris la suffisance de l’AI dont ils seront dotés (y compris la possibilité de modifier les programmes à distance). Il faudra encore tester leur capacité à effectuer toutes sortes de manipulations délicates comme des branchements électriques ou de tuyaux transportant des fluides, ou encore de changer les filtres à poussière des pompes aspirantes conduisant à des concentrateurs alimentant les réacteurs de Sabatier transformant le gaz carbonique de l’atmosphère en méthane après ajout d’une petite quantité d’hydrogène extraite de l’eau (toutes opérations plus complexes que de servir un verre de vin sans le casser comme le montre les vidéos de publicité d’Optimus).
Ensuite on pourra en laisser certains sur Mars, puisqu’ils disposeront d’une source d’énergie durable, pour tester leur résistance sur la durée mais aussi pour continuer certains travaux pour le prochain voyage habité (par exemple ramassage des pierres* avec des brouettes sur l’aire prévue pour l’atterrissage ou creusement d’une cavité pour la réparation d’un habitat en utilisant des engins de terrassement). On verra ainsi quelles sont les limites opérationnelles d’Optimus et en même temps on aura réduit les risques de la première mission habitée.
*NB : une masse de 50 kg pésera 20 kg.
Enfin, quand l’homme arrivera sur Mars, Optimus sera pour lui non seulement un assistant mais, de par sa ressemblance, une sorte de compagnon. Il pourra jouer avec lui, aux échecs ou même au pingpong ; il pourra lui parler et obtenir des réponses. Mais Optimus ne sera jamais un rival car le robot n’a pas d’amour propre. Il ne sera non plus jamais l’équivalent d’un animal de compagnie car il n’a aucun sentiment et aucune empathie ; c’est une machine.
Iluustration de titre: Optimus sur Mars. Crédit SpaceX
Liens :
https://www.axios.com/2025/03/25/tesla-optimus-robot-congress-capitol-elon-musk
https://teslanorth.com/2025/03/25/tesla-to-showcase-optimus-at-capitol-hill-robotics-event/
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Index L’appel de Mars 25 03 20
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10 réponses
Si un jour Optimus doit accompagner et assister des astronautes dans le cadre d’une mission vers et sur Mars, espérons qu’il sera mieux programmé que HAL 9000 de « 2001, L’Odyssée de l’Espace », sans conflit de loyauté (humains considérés à un moment donné comme une entrave à la réussite de la mission, donc à éliminer)! 🙂
Ce robot a une apparence humanoïde. Quel intérêt cela a-t-il, surtout s’il y a absence d’humains? Elon Musk aime bien nous impressionner mais son robot ne sera intéressant que lorsque les martionautes auront besoin d’améliorer leur moral. N’aurait-il pas valu mieux un robot sur chenilles ou mieux encore volant comme ingenuity (surtout avec des bras), ce que l’on prépare d’ailleurs? En outre, il faudra des engins de grande taille, puissants genre excavateurs, foreuses, bétonneuses, télescopes. De préférence avec un minimum d’intelligence artificielle pour pouvoir prendre des initiatives, se tirer de mauvais pas, vu la longueur des communications avec la terre. Autre chose: les Russes auraient une fusée à plasma capable d’aller sur Mars en un mois!
L’intérêt de la forme humanoïde du robot Optimus est la pluralité/diversité de taches complexes qu’il peut accomplir, tout comme un homme pourrait le faire: il peut utiliser ses mains qui sont des outils extraordinaires. Il peut se mouvoir sur tous les terrains. Il n’a pas besoin d’autant d’énergie qu’un drone (qui doit se sustenter autant qu’il doit agir).
Cela n’exclut pas qu’il faudra des engins plus puissants et plus spécialisés mais ce robot humanoïde pourra les faire fonctionner, comme le ferait un homme.
@Martin: Les moteurs ioniques ont le potentiel d’atteindre des impulsion spécifiques (même si je n’aime pas cette notion, on devrait plutôt utiliser la vitesse d’éjection comme critère de comparaison, mais c’est celle qui est encore largement utilisée aujourd’hui) pouvant aller jusqu’à 25’000 s, contre 450 s seulement pour les moteurs LH2-LOX (et 900 s pour des moteurs nucléaires). C’est évidemment une différence énorme mais, car il y a un gros « mais », on n’a pas jusqu’ici développé de moteurs de ce genre qui dépasse des poussées de au mieux quelques Newtons seulement, Là est le « hic », on est (très) loin des poussées de l’ordre des 2000 kilo-Newtons des Raptors!
Pour revenir au sujet du blog de ce jour, mon commentaire plus haut est moins « léger » qu’il pourrait paraître. Contrairement à la programmation « linéaire » que j’ai connue et pratiqué durant la plus grande partie de mes années d’activité à l’EPFL, l’IA se caractérise par le fait qu’il est quasi impossible de remonter le processus ayant conduit celle-ci à fournir un résultat donné. Les comportements de l’IA sont donc assez imprévisibles et d’éventuelles dérives ou erreurs difficiles à corriger, … pouvant potentiellement conduire à des catastrophes comme dans le cas de HAL!
L’intelligence qu’on a mis dans Optimus on pourrait la mettre dans un engin à chenilles ou volant, de même pour des outils de préhension plus ou moins petits, plus ou moins puissants comme sur des grues qui pourraient avoir des bras articulés longs, plus puissants et aux functions prédéfinies autant que possible. Ou même télécommandées depuis un ordinateur de grande taille, situé loin mais immobile. On en revient à la question quelles tâches assignera-t-on à chaque appareil? Qu’Optimus puisse se mouvoir sur tous les terrains, je pense quand même qu’une machine plus large s’en sortira mieux sur une grosse épaisseur de poudre susceptible de glisser, sur des pentes un peu complexes où les chenilles font merveille. Si l’on ne connaît pas à l’avance la nature du sol où il va aller, on verra peut-être chez Optimus des chutes très dommageables. Et du moins lors des premiers voyages, l’une des functions des robots sera d’explorer là où il pourrait y avoir danger pour l’homme. Dès lors, il est souhaitable de réfléchir en quelles situations on utilisera Optimus plutôt qu’un robot à chenilles ou volant. Il est probable que tous pourraient trouver une utilité (transport, manutention, exploration, prélèvements…). Optimus servant surtout dans les travaux effectués à proximité des martionautes, les autres s’aventurant loin et sur des terrains inconnus. Les gens seront aidés et rassurés par la présence d’un costaud pas trop bête dans leurs tâches de routine. Et ils en auront bien besoin. Il me semble que les Américains mettent au point un ingeniosity à plus grand rayon d’action. C’est l’essentiel maintenant que le problème est d’explorer, de mieux connaître le maximum de surface pour découvrir des zones intéressantes pour installer une base ou creuser à la recherche de minéraux. Il y aurait une place pour les trois types de robots mais à des moments différents et à des endroits différents. D’autant plus qu’il serait souhaitable pour la sécurité que la période préalable d’exploration robotisée, sans présence directe d’hommes, soit très longue.
Merci Martin,
L’intérêt d’un robot humanoïde c’est son adaptabilité. Comme l’homme il peut « tout faire » du fait de sa morphologie. Bien sûr nous aurons besoin de machines spécialisées en fonction de tâches spécifiques. Mais l’intérêt d’Optimus c’est qu’il pourra faire fonctionner les différentes machines, les observer, les réparer, rendre compte, ou encore entreprendre des tâches pour lesquels n’existe aucune machine (utiliser un levier par exemple).
En fait, il faudra les deux (machines spécialisées et humanoïdes). Mais Optimus nous fait faire un bond formidable du fait de sa « versatilité » (dans le bon sens du terme).
Pour ceux que le sujet I.A. intéresse, je signale que le dossier principal du numéro de printemps 2025 de la revue « Dimensions » (magazine de l’éducation, de la recherche et de l’innovation de l’EPFL, que l’on peut se procurer à l’EPFL) est consacré à ce thème, avec des articles relevant l’immense potentiel, mais aussi les risques de cette nouvelle avancée technologique.
Merci Pierre-André. Certainement, l’IA est comme la langue d’Esope ou, pour se donner une référence plus moderne, la radioactivité. En fait il semble que les innovations faites par l’homme peuvent avoir des conséquences de plus en plus importantes avec l’évolution de la base technologique sur laquelle elles sont réalisées. Espérons que nous ferons bon usage de cette nouvelle « arme/outil ».
Bonjour
Au fond le vaisseau lui meme pourrait devenir un robot dote d une intelligence artificielle…(dans le futur) .
Comme notre cher Hal 9000?
Pourquoi pas? De toute façon l’intelligence artificielle sera partout dans nos sociétés, pour le meilleur et pour le pire. Ce sera plutôt une bonne chose puisque cela libérera l’homme de ses obligations, les plus fastidieuses et preneuses de temps.
Maintenant, Hal 9000 s’attaque à l’homme parce qu’il a des sentiments. Pour moi, mais je me trompe peut-être, l’étendue des connaissances donne des références et des capacités de dire ou de faire mais pas des sentiments. Comme je l’écrivais dans mon article, le robot même doté d’IA n’aura pas d’amour propre. Il n’aura pas peur même si on lui donne des règles d’autoconservation, et il n’aura pas d’envie, ni d’ambition. Et il ne ressentira aucun attrait pour son semblable (admiration, amitié, amour).
Je ne pense pas qu’il faille avoir peur mais il faudra s’adapter (comme toujours).